14° #411012

Le Voile, La Corde, et le Signe du Secret…

Auteur:

E∴ J∴ L∴ H∴

GLFMM
Loge:
La Clef d'Ivoire

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Lorsque je rentre chez moi le soir, entre « chien et loup », … je distingue vaguement les formes du chemin et je les reconnais parce qu’elles me sont familières… Cette demi-obscurité agit comme un voile qui me couvrirait le regard et il me faut beaucoup d’attention pour trouver ma route.

Le jour de mon initiation au 4èe degré, je ressenti la même sensation bien que le jour fut levé. En effet, un voile noir me couvrait le visage. Pourtant du peu que mon regard me laissait entrevoir, cet endroit ne m’était point inconnu… C’était la chambre de veillée, la vallée des larmes où mes SS.: pleurent sur la disparition brutale de notre Maître Hiram.

Ce voile noir qui me couvre la tête est pour moi un voile de deuil, symbole de respect pour ce lieu sacré. Le noir est l’absence de couleur, le néant, la mort, porte inéluctable qui conduit à la renaissance. Le drame du meurtre d’Hiram induit, pour nous autres Franc-maçons, une longue quête, celle de la Parole perdue… celle de la Vérité, celle de Notre Vérité que nous sommes amenés à chercher tout au long de notre vie.

Mon bandeau d’impétrant lors de mon initiation au grade d’Apprenti s’est transformé en voile. Il est donc nécessaire au Maître que je suis de m’adonner à un nouvel apprentissage, à une nouvelle quête.

Mais personnellement je n’en suis qu’aux prémices de cette quête et ce voile est aussi synonyme d’humilité, car il me reste Tout à apprendre … Le tout nouveau « Maître Secret » que je suis devenue ne peut poursuivre son chemin vers la connaissance qu’en prenant la mesure de toute chose afin de maîtriser les « 3 mauvais compagnons » que je peux encore rencontrer à tous moments et à chaque détour du chemin.

Je ne peux pas encore discerner l’entière Vérité, car trop d’obscurité envahit encore mon cœur, et ce voile ne se dissipera que petit à petit, telle la brume qui, à l’aube, voile encore l’horizon avant que les rayons de l’Astre solaire n’éclaboussent le jour de sa lumière éclatante. Autrement dit, on ne voit que ce qui correspond au niveau psychique que l’on a soi-même atteint, ou à peine davantage. C’est pourquoi si je veux arriver à une véritable clairvoyance, je dois travailler sur l’amour spirituel et sur la pureté

Y arriverais-je ? je l’espère… ! : Sur ce chemin de recherche, seul l’espoir guide notre volonté.

Ce voile pourtant n’est pas un voile comme un autre, … une équerre d’argent y est brodée… elle repose sur mon front… et éclaire de sa pale lueur ma pensée… Je suis passée de l’équerre au compas, j’ai élargi mes centres de connaissance mais la rectitude est en moi et me suivra jusqu’à la fin de ma vie… car je m’y suis engagée.

De par sa couleur même « l’argent », cette équerre semble prendre une autre dimension… Elle me fait penser à la douce clarté diffusée par la Lune, au reflet de la lumière solaire. Elle me suggère par là-même les possibilités de l’intuition et de l’imagination. Elle irradie le chakra frontal et dirige mes pas vers le chemin de la sagesse telle l’Etoile guide le Berger vers sa destinée.

Guidée…, je vais l’être également grâce au licou que tient le Maître des Cérémonies et qui va m’entrainer après elle à effectuer quatre voyages symboliques. Ce licou est terminé par un nœud coulant qui enserre mon cou.

Je ne suis pas seule à accomplir ce périple … Nous sommes plusieurs reliées au Maître des Cérémonies comme des bateaux reliés les uns aux autres et amarrés à un seul port d’attache. Je peux même dire que nous formons une « cordée » bien que nous avancions sur un plan horizontal… enfin à ce qu’il y paraît ; cependant, ainsi que nous l’a fait pressentir le voile qui nous obscurcissait la vue, la réalité est souvent bien différente de ce que nous croyons voir, car en fait c’est bien une ascension spirituelle que nous somme en train d’accomplir à travers les quatre voyages que nous allons effectuer dans un même ensemble, chacune des récipiendaires tenant l’extrémité de la corde de celle qui la suit… avec le Maître de Cérémonie en tête de file. A présent, nous sommes liées l’une à l’autre, captives comme unies… tressant une longue chaine de solidarité et de fraternité.

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La corde nous relie toutes et ensemble nous représentons cette corde !

Cette corde, me fait penser à la corde dont les deux houppes rejoignent les deux colonnes de l’Entrée du Temple qu’elle enserre tel un mur d’enceinte et relie les FF.: et les SS.: entre eux, symbolisant par ses entrelacs ou « Lacs d’Amour », la Fraternité Universelle.

Au 4èe degré, les nœuds qui nous entourent le cou ne sont pas faits de même manière. Ce sont des nœuds coulants qui serrent si la corde se tend… Cette corde symbolise donc un chemin à la fois individuel et collectif où il est indispensable de faire preuve d’attention et d’obéissance dans le suivi de celle qui précède et de volonté pour communiquer le rythme à celle qui suit… Cette corde symbolise pour moi l’accord universel fort, rigide et fragile à la fois puisqu’il suffit qu’un maillon de la chai ne ne suive pas pour que toute la chai ne en subisse les conséquences. Nous comprenons donc, qu’arrivées à ce stade, une grande responsabilité nous est confiée. Nous dépendons des autres, mais les autres dépendent de nous.

Le mot « devoir » point déjà dans mon esprit tel le soleil point à l’horizon : « L’astre » doit se lever, sinon les ténèbres règneront et la vie s’arrêtera. Ainsi en sera-t-il aussi pour l’Initiée, si le nœud coulant se resserre au point de l’étouffer. Il existe bel et bien un lien avec le signe pénal du premier degré qui tranche la gorge en cas de manquement à son serment. Au premier degré, c’est le sang qui manquerait à la vie… la sève de l’arbre qui manquerait, le rattachement direct à la Terre qui serait rompu ; au quatrième degré, c’est l’air qui manquerait alors à la vie… l’élancement vers le Ciel qui serait interrompu… Les prémices d’une ascension, d’une évolution spirituelle se fait sentir ; nous nous élevons à la verticalité, nous avons atteint le feuillage de l’arbre mais nous dépendons toujours de ses racines et restons malgré tout très vulnérables.

La nature même de la corde tressée de ses deux faisceaux de fibres s’enlaçant sous forme hélicoïdale me fait penser à la chai ne de notre ADN, le principe même de l’existence de l’Homme et par là-même au cordon ombilical reliant l’enfant à la mère qui le nourrit. Ainsi au travers de cette corde, nos quatre voyages vont-ils nous « nourrir », de cette nourriture spirituelle qui va nous faire naitre à une nouvelle vie encore plus dense en émotions et en réflexions que la précédente, à une aspiration, à un désir d’ascension intellectuelle au mépris du temporel.

Moi qui œuvre sous le Palmier d’Egypte, je ne résiste pas à évoquer la déesse « Seshat » gardienne des rites secrets demandant un passage initiatique, déesse de sagesse, de connaissance et d’écriture, assistante et compagne du dieu « Thot », qui était le scribe sacré des « dieux » et des « enfers ». Protectrice de tous les projets de construction du pharaon, « Seshat » avait pour attributs la corde et le maillet, ce dernier servant à planter les piquets sur lesquels s’enroulait la corde afin de jeter ainsi les bases du temple sur le sol en assurant l’alignement du sacré et la précision des dimensions du plan. Ce tracé particulier à notre rite me remémore la cérémonie d’Allumage des Feux de ma

R.: L.: PLZ mais également celle toute récente pour moi de la R.: L.: N. Ces cérémonies hautes en émotion et en fraternité resteront à jamais gravées dans l’album des souvenirs de mon cœur… !

Mais revenons à la déesse « Seshat », qui du plan s’élève également à la verticalité. En effet elle figure dans le rituel funéraire sur la formule nécessaire au retour du mort dans sa maison et elle était vêtue d’une peau de léopard dont les taches rappelaient les étoiles, symboles d’éternité.

La corde qui ondule rappelle le serpent et ce « serpent—corde », c’est l’ « ouroboros des alchimistes », c’est à la fois le mouvement, la continuité et l’éternel retour, symbolisme très significatif pour moi qui « repart » pour ainsi dire, pour un nouveau cycle de travail dans ce 4èe degré. Si le serpent représente le monde de l’affectivité, la corde symbolise quant à elle la réalité ultime. Lorsque je serai capable d’arrêter de prendre la corde pour le serpent et de la voir pour ce qu’elle est réellement, j’aurai fait un grand pas dans la démarche de «gommer mes illusions » et je pourrai entamer ma progression vers la détente profonde de mon être tout entier.

En résumé, la corde représente le silence de la conscience qui dissipe l’erreur et révèle la vérité.

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Ce silence conscient n’apparaît qu’après un long parcours, qui part du silence imposé à l’apprenti au premier degré… et qui à nouveau réapparaît au 4ème degré… sous la forme du « sceau du secret ». En fait, le silence a parcouru un cycle… Et quel cycle ! Ce n’est pas un simple cercle posé à plat sur le sol, mais c’est bien la première rampe d’une spirale qui s’élève vers ce à quoi ce 4ème grade donne son nom : « le secret ».

Le « secret »…mot magique… puisqu’il disparait s’il est révélé… ! Pour moi, appliquer le sceau du secret sur les lèvres de l’Initiée, c’est pour ainsi dire appliquer un coup de baguette magique sur tout son Être.

Le sceau est l’équivalent du cachet de cire. Brisé, il ne sert plus à rien, il ne répond plus de l’authenticité de ce qu’il scelle. Et lors de notre initiation au 4ème degré ce secret qui nous est confié sous le symbolisme du sceau, c’est le silence que l’on nous confie comme l’on nous confierait un trésor. Ce secret est scellé et relié à notre conscient tel un sceau moral et notre moralité pleinement consentie nous impose le silence.

Ce silence, à travers le cycle qu’il a parcouru depuis notre premier degré, il s’est métamorphosé, du nombre 3 il est passé au nombre 4. Ainsi m’apparaît l’image des 4 saisons dont l’ensemble forme une année entière. Et maintenant il faut poursuivre sa route… et entamer …une autre année… recommencer un autre cycle, …. Repréparer le terrain, replanter, … et peut-être récolter !

Durant ce premier cycle parcouru, l’Initié primordial s’est responsabilisé, il est devenu le fruit d’un long cheminement intérieur. Cela signifie que parvenu au 4ème degré, le nouvel initié est susceptible de déjouer les pièges subtils tendus par son égo et sa suffisance, qu’il est capable de plus de discernement pour assumer et surmonter les contradictions, qu’il est à même de comprendre beaucoup mieux ces paroles que St-Exupéry nous a transmises à travers la bouche du « Petit Prince » : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » . Lorsque les yeux corporels se ferment, c’est alors que s’ouvre l’œil de la clairvoyance, de la connaissance et cela se fait toujours dans le silence.

En effet, ce silence, il part du cœur… (la gestuelle l’atteste lors de la réponse à une prise de parole).

Ce silence, c’est moi-même qui me l’impose et l’assume en pleine conscience de ce qui m’a été appris dans les grades précédents et de ce qu’il me reste encore à apprendre. Et c’est à travers le « signe du secret » que je l’exprime. Les deux doigts que je pose sur mes lèvres (alors que les 3 autres sont repliés à l’intérieur de ma main) sont le majeur, doigt du destin et l’index, doigt du commandement, du jugement. Je m’impose à moi-même mon destin : celui de me taire ! Le culte du secret qui semble dominer le 4ème degré fait l’éloge d’une méthode qui sépare les mots des idées.

Lors d’une prise de parole le « Maître Secret » s’exprime sans « mise à l’ordre » car sa mise à l’ordre est intériorisée, symbolisée par l’équerre d’argent qui a orné son front lors de sa réception au 4ème degré et qui illuminera son chakra frontal le reste de sa vie. Il exécute le « signe du secret » au début et à la fin de son intervention. Cela signifie qu’il se fait un devoir de conserver secrète son approche de la Parole Perdue… et des symboles qu’il rencontrera tout au long de son périple.

« Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler », est une expression bien connue… elle correspond bien à la maitrise de ses impulsions à exprimer ses idées. Le silence quant à lui, laisse le temps à notre pensée de muri, et nous permet de ne la libérer que si notre jugement la rend utile. En quelque sorte, notre responsabilité s’accroit en regard de nos paroles. D’autre part qui n’a pas entendu cette maxime « la parole est d’argent, le silence est d’or »…ce qui signifie tout simplement que le silence n’a pas de prix comparativement à la parole qui fait de nous son prisonnier dès que nous l’avons prononcée.

« Prison »,… « libération »… cela me rappelle quelque chose ! Au premier degré, le silence m’était tout d’abord apparu comme une prison dans laquelle on me maintenait, car naturellement toute pétrie de mes pseudo-connaissances, j’aurais bien eu quelque chose à dire si on me l’avait permis.

Et puis au fur et à mesure de la montée symbolique des marches de la Franc-maçonnerie, la libération de la parole en tant que telle ne m’a pas parue être un cadeau… je serais bien volontiers retournée dans ma « geôle de silence »… et toute penaude encore !. Un tel ressenti me paraît être aujourd’hui un grand pas accompli… car le silence m’a appris, du moins je l’espère…, à moins parler pour ne rien dire… à observer, à écouter et surtout à entendre, c’est-à-dire à recouvrer l’ouïe de mon cœur pour progresser sur le sentier qui mène à la recherche de ce qui est épars, de « la parole perdue » (… sans doute parce que mal « écoutée… ! ».

La corde-serpent, « l’ouroboros » nous ramène au « voile d’Isis »… qu’aucun mortel ne saurait soulever 1

T.: F.: P.: M .:« J’ai dit »

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