14° #411012 Le Vase brisé Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué A la gloire du Suprême Architecte de Tous Les Mondes Ordo ab Chao, Deus Meumque JusArrivés au 14ème degré de notre parcours, nous y avons découvert la Kabbale et l’arbre séphirotique. Je vais me permettre un petit rappel…pour la Kabbale, au commencement était l’Ain, le néant. Puis vint l’Ain (Ein) Soph, l’espace infini, sans limite. Et enfin l’Ain Soph Aur, la lumière infinie, qui emplit d’abord l’espace, puis en se contractant, créa une zone nommée Kether où il fit naitre la vie, essence même de la lumière. Ainsi, Kether était née du néant ou plutôt d’une zone de vide générée par lui. De Kether émana d’abord Hokmah, le principe masculin, puis Binah, le principe féminin. Ceux-ci donnèrent naissance à un couple appelé Chesed et Geburah. Ce nouveau couple créa à son tour Tipheret, qui en engendra un autre : Netzah et Hod, qui formèrent à leur tour Yesod. Enfin de Yesod vint Malkut, le royaume matériel, qui pouvait emplir l’Ain Soph. Ainsi l’Univers était né.De Kether à Malkut, on parle de sephiroth (le pluriel de sephirah), que l’on pourrait traduire par « émanation numérique », quelque chose engendré par autre chose mais dans un certain ordre. Chacune de ces sephiroth contient une parcelle de toutes les autres : d’une part, l’héritage de celles situées « en amont », et d’autre part, l’énergie nécessaire pour engendrer celles qui se trouvent « en aval ». Les sephiroth sont donc des émanations, des attributs de Dieu, elles ne sont pas Dieu, ce sont les canaux par lesquels se déversent sur les hommes, la grâce divine, la lumière de l’Ain (Ein) Soph.Ces sephirot sont regroupés en quatre mondes dans leur ordre d’apparition : Atziluth, ou le monde dit de l’Emanation qui regroupe les 3 premières, Briah, le monde de la Création, les 3 suivantes, et Yetzirah, le monde de la Formation les 3 suivantes. Il reste enfin Assiah, le monde de l’Action qui ne comporte que Malkut, la dernière sephirah.Ces mondes spécifiques sont peuplés de créatures dont la fonction est assez mystérieuse – du moins pour moi. Celles d’Atziluth sont de loin les plus puissantes et les plus dangereuses, Briah est peuplé d’Archanges et Yetzirah d’Anges de puissance modérée. Tous ceux-là sont peut-être les « éons-guides » dont Cagliostro parle dans les Secreto Secretorum… Quant à celles peuplant Assiah, elles sont les moins puissantes et certains d’entre nous en ont peut-être rencontré…L’univers a été créé dans un ordre dit ordre d’involution, celui qui va de Kether à Malkut. L’ordre inverse, ou ordre d’évolution, est celui que le maçon-kabbaliste doit emprunter s’il veut pouvoir renouer avec la puissance originelle en remontant de Malkut vers son créateur. Oui mais voilà…les choses ne sont pas si simples.A ce point de notre parcours, nous percevons que nous semblons avoir atteint la fin d’un cycle. En effet, après celui des premières découvertes symboliques et de la méthode que nous Francs-Maçons avons décidé d’utiliser, nous avons rencontré Hiram et suivi son histoire.Faisons à ce point un second mais néanmoins rapide rappel de sa légende. Nous sommes maintenant bien après Hiram, bien après la mort de Salomon. Le temple du roi sur lequel travaillèrent des dizaines de milliers d’ouvriers et le meilleur architecte de son temps n’est plus que ruines. Trois mages venus de Babylone, la ville toujours concurrente de Jérusalem, entreprirent de les visiter et ce faisant, découvrirent une trappe qui une fois ouverte, ouvrait un passage vers un puits très profond.L’un des trois mages – le plus sage et instruit d’entre eux – nommé Guibulum, descendit en premier et, accompagné de ses 2 compagnons, traversa une succession de 9 voutes donnant chacune sur une porte décorée d’un dessin ornemental. A chaque fois, il avait à prononcer un mot marqué sur la porte pour qu’elle s’ouvre. Progressant de cette manière jusqu’à la 10ème porte et l’ayant ouverte, ils découvrirent un piédestal cubique auréolé d’une lumière mystérieuse et décoré de symboles maçonniques, de figures géométriques, d’une branche d’acacia et de nombres obscurs. Ce piédestal était surmonté d’une pierre d’agate avec le mot « Adonaï » gravé en lettres d’or mais surtout 4 lettres que Guibulum reconnu comme celles constituant le nom ineffable que nul ne peut prononcer, celui de Dieu. Dans leur parcours d’évolution séphirotique, parvenus devant la 10ème porte, les mages seront dans le monde le plus proche de l’essence divine, le monde de l’Emanation : Atziluth, monde du divin et de l’étincelle de vie originelle.Mais l’un des mages aperçu alors une 11ème porte qu’il voulut ouvrir, malgré les efforts que Guibulum fit pour l’en dissuader. Toutes ses tentatives furent vouées à l’échec jusqu’à ce que qu’il s’écrie « nous ne pouvons rester ainsi à l’infini » ! (qui se prononçait « Ein Soph » dans la langue de l’époque) ; Ein Soph, le nom de l’espace originel, infini et sans limite. Ein Soph, le non-Etre, le principe non encore manifesté, l’inaccessible, le centre d’où jaillira la première expression lumineuse de ce qui dépasse l’entendement humain.A ce mot, la porte s’ouvrit violemment et un vent violent les renversa et éteignit toutes les lumières, y compris celle, surnaturelle, qui émanait du piédestal sacré. Suite à de grands efforts, les trois mages arrivèrent à refermer la porte, mais la lumière ne revint plus. Après de nombreux obstacles, ils parvinrent à refranchir les neuf voutes en sens inverse et remontèrent alors à la surface, refermèrent la trappe, puis, retournèrent vers Babylone.Avec l’arbre séphirotique et la légende des mages de Babylone, voilà donc le décor posé. On notera que cette 11ème porte n’apparait pas directement dans l’Arbre de Vie que composent les sephiroth de la Kabbale et elle est décorée d’un vase brisé. Ce vase devait contenir un trésor d’après la Kabale alors quel trésor est-ce et pourquoi est-il brisé ?Dans le Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste parlera à Tat d’un grand cratère empli des forces de l’esprit, que Dieu donna aux Humains afin qu’ils puissent s’y immerger pour en recevoir ces forces et devenirs de hommes parfaits. Il appelle ce grand cratère un « vase sacré ». Peut-être s’agit-il du même ?Ces portes, que les mages dont nous sommes le reflet vont successivement franchir lors de leur voyage au centre de la Terre, sont autant de seuils, ouvrant le chemin, du visible à l’invisible, du fini de Malkut à l’infini de Kether. Pour nous Francs-Maçons, le voyage initiatique symbolique nous montrera que notre parcours tend à nous faire revenir à notre état primordial. Pour René Guénon, ce travail passe par des phases de réalisation métaphysique qui, de notre état actuel nous ramènera par chacun de ces passages à l’état premier, celui de l’Humain qu’il appelle « véritable » pour atteindre enfin la phase de l’Humain « Universel » libéré de ses entraves. Dans cette longue marche sur le chemin du retour aux origines d’avant la faute originelle – terme sur lequel je reviendrai – nous devrions découvrir que nous n’avons jamais étés vraiment séparé du Principe créateur et que nous retournerons vers l’identité essentielle à partir de cette parcelle de divin que tout humain pressent en lui ou en elle…Oui, car si le vase est l’image du vase alchimique et hermétique dans lequel les merveilles s’opèrent et qui contient le secret des métamorphoses, le trésor est donc probablement l’état premier vers lequel nous souhaitons revenir.Ou pas…car le vase est brisé…cela nous montre-il que le rêve est inaccessible ? Ou est-ce le symbole fort de la limite à ne pas franchir sous peine de se briser soi-même ?Contre la volonté de Guibulum, l’un des mages aura néanmoins voulu ouvrir cette porte et y étant parvenu, il se retrouvera dans les ténèbres alors qu’il avait jusque-là progressé vers la lumière. En transgressant l’interdit, le mage était probablement poussé par la curiosité ou la soif de connaissance ou les deux. Sans elles, il aurait stagné, incapable de percevoir une autre dimension que celles qu’il avait connu jusque-là et qui s’ouvre sur l’infini. Mais alors qu’à chaque pas de son parcours, il avait rencontré à chaque passage une connaissance nouvelle et bienfaisante, il va alors se heurter à une chose qui en est exactement l’inverse. Arrivé à la 11ème porte, la manifestation est brutale et la découverte n’est pas rassurante. Et elle n’augure rien de bon pour le cherchant qui tente d’atteindre son créateur si celui-ci lui claque la porte au nez alors qu’il est sur le point d’y parvenir. Cette vision est passablement démoralisante car si nous entamons notre quête en sachant que sur la fin nous allons nous heurter à un mur – ou plutôt une porte – infranchissable, cela ne nous donne guère d’énergie pour entamer le voyage.On ne peut s’empêcher de penser ici à l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal qui se situait dans le jardin d’Éden, où Adam et Ève furent mis par Dieu. Mais ce Dieu défendit à Adam de manger des fruits de ce seul arbre, et l’avertit que s’il mangeait ces fruits défendus, il serait passible de mort. Encore un interdit qui poursuit notre espèce depuis cette transgression originelle des premiers humains qui cueillirent néanmoins le fruit de l’Arbre défendu. La transgression d’Adam et d’Eve précipita l’humanité dans une chute qui nous suit toujours et dont nous avons bien du mal à nous redresser. Pour ce péché originel, cette soif de connaissance pourtant si profondément ancrée dans l’humain, nous payons toujours un crime que nous n’avons même pas commis nous-mêmes. J’y vois une injustice profonde car nous sommes des individus et non une conscience collective.Tout comme cet arbre planté devant les premiers humains et auquel il leur était interdit de toucher, le vase brisé est l’image des tourments qui attendent ceux qui oseront ouvrir la 11ème porte. En plus, cette porte n’est même pas infranchissable, car elle s’ouvrira quand même lorsque le troisième mage aura prononcé le mot d’Ein Soph, sans d’ailleurs savoir que c’en était la clé.Alors, le vase est brisé et le rêve est inaccessible ? Je veux penser que non…car si nous avons en nous une parcelle de divin, à quoi donc nous sert-elle s’il nous est interdit à tout jamais de connaitre le Dieu de nos origines ? Depuis le début de notre parcours, nous avons inlassablement rectifié notre pierre cachée, travaillé sans relâche à nous débarrasser de nos mauvais compagnons, mis un point d’honneur de nous efforcer de vivre selon la règle, le niveau et la perpendiculaire. Aux termes d’efforts immenses, ce mage courageux dans son désir d’enfin connaitre son créateur, se voit refuser de pouvoir le faire et pire, il sera soumis à la tentation d’y parvenir tout comme Adam et Eve le furent devant les fruits de l’Arbre de la Connaissance.Pourquoi ces interdits ? Pourquoi ce vase brisé ? Qu’avons-nous fait de si horrible que nous devions à jamais être frappés par la défense de connaitre le secret de nos origines ? L’essentiel de notre quête est peut-être la voie et non le but mais on conviendra que cela n’offre guère de stimulation à commencer un voyage si nous savons que nous devrons de toutes manières nous arrêter parvenus devant son terme ultime. Et pourquoi faire autant d’efforts et de sacrifices pour gravir le chemin si escarpé qui y mène si tout cela ne sert finalement qu’à y trouver une porte qui doit demeurer à jamais fermée ?Dans son Corpus Hermeticum, Pymandre dira aussi à Hermès Trismégiste : « Mais si tu gardes ton âme prisonnière dans le corps, si tu l’abaisses en disant : « je ne comprends rien, je ne suis rien, je crains la mer, je ne saurais m’élever jusqu’au ciel, je ne sais pas ce que j’ai été, ni ce que je serai », qu’as-tu à faire alors avec Dieu ? » et il ajoutera : « Le vice suprême est de ne pas connaître le Divin »…Voilà qui semble contradictoire avec l’interdit que nous venons d’évoquer…mais qui offre une perspective bien plus rassurante.Ce dieu derrière cette 11ème porte décorée de son vase brisé est-il celui de la Kabbale et dans ce cas, choisirais-je à l’instar de Guibulum, de vouloir laisser la porte fermée ? Et bien non…car ou bien j’accepte mon immobilisme et une certaine forme d’absence de fibre morale ou bien je veux connaitre mes limites pour tenter de donner le meilleur de moi-même en me dépassant et dans ce cas, il me faut bien les tester. Depuis le début de mon parcours maçonnique, j’ai tenté de le faire et chaque transgression m’aura été bénéfique car toutes étaient animées du mobile pur en mon cœur qui était justement de progresser sur la voie de la Connaissance. Je n’y vois là aucune violation de la morale car j’aurai peut-être enfreint la Maât qui elle, voulait que je me soumette à la loi d’un pharaon mais je n’aurai pas violé ce que ma conscience me dit être juste. Si Yahvé est « Celui qui est », pour ce qui me concerne, je suis qui je suis et surtout, je suis ce que je serai. Dans mon esprit, cela veut dire que je ne reste pas immobile et satisfait de mon sort et que je m’efforce chaque jour de progresser.Etant d’un naturel optimiste, je préfère une vision dont Teilhard de Chardin parlait si bien, celle permettant à l’humain d’arriver à ce stade ultime, la noosphère, fusion de toute chose pensante en une seule entité consubstantielle avec l’Omega de l’univers. Et toujours dans son Corpus Hermeticum, Pymandre rassurera Hermès Trismégiste en lui disant : « Dieu ne peut vivre sans créer le bien ».Alors non : ce dieu derrière la 11ème porte ne sera pas celui du vase brisé à jamais…ce n’est pas un dieu de colère et d’interdits, mais un autre dieu, un dieu porteur de la force la plus puissante de l’univers, celle qui fait que celui-ci perdure : l’Amour.J’ai dit T F P MJ-M Ch Navigation des articles Planche Précédente "Le Maître Elu des Neuf" Planche Suivante "Les mots de passe et le mot sacre au 14ème degré"