14°, la fin d’un cycle initiatique
Non communiqué
La fin d’un cycle initiatique n’est jamais sans conséquences… Tout le récit de la légende d’Hiram nous amène à cette conclusion philosophique : nous avons bénéficié de tous les outils symboliques nécessaires à notre progression personnelle, et le 14° nous place au terme de celle-ci avec un grade dont l’intitulé et la devise sonnent comme une injonction… Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, nous place au seuil d’une responsabilité immense en regard du parcours accompli au sein du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Nous sommes reconnus pour les qualités démontrées au 13° et à ce titre nous sommes devenus de Parfaits et Sublimes Maçons.
Transcrits sur un plan personnel, je n’ai pas le sentiment de mériter ces deux adjectifs tant l’idée de perfection et de sublime me semblent assez éloignés de mon quotidien.
Mais, à la lumière du Rite, je veux pourtant croire que plus qu’un constat qualifiant, le titre du grade est la synthèse de l’objectif possible que tout Maçon Ecossais fait sien en s’engageant sur la voie initiatique.
Le progrès par le Travail nous est répété encore et encore, degré après degré, avec toute l’insistance due à notre travers humain d’oublier facilement nos engagements. Il est donc légitime que la réitération des valeurs universelles de l’idéal maçonnique soit au cœur de nos rituels. Nous voici donc arrivés au termes des degrés de la Loge de Perfection, et nous avons fait alliance avec la Vertu et les hommes vertueux. Autrement dit nous ne pouvons pas nous délier de nos engagements sans nous trahir nous même car nous reconnaissons la vertu et ceux qui la pratiquent pour ce qu’il y a de plus élevé dans la morale maçonnique. Poussés dans nos retranchements et face à nous même, le devoir nous oblige et nous propose une mise en conscience de ce que nous sommes.
Comme à chaque fois, le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous donne la matière philosophique et morale qui va nous aider à introduire et renforcer la spiritualité dans nos existences.
Passés les degrés de vengeance et la maîtrise des outils de mathématique, le maçon écossais se voit reconnu dans l’excellence de son travail accompli et accède à l’ultime degré de la Loge de Perfection : le Chevalier de Royal Arche devient Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon.
Le maçon écossais se trouve alors dans la situation d’une reconnaissance par ses Pairs qui ne souffre aucune sorte de démission ou de manquement aux devoirs du grade : l’instruction et le rituel du 14° sont clairs à ce sujet… La conscience et le travail doivent être les 2 pôles de l’axe autour duquel le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon rayonne, et pour synthétiser ce qui le définit, l’ouverture des travaux est parfaitement explicite : son cœur doit être fermé à tout sentiment d’iniquité, de vengeance ou d’injustice.
L’expérience du passé et l’enseignement tiré des erreurs doivent avoir profité à l’élévation du Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon. Les concepts d’équité, de justice nécessitent une conscience aiguisée et de la sagesse pour établir un équilibre entre ces 2 termes parfois contradictoires, et abolir de son cœur la vengeance. C’est faire le choix de ne pas céder à des intérêts égoïstes, à la colère et à ses débordement aveugles et de considérer son prochain avec bienveillance.
Cette bienveillance exprime l’attitude indispensable à l’accomplissement de notre devoir : il ne suffit pas de connaître et comprendre les concepts d’injustice, d’iniquité et de vengeance. Le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon est supposé avoir non seulement élevé sa Raison et sa Conscience, mais aussi et surtout avoir nourri son cœur avec l’exercice de la fraternité en Loge de manière à ce que son comportement dans et hors du temple soit en tout point conforme à son idéal. Ce n’est qu’à ce prix que la Perfection et le Sublime peuvent être atteints. C’est donc sans illusions que j’analyse mon parcours et fait le bilan de mon cheminement : il est bien difficile de tendre vers la perfection !
Sans laisser cours à l’autocritique stérile et au doute qui paralyse plus qu’il ne motive, être lucide sur ma condition m’apparaît essentiel pour continuer mon parcours et rectifier chaque fois que je le peux la pierre que je suis.
Fermer son cœur à tout sentiment d’iniquité, de vengeance ou d’injustice requiert d’évidence un acte volontaire de notre part : c’est à l’aune de son cœur que le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon mesure sa conscience et agit avec raison. Il décide en conscience de ne pas céder à des sentimentstoxiques, il se refuse à laisser l’ombre présider à ses actes.
Choisir l’équité nous oblige à tenir compte d’un contexte qui pondère une décision pour l’adapter à une situation donnée, et vouloir la justice (c’est à dire être juste) nous exerce à discerner, à analyser pour rester juste en toutes circonstances. Quand à la vengeance, elle est exclue tant elle contrarie les deux premiers termes en ce qu’elle soumet l’homme à son instinct le plus éloigné de son humanité et le plonge dans le chaos.
En fin de compte, le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon se doit de fonder sa propre éthique sur les bases de ses engagements, et les disposition requises énoncées par le rituel nous transmettent ce message. Nous sommes parvenus au terme de la légende salomonienne et il nous faut à présent œuvrer dans le monde avec une éthique fondée sur l’amour de l’humanité, la défense de la Vertu par des actes justes, bienveillants et équitables, et la vigilance pour bannir de nos cœurs tout sentiment blâmable.
Nous sommes maintenant en mesure d’être des Franc-Maçons actifs dans le monde profane, avec l’assurance du soutien de tous les hommes vertueux que sont les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons. L’alliance que nous avons contracté renforce le lien de fraternité indéfectible et l’exigence morale que la Vertu demande. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes et nous savons que d’autres maçons agissent de concert de par le monde.
L’union des bonnes volontés est, y compris dans le monde profane, toujours positive quand le but à atteindre est moralement élevé. La force qui résulte de l’action commune est bien connue, et c’est de cela qu’il s’agit. Cette force est aussi protectrice pour qui y participe par l’accomplissement de son devoir. Le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, outre les dispositions énumérées dans le rituel, reçoit « de facto » toute l’énergie positive que l’appartenance à l’Ordre augmentée de l’alliance de son grade lui confère.
Il sait conduire sa vie avec honneur et probité, être juste et bienveillant. Ses frères Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons sont une matrice dans laquelle il peut se ressourcer et se rectifier. Ils comptent sur lui comme il compte sur eux pour perpétuer la fraternité active des hommes de bonne volonté.
Plus que jamais en ce vingt et unième siècle nous avons besoin de Vertu. C’est le ciment qui rend notre action personnelle et collective conforme à notre idéal maçonnique, et c’est aussi le lien intemporel qui nous unit à nos Frères passés, présents et à venir.
J’ai dit.