EN SOPH
F∴ L∴
ALGDGADLU
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS
Au nom du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté de toute la surface du Globe Terrestre
Trois Fois Puissant Grand Maître
Et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée
EN SOPH !
Sur ce mot, la porte s’ouvrit avec violence, les deux imprudents furent
renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte ;
les lampes magiques en furent éteintes.
SUR LE PLAN BIBLIQUE
Le temple d’Henoch
Je pense qu’il est important de resituer le contexte historique :
6ème génération après Adam, Henoch fit construire un temple dans lequel il enferma le nom ineffable de Dieu, YOD, HE, VAV, HE, nom que Dieu lui avait fait connaître en songe en lui montrant une plaque d’or triangulaire sur laquelle les lettres avaient été gravées. Dieu lui enseigna comment prononcer ce tétragramme et lui interdit de ne jamais le prononcer. Henoh fut donc le premier initié, l’initié initiant, celui qui survit dans tous ses fils spirituels. Avec la disparition du temple, ce mot disparu, jusqu’à ce que Dieu en communique la prononciation à Moïse.
Le temple de Jérusalem
Fort longtemps après, Salomon fit construire ce temple près du lieu où fut construit le temple d’Henoch. Du vivant de maître Hiram, Salomon et Hiram roi de Thyr avait fait construire sous le Saint des Saints une Voûte Sacrée à laquelle on accédait par un passage souterrain et 9 voûtes successives. Alors que nos 3 compères étaient encore tous les 3 réunis dans le degré de Chevalier de la Royale Arche, ils avaient fait le serment de ne communiquer les secrets de ce grade à d’autres postulants que s’ils étaient au moins 3 initiés à connaître les secrets du grade. Hiram assassiné, ils en condamnèrent donc l’accès. Aux G.M.A. qui demandèrent à connaître le degré de Chevalier de la Royale Arche, Salomon répondit que seul le GADLU pourrait un jour leur donner cette possibilité.
LA LEGENDE DU GRADE
Le thème initial du grade est donc une quête de quelques élus qui aboutit à la découverte de la Parole Perdue qui correspond au Nom Ineffable. Il s’agit ici d’une approche de la Kabbale, recherche métaphysique de ce que recèle le texte de la Loi.Le cheminement souterrain des 3 élus qui passent par les 10 portes figure la progression des Séphiroth de Malkuth à Kether. Ce chemin est une approche intérieure de l’ésotérisme judaïque en vue de trouver entre les colonnes de la Rigueur et de la Miséricorde, la voie du milieu qui est censée nous amener, nous les initiés à la libération intérieure.
Le pèlerinage effectué par ceux que l’on pourrait appeler les 3 mages (du latin magnus : élévation, grandeur) considérés comme des initiés, va se transformer de pèlerinage extérieur en pèlerinage intérieur lorsqu’ils vont découvrir le puits et son secret. Et notre personnalité complète a ses différentes facettes qui sont figurées par le trio Guibulum, Johaber, Stolkin, les 3 mages.
C’est sous les ruines du Temple qu’en tant qu’initié, nous allons livrer un combat contre le doute et l’obscurité, avant de découvrir la 9° voute. Il nous faut vaincre notre peur pour progresser dans la voie de la connaissance, comme il nous faut traverser de périlleuses épreuves pour trouver la voie du milieu.
Dans leur recherche pour trouver le trésor les 3 cherchant passent d’un cheminement horizontal à un cheminement vertical : on retrouve bien là l’axe de l’œuvre qui nous fait passer inlassablement de la perpendiculaire au niveau. C’est dans la 9° voute que nous allons découvrir le sens de VITRIOL donné dans le cabinet de réflexion : en rectifiant, nous trouveront la pierre cachée sur laquelle est gravé le nom ineffable et le mot substitué.
Le mythe d’Hiram peut alors prendre fin, car au 13ème degré, la descente vers la neuvième arche, se fait d’une façon graduelle, marquant ainsi symboliquement cette descente au fond de nous-mêmes, entamée au 1er degré symbolique, dans le cabinet de réflexion.
L’HERMENEUTIQUE DE CETTE LEGENDE AU TREIZIEME DEGRE
Les principaux symboles sur lesquels nous allons nous attarder : Le puits, le tétragramme, le centre de l’idée, la 9ème voûte et la 11ème porte.
Le puits
L’emplacement du puits se trouve au sud-est du Temple. C’est la place de l’orateur dans la loge, le gardien de la loi, qui est d’ailleurs chargé, lors de l’admission dans ce grade de relater la légende. Cette position géographique correspond à la sephirah Hochma, la sagesse d’en haut. Symboliquement il s’agit bien là de la descente dans le « puits de la connaissance » qui mène à la vraie lumière. Le puits est vaste est profond par nature, il révèle son secret dans l’obscurité, et c’est en approfondissant qu’il se dévoile progressivement. Le caractère dramatique de la descente qui expose chacun à l’obscurité et à l’inconnu, montre qu’il est nécessaire de surmonter toute forme de peur pour accéder à la connaissance fondamentale du Principe qui est au plus profond de nous. Ce puits sans fond est assimilé à l’intériorité de chacun d’entre nous, intériorité dans laquelle il existe à la fois une obscurité et une lumière.
Le Tétragramme
Le tétragramme sacré s’inscrit au centre d’un delta. Il est composé de 4 lettres. 4 représentant le nombre de l’Emanation et de la manifestation du verbe sous son aspect substantiel. Ce tétragramme est la révélation du nom de l’éternel à Moïse au chapitre 3 de l’exode. Cependant, nommer c’est créer, donc un être limité dans le temps et dans l’espace n’a ni le pouvoir ni la capacité de nommer la Conception Suprême qui correspond à l’Absolu. Ce serait ainsi s’élever à son rang et l’égaler, ce qui ne peut être le cas pour le commun des mortels.
Le centre de l’idée
C’est dans
la 9ème voute que l’on accède au Saint des Saints qui
s’identifie au centre de l’idée. Pour définir ce centre de l’idée, il
nous faut répondre à 3 questions : Premièrement, que
désigne ce centre ? Le centre est symbolisé par un point,
lui-même immobile, autour duquel une giration elle-même représentée par
la circonférence animée par un mouvement de rotation.
Symboliquement le point est le commencement compréhensible de
l’existence, la pensée créatrice, le centre de l’idée. Principe de tous
les êtres, lumière illuminant tout ce qui vient au monde, première
lettre du tétragramme : IOD.
Deuxièmement comment concevoir l’idée ?
Sans
action, l’idée est stérile, seule la conjonction de l’idée et de l’acte
permet d’œuvrer, l’idée permettant à l’acte créateur de s’accomplir.
C’est ce cheminement nécessaire que nous devons mettre en œuvre pour
retrouver la parole perdue et rassembler ce qui est épars. Etre au
centre de l’idée c’est pour nous, avoir retrouvé l’état de simplicité
et de pureté originelle.
Enfin, pourquoi ce centre est-il souterrain ? Parce qu’il
représente l’intériorité et le secret. Le secret consiste à couvrir
notre âme pour préserver la concentration des énergies spirituelles du
contact impur des influences profanes extérieures. Son caractère caché
dans la 9ème voute signifie que la vérité qu’elle renferme
n’est plus accessible qu’à une infime minorité, dont nous faisons
maintenant partie.
La 9ème voute
En accédant à la 9ème voute, nous avons enfin accédé, au Saint des Saints, au centre de l’idée. Après avoir visité l’intérieur de la terre, en passant de porte en porte, en remontant l’arbre des séphiroth, après avoir rectifié ce qui devait être rectifié, nous avons trouvé la pierre cachée sur laquelle est gravé le nom ineffable. La forme circulaire de cette 9ème voute symbolise la perfection. Le 9 est un nombre céleste, dernier de la série unitaire des nombres, il annonce à la fois une fin et un commencement. Nombre de la plénitude, il donne la mesure de la gestation humaine. C’est le symbole de la justesse et de la perfection. Cette 9ème voute représente l’union de la terre et du ciel. Chaque voute est la découverte d’une connaissance supplémentaire, de la rigueur à la miséricorde. La 9ème est celle de la lumière, au point que nos 3 compagnons ne peuvent éteindre leurs flambeaux. C’est en voulant dépasser cette 9ème voute et franchir la 11ème porte qu’ils vont risquer être ensevelis. C’est en remontant du puits et en contemplant directement la lumière qu’ils vont pouvoir contempler la Réalité essentielle, dont ils ne percevaient auparavant que le reflet.
La 11ème porte
Symbole de la limite extrême à ne pas franchir, frontière de la connaissance humaine, face à la connaissance principielle, qui par essence est infinie. Ce nombre 11 ajoute une unité au cycle achevé du 10, il marque la démesure, ce qui n’est plus accessible au commun des mortels. C’est l’annonce du conflit, du désordre, qui exprime la lutte intérieure, la rébellion. Nombre donc à la fois perturbateur et rénovateur. C’est d’abord une impression de chaos qui nous frappe pour ce retour à l’unité principielle, à la réalité de la perfection, insoutenable pour l’entendement humain, chaos qui se produit dans l’obscurité, afin d’illustrer symboliquement une progression suivie d’une régression apparente. Au centre de l’idée, la lumière devient surnaturelle.
C’est au moment où les 3 élus renoncent au fruit de leur action qu’ils parviennent involontairement à leur fin et découvrent le seuil de l’illimité. La puissance du mot En Sofh, « Nous ne pouvons pas continuer à l’Infini » , prononcé par l’un d’eux est telle qu’elle a pour effet immédiat d’ouvrir la 11° porte avec une telle violence que les grands lampadaires s’éteignent. Et ils sont plongés soudainement dans l’obscurité, menacés de périr. L’union faisant la force ils parviennent à refermer la porte qu’ils ne devaient pas ouvrir, conscients maintenant du seuil de leur limite.
On le voit, En Sofh passe par l’anéantissement complet de l’être, car il est la représentation de la lumière infinie, qui pénètre de la périphérie vers le centre.
Ainsi sont
nées les Séphirot, le symbole du vase brisé qui orne la 11° porte est
prémonitoire : c’est le symbole de la limite à ne pas franchir
sous peine d’éclatement.
Ce vase est le contenant qui enserre l’insaisissable, et qui, par sa
brisure répand la connaissance avec toutes ses conséquences.
Pour nous,
la seule issue possible consiste donc à revenir sur nos pas vers le
point de départ, ouvrant ainsi un nouveau cycle d’expérience,
enrichi de nouvelles connaissances.
Et le cheminement initiatique se poursuit, inlassablement, pour mon
plus grand bonheur.
J’ai dit