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#411012
La Voûte sacrée
A∴ B∴
En préambule
Cette Planche est présentée alors que nous venons de recevoir trois nouveaux Grands Elus, Parfaits, et Sublimes Maçons sous la Voûte sacrée. La légende et l’instruction du grade venant d’être énoncées je vous fais grâce de trop de citations explicatives qui alourdissent la Planche, pour concentrer mon propos sur la réflexion induite.
Trois Fois Puissant Grand Maître et vous tous mes Frères,
Alors que dans le Saint des Saints le Grand prêtre profère à haute voix le Nom sacré, à l’extérieur le peuple fait grand bruit afin qu’il ne soit entendu que de ceux qui ont le droit de l’entendre, de crainte d’être frappé de mort.
Le vacarme que nous entretenons parfois dans nos têtes nous empêche-t-il également de percevoir le murmure de l’esprit ? La Vérité se révèle-t-elle avec fracas ou bien est-elle un souffle seulement perceptible lorsque nous nous mettons en état de l’entendre ?
Nous sommes, je l’espère, en état de l’entendre alors que s’achève la légende salomonienne et que nous sommes autorisés à contempler les mystères du Nom sacré.
Tout aussi craintivement que Guibulum, Johaben et Stolkin je remarque que deux versions légendaires sont indiquées dans le livret d’instruction des 13ème et 14ème degré. Elles obligent l’une et l’autre à une descente du 12ème degré vers le 13ème degré. Dans la première légende il convient de soulever une pierre munie d’un anneau pour accéder à différentes voûtes. Dans la version dite des Trois Mages des portes dissimulées donnent accès à des marches et paliers qui s’enfoncent dans le sol. Certaines portes ne s’ouvrant que lorsque qu’un mot particulier est prononcé.
Cette exploration perturbe les voyageurs qui passent de la surprise à la frayeur et qui les laisse enfin dans une profonde méditation.
Qu’il s’agisse de portes ou de cavités, nous quittons symboliquement un plan pour accéder à un autre et cela depuis que nous avons demandé à devenir Maçon.
Les voyageurs sont passés de la Voûte étoilée à la Voûte sacrée, du macrocosme au microcosme, comme il est d’usage au Rite Ecossais Ancien et Accepté où, depuis notre initiation, la démarche introspective est privilégiée.
Nous nous sommes engagés sur le chemin de la perfectibilité dans les deux axes désignés par les mots immanence et transcendance. Cette démarche doit être sereine mais il arrive que nous devions nous établir fermement sur nos voûtes plantaires quand un orage se déchaîne dans nos voûtes crâniennes et que la voûte palatine nous permet de former des sons, des mots qui sont les échos de nos émotions.
A propos de bruit, le tumulte produit par les enfants d’Israël détourne leur attention et leur évite momentanément de réfléchir à quelques incongruités dans la description des lieux sacrés.
Je relève en effet que la voûte est située sous le sanctuaire du Temple près duquel pousse un buisson qui est ardent mais que celui-ci est lui-même situé à Joppé bien loin du Temple de Salomon, que l’endroit est au milieu de gravas. Et que ce sont des gravas qui dissimulent le bien le plus précieux des Hébreux !
Me faut-il comprendre que les éclats de dégrossissage de la pierre brute se retrouvent ici ?
Il me faut donc passer au plan symbolique pour aborder toutes ces informations qui montrent bien que tout est perfectible. Mais s’agit-il des Rituels ou du regard que l’on porte sur leur sens ?
Car les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons sont devenus des porteurs de sens. Avant cela, ils parcouraient la terre à la recherche la Parole perdue alors que maintenant « Ils voyagent par toute la terre … Pour y porter la Lumière en faisant connaître la Vérité et enseigner la pure morale de la Franc-Maçonnerie ». Pourquoi pure ? Parce que c’est le sentiment d’amour de la Vertu qui anime les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons.
Cette compréhension particulière qui leur permet de passer du niveau de la manifestation à celui du principe sera acquise en étudiant différentes traditions et mythologies, qu’elles soient Egyptiennes, Indiennes, Asiatiques, Orientales ou bien sûr Hébraïques, toutes porteuses de sens et de Connaissance. Déjà au deuxième grade Symbolique les portes donnant accès à la Connaissance sont indiquées au Compagnon qui est invité à approcher l’enseignement des Grands Initiés. Si le Compagnon entend le conseil des Anciens et qu’il étudie ce fonds, même partiellement, plus tard il lui sera plus facile d’approcher la Kabbale.
Je dis approcher car peut-on être sûr que le Chevalier de Royal Arche s’appropriera cette tradition Lumineuse qui est pourtant un trésor inestimable ?
Car il s’agit là encore de la Lumière, celle qui émane d’En Haut pour éveiller ce que nous appelons l’étincelle de divin dont la lueur vacille en nous. En état léthargique malgré nos différents efforts gradués nous n’avons pas suffisamment attiré la Lumière supérieure qui éclairera ce qui se passe à l’intérieur de nous.
Nous n’oublions pas que le but de notre apprentissage n’est pas seulement de connaître la Tradition et de comprendre ce qui est expliqué, mais de le vivre, de l’atteindre et de le ressentir travailler en nous. Comme toute spiritualité cela s’accomplit de façon simple – pour autant que nous y prêtions un minimum d’attention – et conduit au trésor appelé Sagesse.
Je cite un extrait du livret d’instruction du 13ème degré sur la sagesse de la Kabbale qui « … dévoile la multiplicité des rapports humains avec le monde et les Séphiroth permettent une classification des éléments de la vie intérieure grâce à une hiérarchisation des données de la conscience ».
En utilisant un langage imagé, je dirais que c’est revêtu de cette armure sapientielle que les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons, inspirés par le Grand Architecte de l’Univers « voyagent par toute la terre ».
La Kabbale est un univers complexe tout comme la personnalité du roi Salomon. Sa vie et son histoire en général constituent un long cycle dont lui-même marque la fin. Mais avant cela, les trois voyageurs de la légende ont été eux aussi confrontés à des cycles, courts, marqués par la découverte de la trappe, puis des voûtes successives – qu’ils investissent et quittent rapidement – juste avant de découvrir la Pierre d’Agathe.
Les hésitations et reculades semblent autorisées au grade de Chevalier alors que jusqu’à présent la progression du Maçon était régulière et « sans secousses sur la corde ». Le Chevalier pénètre verticalement dans les nouvelles salles et il se tient dans l’axe de celles-ci se confondant avec l’axe du monde qui relie le fini à l’infini ce qui est peut être la raison de la prudence dans la découverte. Et la raison aussi d’un effroi certain face à cette responsabilité.
Mais à tout moment le voyageur reste relié à ses compagnons ce qui rappelle que toute progression s’effectue avec l’aide de ses Frères, à l’unisson. C’est une preuve de confiance.
Il en est de même pour toutes les expériences spirituelles vécues en ermite de nos jours au Tibet, ou au Moyen-Âge en europe. Des Frères de la communauté religieuse rendent visite régulièrement à leurs anachorètes. Dans la solitude, même recherchée, l’esprit s’égare parfois. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous préserve donc de toute dérive mystique.
En effet, quand le Moi est devenu principe et que l’individu se perçoit en tant que « Je Suis » (Je Suis le Un, Je Suis le Tout), le risque de la « Révélation » est grand. Ce grave délire ne doit pas cependant être confondu avec l’intuition intellectuelle qui permet de se forger une intime conviction. Nous sommes et restons dans la mesure et le mesurable.
Ce qu’avait peut être oublié Salomon. Dans le récit il nous est montré par son côté agréable tant pour sa sagesse que pour son ouverture d’esprit, avant de devenir un être excessif. La mise en garde est claire concernant les Grands Elus, Parfaits, et Sublimes Maçon qui lisent dans le Livret d’instruction du 14ème degré : « Il doit fermer son cœur à tout sentiment d’iniquité, de vengeance ou d’injustice. Il doit toujours être prêt à faire le Bien »
Salomon avait oublié, entre autres choses, que dans sa supplique à l’Eternel il aspirait à ce que son coeur s’ouvre à la compréhension du coeur de chaque homme.
Je cite Lévinas : « La vérité comme respect de l’être, voilà le sens de la vérité métaphysique. Le « NOUS » qui n’est pas formé de «JE » distincts est l’équivalent d’un déluge noyant l’être dans une parole indifférenciée ».
Les eaux avaient inondé la terre aux temps de Noë marquant une fin suivie d’un temps de reconstruction et avec Salomon la tristesse et la désolation sont de retour. Les armées de Nabuchodonosor envahissent le royaume de Juda, détruisent le temple et emmènent en exil à Babylone, les populations épargnées.
La Franc-Maçonnerie nous apprend que les périodes de régression succèdent parfois aux périodes de progression et que chaque étape nous transforme.
La découverte de l’éclatant Delta divin sous la Voûte sacrée inaugure un cycle différent des précédents même si le schéma présente des similitudes. En effet on trouve un sacrifice, cette fois celui de Galaad (nous avions connu celui de Hiram), mais les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons s’infligent à eux-mêmes un douloureux sacrifice en martelant le Nom Sacré. Autant dire que la progression spirituelle impose d’abandonner l’élément matériel rassurant – celui que contemplait et adorait Galaad – au profit d’une obligation de mémoire pour transmettre à la postérité. Le précieux trésor est maintenant dans le cœur des Grands Elus qui « se dispersent parmi les nations de la terre afin de leur enseigner la vérité de l’Art Royal ». Un exil peut mener à un autre …
A partir de là, nous entrons dans le monde de la métaphysique (dico : « connaissance des causes premières et des premiers principes »), là où se joue la relation sociale si complexe, nous qui nous sommes dépouillés de l’inutile pour ne retenir que l’essentiel.
En manière de conclusion
Un Maçon qui prétendrait avoir atteint la Perfection ne serait plus dans le réel pas plus que ses Frères. Ils auraient anéanti leurs possibilités de progression en nivelant (en martelant ?) les différences si enrichissantes. Mais le Grand Elu, Parfait, et Sublime Maçon sait que l’objectif à atteindre ne doit jamais être une finalité en soi puisque tout se renouvelle cycliquement. Ses petites et ses grandes victoires ne le grisent pas ni ne le détournent de son projet.
Devenu médiateur entre le matériel et le spirituel il se laisse guider par le devoir et par l’intelligence de son cœur en s’efforçant, et à tout instant, d’accorder à tous la même considération fraternelle.
J’ai dit, Trois Fois Puissant Grand Maître.