L’injustice et l’oppression
R∴ G∴
Très Puissant Grand Maître, TIF. Et vous tous mes FF en vos degrés et qualités
Albert CAMUS a dit : « Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout » Même s’il se plaçait sur un plan idéologique et philosophique profane bien différent de celui que nous propose notre rituel je ne suis pas sur que cette idée ne puisse être transposée, ne serait ce que par opposition de nature, pour éclairer ce que nous propose d’étudier aujourd’hui notre T.P.G.M. au travers de la réponse du second sénéchal lors de l’ouverture :
« Frère second sénéchal, quel est le but de nos travaux ? »
Mais quel est ce joug ? Quelle injustice ?
L’injustice et l’oppression naissent toujours d’un pouvoir totalitaire ou dévoyé. L’autorité abusive générée par ce pouvoir crée automatiquement une dualité du fait seul de son existence. L’humanité dés la création s’est trouvée dans cet état de dualité.
Il y aurait injustice si l’Homme portait un péché originel qui l’aurait conduit à sa chute, à son état terrestre, prisonnier de son enveloppe charnelle mais née de l’un, L’homme appartient à la création comme l’animal ou le végétal. Il subit l’oppression de sa nature matérielle : la maladie, la faim, la violence physique des éléments, mais son intelligence lui permet de percevoir qu’il est doué d’une autre nature qui fait de lui un être à part : une personne douée d’Esprit. Il est un univers entier. Et là commence le mystère de l’homme. La science moderne donne bien des explications sur la mécanique de l’individu mais malgré tout son savoir reste muette sur le phénomène de la vie en soi et encore plus ignorante de la force qui anime l’homme : Nous sommes corps, âme et esprit.
Si l’Homme se satisfait de l’existence physique il reste à un stade végétatif, l’homme ne devient une personne que pour autant qu’il réussisse à s’élever au-dessus de cette nature matérielle. Que s’il devient acteur de sa propre détermination ! Que si, comme nous le dit le poursuivant blanc « le monde est vaincu », si l’esclavage imposé par le monde est dominé. La peur et la nécessité immédiate prenant le dessus, l’ego se développe en ignorant tout ce qui fait obstacle à son déploiement immédiat, écarte que ce qui le gène dans son devenir et de là naissent égoïsme, violence, cupidité, orgueil, ambition mais aussi souffrance et désespoir. Tout ce dont nous aurions du être dégagés depuis bien longtemps souvenons nous du 4ème degré qui nous souligne que : « la maçonnerie t’a libéré de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle t’a tiré de la servitude et de l’erreur » Constatons l e, rares sont ceux qui ont pu atteindre ce lâcher prise, cette dé création selon M.M. DAVY.
KRISHNA MU RTI disait : qu’il fallait : « vivre dans le monde extérieur sans être dupes des apparences et des valeurs qui envoûtent la presque unanimité des humains vivants dans le monde »
Les différentes cultures ont inculqué à l’Homme des règles, disparates selon les civilisations, pour permettre à la collectivité sociale de survivre plus ou moins bien d’ailleurs. Civilisation contre qui le Grand Prieur nous
met d’ailleurs en garde « au delà de la perfection morale humaine…s’élève dans notre conscience une voix pour opposer à la règle de la justices et du droit le ressort de la bonté et de l’amour »Notre existence s’est auto réglée sur le plus petit commun dénominateur pour minimiser les affrontements. Et là commence l’enfermement dans l’uniformisation qui conduit à la sécheresse de cœur qui souciait tant a M.L.KING quand il disait « ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons».
Un penseur a dit que le péché originel c’était l’abus de connaissance (avec un petit c). L’homme au cours de son histoire croit connaître alors qu’il sait seulement. La société, au travers de l’éducation, nous construit dans le Savoir. Soumis au désir, nous sommes et voulons êtres des possédants et nous nous enfermons dans le domaine de l’Avoir, incapables de nous projeter au delà du monde objectif. Epictète disait « Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté, mais par la destruction du désir » L’individu le plus civilisé est esclave, sans forcement s’en rendre compte. Notre illusion est de croire que notre histoire matérielle est notre vraie nature, que les évènements ou les actes que nous commettons durant l’existence sont constitutifs de notre devenir alors que seul notre esprit peut prétendre à une réalisation par son éternité tandis que le corps, lui, va périr.
Mais comme nous l’avons vu la nature de l’homme rend les choses bien difficiles ! Nicolas BERD IA EV nous dit « La réalisation de la personne ne s’effectue pas sans resistance, elle exige : une lutte contre le pouvoir. asservissant du monde, le refus de transiger avec le monde. Le renoncement à la personne, l’acceptation de se soumettre à l’action dissolvante du monde sont bien de nature à atténuer la douleur,la non acceptation l’aggrave » Il nous faut donc choisir le combat car la liberté de l’homme se manifeste dans son degré d’indépendance par rapport au monde objectif.
L’initié a monté l’échelle mystique, s’il a réellement réalisé cette ascension, il est passé au delà de royaume des formes mais qu’en a t il rapporté ?
Il sait alors la splendeur de la VERITE et comme le disent les sages d’orient il est désormais prêts a « retourner chez lui »
Lors d’un précédent travail un de nos Chevaliers nous a entretenu des aspects du Tao Té King et particulièrement de cette méditation qui débouche sur un non agir apparemment opposé à l’injonction faite aux Chevaliers « travailler pour affranchir les hommes du joug qui pèse sur eux »
Ce non agir qui est libération, abandon total du « moi » est renforcé par l’injonction du T.G.P.M. qui souligne que nous ne nous appartenons plus « Il faudra veiller quand vous voudrez dormir, supporter la fatigue quand vous voudrez vous reposer, souffrir la soif et faim quand vous vous voudrez boire et manger » etc. ..… Nous devons être conscients du nécessaire ajustement à l’Ordre du plus profond de nous même. Son enseignement qui nous conduit « à mépriser les choses qui changent et disparaissent pour aspirer à l’immuable et à l éternel. » Nous devons avoir réalisé cette libération totale.
Et alors « vouloir et oser » !
Souvenons nous du proverbe arabe qui dit « Qui s’instruit sans agir laboure sans semer »
Vouloir parce que telle est notre mission de chevalier c’est faire entrevoir le mystère de l’Un à nos frères les hommes parce que nous sommes enfants du message universel lequel nous enjoint d’aimer notre prochain comme nous même. Le nouveau testament comme d’autres livres sacrés nous précise d’ailleurs que ce prochain est non seulement le F. mais aussi l’étranger, l’esclave. Souffrant et ayant besoin d’être secouru ; cet amour pour l’homme et la création n’est que la manifestation d’un amour plus grand, celui du Créateur lui-même.
Et oser parce que notre propre élévation doit nous permettre après avoir franchi les limites, la porte de toutes les merveilles du Tao, d’en ramener l’absolu adhésion à la Connaissance nécessaire à chacun pour continuer sur la voie et de transmettre a « celui qui a faim et soif » pour qu’a son tour il puisse aussi aller au delà du royaume des formes. Nous serons alors, sans doute, dans la réalisation totale qui répondra à la question éternelle du « pourquoi » de l’homme.