14° #411012

Symbolisme de l’Anneau au 14éme degré

Auteur:

M∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du G.-.A.-.D.-.L U


Trois Fois Puissant Grand Maître


Vous tous mes Frères Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon

Symbolisme de l’Anneau au 14éme degré

Appelé à parler du symbolisme au 14 ème degré il me paraît bien difficile de dissocier ce mythe du mythe du 13ème degré dont il est le prolongement naturel.

Nous ne pouvons comprendre le 14 ème degré qu’à la lumière du 13ème degré qui est un grade communiqué mais qui est toutefois d’une importance primordiale.

En effet, tout commence lorsque ENOCH est transporté par le GADLU au sommet d’une montagne «qui s’élevait jusqu’aux cieux ».

C’est à cet instant que débute le récit symbolique qui va sous-tendre toutes nos réflexions sur le 14 ème degré.

Dans ce récit nous aurons à plusieurs reprises des références à l’anneau et cela sous différentes formes et nous verrons que ce symbole contient plusieurs idées-force.

Il est avant tout le symbole de l’alliance mais il porte en lui une ambivalence car il relie en même temps qu’il isole et nous verrons que cette symbolique apparaît très nettement dans la légende du grade.

Il est aussi un symbole de puissance et de domination qui lorsque l’AMOUR n’existe plus peut conduire aux pires excès.

Il est enfin et surtout le symbole de la spiritualité si on veut bien considérer qu’il est également un cercle. Il représente le cycle indéfini sans solution de continuité. Il est également le symbole du monde spirituel, invisible et transcendant. Il symbolise la Divinité considérée comme origine de toute chose; la tradition chrétienne dira: comme alpha et omega.

Associé avec le carré il évoque une idée de mouvement, de changement de niveau.

« une image dynamique d’une dialectique entre le céleste transcendant auquel l’Homme aspire naturellement et le terrestre où il se situe actuellement… »de CHAMPEAUX (introduction au monde des symboles).

Je vais donc considérer ces différentes significations symboliques et essayer de montrer comment nous les retrouvons dans la légende du grade.

I – SYMBOLISME DE L’ALLIANCE

A – ENOCH – IMMANENCE ET TRANSCENDANCE

Selon la légende le GADLU était apparu en songe à ENOCH (qui serait le 7ème depuis ADAM – symbolisme du chiffre 7), et l’avait transporté au sommet d’une montagne qui s’élevait jusqu’aux cieux. Là il lui montra son vrai nom gravé sur une plaque d’or et lui enseigna la façon de le prononcer. Puis il se sentit emporté, il descendit verticalement à travers 9 voûtes souterraines creusées les unes sous les autres. Dans la plus basse il vit une plaque d’or semblable portant les mêmes caractères: c’était le Nom Ineffable que Dieu lui ordonna de ne jamais prononcer.

Ainsi dans ce récit nous voyons que le GADLU a choisi ENOCH pour lui montrer la voie que les Hommes doivent suivre; il contracte une alliance avec lui.

Nous constatons que ce mythe nous rappelle qu’en nous existe un lien indissoluble qui nous rattache au GADLU c’est ce que nous appellons la Transcendance mais en même temps nous avons également en nous notre part de Liberté, notre libre arbitre, notre propre Responsabilité et cela s’appelle l’Immanence.

Cette part d’autonomie est certainement celle qui est la plus difficile à mettre en oeuvre car elle suppose un discernement, une recherche, des efforts incessants dans notre recherche, cette quête qui doit être accomplie en ayant toujours en nous ce sentiment de notre appartenance à un tout qu’est l’Univers qui nous entoure.

Cela est suggéré par la descente verticale qu’ENOCH effectue jusqu’à la 9ème arche, montrant ainsi que les réponses que nous cherchons se situent en nous car nous portons tous en nous la création du monde.

B – GUIBULUM ET LA PROVIDENCE

Nous constatons dans le mythe du 13è et 14ème degré l’arrivée d’un nouveau personnage GUIBULUM qui voudrait dire « Je suis ce que je suis » et qui prend en quelque sorte la place qu’occupait auparavant JOABEN.

Pourquoi?

GUIBULUM nous rappelle que l’important est l’ETRE et que nous devons nous efforcer d’étre et non d’avoir. Nous devons chercher inlassablement ce qu’il y a en nous, ce que nous sommes réellement, quellles sont nos véritables aspirations et non ce que nous impose notre société. Posons nous les bonnes questions :


Qu’est ce que je désire réellement?


Que dois-je faire pour être heureux?


Comment dois-je me comporter?

GUIBULUM accroche sa pioche à un anneau fixé à une pierre parfaitement carrée. Là encore le symbolisme nous montre que c’est lui qui a été choisi pour découvrir le nom Ineffable.

Le GADLU lui montre la voie et le symbole de l’anneau et du carré marque un renouvellement de cette alliance avec Lui mais aussi un rappel à la réalité, le carré rappelant que nous sommes rattaché aussi au monde, à la terre.

Non, il n’a pas accroché sa pioche à cet anneau par hasard, c’est le GADLU qui l’a choisi pour découvrir la cache, ce que la légende du grade appelle « la PROVIDENCE ».

C’est bien dans le cadre d’un grand dessein du GADLU que GUIBULUM va découvtrir cet anneau enchassé dans cette dalle parfaitement carrée.


Or l’anneau était, on peut le supposer, à plat sur la dalle donc comme inscrit dans ce carré.


Pour les Kabbalistes cette figure symbolique représente l’étincelle du feu sacré caché dans la matière et animant celle-ci du feu de la vie.

Dès lors que GUIBULUM accroche l’anneau et qu’il le soulève pour ouvrir la trappe il accepte l’alliance avec le GADLU, il se soumet à sa volonté et il la met en action par ses efforts sur cet anneau.

Ceci pour dire que nous devons écouter la voie de notre conscience et accepter les signes que peut nous envoyer la Providence, ce que nous appelons parfois l’intuition.

C – L’ANNEAU D’OR – LIEN INDISSOLUBLE AVEC LA VERTU

SALOMON après avoir mis le trésor en sûreté sous le sanctuaire du Temple appela les plus vertueux Chevaliers de Royal-Arche et les investit du degré de Perfection.

Il leur fit jurer solennellement «de vivre en Paix, union et concorde entre eux, de pratiquer les devoirs de charité, de bienveillance, à l’imitation du Respectable Maître HIRAM, et de faire en sorte qu’à son image, la Justice et l’Equité soient toujours le fondement de leurs actes.

Il leur fit promettre encore de s’assister mutuellement dans le besoin, de punir la trahison, la perfidie et l’injustice.Il remit à chacun un anneau d’or en signe de l’Alliance qu’ils avaient contractée avec les hommes vertueux. »

Nous voyons qu’il s’agit là d’un engagement solennel, d’un renouvellement, en quelque sorte d’une « confirmation » comme le ferait un jeune chrétien après sa communion solennelle, des engagements pris dans les grades précédents.

Il y a véritablement un résumé des devoirs et des serments antérieurs :


Le Devoir impérieux du Maître secret


La Justice et l’Equité du Prévôt et Juge


La Punition, la vengeance du Maître élu des neuf.

Par ailleurs il y a également un rappel important qui est d’ailleurs constant tout au long du rituel du 13ème et 14ème degré. A l’intérieur de l’anneau est inscrit: « la Vertu a uni ce que la mort ne pourra séparer »

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Pour ma part il me semble que ce qui ne peut être séparé par la mort c’est tout ce qu’il y a d’immatériel en nous donc de spirituel, du domaine de l’esprit; toute cette partie de notre Etre qui nous différencie des autres créatures terrestres et nous donne une autre dimension.

Tout notre Etre immatériel serait ainsi pendant notre vie en lien étroit avec la GADLU, avec le COSMOS et cela ne peut disparaître après notre mort.

La VERTU serait ainsi un concept qui s’imposerait à nous, en dehors de toute contingence sociale, matérielle, spirituelle, une certitude qui viendrait d’ailleurs… peut-être du GADLU ?

NIETSCHE fait dire à ZARATHOUSTRA: «Nul ne sait encore ce que sont le BIEN et le MAL, nul si ce n’est le CREATEUR» et KANT disait « qu’elle dépasse toute mesure des sens ».

S’il en est ainsi, cette VERTU exigente et difficile à cerner, à définir, pourrait être extrêmement dangereuse dans la mesure ou elle apparaîtrait comme une sorte d’illumination, de révélation, de certitude sur ce qui est bien ou mal et pourrait donc entraîner une grance intolérance.

Il n’y aurait plus que la Vérité des Hommes vertueux, les autres étant les forces du mal!

Ce symbole est donc à manier avec précaution et cette notion de VERTU ne doit pas être dissociée des valeurs fondamentales de la FM, la Tolérance qui nous permettra de relativiser et l’AMOUR qui nous rapprochera de tous nos frères en humanité.

En effet, selon le mythe, cette alliance avec la VERTU et ce lien que nous avons contracté avec SALOMON et partant, avec le GADLU, ne nous enlève pas notre libre-arbitre, représenté par le carré parfait où s’inscrit le cercle.

N’oublions pas notre qualité de maçon « libre » et « de bonnes moeurs », les moeurs pouvant parfois s’opposer à la VERTU car dépendant intimement d’une société donnée…

Soyons donc vertueux mais à la lumière de notre enseignement maçonnique, gardons notre esprit critique tout en conservant une grande exigence pour nous même.

Toutefois ne confondons pas VERTU et RAISON qui procède de deux concepts très différents: la VERTU faisant appel à la conscience et par là même à tout ce qui est spirituel en nous, la RAISON faisant appel au Savoir.

Ne serait-ce pas l’idéal de pouvoir harmoniser RAISON et VERTU ?

II – ANNEAU – SYMBOLE DE POUVOIR ET PUISSANCE

Selon la légende l’anneau d’or que portait Salomon était la source de sa Sagesse car il marquait son alliance avec le GADLU.


Pendant longtemps il fut admiré pour sa Justice et son Equité, puis il devint « sourd à la voix de l’Eternel ».


On ne sait pas exactement pourquoi Salomon si sage et bon changea aussi radicalement et « se laissa aller à la licence »; on ne sait d’ailleurs pas vraiment ce que recouvre cette périphrase…

Restons toutefois dans l’esprit de la lègende qui veut nous signifier tout simplement que Salomon, à un moment de son règne, quitta les chemins de la Vertu pour emprunter ceux du Vice.

Que pouvons nous en tirer comme enseignement ?

Cet anneau a ici une signification ambivalente, s’il est lien avec le GADLU il est aussi symbole de Pouvoir et de puissance, il relie en même temps qu’il isole.

C’est donc à son pouvoir de Puissance que Salomon à succombé car dans le même temps il avait abandonné ou relaché ses liens avec la Divinité, avec sa Conscience.


Dis en des termes plus contemporains: le Pouvoir corrompt.


En effet ce Roi qui pendant des années avait fait l’admiration de tous, se laisse petit à petit envahir par l’ivresse du Pouvoir absolu, sans contrainte.


Rien, ni personne ne peut contrarier sa volonté, il est livré à lui-même.

Dès lors qu’il n’a plus la volonté de faire appel à sa conscience, dès lors qu’il se laisse aller aux plaisirs matériels, dès lors qu’il s’éloigne des valeurs fondamentales de «l’Humanitude », il conduit son peuple et lui-même vers l’abîme !

Le message est toujours vivace : soyons vigilants, ne nous laissons pas submerger par l’envie de posséder; ne privilégions pas l’AVOIR au détriment de l’ETRE.

Je ne parle pas de devenir un ascète, un donneur de leçons, sûr de détenir la Vérité. Non, mais restons nous-même et essayons de concilier les nécessités de la vie sociale et familiale avec une règle de vie conforme à notre idéal maçonnique de FRATERNITE, d’AMOUR et de TOLERANCE. Sans être dégagés des biens matériels n’en soyons pas esclaves. Usons avec modération de notre Pouvoir, tant dans la vie professionnelle que familiale; Puissance et Pouvoir ne veulent pas dire Tyrannie!

CONCLUSION

Je serais donc « Parfait et sublime Maçon »


Mais suis-je vraiment parfait ?

Cela veut-il dire qu’ayant atteint la perfection je suis arrivé au terme de mon parcours ? Pourtant je sais bien qu’il n’en est rien …j’ai appris tout au long de mon cheminement que lorque j’ouvrai une porte d’autres restaient fermées ou invisibles et que rien n’était jamais définitif.

Je sais donc que je ne suis pas parfait et que je ne le serai jamais et encore moins sublime ! Alors ?

Serait-ce une sorte de dérision de me nommer ainsi justement pour me forcer à m’interroger sur mon parcours et surtout sur celui qui me reste à accomplir ? Car si j’admettais que je suis parfait je considérerai que je suis arrivé au bout de ma quête et me contenterai de cette situation en me félicitant tous les jours d’être arrivé là où je suis; mais si j’admet que je ne peux être parfait car celui qui est parfait est alors l’égal de Dieu, j’admet aussi que je dois poursuivre mon chemin…

Pourquoi dénierait-on à nos illustres prédecesseurs le droit à l’humour et tant mieux si cela nous permet de nous remettre en question!

Pourtant cet AMEN, trois fois prononcé, qui clôt mon serment, serait-il le point final, sans retour possible mais aussi sans rien au delà ? N’y aura-t-il rien à retrancher ni rien à ajouter ?

Non, pour moi cela marque simplement l’aspect définitif de ce qui a été et de ce qui est acquis définitivement, éternellement, mais à partir de cet acquis il y a encore autre chose…

Le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon devra voyager par toute la terre, faire connaître et enseigner l’AMOUR, la FRATERNITE, la TOLERANCE mais aussi chercher une nouvelle Loi, à l’aide de la connaissance acquise de l’ancienne LOI, par la voie de la SPIRITUALITE et de l’AMOUR.



Il reste une onzième porte à ouvrir, celle dont parle la légende des Rois Mages.


Que cette porte qui s’ouvre vers l’infini nous dévoile les mystères de l’univers que les trois initiés contemplaient à travers le cercle découpé par la margelle du puit…

Ce cercle de l’Eternité qui doit nous rappeler notre condition d’Etre humain réceptacle d’une part du Divin.

Je terminerai par un cours extrait d’un texte trouvé dans une vieille église de Baltimore au début du XVII ème siècle, texte qui pourrait à lui seul, résumer ce que devrait être la conduite d’un « Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon »

« Nous sommes des enfants de l’Univers pas moins que les arbres et les étoiles et qu’il nous soit clair ou non, l’Univers se déroule sans doute comme il le devrait.


Restons en Paix avec Dieu, quelque soit notre conception de Lui et gardons dans le désaroi bruyant de la Vie la Paix dans notre âme.


Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés le monde est pourtant beau!


Prenons attention! Tâchons d’être heureux !  »

J’ai dit Trois fois puissant grand Maitre

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