Sous la 9ème voûte
T∴ O∴
La neuvième voûte apparait la première fois au 13ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, le grade de Chevalier de Royal Arche. Ce symbole est issu de la légende du temple antédiluvien d’Enoch, selon laquelle le Grand Architecte de l’Univers était apparu en vision à Enoch et l’avait transporté au sommet d’une montagne qui s’élevait jusqu’aux cieux. Là, il lui montra son vrai Nom gravé sur une plaque d’or et lui enseigna la façon de le prononcer. Puis Enoch se sentit emporté, il descendit verticalement à travers neuf voûtes souterraines creusées les unes sous les autres. Dans la plus basse, il vit une plaque d’or semblable portant les mêmes caractères : c’était le Nom Ineffable que Dieu lui ordonna de ne jamais prononcer.
Enoch creusa ensuite neuf voûtes superposées identiques à sa vision. Il réalisa une plaque d’or triangulaire enrichie des gemmes les plus précieuses et la scella sur une pierre d’agate taillée et polie. Ayant transporté son ouvrage sous la Neuvième Arche, la plus profonde, il grava sur la plaque d’or les lettres que le Grand Architecte de l’Univers lui avait montrées. Les voûtes étant « hermétiquement » closes, la prononciation du Grand Nom se perdit au fil des âges jusqu’au moment où Dieu la communiqua à Moïse sur le Mont Horeb. De nombreuses générations se succédèrent ensuite jusqu’à ce que Salomon fasse construire le Temple de Jérusalem et jusqu’à la mort d’Hiram.
Salomon, Hiram roi de Tyr et Hiram l’Architecte avaient fait le serment de ne pas communiquer le degré de Chevalier de Royal Arche s’ils n’étaient au moins trois initiés à connaître les secrets du grade. Hiram ayant été assassiné, ils n’étaient plus que deux, et, fidèle au serment qu’il avait fait avec Hiram et le Roi de Tyr, Salomon condamna la trappe conduisant aux voûtes.
Selon notre Rituel, les Grands Maitres architectes n’ignoraient pas que, du vivant de Maitre Hiram, Salomon disposait de ce lieu souterrain dans lequel il se réunissait avec lui et Hiram roi de Tyr pour s’entretenir secrètement des choses sacrées.
Informés que le roi de Tyr était à Jérusalem, Johaben, Stocklin et Guibulum vinrent auprès Salomon pour le supplier de les recevoir Chevaliers de Royal Arche. Ce dernier leur répondit alors qu’ils ne pouvaient l’espérer immédiatement et que le Grand Architecte De l’Univers en leur révélant son Nom leur permettrai peut-être d’accéder à la connaissance qu’ils convoitaient !
Cette demande d’accession au 13ème degré, n’est pas, ou n’est plus celle d’un mauvais compagnon mais bien au contraire celle d’un architecte reconnu dont l’œuvre est totalement terminée. Le Grand Maître Architecte ayant symboliquement achevé la construction du temple interrompu par la disparition prématurée de notre Respectable Maitre Hiram, mais aussi la construction de son temple intérieur et à l’intérieur de celui-ci de son Saint des Saints, conformément au plan du temple du Grand Architecte. Il nous avait déjà été dit au 4ème degré que ce Saint des Saints était en l’homme ! Mais une fois construit, celui-ci ne peut évidemment pas demeurer une coquille vide et creuse ! Il reste donc à l’initié à y faire descendre en son centre le plus secret la shekinah, la présence divine ! Cette tâche est accompli au 13ème degré, en retrouvant sous la neuvième voûte, le nom ineffable gravé par Enoch sur le triangle d’or dans l’axe vertical de la spiritualité !
« Récipiendaires êtes-vous prêt a descendre dans les entrailles de la terre pour y chercher un trésor ?… le Grand Architecte De L’Univers a daigné vous accorder la plus grande faveur. Il vous a choisi pour découvrir le plus précieux trésor des maçons ».
Cette phrase issue de notre rituel nous dévoile que Salomon intermédiaire du Divin, a guidés jusque-là Johaben, Stocklin et Guibulum, puis il s’efface pour les laisser seuls affronter leur destin, ils ne peuvent donc plus reculer ! Cette parole qu’ils cherchent, que nous cherchons tous, est peut-être là à portée de leur main ! Ils ne le savent pas, ils ont simplement une intuition ! Ils pressentent une autre dimension que celle de la construction terrestre !
Salomon lui pour la première fois s’en remet à un autre, au Grand Architecte De l’Univers et à sa providence pour prendre la décision ! Ce n’est donc pas un hasard s’ils découvrent la trappe qui ferme la voûte ou plutôt les voûtes ! Le temps était venu ! Toutes les conditions étaient réunies, ils avaient construits le Temple, ils avaient réintégré une identité d’homme : « Je suis ce que je suis, mon nom est Guibulum! » En effet c’est le nom ou le fait de se nommer qui fait exister l’être !
Désormais ils avaient besoin de comprendre la raison de tout cela, ils étaient capables d’approcher la Vérité, ils étaient aptes à descendre au plus profond d’eux même pour y découvrir le trésor enfoui ! Tout comme eux nous sommes désormais aptes à comprendre et à mettre en œuvre la formule V.I.T.R.IO.L découverte au 1er degré.
La légende du 13ème degré est une image de la descente abyssale que nous devons, nous initiés, effectuer sur nous-même pour y découvrir la Lumière. Ces neufs voûtes creusées les une sous les autres dirigent notre cheminement initiatique dans le sens de la verticalité et de la spiritualité !
Cette descente vers la 9ème voûte représente ce désir de transformer le carré en cercle, de passer de l’équerre au compas. Mais la descente de Guibulum n’est pas linéaire, elle s’effectue en trois temps. Ces trois tentatives pour atteindre la dernière voûte peuvent indiquer les trois niveaux d’intériorité (mental, spirituel et divin) qui mènent à notre tréfonds, les trois étapes de maturation à franchir, pour parvenir au centre de la terre, au centre de nous-même.
La descente en trois étapes, chacune d’elles suivie d’une remontée à la surface, ne peut être que la conséquence d’une frayeur ressentie face à un danger ou face à une nouvelle réalité. Ces deux remontées de Guibulum peuvent signifier la nécessité de revenir faire le point dans une dimension maitrisée, avec un référentiel, que constituent ses compagnons de route. Compagnons qui dans cette légende n’ont pas voulu accompagner Guibulum dans son exploration, ceci certainement pour signifier que personne ne peut véritablement accomplir à notre place nos épreuves initiatiques ! Il arrive même un moment ou notre quête spirituelle devient strictement personnelle à l’approche de notre être profond ! L’esprit n’a pas besoin d’intermédiaires pour se révéler à nous ! Nous devons être uniquement de bons récepteurs afin qu’il puisse circuler en nous et nous éclairer !
Cette légende du 13ème degré constitue une allégorie du travail que doit effectuer chaque franc-maçon pour espérer trouver sa voie, sa Vérité. La quête de Guibulum nous ramène donc bien à V.I.T.R.IO.L ; cette invitation à descendre au fond de nous-même afin d’y trouver, « ce que je suis », qui y a été enfoui et « ce que je serai ». Tout comme Guibulum nous sommes entrés dans le Saint des Saints et nous sommes dignes de recevoir la vision et la connaissance de ce trésor, du nom ineffable. Nous accédons, comme lui à ce qui dépasse le Maître Maçon du 3ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté ; nous avons retrouvé et nous pouvons nommer le mot Véritable. Nous nous trouvons maintenant au centre de l’endroit le plus secret de la terre, le centre de nous-même, le centre de l’idée, le centre de l’homme coïncidant avec le centre universel qui est l’Un ! Dans cet état l’initié parfait que nous sommes devenus n’est pas rempli de lumière intelligible mais il est la lumière même ! L’archétype du principe ! Le point, le centre qui est le commencement compréhensible de l’existence, la pensée créatrice, le centre de l’idée ! L’idée étant le cheminement nécessaire pour retrouver la parole perdue après avoir rassembler ce qui est épars ! C’est la recherche de la Vérité, de l’essence éternelle ! Être au centre de l’idée c’est avoir retrouvé l’état originel ! Ce centre qui est souterrain et qui représente le secret et l’intériorité avec son caractère caché ou secret sous la neuvième voûte signifie que la tradition, la Vérité qu’elle renferme, n’est accessible qu’a une minorité, une minorité d’initiés.
C’est donc en cet endroit, sous la neuvième et dernière voûte que Guibulum a découvert à la croisée de l’horizontale et de la verticale la pierre cubique à pointe, taillée et polie, symbole de l’initié ayant achevé l’œuvre opérative ! Pierre surmontée du triangle d’or sur lequel apparait le tétragramme gravé par Enoch. Il comprit alors que ces signes composant le Tétragramme représentaient le nom ineffable du Grand Architecte de l’Univers ! Qu’il ne pouvait pas prononcer mais juste épeler : IOD HE VAV HE.
Il s’agit du Grand Nom Sacré, Nom Secret et Mystérieux de Dieu que représentent ces quatre lettres (rien que des consonnes) de l’alphabet sacré hébraïque, formant ainsi le Tétragramme et qui signifie : « je suis celui qui est ».Si il est imprononçable c’est qu’il signifie la nature ineffable ou inexprimable du principe, soulignant sa transcendance, son caractère absolu non réductible aux formes limitées de la création. L’homme limité par sa condition finie de mortel, ne peut nommer celui qui est infini ! Nommer serait créer ! Un être limité dans le temps et l’espace n’a pas le pouvoir, ni la capacité de nommer la conception suprême, l’Absolu ! Ce serait s’élever au même rang, l’égaler ce qui est métaphysiquement impossible.
Ce Tétragramme représente pour nous Franc Maçon la Lumière dans nos ténèbres, parce qu’il est « le souffle créateur divin qui joint l’unité à l’Amour, Dieu étant Amour et Unité ». Chacun de nous est le lieu même du mystère le plus profond, dont le nom inscrit sur le Delta est l’image de ce dont nous nous devons de prendre conscience. Chacun de nous est donc à la recherche du Delta gravé dans la Crypte, la neuvième voûte de son temple corporel. C’est en nous qu’est le lieu même du secret.
Lors de notre première Initiation, le Vénérable Maitre nous a demandé de travailler à notre perfectionnement : est-ce à dire que nous devons découvrir ce qu’il y a de plus sacré en nous-mêmes ? Je le pense effectivement puisque le perfectionnement consiste à s’approcher du Sacré, lui-même étant le reflet de la Perfection.Au début de notre cheminement Maçonnique, nous cherchions à savoir ce que nous étions vraiment tandis que maintenant, nous avons trouvé notre centre et il nous est demandé de participer à la Divinité : ceci signifie que le seul but que nous devons maintenant nous fixer, c’est la recherche de la Perfection.
La spiritualité Maçonnique est une spiritualité immanente, et en ce sens elle nous enseigne une spiritualité contenue dans notre propre nature, (ce qui la distingue de la spiritualité transcendante, censée résider dans un être supérieur, caractéristique des grandes religions). La Lumière que nous avons recherchée lors de notre cheminement initiatique est symbolisée par l’expression « Vérité et Parole Perdue », Parole qui nous est révélée au 13ème degré, celle inscrite sur le Triangle d’Or sous la 9e voûte ; cette Lumière qui contient et nous révèle le Nom du Grand Architecte De L’Univers, était cachée au plus profond du Temple d’Hénoch ; c’est dire que ce Temple caché représente l’endroit le plus intérieur de la terre mais aussi de notre conscience !
Je me remémore cette parole de Saint-Augustin : « Ne va pas au dehors, rentre en toi-même. La vérité habite à l’intérieur de l’homme ».
Cette spiritualité immanente, chaque Frère devenu Grand Élu Parfait et Sublime Maçon doit la rechercher pour donner un sens à sa vie d’homme, il doit la penser individuellement et la pratiquer collectivement à l’intérieur et à l’extérieur du Temple. Si, en tant que Maître Secret, nous cherchions la Vérité et la Parole Perdue, maintenant, en tant que Grand Elu, nous sommes censés les avoir trouvées. Du 4ème Degré avec IOD, ADONAI, IVAH, jusqu’à IOD, HE, VAV, HE, chacun tente d’entrer en communion avec le spirituel ou le métaphysique.
Les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons que nous sommes sont à la croisée des Chemins, la voûte Sacré étant le lieu de rencontre entre l’immanence et la transcendance, le point de contact du supérieur et de l’inférieur, le lieu ou le monde fini débouche sur l’infini ! Une lumière est allumée, c’est l’image du feu qui brûle en nous, dans les profondeurs des ténèbres de notre inconscient : au cœur de la terre se trouvent les sources de la lumière (ceci nous rappelle la formule « V.I.T.R.I.O.L. »). Au cœur de notre inconscient se trouvent les racines d’espérer pour peu que nous nous efforcions de boire à la source afin qu’une petite lumière s’allume et nous éclaire sur nous-mêmes. Le NOM, vit à l’intérieur de nous, dans notre inconscient, dans l’attente de se révéler à notre conscience dite « éveillée ».
Néanmoins le Tétragramme, ce Feu Divin, porteur de Connaissance et de puissance, ce Feu créateur, ne peut nous communiquer toute sa valeur que dans la Fraternité agissante et dans la méditation.
Les Grands Élus sont porteurs de ce programme qui consiste à pénétrer, comme le dit le rituel du 4ème Degré, « dans les hautes régions de la connaissance spirituelle » ; c’est l’engagement individuel et personnel de chacun des Grands Élus que de travailler à connaître sa nature spirituelle qui fonde notre quête : celle du Triangle Sacré sur lequel est inscrit Le Nom du Grand Architecte De L’Univers qui est le symbole vivant de notre démarche au sein des degrés supérieurs du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce Delta est éclairé par un rayon de soleil, mais ce dernier n’est pas le soleil physique des premiers degrés de notre Ordre : c’est celui du soleil intérieur qui éclaire tout être. Le Nom Ineffable est en chacun de nous, sous la 9ème voûte, à nous donc le Devoir de révéler cette potentialité.
Nous ne pouvons pas nous confondre avec lui, avec IOD HE VAV HE, mais nous pouvons nous fondre en lui, participer à son énergie au travers de nos actes, nos paroles, notre comportement afin de contribuer, comme nous l’avons promis, au rayonnement de notre Rite Écossais Ancien & Accepté.
Les Grands Elus comme le furent
Galaad et Hiram « fidèle au devoir
jusqu’a la mort » deviendront les
fidèles gardiens du Nom en le conservant au plus profond de
leur cœur, de leur centre, de leur saint des saints
après la destruction du temple matériel, en effet
le temple de Salomon, archétype du temple universel,
aussitôt achevé ne peut être que
détruit pour faire place au temple de l’esprit,
seul temple indestructible car immatériel !
Ces Grands Elus conscient du danger de l’idolâtrie
et pour protéger le véritable trésor
ont détruit la pierre d agate et martelé le nom
ineffable pour le rendre illisible ! Ils démontrent ainsi
que le véritable trésor découvert sous
la 9ème voûte ne peut être ni en or, ni
en agate
ni en pierre aussi précieuses soient elles ! De
même qu’il ne faut pas prendre les mots pour des
idées, il ne faut pas prendre l objet pour le
trésor. Ce dernier ne peut pas être dans le temple
quand bien même serait il conservé au centre de
l’endroit le plus sacre de la terre ! Le trésor
c’est le temple, le temple universel symbolisé par
la pierre cubique a pointe qui représente
l’initié parfait !
Il ne nous restera plus à nous Grands Elus, que de nous accorder aux idéaux de Vertu, de Concorde et d’Union de tous les Grands Élus et de toujours conserver devant nous et en nous l’idéal de Perfection aperçu un bref instant sous la 9ème voûte.
J’ai dit.