Les voyages…
E∴ J∴ L∴ H∴
VOYAGER c’est partir, c’est voir du pays… c’est faire des rencontres nouvelles, c’est s’enrichir spirituellement. Mais c’est un choix important, car il faut oser partir, quitter sa certitude, ses habitudes douillettes et choisir « le chemin », choisir le mouvement en abandonnant la quiétude. Le compagnon qui parcourait la France en se perfectionnant dans son art en est le réel symbole.
Dans chaque Cérémonie qu’il m’a été donné de vivre, le « voyage » était présent : par trois fois au premier degré et par cinq fois au second degré, le nombre desdits voyages n’étant bien sûr pas étranger au symbolisme propre au grade concerné.
La cérémonie d’exaltation à la Maîtrise entraîne le futur Maître dans un neuvième voyage, un voyage dans l’histoire, dans la légende de Maître Hiram. Le neuf étant le dernier des nombres, le dernier d’un cycle, aussi ne faut-il pas s’étonner, si nous passons au-delà de ce grade, de repartir sur de nouvelles bases, sur un autre cycle. Ainsi en est-il au 4ème degré. En effet la valeur du nombre 4 est égale à 1 car (1+2+3+4 = 10 = 1). Le 4ème degré peut donc dans ce cas symboliser un retour à l’unité.
Au 4ème degré, le récipiendaire effectue quatre voyages. Le nombre quatre est bien sûr mis en exergue, il correspond à la stabilité qui confère des bases solides pour avancer. Notre âge symbolique n’est-il pas de 3 x 27 ans ? Cet âge fera l’objet d’une autre réflexion, mais je peux d’ores et déjà dire qu’en apprenant mon âge, j’ai reçu une clef, une clef particulière car elle est la clef d’un monde nouveau où la mesure et la quantité n’ont plus court. Ainsi, le futur Maître Secret est sensé avoir dépassé un certain stade primaire envahi par de lourd métaux tels que l’ambition, l’orgueil, les préjugés… et j’en passe… ! Le futur Maitre Secret devra forger le métal d’une manière différente et non pas le subir. Les voyages qu’il va accomplir vont donc avoir pour but de démystifier les tabous, les idoles éventuelles car il est supposé être armé pour cela.
Quatre voyages,… quatre messages, qui a mon sens sont plus moraux qu’initiatiques ; mais ne sommes nous pas des voyageurs « de bonnes mœurs » ? Ces quatre messages seront autant de bâtons de pèlerin sur lesquels nous appuyer pour assurer notre stabilité morale sur notre chemin initiatique. Mais en fait, si 4 est égal à 1 comme je l’ai dit précédemment, ces quatre voyages ne représentent à mes yeux qu’un seul et premier pas, celui que j’ai décidé de faire sur la spirale infinie de la Recherche de la Lumière, en pleine connaissance et acceptation des efforts que cela implique. En cela je pense que le Maitre Secret Ose, veut, Peut et se Tait.
Le premier voyage exhorte à la recherche de la Connaissance par soi-même par la voie symbolique sans suivre aveuglément quelque enseignement extérieur que ce soit. Cela signifie bien que le Maître Secret doit avoir le « caractère trempé » comme l’est la lame de l’épée une fois qu’elle vient d’être forgée. « Vous ne prendrez pas les mots pour des idées » telle est la sentence de ce premier voyage qui résonne comme une mise en garde sur la parfaite correspondance des mots et des idées. Bien souvent, cette prudence indique que la relation n’est pas toujours évidente entre l’idée et sa représentation. Ce qui est aussi le cas pour la définition du symbole, tellement singulière à chaque culture, entre signifiant et signifié. D’ailleurs dans le monde profane, cela n’est pas en reste car « mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » nous dit Albert Camus. J’ajouterais que « toute parole n’est pas mal dite si elle n’est pas mal interprétée ». Et là aussi, intervient l’art de l’échange, du dialogue… il est si difficile de se comprendre parfois, même entre Sœurs ou Frères ou personnes qui ont entamé un parcours initiatique… C’est alors qu’il faut se remettre en question… et rebattre le fil de sa propre épée.
Le second voyage, comme de juste, proclame une sentence qui suit la première et qui part dans son sillage. « Ne vous payez pas de mots, n’accordez à qui que ce soit une confiance aveugle mais écoutez tous les Hommes avec attention et déférence ». En entendant cette phrase, j’ai cru revoir le coq qui m’est apparu dans le cabinet de réflexion et qui pour moi signifie « vigilance » de tous les instants. Ce coq qui veille aux 4 points cardinaux au sommet des clochers de nos églises nous rappelle que nous devons veiller sans relâche nous aussi dans toutes voies qu’emprunte notre vie, qu’elle soit spirituelle ou profane car l’une rejoint l’autre. Ce simple animal de basse cour nous rappelle aussi à l’humilité, cette humilité qui nous confère que nous n’atteindrons jamais la vérité absolue et qu’il nous faut être circonspecte en toute chose. Ici, le signe du secret prend toute sa symbolique et nous rappelle qu’il nous faut réfléchir avant de nous exprimer et que si ce que nous avons à dire ne vaut pas mieux que le silence, il suffit de nous taire !
Le troisième voyage nous rappelle la Loi Universelle et notre insignifiance face au Macrocosme et au Microcosme. Il est vrai que l’Etre Humain, dans la tempête de la Vie, ne dirige rien, sinon sa propre barque spirituelle à condition qu’il en tienne bien le gouvernail. Mais tout ce qui est en haut n’est-il pas à l’image de tout ce qui est en bas… et en fin de cette sentence, je vois se profiler un seul mot « persévérance »… celle de parvenir à cheminer car notre but n’est pas le bout du chemin mais bien le chemin lui-même qui nous renforce à chaque épreuve et qui fait qu’un « Maçon reste toujours debout ».
Le quatrième voyage nous invite à « aimer la Justice, à la révérer, à marcher dans ses voies et à la servir de tout notre cœur et de toute notre âme ». Personnellement ce quatrième voyage serait celui qui me parle le plus, car la justice de tous temps et en toutes circonstances est sans doute ce que je défendrais en premier lieu car la justice est pour moi la ligne d’horizon de toutes les vertus et la condition de leur coexistence. L’injustice d’ailleurs m’a toujours atteinte au plus profond de moi. J’adhère entièrement aux lois de l’Ancienne Egypte (au sujet de laquelle je lis beaucoup en ce moment) car sans justice point de salut. C’est la symbolique de notre Règle qui surplombe toujours le compas et l’équerre. Mais la plume de Maât, bleue d’azur, est si légère qu’un seul souffle peut la détourner de sa voie, et c’est là toute la difficulté de la justice si difficile à rendre et à appliquer en son âme et conscience.
Pour ce quatrième voyage, qui est pratiquement une finalité en soi, les trois autres voyages sont nécessaires :Ø accès à connaissance tout en étant libéré des entraves et des illusions,
Ø vigilance dans la recherche de ce qui est épars,
Ø appel à la raison et à relativiser toute chose dans le renouvellement de son approche de l’Univers.
Ces quatre voyages s’opèrent sous une forme tout à fait différente de celle pratiquée dans les « Loges Symboliques ». Le récipiendaire ne contourne plus un carré long, la voie n’est plus rectiligne mais effectue une courbe. Le Maître Secret est bien passé de l’équerre au compas… il s’élève selon les échelons d’une spirale qui représentent à la fois le chemin et les états multiples par lesquels il devra passer. C’est bien sur cette spirale que j’ai fait mon premier pas lors de mon initiation au 4ème degré.
La spirale évoque le cercle et son centre, ce centre duquel nous devons tenter de nous rapprocher le plus possible chaque jour de notre vie.
Dans mon imagination apparaît le « cône », un coquillage bien connu et vénéré en Nouvelle Calédonie. Lorsqu’on le « déshabille », c’est-à-dire lorsqu’on lui enlève sa coque, il ne reste que la spirale intérieure qui s’élève vers un seul point. Pour moi, le cône est un symbole et en l’observant d’avantage, je m’aperçois que les spirales supérieures sont plus petites que les spirales inférieures… Les étages supérieurs seraient-ils plus faciles à gravir que les étages inférieurs ?
Espoir ou illusion… ? Puisque je suis Franc-maçon et que j’ai les pieds bien encrés dans la Terre, je dirais « espoir » car même si le chemin est long et souvent difficile…, même si je ne suis pas certaine d’atteindre le sommet… il faut tenter l’aventure de cette vie… elle en vaut la peine !
Et puis, en y réfléchissant bien … pourquoi ne pas inverser le cône ? Associer la pointe du cône à mon initiation et décider de m’envoler sur la spirale infinie de la réflexion et de la connaissance pour diriger mes pas vers le sublime, et enfin… VOYAGER … !
TFPM « J’ai dit »