14°
#411012
Le Serment du GEPSM…
Non communiqué
Il est conforme à la tradition, à nos entreprises et à nos espérances de travailler à l’élaboration des constantes sur lesquelles reposent notre idéologie et notre principe de fraternité et d’amour universel. « On reproche parfois à la franc maçonnerie,disaitrené Guenon, de faire prêter à ses nouveaux adeptes un serment de silence et de fidélité ». Et pourtant n’est-il pas écrit au deuxième vers d’or de Pythagore « Respecte donc le serment ». S’élevant au dessus des croyances particulières, le Maçon Ecossais, prêtantserment, doit toujours chercher ainsi une neutralité dans la pure tradition du rite, sachant par ailleurs qu’il n’y a pas de vie fraternelle partagée sans règles morales librement consenties, qu’il n’y a pas de morale sans obligations, ni d’obligations sans sanctions pour celui qui ne respecte pas la règle
Comme j’ai toujours pensé et pense toujours que l’engagement maçonnique n’est pas une construction hétéroclite mais au contraire un cheminement qui s’appuie sur une solide colonne vertébrale. J’ai déjà prêté chez nous plusieurs serments au cours des différents degrés, et je crois qu’ils m’ont permis d’ancrer davantage dans mon esprit par une meilleure ouverture de coeur en même temps qu’une vision plus approfondie sur le monde qui m’entoure celui ou je me suis engagé à « Fais à autrui tout le bien que tu voudrais qu’il te soit fait à toi-même mais ne lui fais pas le mal que tu ne voudrais pas qu’il te soit fait à toi même. »
A tous les degrés de l’initiation le serment prêté est une démarche volontaire, clairement exprimée sinon elle n’est pas concevable. C’est un contrat de mariage entre deux parties. A partir de là il est facile de considérer qu’il est la finalité de la cérémonie, l’engagement sans lequel l’entrée en initiation quelque soit le degréet sa poursuite est impossible. Ce serment est solennellement énoncé à la gloire du GADLU qui est l’esprit de vie en éternel devenir, sous quelque nom et quelque forme qu’on le désigne. Le coordonnateur de l’univers dont une parcelle est en chacun d’entre nous. Il est inconnu et inconnaissable à nos intelligences humaines. L’homme et le franc-maçon en particulier cherche par son travail et par toute initiation à s’intégrer à l’univers, et à en découvrirl’œuvre divine faite d’harmonie, de sagesse et d’amour.
Ce serment ainsi conçu apparaît alors comme un acte privilégié réservé à certains Etres élus par un groupe. C’est donc la raison pour laquelle il concerne à la fois l’élu et le groupe, c’est l’engagement du dépassement. Il engage deux principes vitaux de signification symbolique : le souffle et le sang.
Le souffle c’est la manifestation même de la vie qui commence au premier cri pour s’exhaler une dernière fois au moment de la mort. Pour l’homme et pour le franc-maçon en particulier il prend tout son sens privilégié dans le langage articulé. J’y vois là une marque insigne comme devant authentifier le moment venu cet acte solennel qu’est le serment maçonnique. Alors c’est consciemment que ce souffle devenu verbe c’est à dire parole créatrice deviendra l’instrument irrévocable du serment. Il sera successivement, invocation, promesse et imprécation.
Le sang, c’est l’intercesseur sacrificiel, le véhicule de la vie et le symbole de sa chaleur. C’est pourquoi toute civilisation traditionnelle, toute société ou tout groupe ésotérique en imprègne ses rites essentiels. Mais ce symbolisme fait aussi apparaître un dualisme qui résume notre destin. Cette source de vie porte aussi témoignage de la fragilitéet de la précarité de l’Etre humain face à l’éternité du principe universel qui l’engendre et le détruit. Il suffit en effet que ce sang s échappe du corps qu’il irrigue et anime pour qu’il devienne symbole de mort et non plus de vie.
Le serment se retrouve dans toutes les sociétés ésotériques, c’est une affirmation particulière et une promesse solennelle. La formulation du serment devra être placé sous l’invocation du ternaire. Car tout ce qui procède par trois ne fait nécessairement qu’un. Il comprendra donc trois parties, l’invocation, la promesse et l’imprécation.
L’invocation c’est l’appel solennel à une entité supérieure à l’homme, à un livre sacré, En un mot à une toute puissance servant de garantie au serment prêté et susceptible par conséquent de sublimer l’acte lui-même. Mais ce qui importe le plus c’est l’accord entre le plan supérieur de conscience sur lequel doit se placer délibérément le prestataire du serment et la puissance invoquée qu’elle soit d’ordre spirituel ou simplement moral. C’est en raison de cette invocation que le serment ainsi considéré doit être rare dans une vie humaine et réservé uniquement à ce qui est susceptible de la transcender.
La promesse, c’est l’objet même du serment. Elle en est le noyau, ce qui est enfermé en lui. Elle ne prend en effet tout son sens que dans la rigueur des obligations qu’elle doit définir strictement. La promesse laisse l’homme solitaire face à face avec une vision de lui-même , avec sa conscience, ses possibilités et ses responsabilités. Son engagement se forme en lui en même temps qu’il le prononce, c’est ici et maintenant mais aussi à jamais.
Par cette promesse , il s’engage aussi à ne rien révéler. Mais communiquer que et quoi, dans la vie initiatique il n’y a pas de doctrine arrêtée, pas de dogmatisme communicable oralement. Ici nous n’avons que des symboles et des gestes, le tout accompagné de paroles incompréhensibles pour les non initiés, ici tout s’enseigne par la pratique, la vie ésotérique ne se parle pas, elle se vit. C’est la raison absolument nécessaire qu’avant d’être admis le candidat prête serment. Tout initié motivé à vivre honnêtement son idéal maçonnique n’a point de difficulté sur la légitimité de ce serment en tant qu’il nous oblige à des actions louables et utiles puisque nous sommes sûrs dans notre conscience que le secret maçonnique ne contient rien de contraire à notre éthique d’homme et de citoyen.
L’imprécation est l’acceptation solennelle de subir le châtiment et l’humiliation du parjure. Elle prend un accent dramatique qui je le crois n’est pas mis à exécution, mais l’esprit demeure et il importe plus que la lettre. Tout serment qui ne contiendrait pas, ne serait-ce qu’implicitement, cette menace tout au moins morale serait totalement dévalorisé. Tout franc-maçondoit de toute façon vivre en s’appliquant à vibrer en accordavec le rythme et l’harmonie ambiante. Les lois et les règlements que formulent les hommes en vue de coordonner leur existence et leurs activités ne seront jamais de la part d’un franc-maçon un objet de dédain. Il s’efforcera de donner toujours l’exemple , et par son influence l’initié hâtera de son mieux la reconstitution de l’Ordre si celui-ci est troublé.
Maintenant que j’ai tenté de définir le serment, ceux que j’ai prononcé dans les différents degrés font suite aux récits symboliques suivants : Aux trois premiers degrés symboliques qui vont jusqu’à la mort d’Hiram Habi succèdentdu 4° au 8° degrés la réorganisation du métier suite à la mort du Maître, Il y a développementde la construction du Temple, il s’agit de poursuivre l’œuvre. le 9° et 10° et 11°degrés sont axés sur la recherche et la capture des trois mauvais compagnons, Ces degrés sont dits de « vengeance ». Il s’agit de retrouver et de punir les assassins. Au delà d’un simple règlement de comptes, et de comprendre le pourquoi et le comment de la catastrophe. Pour devenir maître le néophyte a joué Hiram le sacrifié, aux trois degrés de vengeance il joue le sacrificateur. Pour bien comprendre le fonctionnement des relations humaines il faut jouer le rôle de la victime et de l’assassin, du dominé et du dominant, de l’accusé et du juge. Les 12° -13° et 14° degrés c’est la fin de la période Salomoniènne, le mot de Maître est retrouvé dans la plus profonde des neufs voûtes du Temple antédiluvien d’Enoch.Les 13° et 14° degrés développent les aspects de la légende d’Hiram, et il est difficile de traiter l’un sans s’attarder quelques instants sur l’autre. Ces deux degrés annoncent la découverte du mot sacré, celui qui faisait connaître le Dieu de l’ancien testament et que Maître Hiram a emporté dans sa tombe. Au 13° degré le nom ineffable est retrouvé. Au 14° degré nous sommes près du buisson ardent ou Dieu révéla à Moïse son nom ineffable.
Au degré de Royal Arch (13°), il faut descendre dans les profondeurs de l’édifice du Temple, dans un lieu voûté qui n’a ni porte ni fenêtre, ou l’on accède par une trappe. Cette voûte est supportée par neuf arches Pourquoi neuf arches, je n’ai pas d’explication mais à titre de curiosité la différence entre un nombre composé quelconque et le nombre formé par l’inversion de ses chiffres est toujours un multiple de neuf. Et tous les multiples de neuf sont toujours composés de chiffres dont la somme est toujours égale à neuf.
Le GADLU avait transporté Enochau sommet d’une montagne qui s’élevait jusqu’aux cieux, il lui montra son nom gravé sur une plaque d’or, lui enseigna la façon de le prononcer, puis Enoch se sentit emporté verticalement sous les neuf voûtes et il vit une plaque d’or ou était gravé le nom ineffable. Dieu lui ordonna de ne jamais le prononcer. Cette prononciation fut perdue jusqu’au moment ou Dieu la communiqua à nouveau sur le mont Sinaï.
Ce degré m’amène déjà à quelques réflexions. Je redécouvre là le fil à plomb, vieille connaissance mais avec une puissance inconnue jusqu’à ce jour. Je dois aller le plus haut possible et même s’il m’en coûte je dois transcender cet effort car après avoir fait l’effort de m’élever je dois descendre au tréfonds de moi-même. Je dois m’engager à faire preuve de responsabilité et de patience car il n’est pas facile d’accéder au saint des saints dans l’abysse de sa personne pour faire l’état des lieux et en tirer tous les enseignements. Ce que je découvre ici c’est l’idée même de ce serment qui réside dans le grand respect du secret que je ne dois rien révéler qui soit contraire au serment que j’ai prêté. Ce serment m’incite à ne pas être impatient de partager les mystères et d’accéder aux enseignements que je découvriraiau contact du saint des saints. Savoir rester dans l’ombre, car l’ombre est le reflet de la lumière et non son contraire.
Le 14° degré est le dernier degré du rite de perfection. Ici il y a prononciation juste du nom divin, c’est l’approche de la vérité car l’impétrant ne retrouve pas la parole perdue mais le nom sacré.Ici la Loge est éclairée par vingt quatre lumières. Théoriquement c’est le nombre des combinaisons possibles des quatre éléments et Warrainvoit dans ce nombre la combinaison de l’individualité consciente et maîtresse de toutes ses énergies et son harmonie complète avec le cosmos
Au midi l’autel des parfums porte douze pains. Dans l’apocalypse(XII – 2) il est dit « Puis il parût dans le ciel une femme revêtue de soleil, la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête ». Sans m’étendre, je dirai que le duodénaire possède toutes les lois fondamentales du monde archétypeet qu’il doit exprimer le jeu de leurs combinaisons, c’est à dire le fonctionnement du cosmos. Il y a la bague avec ces mots gravés « la vertu unit ce que la mort ne peut séparer ». Et le trois fois puissant grand maître porte la chaîne à soixante dix sept anneaux et le triangle d’or. Ce nombre (77) c’est d’après St Luc (ch III versets 23/38) le rapport entre l’évolution cosmique et l’évolution individuelle. Ce nombre est le produit de sept créatures (évoluant) par onze (la transgression), et selon certaines traditions Zoroastre serait mort à soixante dix sept ans.
A ce degré le GEPSM retrouve la parole perdue et accède au savoir essentiel. Il est responsable de l’enseignement à procurer aux maçons des degrés inférieurs, il est missionné pour procurer l’enseignement dans son intégralité.
Le Temple terminé, Salomon donna audience à tous les Maçons pendant trois jours. Il reçu les Maîtres élus tandis que les Royal Arch gardaient l’entrée de la première arche. Il y a un choix entre les élus qui sont reçus à tour de rôle. Avec les plus vertueux Salomon partagea le pain et le vin, et il leur donna une bague en or. Aux autres il accorda le degré de compagnons et d’apprentis. Donc certains d’entre nous doivent comprendre que la constance dans le travail et la fidélité à son engagement sont les seuls critères que nos frères doivent prendre en compte s’ils aspirent à connaître un nouveau volet à leur recherche. Il n’y a que l’effort et la volonté de se surpasser qui son à la base de notre engagement.
Je pourrai continuer à essayer de mieux comprendre toutes les arcanes de ce degré, mais comme il me l’a été demandé, je vais essaye d’analyser de mon mieux toute l’importance du serment que j’ai prononcé le jour ou vous avez estimé que j’étais digne de siéger parmi les GEPSM. Mais je me rends compte que les enseignements qui en découlent sont multiples. Oui s’il suffisait de se laisser porter par un véhicule qui traverse les mondes pour acquérir une qualité ontologique , ce serait vraiment trop facile. Qui veut regarder consciencieusement un paysage sait que la visite est sans cesse à recommencer.
Je pense que les enseignements que l’on peut retirer du serment du GEPSM ne se résume pas aux quelques lignes du rituel. Je vais donc essayé d’expliquer ce que j’ai retiré en ce sens de ma démarche.
Je me suis engagé à suivre la voie de ma conscience, c’est à dire d’être en harmonie complète avec moi-même. Penser le monde qui m’entoure de façon que prenne en moi le sentiment de l’existencede ce que je suis, de ma vie, de ma mort. Je dois tenter de poser ma conscience comme fondement de ma connaissance.
C’est l’accomplissement d’aller du plus haut jusqu’au plus bas, cette intraduisible idée d’infini. C’est donc le dernier degré de perfectionnement, et par sa volonté construire son soi. Tour faire pour élever l’homme, mes semblables, mes frères en humanité au dessus de l’animalité et les considérer comme agissant ainsi. Alors ce faisant je serai en parfaite harmonie avec le fonctionnement du cosmos pour me rapprocher tant que faire ce peut de la vérité
Respecter les autres mes frères car dans autrui il y a conscience qu’en lui existe une petite parcelle du GADLU. Seul l’homme est capable de s’élever par l’effort du travail, l’anneau n’étant pas l’union des hommes vertueux. C’est dire l’effort qu’il faut faire pour tenter de retrouver la parole perdue. Ici je pense que c’est se mettre en quête de sa propre vérité qui n’est ni un fait ni une donnée mais au contraire qui doit constamment et toujours être recherchée. Cette quête est d’une grande exigence de tous les instants car il y a des catastrophes imprévues tout au long d’une vie, et il est particulièrement ardu pour l’initié de les éviter, car elles peuvent surgir inopinément et la vie qui paraît courte est parfois longue, mais l’homme vertueuxdoit pouvoir faire face.
La vertu c’est l’effort de se perfectionner par l’idée du bien, c’est se sublimer comme Hiram qui a su aller jusqu’au bout de son engagement, jusqu’à la mort. C’est le dépassement sur l’animalité. Que l’on pense comme les morales antiques qu’il existe un lien entre la vertu et le bonheur. Que le bonheur résulte de la vertu comme chez les Stoïciens ou qu’il en soit la condition comme chez Epicure, la vertu n’est pas ce qui nous rend heureux, mais ce qui nous rend digne de l’être.
Pour moi la vertu c’est avant tout de rester fidèle au REAA, comme je l’ai juré, c’est à dire retenir ce qui m’a été confié, la base du serment étant l’attachement à la parole donnée. Rendre visite àmes frères et savoir communiquer avec eux pour tenter de transmettre tout ce que j’ai appris de mon engagement, de façon à savoir vivre en paix justice et équité, ce qui doit toujours être le fondement de mes actes.
Salomon donné pour si sage et si vertueux devint sourd à la voix de l’éternel. Fier de se savoir le roi le plus puissant de la terre, fier d’avoir bâti un Temple qui faisait l’admiration de l’univers, oublia la bonté de Dieu et se laissa aller à la licence. Il offrit aux idoles l’encens qui aurait dû être brûlé dans le Temple. Les Grands Elus s’efforcèrent par leur exemple et leurs conseils de détourner les hommes de l’impiété et du sacrilège. L’Eternel inspira à Nabuchodonosor roi de Babylone d’assiéger Jérusalem et de le détruire. Mais les Sublimes Maçons réussirent à enfouir l’arche et tout ce qu’elle contenait, ils partirent et conservèrent dans leur cœur le précieux trésor.
Il est long le chemin qui mène à la vérité, des embûches nous guettent tout au long du parcours, des mauvais compagnons jalonnent notre route, c’est dur de rester dans le droit fil de notre engagement. C’est le point le plus dur à respecter pour être fidèle au serment prononcé. Au fond de soi réside une parcelle de véritémême parfois enfouie. Il faut croire en la perfectibilité de l’être même pour ceux qui nous semblent insensibles à cette démarche. Tendre la main à ceux-là c’est à mon sens une des données de ce serment et non des moindres.
C’est faire un travail d’éclaircissement sur soi, ne pas être manipulé, et avoir son juste jugement toujours en éveil afin d’éviter de partager la folie des sots. Au lieu d’intérioriser la folie, même d’un roi, ou de quelqu’un avec qui on a partagé des instants de complicité, savoir s’en détacher. Autrement dit n’être le féal de personne, même si celui-ci est d’une grande sagesse, ici point de gourou ni de servilité.
Tels sont les quelques enseignements qui se dégagent à mon sens de ce serment, et bien sûr ma démonstration n’est pas exhaustive. Mais je dirai qu’il conforte au plus haut celui que j’ai prononcé il y a fort longtemps, et que je réitère ici : « Fais à autrui tout le bien que tu voudrais qu’il te soit fait à toi même, mais ne lui fait pas le mal que tu ne voudrais pas qu’il te soit fait à toi même. »
J’ai tenté de dire.
Bibliographie :
Symbolique des grades de perfectionIrène MAINGUY
Rites et symboles de la Franc-maçonnerie
Les hauts gradesDaniel BERESNIAK
Le symbolisme des nombresR. ALLENDY
Pratique de la philosophie