Les mots de passe et le mot sacre au 14ème degré
M∴ K∴ F∴
En exergue à ce travail, je voudrais faire trois citations, émanant de traditions différentes : « De même que toutes les pages d’un livre sont fixées par une épingle, de même toute parole est fixée par I’OMKARA ; en vérité, I’OMKARA est tout ceci ». (CHANDOGYA UPANISHAD II, 23-3).
« Dans cette profondeur, je vis s’incorporer, reliés par l’Amour en un volume unique, tous les feuillets épars de I’Univers… Et de leur noeud, la forme universelle, je crois que je la visen vérité ». DANTE : (PARADIS XXXIII, 85-92).
« Le Soleil est son, et c’est pourquoi ils disent de ce Soleil, c’est en temps que « son », qu’il procède. Le Soleil est OM, car il ne cesse d’énoncer OM ». CHANDOGYA UPANISHAD I, 5-7)
Quel souffle nous anime ?
Le mot désigne l’humble objet, tout comme le symbole, et prétend même évoquer le PRINCIPE. Dans notre rite, certains mots échappent aux réserves et ont une destinée suprahumaine. Mais méfions nous, car nous devons nous efforcer de connaître, l’idée sous le symbole. A chaque degré d’initiation, effective, correspond une autre modalité de l’ETRE, celui-ci devant donc recevoir un nouveau nom, par le mot.
Quatorze degrés s’emboitent, cadenassés par des dizaines de mots incroyablement complexes, mais sourcés et qualifiés dans une langue sacrée. C’est une chaîne de « mots de force », vivants, vibrant, et sonores à l’infini.
Une infra-musique des sphères, nous élevant à chaque plan supérieur, ascendant. Mot et nom, deux appellations d’une même notion. Mot lié à la Bible, et à ce qu’elle révèle, du nom de Dieu, et de sa « parole ».
La parole qualifiée « d’antienne », était divine. La parole appelée « nouvelle » est humaine.
Le mot d’HIRAM, de lui connu, est le nom de Dieu. Le nom de Dieu est l’Etre qui est « l’Etre nécessaire » dit Maimonide. Dieu s’identifie devant Moïse, en tant qu’être. Le nom de DIEU c’est le mot des trois temps en UN : le « sera », « l’étant », « l’être ».Contraction donc des trois temps, du vere ETRE. Celui qui fut, est, sera. L’éternel HIRAM possédait-il le nom de Dieu ? Le possedait-il par nature ? Hiram et le Maître maçon, ne seraient pas alors, sur le meme plan. Une triade s’impose : HIRAM, SALOMON, HIRAM DE TYRE. Que pouvons nous encore voir : peut-être, trois qualités fondamentales d’un mot symbolique : corps, âme et esprit ? Nous tirant vers le haut, tel un chariot.
Les mots de passe et sacré précisent notre grade, ils sont la clé. Ils sont la porte. Doit-on crier le mot ou le prononcer en intime, car il renvoie au Créateur ? Ils se situerait donc à mi-chemin entre le manifesté et le non manifesté. Ils sont souffle, création, vibration.
Les qualifications des mots.
Il y a d’abord la « forme » sous laquelle se présente le « mot », qui pourrait analogiquement représenter le corps de l’idée initiatique et traditionnelle, c’est à dire le sens profond. ll y a une qualité intermédiaire qui est la signification littérale du mot de passe ou sacré, qualité qui elle, pourrait être analogue à la partie mentale du terroir traditionnelle. Il y a me semble-t-il enfin la qualité essentielle, i.e. sa quintessence, ou mieux, son esprit. Nous considérerions alors le mot sous sa forme « d’archétype ».
Nous pourrions même ajouter comparativement aux trois plans des mots transmis, que l’être humain s’élevant, est comme un livre à déchiffrer dans ses trois niveaux de perception traditionnels. Ces trois plans de l’ETRE, sont ceux où Maître HIRAM, a lui-même reçu violemment les « trois coups », dont le dernier, ouvre symboliquement le regard de l’intellect à la connaissance des idées éternelles. Ceci trace notre cheminement vers le Saint des Saints, ce qui tend aussi à réintegrer l’Homme deux fois « né », au centre de la grande triade : « Terre, Homme, Ciel ».
Ce degré quatorzième, fin du Métier, authentifie l’approfondissement de la Kabbale, avec ou par la connaissance des 9 noms sacrés, qualités de Dieu, l’innéfable IAHVE, ou sa traduction hébraïque, YHVH, le tétragramme sacré. Lorsque nous parlons de Dieu, nous parlons de ce qui n’est pas Dieu. En accédant au silence du quatorzième degré, par la non prononciation au plus profond de nous, nous devenons tous, un seul ETRE. Le rituel de ce grade, commémore la cérémonie de la dédicace du Temple, ouverte et fermée par le rituel de consécration, celle des Grands Maîtres Architectes au douzième degré (et c’est la fin de la lignée des Maîtres), et celle du Grand Elu (et c’est la fin de la lignée des ELUS.
Tout est construit pour remonter les signes spirituels de la Lumière, sans prononcer le Nom qui devient innéfable, pour enfin cacher à nouveau le signe, en un lieu souterrain secret. N’oublions pas que le néophyte est conduit dans le couloir accédant au Temple, le mot de passe est confié alors, prononcé avec aspiration. L’acte involontaire de la respiration peut être change en discipline contemplative. Les sons de ce souffle ( i.e l’aspiration ) sont symboliquement proches du Mantra oriental, pour devenir ensuite un rythme alterné, celui de la manifestation et de la « résorption » de l’univers. Autrement dit, entre le sens ésotérique et divin de la parole, et le sens des « mots de force », dont la valeur se révèle, et le discours profane, il existe un entre-deux caché proprement maçonnique. Ce travail à trois niveaux, ne doit pas être oublié, si nous voulons comprendre la cohérence de ce degré plein, derrière son foisonnement sémantique. Entre le grand nom divin et le vulgaire initial accepté, il y aurait donc le secret hébraïque initial que connaîtrait le maçon.
Combien y a-t-il de mots à ce grade ? Il y a trois mots couverts, trois mots de passe, un grand mot sacré et un grand mot de passe…
Quels sont les mots couverts ou couvrant ?
Le premier couvert est « Guibulum » (ce pourrait être une déformation de Ghiblim), ouvrier qui participe à la construction du Temple de Salomon ou de Guibbon hoi (il est puissant), mais qui signifie aussi ami, favori, zélé, chéri.
Le deuxième mot couvert est ELKHANAN (Dieu miséricordieux) ou grâce de Dieu.
Le troisième mot couvert est ADONAI (mes seigneurs), un des noms les plus utilisés à la place de l’imprononçable tétragramme IOD-HE-VAV-HE.
Quels sont les mots de passe ?
Le premier mot de passe est SHIBOLETH (épi de blé, tourbillon, courant d’une rivière) mais aussi « harmonieux comme un épi de blé ».
Le deuxième mot de passe est MOHABON (le plus zélé des MACHOBIM (maître de son temps, l’ami d’Hiram HABI) mais aussi « c’est lui », « il est mort » ; ces mots sont fautifs et donc non à leur place.
Le troisième mot de passe est KELEM-NEKAM (geôle, se venger, vengeance) et consolation parfaite.
Quel est le grand mot sacre ? ll est couvert et caché IEHOVAH (je suis celui qui est ou qui suis).
Quel est le grand mot DE PASSE. Ou
grande parole ? MAHA IMAHA RABACH (peut être une
déformation de BEA MAJHEHBAMEARAH) qui signifie « dans
elle », « est »
ce qui est dans la caverne. Mais on trouve aussi : BA’A MAKABAME’ARAH
(il a frappé dans la caverne). Ces
mots se sont fort corrompus pendant la Tradition.
On trouve parfois MACMAHA RABABACK qui sont devenus insignifiants.
On trouve enfin la grande parole : MAH MENGARAH BEN GA ou ME HARAN BE (il a trouvé le meurtrier dans la caverne).
Reprenons maintenant les trois qualités des mots de passe et sacré : les mots, les noms dont les deux modalités orale ou idéographique, c’est-à-dire géométriques, sont le « corps-support » du sens du mot perdu. Dans le domaine du mental, l’expression d’une vérité ne peut-être que dialectique i.e. discursive dans une transmission.
Le « corps-support », transmetteur du sens, par le mot, doit être en parfaite harmonie avec l’essence du nom exprimé, et correspondre à notre mental, c’est-à-dire un aspect de l’âme telle qu’elle appartient à la dimension ternaire de la Tradition « corps-âme-esprit ».
Ce premier niveau de réalite du mot, i.e du mot, du nom, est la substance de la recherche. Mais c’est aussi admettre que se retrouvent encore voilés, les principes, les idées essentielles des vérités métaphysiques. La conception de la vérité de notre recherche, passe par le « corps », reflet direct de l’âme et de l’esprit. Le précepte cité, nous met bien en garde contre la fausse apparence des mots prononces. Ensuite, la deuxième qualité d’un mot prononcé, est sa signification littérale qui nous est transmise par le support des mots, ou des noms composés des lettres « sacrées ».
Son expression verbale ne peut donner qu’une traduction imparfaite et incommunicable de la vérité. Car il s’agit de l’ordre même des principes, et cela devient son aspect substantiel.
La troisième qualité est le sens universel ou mieux encore, l’essence même de la vérité traquée. Ce faisant, aucun mot ne peut l’exprimer. Seule l’intuition spirituelle directe peut nous y mener. Nous sommes alors dans l’intellect pur, où les notions de la connaissance ne peuvent être réduites à une formulation de la vérité par un mot, fut-il hébreu ou sanskrit, fut-il issu d’une langue sacrée. Il y a une différence comparable à l’intelligence des langues, par rapport à l’intellect spirituel du « verbe » pris comme « principe ».
Il existe à mon sens, aucune différence entre la connaissance pure du nom perdu, i.e. le domaine de l’idée « pure », et la connaissance métaphysique, qui est la réalisation initiatique proprement dite, mais dont la réalité n’appartient qu’au domaine de l’ESPRIT.
Ces trois qualités m’apparaissent comme émises d’un souffle verbal, elles sont comme des êtres de nature spirituelle, dont les mots eux-aussi, directs, sont la manifestation compréhensible de leur essence profonde. La dynamique de notre recherche de la « vérité », et de la « parole perdue », est dans cette évidence : « DIEU est I’UN sans second ».
Nous ne possédons que ce moyen de réaliser l’union avec DIEU, qui est de vivre et d’être les « noms » de DIEU, ou dans l’invocation d’un seul de ses « noms ». Le Tétragramme « YHVH » est le nom salvateur par excellence, c’est le nom explicite, dont chaque consonne révèle et symbolise un des quatre aspects, ou degrés fondamentaux, de la toute réalité divine.
Les mots de passe et sacrés, n’expriment que tel ou tel aspect particulier, du PRINCIPE universel, son efficacité spirituelle est incomparable, elle permet l’actualisation immédiate de la présence DIVINE (la Schékinah). Nul ne peut prononcer ce nom. En ce temps là, on possédait un nom à douze lettres, représentant leur synthèse C’était celui que l’on substituait, toutes les fois que le « nom » de quatre lettres se présentait dans la lecture de la Thorah. Mais à cause de la corruption des hommes, on avait cessé de prononcer le « SHEMHA-ME-PHORESH » (SCHALS CHELEK HA – QABBALAH).
Si aujourd’hui les hébraïsants rendent le nom YHVH par YEHOVA, ils s’appuient sur sa valeur massorétique, indiquée dans la Bible.
Ces introductions de voyelles dans le Tétragramme ne restituait pas, sa prononciation authentique. Dans notre Tradition, Salomon reçut les plus vertueux Chevaliers de Royale Arche, et les investit du degré de Perfection. Un anneau d’or leur fut donné en signe d’alliance, qu’il avait contracté avec les vertus. ll entre dans la voûte sacrée gardée, où seuls les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons seraient admis. Lorsqu’ils venaient contempler le mystère du « nom », un mot substitué fut utilisé à sa place. Une fois l’Arche enfouie, dans un puits de vingt sept pieds de profondeur, ceux qui ne se résolvaient pas à ne plus faire confiance qu’à leur propre mémoire, pour transmettre à la postérité le nom ineffable, dans les formes traditionnelles. D’où l’usage, d’épeler lettre par lettre, le plus saint des noms, sans jamais « former » une syllabe.
Conclusion
Jehovah est donc formé en apparence, de quatre lettres IOD HE VAV HE. HE est doublement présent. JEHOVAH, nom divin, comporte trois lettres dont sa sextuple permutation suivant les six directions de l’espace, indiquait l’immanence de DIEU, au sein du LOGOS, au centre de toute chose. C ‘est donc le pouvoir de la parole que Dieu produisit tout objet et toute chose par son « NOM-UN ».
Le nom est donc un déploiement de la parole à partir du point primordial, dans les six directions de l’espace, qui devient pour nous facteur d’intégration. Ce nom nous affranchit et nous réalise ; cette prononciation trisyllabique permet aux correspondances symboliques de manifester les actes subtils. Ces lettres en se combinant, nous offrent des « attributs » ou des « signes » de « l’essentiel ». L’essentiel est d’ailleurs aussi l’un des noms donnes a DIEU ; HAHIKAR.
Dans la Kabbale, il est nommé EIN-SOF, i.e. I’infini (le pas-de-fin). Il s’agit par prudence de ne pas prononcer, de ne pas nommer. D’où les mots-substitués. Les noms révèlent et voilent, tel le symbole. Attributs de l’identité, ils ne sont pas l’identité. L’existence est ici la nomination.
Les mots sacrés et de passe, sont des semences, ils sont des rayons d’or, d’une roue qui nous transcende. Et, dont le moyen, est le nom recherché, en résonnance avec le nom perdu, mais immaculé : le SOLEIL DES SOLEILS, le nom de DIEU.
Nous sommes bien dans une voie de « réalisation ».
J’ai dit.