14° #411012

Grace à mes compagnons

Auteur:

J∴ L∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Trois Fois Puissant Grand Maître et vous tous mes Frères Grands Élus Parfait et Sublimes Maçons,

L’histoire que je vais vous raconter, mes frères, vous la connaissez tous, encore qu’il en existe au moins deux versions, mais c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour traiter le sujet qui m’a été donné:  » Grâce à mes Compagnons, j’ai pu accéder au lieu le plus sacré de la terre.  »

L’histoire mythique met en scène Guibulum et ses deux amis.

Guibulum était le confident du Roi Salomon, Stolkin était un favoris, quant à Johaben il était lui le plus dévoué des favoris du Roi.

Tous trois avaient demandé à être admis dans le lieu où se réunissaient Salomon, Hiram Roi de Tyr et Hiram l’Architecte, mais ce dernier étant mort l’accès n’avait pu leur être donné. Après bien des aventures qui auraient pu se terminer très mal pour Johaben notamment, ils poursuivaient leur quête de la Parole perdue. Tous trois étaient très conscient de la chance inouïe qui leur fut donnée d’être admis dans l’entourage du Roi. Ils s’interrogeaient sur ce qui leur valait un si grand privilège et sur leurs capacités à retrouver cette Parole. En avaient-ils les moyens ? La cherchaient-ils vraiment ?

A quelque temps de là, Salomon désireux de récupérer dans les décombres les choses les plus précieuses pour dédier le Temple les envoya fouiller. Guibulum par hasard accrocha de sa pioche un anneau fixé à une énorme pierre cubique. Il appela ses compagnons, ensemble ils levèrent la pierre et découvrirent une excavation très profonde dans laquelle aucun n’osait se risquer.

Dans un travail précédent j’ai eu l’occasion de rencontrer Johaben; personnalité parcellaire, auquel je me suis, pour une part, identifié tant sa naïveté, son impulsivité, sa fougue mais aussi son dévouement produisaient en moi des échos familiers. Aussi je n’excluais pas que tel un héros intrépide il se précipite vers cet inconnu à la découverte d’un fabuleux trésor en laissant là ses compagnons! Au lieu de cela c’est Guibulum qui après avoir hésité se lance, non sans avoir préalablement pris un maximum de précautions et donné des consignes précises. En dépit de ces précautions; par trois fois après avoir atteint la troisième , la sixième arche puis la neuvième il remontera; la peur ne l’ayant pas quitté et ce n’est qu’après la troisième tentative de sa part qu’il parviendra à convaincre ses compagnons de le suivre.

Que peut-on déduire de cette équipée souterraine ? Et quel sens donné à ce qui a été découvert ? Est-ce la Parole perdue qui a été découverte ou autre chose ?

Jusque là, c’est à dire jusqu’au 12° Johaben et ses compagnons étaient certes dans la quête de la Parole, mais ils s’inscrivaient principalement dans une démarche volontariste de construction. Ils évoluaient dans le monde matériel et aspiraient à aller au delà, à être admis dans ce lieu particulier où se réunissaient Salomon et ses amis.

Qu’ont-ils trouvé ? Le nom ineffable et imprononçable ? La connaissance ? Et si oui qu’elle connaissance ? Pourquoi Johaben n’est-il pas descendu le premier, se contentant d’assurer la progression difficile de Guibulum et de l’extérieur ?

Que signifie ce mythe et les mythes en général ? En quoi éclairent-ils ma propre quête ? Existent-ils pour m’apporter des réponses aux questions non résolues ou pour entretenir ma réflexion et le doute créatif ? Est-ce que je cherche des réponses ou est-ce que je cherche les bonnes questions qui stimulent mes efforts ? Que m’apporterait la Connaissance si je la possédais ? Est-elle de ce monde ? Donnerait-elle sens à ma vie ? Et que faire ensuite ? Quel serait le moteur ? D’autre part pour quelle finalité conduirait-on une recherche s’il existe une certitude de ne pas trouver ?

Longtemps j’ai peiné a entrer dans ce sujet. Et puis je me suis souvenu que tout en maçonnerie et les mythes en particulier ne parlent que d’une chose; de nous, de chacun de nous.

J’ai donc décidé, ne sachant si je présenterai ce travail un jour, de poursuivre l’étude de ce mythe en essayant de ne pas trop m’écarter du sujet dans lequel j’avais bien repéré deux parties essentielles, l’une  » Grâce à mes Compagnons  » ; autrement dit qu’en est-il pour moi de la fraternité maçonnique ? L’autre  » j’ai pu accéder au lieu le plus sacré de la terre  » autrement dit à la connaissance avec un petit c; c’est à dire à ma connaissance ou du moins m’en approcher. J’ai enfin compris qu’il me fallait d’abord et avant tout accepter. En effet, je ne suis pas le Héros Guibulum, (dans la 2ième version ce personnage est un Mage de haut rang un grand initié) je suis plutôt Johaben le dévoué, le simple, l’affectif qui prend des risques in calculés, mais je suis aussi ce même Johaben qui hésite, qui a peur qui préfère attendre tout en assurant son compagnon et qui finira par descendre derrière lui.

Hors du Temple, dans le monde profane, l’amitié procède de choix réciproques et d’affinités mutuelles. En maçonnerie, la Fraternité qui ne saurait être confondue avec l’amitié résulte de notre appartenance commune à un Ordre, comme sont indissociables les maillons d’une même chaîne. La Fraternité est nécessaire, ou tout au moins un compagnonnage bien compris. Ce terme de Compagnon qui vient du latin Cum Panis qui veut dire : partager le pain avec l’autre a donné le verbe Accompagner, qui induit un autre sens : marcher avec, se joindre à quelqu’un pour aller où il va et non où l’on voudrait qu’il aille, pour veiller sur lui, le soutenir et lui permettre de donner sens à sa démarche dans le respect et sans ostentation.

La Fraternité ou le compagnonnage diffèrent de l’amitié qui elle procède des sentiments. Se sont des valeurs de convention. On ne les reçoit pas de nature, se sont des décisions, des choix, mais tout comme les sentiments il convient de les nourrir de les consolider en permanence. Le ciment de cette construction repose sur l’amour ou à tout le moins le Respect et la Confiance.  » L’absence d’amour, vous savez, ça finit par prendre beaucoup de place !  » Nous avons vis à vis de nos Frères et nos Frères vis à vis de nous un devoir d’écoute bienveillante, sans passion ni préjugé, de parole maîtrisée, d’accompagnement sur le chemin. Mais pour autant Tolérance n’est pas complaisance, Liberté n’est pas laxisme et Bienveillance n’est pas aveuglement.

Cet accompagnement peut prendre bien des formes y compris le choix d’un sujet de travail donné à un Frère et dont on sait qu’il est susceptible de le faire réfléchir et donc progresser. Pour ma part c’est cette Fraternité là, ce compagnonnage qui m’intéresse, que je suis venu chercher en maçonnerie et que j’ai trouvé. Je n’ai rien à faire des donneurs de leçons que l’on peut rencontrer ici et là et qui eux savent, qui détiennent la Vérité. Ce petit monde bien rangé qu’ils me proposent correspond assez peu à mon désordre intérieur. Or il est bien difficile de s’oublier soi-même dans la relation. Pour atteindre la Perfection et la Parole perdue,  » il faudrait qu’il y ait en moi encore plus de rien, encore plus de vide, qu’il y ait réellement de la place en moi pour pouvoir l’accueillir. » Je veux être un Cherchant pas un Sachant tant je suis convaincu que la Vérité n’est pas de ce monde, mais en ais-je les moyens ?

L’absence de Fraternité ne se réduit pas toujours à un phénomène extérieur imputable aux autres, elle est souvent de notre propre fait. Il est si facile et commode de ne compter que sur les autres pour prendre en charge nos besoins, apaiser nos craintes et nous protéger de nos peurs.  » La pire des solitudes n’est pas d’être seul, c’est d’être un compagnon épouvantable pour soi même ou de s’ennuyer en sa propre compagnie.  » écrit J Salomé

Il faut accepter de faire confiance à nos propres ressources. Oser prendre le ou les chemins qui sont les nôtres pour accéder au meilleur de nous même. Oser entreprendre cette équipée souterraine, franchir une à une les Arches même s’il est difficile, d’affronter enfin , ne serait-ce qu’un instant en face cette Grande lumière sans source et en présence de soi même.

C’est notre volonté et notre liberté qui vont nous permettre de faire ce choix: faire un pas de plus, ou ne pas le faire, affronter ou pas l’obscurité en nous, le chaos intérieur ou se contenter du chemin parcouru et des pseudo-assurances acquises. Nous avons la liberté de passer ou ne pas passer, descendre ou ne pas descendre… Finalement, porter ce sautoir autour du cou, comme j’ai pu le lire c’est être disponible, disponible au monde, à autrui et à soi même. C’est l’engagement que nous avons pris. C’est aussi être disponible à la nouveauté, à la prise de risque, à la divine surprise, à l’amour, à la souffrance et à la peine. Décider d’arrêter cette progression reviendrait à décider de se priver de ce qui fait la vie et donc d’une certaine manière décider de mourir.  » Les hommes souvent meurent, bien plus tôt qu’on ne les enterrent.  » Il faut donc descendre, mais en étant assuré par ses compagnons.

Descendre, prendre le risque, pour, comme Gibulum, accéder d’abord à la troisième voute, puis s’arrêter avant de pénétrer dans une nouvelle dimension, reprendre sa route s’arrêter à nouveau pour finalement éclairer à l’aide d’un flambeau accéder à la neuvième arche celle où brille la Grande lumière est la seule voie possible.

Mais je ne suis qu’un ouvrier. En moi existent peut être des potentialités, un désir sincère d’apprendre mais peu de savoir. Ce savoir, cette connaissance avec un petit c je l’ai découvert peu à peu en passant d’une Arche à l’autre avec mes compagnons car l’entraide est indispensable pour progresser. Sans eux je n’aurais que mon zèle et ma constance autrement dit peu de choses.

Arrivé à la neuvième Arche, j’ai enfin pu apercevoir de loin la pierre triangulaire où était tracé en lettre d’or le mot sacré ; quatre signes ou lettres que je ne pouvait qu’épeler et qu’il m’a été interdit de lire. Mes compagnons m’entouraient. Ensemble nous avons fait le geste d’admiration en élevant nos mains, puis nous sommes tombés à genoux une main protégeant nos yeux de la trop grande lumière, l’autre dans le dos. Nous nous sommes aidés tous les trois pour nous relever et sommes remontés.

Ce trésor fabuleux que nous étions venu chercher l’avions nous trouvé? Était-ce cette pierre d’agate triangulaire, ce Delta resplendissant ? Était-ce le mot ineffable, s’agissait-il de la Parole perdue ? Ne sachant pas vraiment ce que je cherchais, comment savoir si j’avais trouvé ?

Dans cette neuvième arche d’abord secrète, puis sacrée avant d’être Arche Royale j’ai eu la sensation au contact de la Grande lumière d’avoir approché ne serait-ce qu’un instant la Connaissance avec un grand C mais celle-ci m’est inaccessible car il faudrait pousser d’autres portes et je n’en ai pas les moyens car en tant qu’homme je suis un être fini. Comment pourrais-je appréhender l’infini ? J’ai eu aussi la sensation d’avoir approché la connaissance, ma connaissance, et là je peut; du moins je l’espère, encore progresser à condition d’accepter, de refaire encore et encore le chemin, de descendre dans le puits obscur et de passer une à une les neuf Arches en levant les pieds et en baissant la tête.

Si Enoch a construit neuf voûtes c’est que le trésor devait être bien caché,et que l’accès à la connaissance se gagne et se mérite. Elle ne peut être divulguée à n’importe qui et c’est pourquoi Salomon le Sage, avant de nous inciter à chercher a d’abord fait obstruer le passage. Alors ai-je trouvé la Parole perdue ? Non Ai-je trouvé avec le Tétragramme le sens du divin ? Non Ai-je trouvé une voie d’accès à la Connaissance ? Surement. Me suis-je trouvé ? Peut être , en tous cas j’ai commencé.

Vous aurez noté mes Frères que j’ai pris appui et références dans ce travail exclusivement sur la version la plus ancienne de la Légende, laissant volontairement de coté la deuxième version beaucoup plus récente puisqu’elle date de la fin du XIXe siècle et fut introduite, semble t-il par les occultistes. Dans cette version les références à la Kabbale sont nombreuses et mes connaissances en la matière très insuffisantes pour que j’en fasse état. Par ailleurs mon propos ne se réduisait pas une analyse exhaustive du mythe. Toute fois dans la version des Mages, il apparaît clairement que leur pèlerinage extérieur sur l’emplacement du Temple se transforme en pèlerinage intérieur lorsqu’ils découvrent le puits et son secret. Le franchissement des dix portes figure la progression des Séphiroths, c’est à dire le chemin parcouru par l’initié, la voie qui va l’emmener vers la libération intérieure.

Alors pour conclure je dirais revenant à l’énoncé de mon sujet que l’endroit le plus sacré pour moi c’est mon cœur. J’ai tenté de vous dire ce que j’y ai trouvé. De la même manière je vous dirai que pour moi les lettres du tétragramme que je ne peut qu’épeler sont celles de la fraternité et de l’amour. Personne ne parvient à se connaître dans la hâte, chacun a son rythme et c’est une attente active et très profonde que la notre qui demande une patience infinie. C’est un vrai combat contre le doute et la peur, contre l’obscurité avant de découvrir la neuvième voûte, et à l’intérieur le trésor annoncé dés le cabinet de réflexion par l’acronyme VITRIOL. Peu à peu l’obscurité disparaît, puis une lumière apparaît d’abord faible avant que n’apparaisse la Grande lumière sans source. Il n’y a là ni flamme ni lampe qui brûle ni soleil ni lune. C’est une lumière comparable à celle du matin lorsque la nuit a disparu et que le soleil n’est pas encore levé. Les Hindous appellent cette heure de prière Sandhya qui signifie lumière sans source.

Quand j’irais à l’intérieur de la neuvième arche Royale, et je devrais y aller souvent, je parviendrais avec mes compagnons à cette Grande lumière. Peut être alors en sa présence et avec l’aide de mes compagnons commencerai-je à comprendre, à savoir qui je suis. Sans doute sommes nous chacun d’entre nous cette lumière ineffable, cette demeure pour le divin, cette Santhia, cette pure clarté.

Derrière cette pierre cubique munie d’un anneau, au bout de cette traversée des neuf arches, tombons à genoux et tendons nos mains ouvertes vers ce triangle, ce fabuleux trésor qu’est le Tétragramme. Dans l’intériorité de chacun d’entre nous, existe obscurité et lumière. La couronne est destinée au vainqueur de son palais intérieur. YOD HE VAV HE.

J’ai dit Trois Fois Puissant Grand Maître et vous tous mes Frères

Bibliographie
-Rituels du 4° au 14° du Rite Écossais Ancien et Accepté
-Rituels des Loges Bleu Rite Écossais Ancien et Accepté, Grande Loge de France.
-La Bible par Louis Segond
-Manuel maçonnique du Rite Ecossais Ancien et Accepté de Roger Bongard Edt: Dervy
-La Symbolique de la Loge de Perfection de Raoul Berteaux Edt.Edimaf
-Symbolique des Grades de Perfection et des Ordres de Sagesse de Irène Mainguy Edt. Dervy
-Points de Vue Initiatiques N°128, 151 et 155 Grande Loge de France
-Sites Internet

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