14° #411012

J’ai contracté une alliance avec la vertu et les hommes vertueux

Auteur:

H∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Décortiquons cette citation qui constitue la réponse à la question « quel engagement avez vous contracté lorsque vous avez été fait Grand Elu ? ». Pourquoi s’exprimer au passé ? Parce que qu’elle achève un cycle commencé au 1er degré et dans lequel je me suis volontairement engagé, encore jeune, fougueux, pas toujours conscient de mes actes, comme Johaben. Pour autant, le 1er degré est explicite sur le but : « travailler à notre amélioration », « régler ses inclinaisons », « ne concevoir que des idées d’honneur et de vertu », « fuir le vice et pratiquer la Vertu ». La Vertu est donc un guide, un fils conducteur. Pas un rituel, pas une instruction qui n’y fait pas référence. A l’opposé des valeurs qui évoluent selon les civilisations et l’éducation, les vertus restent universelles. De même, si nos devoirs définissent ce que nous devons faire, les vertus nous invitent à réfléchir sur ce que nous devons être pour nous rendre meilleur et plus humain.

Mais comment un Franc Maçon doit il pratiquer la Vertu ? « En préférant à toutes choses la Justice et la Vérité ». Cependant, à ce stade, au 1er degré, nous n’avons qu’une appréhension incomplète pour ne pas dire erronée de ces notions.

Revenons à notre citation. Qu’ai je contracté déjà depuis le 4ème degré ? Un contrat ? Non, une Alliance ! « Quitte ton pays ! Lehr Lehra ! Va vers toi ! ». Ce sont par ces mots que Dieu scella son alliance avec Abraham. De fait, il me semble que l’Alliance est autant une découverte, une quête de cette Vérité, du sens de ma vie qu’une union. Par la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue, je le vis comme un voyage, à la découverte des moyens pour améliorer mes rapports à soi, aux autres et au monde. C’est une rencontre avec la Vérité, avec ce que je suis et avec ce qui me qualifie c’est à dire avec ma Vertu. Ici, Alliance et vertu se rejoignent dans une même dynamique qu’entraine la recherche de la Vérité et l’entrée dans la légende salomonienne de la construction du Temple.

A quoi sert donc un Temple ? A unir le ciel et la terre, le fini et l’infini. Et le 12ème degré nous indique clairement que l’Homme, nous tous, sommes ce Temple. A travers la symbolique de son édification, c’est bien la recherche de la vérité, de notre nature, de notre Vertu, qui peut se réaliser progressivement en chacun, en nous, en moi, par la construction et le développement de nos qualités humaines c’est à dire de de nos vertus.

Lorsque jeune, je pratiquai le karaté Shotokai, on m’enseignait que le combat ne visait qu’à transformer nos énergies négatives et être en harmonie avec l’adversaire. Si, à l’époque je me trompais d’adversaire, l’épreuve du miroir m’a permis clairement de l’identifier. Mais ce n’est qu’en revivant la mort d’Hiram, que j’ai pu traverser ce miroir pour rencontrer des personnages divers parfois ambigus qui reflètent ma nature dans toute sa complexité. Et cette nature, le rite me la fait progressivement découvrir par moi même et autant par mes succès que par mes erreurs ou mes errements.

Ainsi, les 2er degrés d’Elus m’ont permis d’accepter ma nature dans toutes ses facettes et dans ses aspects les plus beaux comme les plus sombres. Mais à travers le degré de Sublime Chevalier Elu, j’ai compris que mes énergies négatives ne sont en réalités que des potentialités. Potentialités que je dois ordonner et transformer en des vertus propres à m’élever en les mettant au service d’un principe ou d’une idée qui me dépasse.

Au 12ème degré, le temple est achevé. J’ai relevé les plans. Je sais peut être me construire mais, cela reste sans vie. J’essaye dans mon quotidien, d’être, tant faire ce peu, un homme de devoirs guidé par la vertu mais cela ne fait pas toujours sens et parfois je doute : à quoi bon être vertueux ? Il me manque donc l’essentiel, l’étincelle, le principe qui doit m’animer.

C’est au plus profond de moi, de la Voute Sacrée, moment le plus intense vécu avec la Caverne du 9ème degré, que je me retrouve une fois encore devant un miroir, face à ce que je suis, face à ma nature, face à ma Vertu, face à des lettres. Ces lettres : je pourrai les prononcer, mais je ne le dois pas. Pourquoi ? Pourquoi ne puis je pas verbaliser enfin ce qui m’a pris tant d’efforts à découvrir ? Certes, je suis dans l’intériorité et l’intime par essence indicibles et inexprimables. Et il me faut éviter de révéler ce mystère qui dès lors viendrait interrompre la quête. Mais, ne prenant pas le mot pour l’idée, je dois vous l’avouer : cela suscite en moi plus d’interrogations que de réponses. Ais je bien compris ce que je suis et ce que cela implique ? Ne puis je être que cela, que ce que je suis ? Ne me manque t-il pas autre chose ? Est ce parce que le véritable ouvrage n’est pas construit ? En définitive, est ce seulement en moi et uniquement pour moi, dans le Temple, que doit résonner le Nom ? Ou au delà de moi peut être dans une autre dimension, un nouvel espace encore inconnu ?

Ici, un cycle se termine. Un autre se prépare. Quelle direction empruntée ? Deux voies me sont proposées. D’abord, celle de la chute de Salomon qui ne voit dans le Temple que sa toute puissance. Preuve que l’alliance avec la vertu est avant tout une voie de l’humilité : « la roche tarpéienne n’est elle pas près du capitole ? ». Puis celle du sacrifice de Galaad qui me pose question. Dois je rester au service du Temple à l’instar du chef des Lévites ? Que servir ? Quel est l’essentiel : le Nom et le Temple ou leur message ? Ces deux voies sont pour moi des impasses qui m’invitent donc à réfléchir à un autre plan que symbolise l’heure d’ouverture des travaux au 14ème degré.

Ainsi, le 14eme degré met l’accent sur une autre dimension consistant en une alliance avec les hommes vertueux. La symbolique de la chaîne portée par le Trois Fois Puissant Grand Maître s’inscrit dans cette perspective. Symbolisant les 77 mois soit les 7 années de la construction du temple, elle me suggère que je ne suis plus appelé à édifier un Temple mais une chaîne, une alliance. Ce qui me réunit aux Grands Élus, ce n’est pas le Temple, mais la Vertu. C’est ici que l’alliance avec les hommes vertueux prend tout son sens. Nous sommes en résonnance parce que nous partageons une quête, un destin commun qui est de servir nos semblables et d’être un trait d’union.

L’alliance avec la vertu m’a certes ouvert l’esprit sur ce que je suis et sur ce qui m’habite. Mais, je ne peux plus être seulement que cela. Si je reste enfermé sur ce que je suis, dans mon Temple, je ne sers que moi-même et suis la voie d’un Galaad.

Dans son ouvrage « la symbolique du corps humain », Annick de Souzenelle souligne que, pour progresser, nous devons nous appuyer sur des béquilles. Mais pour aller plus loin, il est nécessaire de nous en séparer. Tout comme Hiram, le Temple est une béquille, une matrice qui a réalisé sa fonction. Il m’a permis de révéler mes vertus, ce qui doit fonder mes pensées, mes paroles et mes actes et de découvrir ma Vertu. Je n’en ai donc plus besoin. Il peut être détruit pour mieux me permettre de le dépasser, de le quitter pour entamer la quête de cette autre dimension de moi même.

A travers la destruction du Temple, Le 14ème degré rejoint bien le 3ème dans la symbolique de la « mort à soi ». Pour autant il s’en distingue. Il s’agit, non plus de renaître à soi, mais aux autres. « L’alliance avec la vertu et les hommes vertueux » prend une nouvelle signification. Elle évolue du « va vers toi » à un « va vers l’autre ». Se pourrait il qu’autrui soit cette dimension de moi même et dont il me faudra comprendre sa nature, sa vertu et son mystère autant que les miens ? Un, le tout !

C’est dans ce sens que je vis la dispersion des Grands Elus. Déjà, par la recherche des meurtriers au pays de Gath, le 10ème degré a fait émerger chez moi l’idée, que la rencontre avec l’autre est un départ en terre étrangère. Mais nous étions alors 15, protégés par le mandat de Salomon. Alors que je dois partir de Jérusalem, sans Salomon, ni Temple, ni but précis, comment vais je demain le vivre ? Ce sera certainement difficile, parfois même dur car comme toutes les ruptures et tous les deuils que j’ai vécus et que je vivrai encore, cela risque d’éprouver mes convictions. Mais cela est impératif. Sans ces interrogations, parfois dérangeantes, mes convictions se figeraient en certitudes, en dogmes, en idoles.

Mais vers quoi ce nouveau voyage va t’il me conduire ? Je l’ignore, mais je tente de l’imaginer. Peut être au deuil de ce que je suis ? Peut être, à l’apprentissage de l’autre, le totalement autre, le barbare c’est à dire selon l’étymologie, le différent de soi ? Peut être encore à une nouvelle matrice « initiante » et que je devrais ensuite dépasser comme Hiram, Salomon, le Temple et les béquilles de toute nature. Bref, autant de questions qui me font dire que mon travail est loin, très loin d’être terminé.

J’ai dit.

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