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#411012
Salomon, espoir déçu, espérance intacte
D∴ H∴
David, l’élu de Dieu avait assuré son pouvoir par la violence, ce sera son fils qui devra bâtir Israël et le Temple dédié à Yahvé.
Salomon, après avoir éliminé tous ses opposants dont son demi frère, eut un rêve dans lequel il exposait à Yahvé son angoisse devant la tâche à accomplir lui demandant un cœur plein de jugement pour gouverner son peuple , pour discerner entrele Bien et le Mal. Dieu appréciant cette demande désintéressée lui accorda le don divin du discernement ainsi que richesse, gloire et longue vie pourvu qu’il suive les lois et les commandements du Seigneur.
Ainsi, Salomon fut personnellement légitimé par Dieu.
La Sagesse de Salomon n’est pas le fruit de son expérience ni de son travail : elle est d’essence divine. Seul Dieu sait reconnaître le Bien et le Mal.
Et nous pauvres pêcheurs, serais-je tenté de dire, qu’allons nous faire dans cette galère ?
Ainsi, si nous nous complaisons sur le chemin de l’Eternel nous nous approcherons de lui et nos œuvres nous sanctifierons. Cette vision des choses existe depuis fort longtemps, puisqu’on peut lire dans un texte égyptien très ancien, du 3ème siècle avant J-C :
« Si je suis parvenu à ma demeure d’éternité…
C’est que j’ai fait le bien sur la terre
Et que mon cœur s’est complu dans le chemin de Dieu…
Depuis ma naissance jusqu’à ce jour ».
La sanctification de l’homme dont il est question ici, a pour but le salut de l’homme. Tout semble orienté vers l’amélioration de l’homme, amélioration qui doit lui amener une récompense finale dans un autre monde. On est loin de l’acte gratuit.
Ainsi Salomon a pu ériger en Terre Promise, le Temple de la Lumière et de la Perfection. Travail, Devoir, Persévérance, Perfection de l’Art, voilà ce qui en 7 ans été accompli.
Mais l’homme reste toujours un homme et la Nature reprend toujours ses droits. Un champ mal entretenu se couvre de ronces.
Salomon grisé par la gloire délaissant la Loi divine, restant sourd aux objurgations de ses compagnons fut ce champ mal entretenu. L’espérance, nous devrions dire l’espoir, de la récompense s’estompe, Salomon l’élu de Dieu chute, comment pouvons nous espérer faire mieux que lui ?
Et si, au lieu d’être sanctifiés par nos œuvres, c’était nous qui devions sanctifier nos œuvres ? (sacraliser nos œuvres semble plus juste)
Contrairement à Enoch, Moïse, David et Salomon nous n’avons pas reçu la grâce, le Nom ne nous a pas été révélé ; C’est par la victoire sur nous même que nous sommes descendu au plus profond des fondations du Temple, de notre Temple, pour trouver notre révélation, le sens de notre vie. En effet, la vie ne peut être ce rapport intime que chaque homme pourrait avoir avec la Divinité, la vie ne peut être qu’une vie de relation avec l’autre, avec la nature, avec le monde.
La vérité que nous cherchons ne s’attache à aucun moi : elle est universelle et conduit à la justice et à l’équité.
En loge bleue, par les voyages purificateurs et les invitations à l’amélioration de soi, on pourrait penser qu’il s’agit d’une sanctification.
Dès le 4ème degré une première inflexion apparaît : « vos travaux peuvent ne pas être récompensés car celui qui sème ne récolte pas toujours », « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».
L’évolution est nette, pas d’espoir de récompense seul le devoir. ( À ajouter)
Salomon aura montré le chemin, à nous de faire le reste.
Le plan est plus important que le Maître. « Ne vous forgez pas d’idoles humaines »
Les plans du Temple ont été détruits, la connaissance exacte des mesures et du tracé risque de s’estomper, mais reste le sens de l’œuvre, l’Idée qui avait présidée à sa construction.
Tout comme l’être humain, l’œuvre est mortelle car susceptible de destruction, mais l’Idée est comme le nom gravé dans la pierre d’agathe par l’intermédiaire du Triangle d’or, éternelle.
Elle a été, est et sera.
Le G.E.P.S.M. a approché le mystère de la Création, de sa création, il porte en lui une part de l’étincelle divine qu’il devra partager avec ses frères par toute la Terre.
La Loge de Perfection nous invite à la libération intérieure seule garante de toute autre libération. Au 14ème degré ne trouve-t-on pas la symbolique de la fête de Pâques avec la table, les 12 pains de proposition et le vin ? En effet, la pâque juive : Pessah, symbolise la sortie du pays d’esclavage des Juifs, la libération ! Ainsi, nous FF.MM., cherchons à sortir de notre « Egypte « intérieure, à nous libérer de notre condition de forçat dans un monde de matière.
La loge de Perfection, ou plutôt de perfectionnement, livre sa finalité spirituelle dès le 4ème degré, on va chercher l’harmonie en soi, c’est l’unification de la personne de l’Initié, la montée vers le Un, la cause première.
Pour cela, il va falloir briser nos chaînes, surmonter nos angoisses pendant ces voyages dans les profondeurs de nous même car la Lumière aime l’obscurité, angoissante et terriblement fascinante.
Toute descente appelle le combat avec le gardien du trésor, nécessite le renoncement sacrificiel et s’achève, si le processus initiatique a été mené avec bonheur, parla conquête du trésor.
Dès le 4ème degré, disais-je, tout converge vers l’archétype de l’unité, du Principe, de l’Absolu.
Le Rituel nous dit :
« La
Lumière que
vous portez…
Nous vous rendons la Lumière »
Après le meurtre
d’Hiram,
les M.S. et les M.P. ressentent angoisse et culpabilité et
c’est dans le Devoir
et, par là, dans la recherche de
l’unité, de la Parole Perdue qu’ils
tenteront
de résoudre les poussées contradictoires qui sont
en eux, en les assumant et
les vivant sur un autre plan, celui de la quête.Nous vous rendons la Lumière »
Il s’agit de prendre conscience de notre capacité d’appréhender le mystère qui est en nous, avec amour et dans la beauté.
N’avez-vous pas ressenti cette sensation de régression et d’expansion tout au long des degrés de perfectionnement ?
Une respiration ample et profonde dans laquelle nous vivons de plus en plus pleinement notre être.
Une succession d’inspir et d’expir où l’un symbolise le retour sur soi et le deuxième le partage.
Le Rite est un souffle de vie :
Au 4è et 5è degrés nous sommes dans une phase de recueillement, de ressourcement, comme un mouvement de centration de l’individu vers l’essence de son être.
La pénétration de l’Elu des neuf dans la caverne exprime ce même retour sur soi et va même jusqu’à l’origine, la matrice, la conscience du monde époque fabuleuse où la conscience se noyait dans la béatitude de la fusion primordiale.
Le mythe de la descente vers le centre de son être est sublimé au 13è degré qui oriente vers un centre spirituel évoquant l’idée de l’unité ramassée en un point équidistant de toutes les manifestations.
Les 4è, 5è, 9è, 10è, 11è et 13è degrés renouvellent en les confondant, la portée symbolique de la perpendiculaire et du tertre de terre noire où fut enseveli Hiram.
Il s’agit bien d’un retour aux sources, aux eaux mères de la Genèse.
Elles seules permettent au Pèlerin, fatigué de marcher sur la terre des hommes, de se désaltérer et au sens figuré, de se ressourcer.
De même, qu’ils soient Prévôts, Juges, Intendants des Bâtiments, Grands maîtres Architectes ou Grands Elus de la Voûte Sacrée, ces Maîtres, oeuvrant sur la terre des hommes, se doivent de bâtir la Cité des Hommes.
Ils sont voués au service d’autrui, leurs œuvres élèvent l’autre.
Ils s’inscrivent sur l’horizontale.
La succession de ces mouvements, verticaux puis horizontaux finit par évoquer le symbole fondateur, archétypal de la croix, grand symbole ordonnateur de l’Univers.
Le moment, bref, entre l’inspiration et l’expiration, moment de satisfaction intensequand l’inspiration n’est plus forcée quand l’expiration a rempli correctement son office, c’est le centre de la Croix, là où se dénouent les tensions, quand le Secrétaire intime est de nouveau en paix avec lui-même, quand le ternaire est reconstitué, quand l’œuvre peut continuer.
Quand le Chevalier de Royal Arche, après sa descente sacrificielle, découvre le Nom ineffable, quand l’harmonie est retrouvée et le Grand Elu peut répandre la bonne nouvelle.
Vous avez compris que comme on ne peut inspirer et expirer en même temps, la recherche de l’indifférencié et la poursuite de l’œuvre ne peuvent être concomitantes.
Choisir l’une c’est renoncer à l’autre.
La F.M. ne propose pas de paradis artificiels. Elle sait la valeur du renoncement (Gloire au Travail !)
La liberté se trouve dans la prise de conscience de cette souffrance, de cette faille entre ces deux énergies.
Cette alternance fonde la vie, l’espérance et le progrès. Elle s’oppose aux dogmes, aux idéologies car elle est perpétuellement une volonté de se dépasser.
Fondamentalement, elle est le besoin d’aller plus loin
Le Grand élu contemple Ein Soph, y réfléchit, imagine et parfois pense qu’il approche de la Vérité…et…. Doit admettre que l’Eternel vit réellement dans l’obscurité, hors de sa possibilité de compréhension. Puisque le mystère de l’origine des mondes reste entier, puisque le Nom reste une énigme même dans sa traduction, que nous reste-t-il à espérer ?
Et bien mes FF. ! selon moi, il nous reste la Fraternité, de laquelle, si elle est naturellement vécue, découlera toutes les vertus qui grandissent l’homme.
Le FM. sait, depuis son initiation, que, seule l’action permanente sur lui-même, lui permettra d’avancer dans la voie tracée par tous les Frères qui l’ont précédé, en même temps qu’il se doit de préparer le chemin de celui qui lui succèderont. Avoir foi dans la fraternité humaine et s’employer à propager avec persévérance cette confiance répond aux angoisses existentielles.
S’employer à propager cette confiance avec charité et bienveillance.
La Charité, l’amour du prochain, c’est ce dont faisait preuve, sur le chantier, notre Respectable Maître HIRAM. Il allait vers chacun avec infiniment de tolérance, lui tendant la main, sans rien attendre en retour, mais en espérant lui avoir réchauffé le cœur.
Il avait confiance en la perfectibilité de l’homme, confiance dans la prééminence de l’esprit sur la matière, confiance dans l’utilité et l’efficacité de sa missionquelles que soient les difficultés rencontrées, il avait la foi et cette foi était nourrie par l’espérance cet optimisme qui naît du plus profond de chacun afin qu’il ne se résigne jamais. L’homme malgré les coups reçus qui le jette bien souvent à terre se relève chaque fois pour un nouveau défi ne versant jamais dans le désespoir, ne désespérant jamais d’autrui.
L’actualité de ces derniers mois notamment après le Tsunami nous en donne un vibrant exemple.
Comprendre et vivre depuis l’initiation chacun des degrés de l’ordre c’est associer
·Foi et Sagesse
·Espérance et Force
·Charité et Beauté
Mes Très Chers Frères, en rédigeant cette planche, je n’ai fait que confirmer ce que vous saviez déjà : je ne suis toujours pas parfait.
Je ne suis qu’un Maçon, sur le chemin, ayant fait alliance avec vous, hommes vertueux, pour essayer d’améliorer la condition humaine.
Trois Fois Puissant Maître
J’ai dit