14° #411012

La Volonté

Auteur:

F∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Les Chevaliers du Sangreal - Orient de Cognac 09/2015

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo Ab Chao
Deus meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil National de France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Trois Fois Puissant Grand Maître et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée

Il y a toujours un avant et toujours un après. Du moins le croyons-nous !

Qu’est-ce qui m’a fait frapper à la porte du 11 Place Jean Faure ?
Volonté de percer les mystères de la Franc-Maçonnerie ou pulsion naturelle vers un inconnu mystique ?
Raison ou Emotion ?

La volonté désigne le plus souvent, la faculté d’exercer un libre choix gouverné par la raison, autrement dit la faculté qu’a la raison de déterminer une action d’après des « normes » ou des principes. En cela, elle s’oppose à la spontanéité du désir, ou aux « instincts naturels », dont la réalisation ne fait appel à aucune délibération. Raison et émotion s’opposent. La volonté est ainsi l’expression du libre arbitre chez un sujet, par exemple entre ses désirs actuels et ses souhaits futurs. Le mot désigne aussi la manifestation de la capacité que nous avons de choisir par nous-même, sans coercition particulière.

Déjà, au XIIIe siècle, de nombreux penseurs médiévaux dont Thomas d’Aquin, envisageaient la volonté comme un « appétit intellectuel ». C’est donc le rôle du parrain que d’aller « ressentir » cette soif de connaissance chez le profane, mais c’est de sa propre et libre volonté que ce dernier entrera dans le cabinet de réflexion.

Au premier degré, je dois « vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie. ». Cette phrase, tirée du rituel de l’apprenti résument la raison de notre admission en franc-maçonnerie. La Maçonnerie, c’est l’art de bâtir en soi-même un nouvel homme dans lequel s’épanouiront les vertus, et où les vices disparaitront en fonction inverse du développement des premières. Nous sommes les héritiers de la doctrine des sages, les dignes enfants de la Lumière. Ce privilège requiert un engagement préalable de la volonté et des exigences de discipline du corps, de la parole et de l’esprit. Creuser des cachots aux vices et élever des temples à la vertu, préférer en toutes choses la Justice et la Vérité, avancer dans la voie de la Sagesse et de la Connaissance, tels sont les principes fondamentaux qui expriment le sens et le bienfondé de l’Ordre maçonnique dont le but est de contribuer au perfectionnement moral, spirituel et intellectuel de l’humanité. Améliorer le monde, devenir cette Etoile Flamboyante, symbole de l’idéal auquel doit aspirer tout initié, voilà notre Compagnon au 2ème degré placé entre le ciel et la terre. Il est l’interprète de la volonté Divine, mais il en est seulement l’interprète. Il est soumis à une volonté extérieure, à une règle divine qu’il s’applique rigoureusement, à la mission que le créateur lui a confiée, aux lois du Monde dont il cherche à percer le sens caché.

Notre liberté de choix vient de la conjugaison de la volonté avec la connaissance. Dans ses Méditations Métaphysiques, Descartes nous explique qu’autant notre entendement est limité, dans le sens de « pouvoir de connaitre », autant notre volonté semble absolue et infinie, dans le sens de « pouvoir de choisir ». Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : c’est la grandeur de la volonté, « me faire connaitre que je porte l’image et la ressemblance de Dieu » car la volonté de Dieu n’est pas plus grande que la mienne, elle reste celle du pouvoir de faire ou de ne pas faire, mais pour l’homme, dans ses propres limites, bien sur.

Devenu Maître, l’initié prend conscience que sa recherche devient intérieure, personnelle, qu’il devient le centre de sa propre recherche, qu’aucune vérité n’est imposée, que c’est à lui de la trouver. Pour Descartes comme pour Kant d’ailleurs, la volonté est une faculté proprement humaine, puisqu’elle transcende les tendances naturelles de l’homme et lui permet de se gouverner librement. La prise de conscience de cette quête de vérité va amener le Maître à chercher à éclairer les hommes pour les rendre meilleurs, à répandre la lumière et rassembler ce qui est épars : c’est la volonté de transmettre qui va s’imposer à lui.

Cependant, pour agir librement, il faut que l’homme soit capable de déterminer de manière autonome ses actions, non pas en obéissant nécessairement à ses inclinations naturelles, mais d’après la représentation d’une loi ou d’un principe établi par sa seule raison. L’existence même de la volonté nous renvoie à la question de l’existence ou non de notre libre arbitre. Et l’on peut se poser la question : les choix que nous prenons pour des choix volontaires sont-ils en réalité déterminés par des causes dont nous n’avons pas conscience ?

Continuons notre cheminement dans les rituels :

Le Maitre Secret, lui, a un devoir et une devise :

« Le devoir au 4ème degré est d’organiser l’ordre en soi et hors de soi. Nous sommes dans un Ordre, notre juridiction est la représentation du Saint Empire, lui-même transposition terrestre de l’ordre cosmique, Ordre que nous avons le devoir de faire vivre afin de contribuer à l’union, le bonheur, le progrès et le bien-être de l’humanité. ». Je ne suis libre que si je veux le Bien pour le Bien. Cette volonté ne peut donc être qu’une volonté d’agir par devoir.

La devise est de : « garder le secret, être obéissant et rester fidèle. Que la volonté de Dieu soit faite ! ». Non pas un abandon fataliste à un destin aveugle, mais une soumission confiante à celui qui a un plan de bonheur pour ses enfants, une soumission active, militante à la volonté de Dieu révélée dans sa Parole. C’est la volonté de l’Etre qui nous fait être afin de ne rien perdre de ce qui nous fait vivre, même la souffrance et la mort. C’est l’Ego qui se fond dans le Soi. C’est donc une attitude de recherche de ce qu’est l’Etre et l’acceptation de ce qu’il est différent dans son sens de l’Ego. Ce n’est pas l’Etre qui dirige l’Ego, c’est l’Ego qui accepte de se fondre dans l’Etre. La volonté de Dieu est une volonté pure, détachée de tout mobile et de toute motivation extérieure possible. C’est l’expression de la liberté absolue, celle qui intègre le concept de volonté ou « vouloir-vivre », défini par Schopenhauer, qui désigne la force « initiale et inconditionnée » celle qui est à l’origine du monde phénoménal. C’est « la seule expression vraie de la plus intime essence du monde. Tout aspire et s’efforce à l’existence, c’est-à-dire la Vie, et, une fois éclose, à son plus grand essor possible. ». C’est une force, une puissance, un principe, que rien ne peut modifier, contre laquelle on ne peut lutter.

Le sens du devoir jusqu’au sacrifice, à l’exemple d’Hiram, la mort volontaire de notre Ego, sans tricher, afin d’être en accord avec nous-mêmes dans une démarche cohérente. Considéré ainsi, le devoir, impératif comme le destin, inéluctable comme la fatalité, n’est pas une contrainte, mais la continuité logique d’un choix volontaire par lequel s’affirme toute volonté spirituelle pour la libération de l’être.

A travers le concept de Grand Architecte de l’Univers, la franc-maçonnerie réconcilie la foi et la raison, la matière et l’esprit, la religion révélée et la religion naturelle, en accordant les contraires, en les harmonisant par une démarche initiatique « unifiante ». Le Grand Architecte de l’Univers représente un Principe supérieur qui n’exige aucun crédo, immanent et transcendant à la fois, c’est un principe de vie créateur et organisateur qui régit le monde manifesté.

Nous voici maintenant au 12ème degré, celui où le Grand Maitre Architecte travaille dans la Boulomie ou Archi-Loge, et où il affirme « je veux et je construis », où nous passons du devoir au vouloir. C’est le degré de la maîtrise de la volonté.

La volonté créatrice est reconnue comme légitime, le « moi-je » comme producteur de sens. Cet endroit est propice à l’esprit volontaire. C’est là que l’on est le plus assuré d’accomplir au mieux sa tâche. La Boulomie est au-delà du terrestre, elle se trouve au fond de nous-mêmes, en liaison avec l’univers. La Boulomie est hors de l’espace et du temps, c’est un lieu sacré.

Vouloir, c’est « oser vouloir » mieux se connaitre pour espérer accéder à Sa Vérité. Vouloir, c’est fournir l’effort nécessaire d’attention et de compréhension. C’est aussi s’exercer à la logique pour tendre vers la connaissance en dépassant ses limites. Vouloir implique intention, passage à l’acte, détermination, ténacité, persistance, constance, force de caractère, dans le sens de vertu morale. Fort de ses connaissances et de sa volonté, le Grand Maître Architecte modèle l’espace, la materia prima de la manifestation. Il extrait le subtil de l’épais, il organise, il crée l’ordre.

De la sensation première va découler l’idée qui devra aboutir à la construction. Construction de soi certes, mais également en cohérence avec l’autre. Il construit les ponts entre le visible et l’invisible, il est l’organisateur du savoir, il est l’encyclopédie par excellence, sa fonction s’exerce partout et sur tous les plans. Au 12ème degré, la pleine lumière est revenue et avec elle le travail d’introspection signalé par le voile ne suffit plus. Il faut oeuvrer à l’extérieur tout en ne perdant jamais de vue sa propre construction intérieure. La boulomie est le temple intérieur de chacun de nous, dont le centre est le cœur qui doit devenir rayonnant. La volonté est de coordonner les forces physiques, morales et spirituelles du cherchant.
Construire pour soi certes, mais dans la perspective de l’autre et avec l’autre.

Enfin, pour le Grand Elu de la Voûte Sacrée, 14ème degré, le fait de dire « Je suis ce que je suis », c’est affirmer son existence en tant que possibilité de la manifestation ultime, c’est à dire être conscient de sa propre dualité : son être empirique et son être véritable. La prise de conscience de cette double identité amène une réflexion ontologique très importante, qui permet de dire que l’homme créé à l’image du principe est son reflet, ou tout au moins, a pour volonté de s’efforcer de devenir son reflet. En effet, le Maître Maçon qui arrive au terme du cycle de Perfection doit savoir que s’il devient un Maître Parfait c’est parce qu’il a la révélation de la Connaissance de son Soi, de connaître son essence, c’est à dire qu’il a trouvé sa véritable identité.

En effet, la vie de Guibulum dans la légende du cycle de perfection, démontre que l’homme peut atteindre les sommets spirituels s’il accomplit avec zèle ses devoirs sans attendre de récompenses. A partir de sa conscience purement humaine, complétée par son expérience initiatique personnelle, il va acquérir une identité spirituelle et prendre conscience de son association étroite avec le Grand Architecte de l’Univers et ce grâce à la découverte de son Nom et de l’ouverture de la onzième porte. La voie du perfectionnement n’est pas d’être en tous points « parfait » mais d’être parfaitement vivant en tout point. « Je suis ce que suis ».

La Kabale nous dit que la Volonté est la première des créations de Dieu, car « Dieu par définition ne veut rien. Ainsi, pour sortir de sa sphère infinie, il a créér la volonté pour créer le monde ». Suivant la loi d’analogie qui fonde la démarche maçonnique et qui nous pousse tous à chercher l’idée sous le symbole, cette volonté de Dieu, cette volonté créatrice, se placerait comme un prolongement de notre être qui, sorti de sa condition de simple individu par l’initiation, se découvrirait alors en puissance comme un médiateur des différents plans céleste et terrestre, plaçant ainsi cet homme initié en son centre, sur la voie de sa réalisation, pour en faire un homme relié.

La tradition nous parle d’un homme universel, en adéquation avec les lois qui ordonnent le monde. C’est en partie cette formidable quête que nous propose la franc-maçonnerie à travers ses rituels, du 1er au 14ème degré, nous éveiller à ce que nous sommes et au « connais-toi toi-même » que nous suggère le V.I.T.R.I.O.L. dès notre mort symbolique. Cette mort, sans retour à la vie profane, qui nous a tous conduits à la renaissance à un autre monde, si proche du Chaos originel. Ainsi purifiés, innocents et vierges de tous métaux, notre Volonté nous conduit vers le centre de nous-mêmes, là où, comme le dit Hermes Trismegiste « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose. ».

J’ai dit

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