13° #410012

Guibulum

Auteur:

L∴ V∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

À l’ouverture des travaux au 13° le Trois Fois Puissant Grand Maître demande à la Grande Inspectrice : « Qui êtes-vous ? »
« Je suis ce que je suis. Mon nom est Guibulum. Ma qualité Chevalier de Royal Arche ».
« Je suis ce que je suis » comment devient-on soi ?

Cabinet de réflexion, ensevelissement sous le tertre quand nous figurons Hiram, caverne au 9, puits au 13… : toutes ces épreuves, ces moments de doute et d’interrogations, cessent avec le retour de la lumière, cette lumière qui nous accompagne depuis notre initiation, cette lumière éternelle qui est une mais qui est également protéiforme, qui nous anime, nous ranime, nous réchauffe, nous rassure.

Ces incessants et nécessaires va-et-vient de l’ombre vers la lumière, éternelles voies du monde, (ainsi que le dit Zoroastre au 4) sont l’expression de la dualité primordiale, nécessaire terreau à la manifestation du principe créateur.

La manifestation créatrice est un souffle ; ainsi dans la Génèse 2,4, il est dit « Dieu insuffla dans ses narines un souffle de vie ».

Ainsi, créer, c’est nommer, c’est exprimer, manifester sa pensée, au sens littéral du terme ; l’idée permettant à l’acte créateur de se réaliser.

L’ordre maçonnique, dépositaire de la Tradition, a pour souci de faire perdurer celle-ci en la transmettant dans toute son authenticité. Ainsi,
– aux 1 et 2 degrés, en me nommant, la V M me crée, apprentie, puis compagnonne (elle me crée, me reçoit, et me constitue). (1)
– puis elle me confère le 3 degré ; me constitue M M et me reçoit en chambre du milieu.

A chaque degré, la V M me constitue, cad qu’elle me « désigne comme ».
-au 4 degré, le Trois Fois Puissant me reçoit et m’institue. (2)

Instituer signifie nommer un héritier, fonder. En tant que Lévite (3), je suis issue d’une des 12 tribus d’Israël, mais ma tribu n’a aucun territoire, et mon rôle est de servir le temple de Jérusalem. On me nommera ensuite Johaben.
-au 9 degré, le Trois Fois Puissant prend acte de mon serment et déclare : « relevez-vous, Maître Elu des 9 vous êtes désormais Maître Elu des 9 ».

Ainsi, à ce degré, c’est la force de notre serment qui nous fait devenir Maître Elu des 9.
-au 12, le sublime Grand Maître me reçoit, me consacre (4), c.-à-d. me voue à une mission, celle de Grand Maître Architecte.

Je suis dans l’archi loge, la boulomie, le lieu ou l’on veut. Et que veut-on ?

Après le châtiment des coupables, l’inspiration s’élève, on n’écoute que son génie, on ne songe qu’à la perfection. Il est temps de passer par sa propre construction pour pouvoir être digne de remplacer le Maître.

Je suis à présent complètement dédiée, vouée, à la recherche de la Parole Perdue, à la construction du temple.
-au 13, le Trois Fois Puissant Grand Maître m’institue et me consacre Chevalier de Royal Arche.

Je suis dans le vrai, dans l’authenticité, j’ai réussi à me réunifier et je suis prête à entrer en action.

Un des préceptes des sociétés initiatiques est qu’après avoir été initié, on est responsable de sa recherche et de sa propre réalisation spirituelle.

Que de chemin parcouru depuis le fait d’avoir été nommée apprentie ! Me voilà consacrée à une mission ! En pleine connaissance de cause, moi, Guibulum, je me nomme pour la première fois.
-au 14, Trois Fois Puissant Maître, me confèrera (5) le titre de Grand Elu Sublime Maçon.

2 – « mon nom est Guibulum ».

Je me nomme moi-même pour la 1° fois, montrant qu’une part de moi s’est séparée du tout et s’affirme.

Si je suis en capacité de dire « je suis ce que je suis », c’est qu’après être descendue dans le puits,càd en moi-même, avoir retrouvé le bijou pectoral d’Hiram qui m’a redonné espoir, observé les 10 zones de couleurs différentes qui font écho aux 10 portes et aux différents aspects de l’être humain et des groupes humains, puis avoir descendu l’escalier qui me rappelle les différents degrés, j’ai cheminé à travers les 8 voutes, prononçant devant chacune d’elles le nom d’une sephira, avant de me retrouver dans la 9, brillamment éclairée. (Dieu s’est nommé à Moïse devant le buisson ardent en disant « je suis ce que je serai » ce qui exprime la sempiternalité, l’éternité ce qui n’a ni début ni fin, ce qui a toujours été, est toujours et sera toujours).

J’ai pu, en pénétrant dans la neuvième voûte, contempler la pierre d’Agate, déposée là par Enoch, qui ne mourut jamais, l’initié initiant, bien avant Salomon. Sur cette pierre était écrit Adonaï (qui signifie : mon Maître) ; j’ai ensuite adoré le nom de Dieu.

Puis notre Maître nous expliqua qu’Adonaï n’exprimait pas réellement l’idée de la conception suprême : nous ayant montré les lettres Iod, He, Vau, He, gravées sur la pierre d’Agate, il nous expliqua que nous étions au centre de l’Idée, devant la conception suprême.

Comme lorsque nous étions apprentis, nous avons pu épeler les lettres du mot ineffable. Il nous a interdit de le prononcer car nous l’aurions profané.
En effet, bien que sachant lire, nous ne pouvons prononcer le nom de Dieu, car « nul homme ne peut me voir (ou me nommer) et vivre » (exode 33-20). En effet, Dieu a accompli la création en nommant, (et ensuite l’homme a nommé les animaux et les plantes, Gen, 2,20) et si nous sommes à son image, nous ne pouvons le nommer car si nous le nommions nous le créerions et serions alors ses égaux.

Je suis ce que je suis signifie qu’une part de moi même se sépare du tout et affirme mon ego ; -je suis ce que je suis : mais j’aspire à l’ultime initiation qui me permettrait d’aller au delà de cette dualité du tout et de l’un, me réunifiant en m’unissant…

3 – ma qualité : chevalier de Royal Arche.

Ayant terminé ma propre construction, je suis dans l’harmonie, l’équilibre esprit/matière et je peux rentrer dans le monde de l’action.
Quand je suis au centre de l’idée, révélée dans la 9 voüte, représenté par le Saint des Saints, mon propre centre se superpose au centre de l’Idée.
Je découvre en moi un potentiel, une force qui me permettra d’aller vers la Parole Perdue.
Je prends conscience de mon existence et de mon essence (VITRIOL et pierre cachée au 1, pierre d’agate trouvée au 13).
J’ai naturellement le désir d’aller plus loin et d’essayer de dépasser la dualité que j’ai reconnue en moi.

L’homme s’identifie à l’action qui le transcende et donne ainsi un sens à son existence. C’est aussi le thème d’un vieux proverbe asiatique qui affirme que l’important n’est pas le but que l’on s’est fixé, mais le chemin parcouru pour y parvenir. On perçoit dès lors, combien ce proverbe encourage à progresser, et pour nous, plus spécialement, dans la voie initiatique. Au moyen âge, le fait d’acquérir la qualité de chevalier n’a pas de caractère obligatoire ; elle s’acquiert par l’adoubement et se mérite par le respect d’une éthique qui repose essentiellement sur la prouesse et la largesse.

La prouesse associe vaillance et loyauté : vaillance dans le combat, mais aussi dans la vie quotidienne. Loyauté envers son seigneur, son roi. La largesse comprend la prodigalité, la générosité. Etre généreux envers ses adversaires, envers les faibles, tel est le code de l’honneur chevaleresque.

Le chevalier de Royal Arche est choisi, parce que son comportement lui permet, en tant qu’homme vertueux, de faire alliance avec la vertu et les hommes vertueux.

Loyal envers l’Ordre, courageux lors des combats qu’il mène pour des justes causes et aussi contre lui-même.

Compatissant, ses qualités de cœur en font un humaniste accompli. Il est prêt alors à transmettre de façon authentique, car ce sont ses actes qui le construisent et le font reconnaitre.

Le chevalier de Royal Arche, capable de remplacer Hiram, se voit ainsi chargé de la transmission de la Tradition. Ses qualités de cœur, comme la solidarité, sont manifestées par les attouchements du 13 : l’une dit : « le travail soulage dans l’affliction » ; l’autre répond : « zebuloum (habitacle) ». Nous sommes conscients et affligés de nos imperfections mais le travail que nous allons poursuivre va nous soulager, car il nous prépare à recevoir la Parole Perdue, l’initiation ultime, à espérer devenir la demeure du divin. Et c’est aussi dans l’altérité que l’on se construit.

Conclusion

Initié parfait, nous pouvons à présent remplacer le Maître et poursuivre son œuvre, c.à.d. avancer sur un chemin d’espérance, capable maintenant d’aller au devant de notre essence, de notre principe créateur.

Cela nous met en capacité de recevoir et de transmettre la Tradition, garants que nous sommes de la préservation de l’indépendance d’esprit se développant harmonieusement dans la fraternité, l’amour et l’espérance.

J’ai dit, Trois Fois Puissant Grand Maître.

Notes :
(1) Constituer : Établir, désigner comme.
(2) Instituer, verbe transitif. Nommer un héritier par voie testamentaire. Synonyme nommer.
(3) Une des douze tribus d’Israël. Elle avait la particularité de n’avoir aucun territoire, étant dédiée au service du Temple de Jérusalem.
(4) Dédier à Dieu (Religion). Synonyme – vouer.
(5) Conférer (lat. conferre, réunir). Donner, en vertu de l’autorité qu’on a pour le faire.

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