Vengeance et justice
A∴ G∴
Tout d’abord, résumons le mythe Maçonnique objet de cette planche. Notre élévation à la maîtrise nous révèle la légende d’HIRAM, son assassinat, tragique par les trois mauvais compagnons et la cérémonie donne lieu à notre renaissance en Maître « plus radieux que jamais ».
Je ne reviendrai pas sur le sens profond de cette allégorie qui n’est que la préfiguration de ce que nous allons vivre en atelier de perfection. Certaines mauvaises langues ou peut-être grands esprits diront que tout est dans les trois premiers degrés et que la suite ne sert à rien.
Pour ma part, ce que j’apprends au milieu de vous ne m’aurait jamais été révélé si on ne m’avait accueilli dans ce temple. Donc me voilà devenu Grand Maître Architecte alors que je commencais juste à déchiffrer le 4ème degré. Vous apprécierez ce bon en avant qui, du coup, m’a imposé une lecture et une documentation effrénée afin d’essayer de comprendre les grades du 5ème au 12ème degré, ceci afin de pouvoir traiter le sujet de ce jour. Et c’est du Maître Parfait au Grand Maître Architecte que j’ai dû essayer de suivre HIRAM dans sa mort et dans ce qu’elle impliquait pour moi, maçon au R E A A.
Si le maître Secret est un lévite, gardien du saint des saints, son DEVOIR premier est de chercher la parole perdue qui était détenue par HIRAM abi, grand architecte du temple en édification du ROI SALOMON. Le 5ème Grade de Maître PARFAIT nous invite à gouverner nos actions et purifier notre cœur et il marque la décision de SALOMON de rechercher les meurtriers d’HIRAM pour se venger (première apparition du terme vengeance). Le 6ème degré ou SECRETAIRE INTIME voit apparaître un nouveau personnage (JOABEN) qui, voulant protéger SALOMON du courroux du roi HIRAM de TYR espionne leur conversation et est découvert. HIRAM DE TYR, fournisseur de matériaux destinés à l’élévation du temple se plaint d’avoir été payé en échange par le don de territoires et villes en ruine. SALOMON s’engage à remédier à cet état de faits et pardonnant à JOABEN sa louable intrusion le charge de remplacer HIRAM Abi le grand architecte décédé, reformant ainsi le triangle brisé constitué initialement par SALOMON, HIRAM DE TYR et HIRAM Abi.
Le 7ème degré de PREVOT ET JUGE encense les qualités d’autorité et de justice dans la conduite du chantier du temple. Le prévot et juge conserve dans un coffret d’ébène le cœur embaumé d’HIRAM et rend la justice dans les diférents entre ouvriers bâtisseurs. Il doit la justice égale à tous les hommes. Complémentaire au grade de PREVOT ET JUGE, le 8ème grade suivant, celui d’INTENDANT DES BÂTIMENTS est un grade de mémoire et tradition qui veille à la conservation du temple, symbole de la société humaine dont il a appris à connaître et satisfaire les besoins.
Cinq élèves du Maître HIRAM Abi sont, à la demande du roi Salomon, nommés pour terminer la décoration du saint des saints laissée en plan à la mort de ce dernier et sont dirigés par ADONIRAM dèjà intendant du grand maître disparu. Cette fonction purement formelle nécéssite des vertus profondément humaines et le sens du juste. Nous arrivons maintenant au cœur du sujet, j’ai dit ce qu’on appelle les grades de VENGEANCE.
Le 9ème grade, celui d’ELU DES NEUFS, remet en scène JOABEN membre du ternaire déjà cité de SALOMON, HIRAM DE TYR et de feu HIRAM Abi qu’il remplace. SALOMON, dont le désir de rendre justice à HIRAM ne faiblissait pas, tira au sort 9 maîtres pour poursuivre les 3 mauvais compagnons et les ramener afin de les juger, JOABEN fut élu l’un deux. Suivant l’information d’un indicateur, les 9 élus partirent à la poursuite des criminels jusqu’à une caverne dans la montagne dissimulée par un buisson. Et JOABEN, n’écoutant que son esprit de vengeance penétra le lieu, s’empara du poignard de l’assassin et l’occit promptement par un coup au front. Il partit aussitôt se rafraîchir dans un ruisseau à proximité. Lorsque le corps du 1er assassin fut ramené à JERUSALEM, SALOMON reprocha à JOABEN d’avoir outrepassé sa mission, mais il lui pardonna quand même sur l’insistance du plaidoyer des huit autres ELUS. On trouve dans ce grade le symbolisme de la caverne ou l’aveuglement de la lumière exté rieure altère le jugement et laisse dominer le bas instinct de vengeance. Le fait qu’il boive après son forfait commis n’est il pas un acte de purification par lequel il se mire dans l’eau et en même temps veut laver son image, puisqu’il vient lui aussi de devenir assassin, sans jugement préalable du coupable. Mais nous y reviendrons plus après.
SALOMON, ne pouvant se contenter d’un seul coupable, nomme alors (10ème grade, ILLUSTRE ELU DES QUINZE) 15 maîtres zélés (dont les 9 premiers) pour pourchasser les 2 autres mauvais com pagnons. Ils furent retrouvés dans une carrière, enchaînés et ramenés à JERUSALEM. Attachés à des poteaux par le cou, les pieds et bras liés, leur poitrine fût éventrée et ils restèrent ainsi pendant toute la journée la proie des mouches et autres insectes assoiffés de sang et gourmands d’entrailles. Leurs bourreaux leur coupèrent la tête, les placèrent sur les remparts de JERUSALEM et jetèrent leurs corps par-dessus les murailles. Peut-on qualifier cela de JUSTICE ou de VENGEANCE, car l’atrocité de la punition est telle qu’elle est inqualifiable. Nous y reviendrons aussi plus bas. Alors SALOMON, voulant gratifier les quinze ELUS, choisit par tirage au sort douze d’entre eux et leur remis à chacun le commandement d’une des douze tribus d’ISRAEL (11ème Grade de SUBLIME CHEVALIER ELU). Ici s’arrête ma narration (un peu fastidieuse peut-être mais utile) pour la compréhension du thème. ALORS JUSTICE ET VENGEANCE oubien JUSTICE OU VENGEANCE. Le fait que la constante de ces trois grades soit le poignard et les têtes coupées me gène.
En effet, notre désir d’être de bons maçons ne vient-il pas d’un élan du cœur, de notre volonté de vouloir le bien d’autrui et de l’aider, en nous aidant, à devenir meilleur ? Alors pourquoi cet accès soudain de fureur dans le symbolisme maçonnique, pourquoi ce sang versé? Bien sûr les meurtriers d’HIRAM méritent d’être punis, mais pourquoi employer des moyens encore plus barbares que leur acte? Que la justice nous inspire nous dit le rituel au 4ème degré ainsi que de l’aimer, de marcher dans ses voies et de la servir de tout notre cœur et de toute notre ame. Mais la vengeance n’est pas la justice répond le Sublime Gd Maître en évoquant le 9ème degré. Tout serait dit en ces deux phrases mais il y a un mais. JOABEN ne serait-t-il pas moi, moi dans mes écarts, mes défauts de maîtrise, mes excès, ne serait-il pas mon miroir sans état d’âme. Dans son désir démesuré de venger HIRAM qu’il admirait et d’obéir à son Roi avec zèle n’est-il pas lui aussi devenu un mauvais compagnon… Pressé qu’il était d’être le premier des NEUF, ne commet-il pas le péché d’orgueil ? Cette caverne dans laquelle il pénètre ne devient-elle pas son antre maléfique qui le pousse à subir à nouveau l’épreuve de la terre que cette fois il ne surmonte pas. Et l’eau dont il s’abreuve une fois qu’il a pris conscience de son empressement n’est-elle pas un réflexe de purification après son forfait commis ? Si JOABEN est un maître, et par cette allégorie, il nous renvoie violemment à notre fragilité d’humain face à des situations que la vraie Maîtrise pourrait éviter. Cette rupture voulue par la Maçonnerie met le doigt où cela fait mal.
A tout age et à tout parcours, le chemin emprunté, choisi, ne nous met pas à l’abri de faux pas et la vengeance étant mauvaise conseillère, elle aveugle notre jugement. Affronter les démons de la caverne ou ceux du miroir c’est savoir qu’en matière de connaissance de soi et de rectification, il n’est jamais inutile d’explorer le terrain le plus sensible.
C’est du moins ce que m’inspire ce grade. Par cette entrée dans la caverne JOABEN n’est plus maître de lui et ne mérite pas d’être un élu, pourtant sa conscience aurait dû l’alerter en ce lieu où il avait tous les ingrédients d’une seconde initiation, la pénombre, la faible lumière, l’eau proche, l’ambiance propice à la méditation et quand même, dans une fébrilité totale, il oublie l’essentiel. Quelle leçon pour nous que celle de retourner sans cesse à l’humilité et de constater que tout est recommen cement et qu’un écart à notre foi maçonnique peut si vite arriver. Obéir à l’ordre auquel nous avons adhéré et prêté serment est aussi un DEVOIR et fait partie du DEVOIR. La vengeance est pratiquée par toute l’humanité comme acte strictement punitif s’inscrivant dans une psychologie primaire ou l’on fait souffir celui par qui on a souffert et qui induit que l’on se met à son niveau.
En dépit de l’exemple d’HIRAM, JOABEN n’agit pas en homme vrai, pas même en homme libre puisqu’il ne fait que réagir et qu’il reste l’esclave de ses bas instincts. Les 9ème et 10ème grades nous renvoient à l’exercice de la justice. Existe-t-il une justice propre oubien une justice condamnable. Un jury contemporain qui prononce la peine de mort d’un coupable trouve-t-il un sommeil apaisé ? Et même SALOMON dort-il bien car, le paradoxe est que c’est bien lui qui diligente la vengeance d’HIRAM, les neuf et quinze maîtres ne sont que ses bras armés. Je remarque par ailleurs qu’il n’est pas fait état d’un procès des autres compagnons coupables. Ils sont simplement ramenés à JERUSALEM pour être atrocement exécutés.
Si j’en tire une leçon, c’est que c’est plutôt le processus de la justice qui se veut respecté et non la façon de juger. Sinon, pourquoi JOABEN serait-il une nouvelle fois pardonné ? Il n’y a donc pas une morale dans la justice humaine, si ce n’est qu’elle est toujours sous-tendue par l’esprit de vengeance.
Mais, n’oublions surtout pas la victime innocente qui est au centre de ce drame. HIRAM, paré de toutes les vertus, reste dans ce mythe, l’exemple central de la perfection, le modèle vers lequel tout maçon doit tendre. Il incarne l’engagement du Maître secret pour « la recherche du DEVOIR et la ferme volonté de l’accomplir quelqu’il soit, sans songer à une récompense, pour la seule satisfaction de la conscience ».
SALOMON, investi de pouvoirs divins et personnalisant la sagesse est bien sûr à transposer dans l’époque ou les mœurs étaient primitifs mais le sujet reste parfaitement d’actualité. Rappelons-nous le communiqué d’OBAMA lors de la mort de BEN LADEN : « JUSTICE A ÉTÉ RENDUE » et pourtant il s’agit bien d’un meurtre froid et calculé et tous les occidentaux, dont je fais partie, le trouvent totalement justifié à l’égard des attentats du 11 septembre. Comme quoi, mon jugement peut s’avérer aussi erroné que ma théorie sur la justice propre et l’autre condamnable. Les grades qu’on nomme « de vengeance » ont le mérite de nous renvoyer à nos contradictions et de malmener nos consciences, le 9ème grade tout particulièrement. Si HIRAM est le symbole de la vérité, du savoir et de l’abnégation, nous retrouvons beaucoup de symboles épars des 3 premiers degrés : le mauvais compagnon ignorant et violent, figurant le côté noir de notre âme que nous avons à purifier, l’accomplissement des efforts et du travail à accomplir pour s’élever par la quète des assassins, la solitude de la démarche maçonnique par la caverne, lieu de notre conscience, et le retour au fil à plomb pour notre introspection, le buisson cachant la caverne nous ramenant aux vérités trompeuses et à l’ignorance contre laquelle nous devons lutter, le guide, représentant l’aide fraternelle de nos S et FR dans les 2 premiers degrés, le chemin tortueux menant à la caverne symbolisant un voyage de notre initiation où règne une bruyante confusion, et enfin le poignard comme l’accomplissement du chemin maçonnique qui nous rend libre plus nous le gravissons.
De plus, il est troublant de constater que SALOMON récompense 12 ELUS pour leur éfficacité dans l’accomplissement de leur mission. C’est un peu la parodie du chasseur de primes à qui il resterait une conscience, du moins dans les apparences. Mais la maçonnerie ne se borne pas à provoquer la réflexion et à exacerber les sentiments.Elle veut provoquer des chocs émotionnels qui nous placent face à nous-mêmes afin de tester notre maîtrise face aux tentations, à notre réaction à l’abject, à notre propension à agir dans une JUSTICE du cœur et non de l’intérêt. C’est en cela que nous pouvons devenir ELUS. Le rituel, en cela, est tout à fait explicite, je cite : la vengeance est le triomphe sur les imperfections de notre nature spirituelle, c’est-à-dire tous les obstacles que rencontre l’esprit humain pour attendre la vérité.
TOUT EST SYMBOLIQUEMENT DIT.
Alors justicier-vengeur, oubien justicier ou vengeur ? Avec la loi du talion apparaît le premier soubresaut d’une justice proportionnée. La punition est équivalente à la faute commise. Œil pour Œil et dent pour dent. Par la suite et jusqu’à nos jours, la justice sera rendue par une punition variant selon les peuples mais indexée à un recensement de fautes codifié détenu par un juge tenu d’être impartial. Nous retrouvons la notion de vengeance uniquement par le biais des Jurés qui, eux, condamnent émotionnellement le crime commis dans un sentiment de rempart protecteur à dresser entre le prochain délinquant et la prochaine victime à laquelle ils se substituent. Mais c’est pour cela que nous savons que l’homme s’érigeant en juge est imparfait (voir JOABEN) et que le délinquant ou criminel (le mauvais compagnon) renaît malheureusement de ses cendres.
Deux petites citations pour finir :
la 1ere e KANT : Le droit de punir est le droit du souverain envers celui qui lui est soumis de lui infliger une peine douloureuse en raison de son crime.
La 2ème de HEGEL : La vengeance se distingue de la punition en ce que l’une est une réparation obtenue par un acte de la partie lésée, tandis que l’autre est l’œuvre d’un juge. C’est pourquoi, il faut que la réparation soit effectuée à titre de punition car, dans la vengeance, la passion joue son rôle et le droit se trouve ainsi troublé. Mes sœurs et frères, comme d’habitude je conclus cette planche avec un sentiment d’inachevé brouillon que vous saurez fraternellement corriger.
J’ai dit S G M