Du Poignard à la Hache
Non communiqué
Le poignard, arme vengeresse, est omniprésent tout au long de la cérémonie de réception au 1er Ordre. Dans celle du 2eme Ordre, il est encore là. Qui plus est, une deuxième arme, non moins violente, lui est associée. Sur l’autel des sacrifices, nous nous retrouvons avec le poignard sur le cœur et la hache sur la nuque. Voila qui promet !!! La guerre contre nous-mêmes n’est donc pas finie ??
A la fin du 1er Ordre, la vengeance est devenue Justice. Le passage dans la caverne, grâce au poignard, nous a permis de prendre conscience de nos mauvais penchants, puis de les « terrasser » et de les maîtriser.
Mais cela ne suffit pas. Après s’être Eveillées, il nous faut aller plus loin, « au-delà » de nous même, et approcher ainsi, de la « transcendance ». Notre devoir est de s’élever jusqu’à la voûte étoilée pour spiritualiser la matière et s’approcher de la Vérité, de la vraie Morale, de la Connaissance et de l’Amour.
Ce dépassement, c’est la hache qui va nous l’offrir, par la décollation qui devrait libérer l’élan vital, sur un plan spirituel.Toutefois, le poignard reste encore nécessaire, car nous ne sommes pas de purs esprits et nos démons et nos paradoxes sont encore là. La vigilance et l’humilité seront de tous les instants.
Dans cette planche, je ne développerai pas ce soir,l’aspect symbolique du poignard, longuement étudié au cours de notre 1er Ordre, mais la symbolique de la hache, son association indispensable avec le poignard, et le phénomène de décollation. Avant de conclure, je parlerai brièvement de ma vision de la morale, de la vertu et de l’amour, qui sont les effets bénéfiques découlant de la bonne utilisation de la Hache, sur ce sentier du 2eme Ordre, pas si paisible qu’il n’en a l’air.
La hache est le premier outil emmanché fabriqué par l’homme aux temps préhistoriques. Ce fut aussi la première arme (après le gourdin et la pierre). Puis, cet instrument a pris une importance pratique et symbolique, capitale.
Dans les légendes cambodgiennes, la hache étant l’arme du tonnerre est emblème de force : elle entrouvre et pénètre la terre, c’est-à-dire qu’elle figure son union avec le ciel, sa fécondation.
En Crète, cet outil reçut le nom de « labris. Car une légende raconte qu’Arès ouvrit le premier labyrinthe, avec une hache. Ainsi, c’est grâce à cet instrument que notre labyrinthe où se mêlentnos contradictions, nos confusions inconscientes, s’entrouvrira pour libérer la puissance de notre discernement, en un mot, la force vitale qui est présente au plus profond du cœur de notre pierre, pour qu’ainsi, notre dualité s’approche de l’unité.
La hache par son tranchant fait jaillir l’étincelle, vecteur d’un dépassement, mais aussi elle libère pour aboutir à un partage, à une union avec soi et avec l’autre. (Ce n’est pas un hasard, si au Japon, la hache est le symbole du mariage).
Dans notre rituel, la hache est présente dès le début de la cérémonie. Elle est dans un endroit bien précis : sur la table des épreuves ou autel des sacrifices. Et ce n’est pas par hasard. La souffrance du sacrifice n’est pas un but, mais un passage obligé pour aller vers une progression spirituelle. (Rappelons nous qu’étymologiquement, sacrifice signifie « qui rend sacré ». Autre détail : au 2ème Ordre, ce n’est pas nous qui tenons la hache, ni le poignard (ce sont l’Experte et la M des C). Mais nous devrons les faire nôtres pour poursuivre notre progression.
Arrêtons nous à la décollation. Déjà existante au 1er Ordre avec les 3 têtes coupées, elle semble, au 2eme Ordre, nous concerner plus directement. Elle agit sur la tête et sur le cou. La tête est attachée au tronc par le cou. Cette partie du corps n’est pas neutre.
La nuque est une des parties du corps où est frappé Hiram. Le coup porté lui brise la colonne vertébrale. N’est ce pas dans la colonne vertébrale que coule l’élan vital à libérer ?
La tête détachée du corps signifie l’esprit vivant détaché des oppressions de la matière. Elle évoque l’élan spirituel libéré et ainsi le caractère de l’Etre.
La décollation est l’acte suprême de la prise de conscience qui devrait se confondre avec l’illumination. Pour les chrétiens, la décapitation est perçue comme le moment unique de la Connaissance absolue. Ils estiment qu’au moment d’avoir la tête tranchée, l’homme descend dans la profondeur des ténèbres, vers l’ultime et vraie Connaissance.
Il faut que la tête soit tranchée pour que le sang vermeil de l’Amour puisse jaillir. (Notre salle du Conseil n’est-elle pas tendue de rouge ?) Cette décollation est un acte brutal et radical certes, mais salutaire et libérateur.
Dans la symbolique du corps humain, Annick de Souzenelle, parle du cou et de la nuque d’une façon très significative. Le cou en hébreu se dit Tsavar : hameçon humain et la Nuque se dit Oreph : libération de la tunique de peau. Dans la Bible, « le peuple à la nuque raide est celui qui ne se laisse pas happer par l’hameçon divin, et qui donc refuse de se laisser couler à sa source pour guérir ».
Cette décollation reste bien évidemment virtuelle et symbolique. Car un corps sans tête ne peut exister en ce bas monde. Notre but est bien de valoriser le spirituel qui sommeille en nous, de le faire jaillir, mais sans rejeter à tout jamais, totalement notre matérialité. Concilier « avec justesse » les deux, c’est là toute la difficulté. Comme le dit notre F POZARNICK « Etre un sage en équilibre dans la dualité ne consiste pas à vivre une moitié de notre temps dans l’égoïsme et une autre moitié dans l’amour et le don. Pour arriver à un juste équilibre, la spiritualité devra absorber le matérialisme, l’amour devra pénétrer la haine, et le compas devra recouvrir l’équerre, et ce, grâce à des actions pondérées, mesurées et harmonieuses ».
Plus que jamais, il apparaît que la méthode maçonnique ne cherche pas à convaincre l’intellect, pas plus qu’elle ne joue sur les émotions. Elle est silencieuse et nous invite à agir, à agir en justice et en vérité dans la vie. Aussi longtemps que nous nous appuyons sur nos centres intellectuel et affectif, qui sont par nature, des mécanismes instables et mouvants, nous serons instables et mouvants.
La hache et le poignard ayant accompli leur rôle, la voie royale vers la Vertu, la vraie Morale et l’Amour, s’entrouvrira. Voyons d’un plus près le sens de ces trois mots souvent utilisés, mais si souvent galvaudés
Que dire de la Vertu ?
C’est une manière d’être et d’agir « humainement », c’est-à-dire la capacité à bien agir (puisque l’humanité en ce sens est une valeur). « Il n’est rien si beau » disait Montaigne « que de faire bien l’homme et dûment ». La vertu est une énergie de l’âme, une impulsion naturelle vers l’honnêteté, la force d’assouvir ses passions, l’art de tenir en équilibre, l’art de vivre selon la raison perfectionnée qui force a toujours faire le bien, en ayant bien conscience de la fragilité et de la faiblesse de la condition humaine. Cela nous ramène encore à l’humilité. Sur l’autel des sacrifices, la future G Elue, hache sur la nuque, est prête à offrir sa personne dans l’espérance de se fondre plus intensément dans l’Unité, dans le Principe.
LA VRAIE MORALE, quant à elle, n’a rien à voir avec les sentiments.
La morale individuelle résulte des compromis que nous négocions avec la morale conjoncturelle et collective de notre époque, de notre statut, de notre mode de vie.
Pour l’initié, qui connaît bien l’Art, la morale, la vraie morale, résulte de la compréhension profonde de Soi, de l’Autre et de l’Univers. Bel Idéal, impossible à atteindre, ne nous leurrons pas. Mais que deviendrait le Monde, sans Idéal, sans garde fou ?
Terminons par l’AMOUR. Nous parlons ici de l’Amour « AGAPE ». Nous devons tendre vers cet Amour qui n’est ni manque, ni puissance, ni passion, ni amitié, mais un amour qui aime jusqu’à ses ennemis, un amour universel et désintéressé. Un idéal vers quoi nous devons tendre.
Il s’agit d’un amour créateur. Il n’a rien de commun avec l’amour qui se fonde sur la constatation de la valeur de l’objet auquel on s’adresse. L’agape ne constate pas des valeurs ; il en crée. C’est cet Idéal qui doit nous guider et nous éclairer. Cet amour a pour but de nous conduire à l’Alliance, à l’Union et à la Perfection. Dans notre rituel, les 3 mots de l’attouchement : NEDER », BERITH et SCHELEMOT, nous donnent peut être une clé : Faire SERMENT de rechercher l’ALLIANCE pour tendre vers la PERFECTION.
Alors, avec zèle et ferveur, il importe d’apprivoiser et d’affûter constamment, ce poignard et cette hache, sans se décourager, tout au long du cheminement. Ainsi de métamorphoses en métamorphoses, de prises de conscience en actes justes et vrais, nous jetterons des arches d’Alliance fraternelle d’abord en soi même, puis entre soi Même et les autres, pour s’approcher de la Vertu, vers la Vraie Morale et de l’Amour. Le triangle d’Or découvert symbolise la Parole retrouvée, Cette Parole retrouvée ne pourrait elle pas être tout simplement l’Amour universel ? Sans tendre vers cet Amour Véritable de Soi, de l’Autre, la recherche de notre Perfectionnement restera « Parole Perdue » et la recherche de la Vérité demeurera illusoire. Utopie ou réalité ? Inaccessible étoile ? Pourtant, sans croire et poursuivre cet Idéal, serions nous encore là, sur ce chemin rempli de doutes et de difficultés, mais qui devrait nous avoir conduit au terme de ce deuxième Ordre, de la Passion à la Raison, et de la Raison à l’Alliance et à l’Amour.
J’ai dit