Voyage aux ruines du temple de Jérusalem et construction de son temple intérieur
V∴ D∴
Ordo ab Chao,
Deus meunque jus, Au Nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands
Inspecteurs Généraux du 33 et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
Le travail proposé se rapporte aux 13ème et 14ème degrés du rite et est tout entier contenu dans la légende des trois mages qui ont visité la grande voûte et découvert le centre de l’idée. Les trois initiés qui appartiennent au peuple d’Israël exilé à Babylone après la destruction du temple par Nabuchodonosor, font un pèlerinage sur le site de l’antique cité de Jérusalem et de son sanctuaire sacré.
Cet exil physique est aussi un exil de l’esprit : la destruction du temple de Salomon ne fut autrefois que la conséquence visible de la déchéance spirituelle de celui-ci, de ses errements, de son oubli de l’Eternel.
Le pèlerinage des trois mages est une piété itinérante, un voyage aux sources, qui engage le corps et l’esprit dans un effort soutenu de purification. C’est un voyage initiatique. Il faut le rapprocher de tous ceux que le maçon a endurés dans les degrés précédents : le puits qui s’enfonce dans la crypte à l’angle sud-est de l’ancien temple est ainsi un rappel de la purification par l’eau même s’il symbolise d’abord un voyage au centre. On pense aussi aux voyages du compagnon cheminant vers la connaissance, à la vision des sphères terrestre et cosmique, qui était déjà une manière d’opposer et de rapprocher la matérialité de la nature et l’intériorité de l’esprit.
Les mages, après avoir
quitté Babylone, l’ancienne cité du
Soleil, déchue et devenue symbole de perdition, se dirigent
vers la cité idéale, non pas la
Jérusalem terrestre en ruines, mais la Jérusalem
céleste. A l’horizontalité du voyage
terrestre va succéder la verticalité du voyage
intérieur
Les Grands Maîtres Architectes ne pouvaient demeurer sur leur
acquis provisoire. Quels prolongements donner à leurs
connaissances philosophiques, à leur maîtrise
consommée de l’outil mathématique, de
la géométrie, de l’art de la
construction ?
Le poète M Assad qu’affectionne M Tournier, écrit : « l’eau qui stagne immobile et sans vie devient saumâtre et boueuse. Au contraire, l’eau vive et chantante reste pure et limpide. Ainsi l’âme de l’homme sédentaire est un vase oû fermentent des griefs indéfiniment remâchés. De celle du voyageur jaillissent en flots purs des idées neuves et des actions imprévues ».
Ici, l’action imprévue sera la découverte de la crypte secrète, des neufs voûtes et du tétragramme divin. Cette aventure périlleuse donne lieu à l’évocation des mystères de la kabbale qui s’ajoute ainsi pour la première fois de manière explicite, en tant que méthode et science sacrée aux outils de connaissance mis à la disposition du maçon écossais.
Qu’est-ce que le 13ème degré en donne à voir qui présente un intérêt opératif ? Des indices nous sont donnés : pourquoi les ruines du temple sont-elles si proches du centre de l’idée ? Pourquoi le voyage des initiés rappelle-t-il celui des rois mages qui les vit contraints de rencontrer le fourbe roi Hérod avant d’accéder à la dimension cosmique de l’épiphanie ?
La kabbale donne à voir et comprendre cette double figure de la lumière et de l’obscurité, cet interminable chemin de l’éveil et du retrait qui fait la beauté et la tragédie du destin de l’homme. Par là, la kabbale est universelle.
Je traiterai quatre thèmes :
-L’unité
primordiale comme origine et comme fin.
-Un système analogique
généralisée comme condition
d’accès.
-L’intériorité comme moyen
d’accès à la Divinité.
-La résolution des contraires comme condition dynamique de
l’intériorité et de
l’ascension.
L’unité primordiale comme origine et comme fin
L’objet du 13ème degré est la descente en soi, figurée par l’immersion physique dans la crypte de l’ancien temple, voyage sub-terrestre qui rappelle le cabinet de réflexion du grade d’apprenti. De nouveau, la pédagogie maçonnique est à l’œuvre et répète en la développant une séquence précédente de l’enseignement : les trois initiés, chacun porteur d’une torche qui représente leur propre feu sacré, descendent à l’aide d’une corde qui les conduit à une première porte qui donne accès au cœur de la Terre. La descente se poursuit par 24 marches réparties en 4 escaliers, comportant respectivement 3, 5, 7 et 9 marches, évocation du grade d’intendant des bâtiments, avec les 3 pas, les 5 points parfaits de la maîtrise, les 7 arts libéraux et les 9 attributs divins figurant sur le tableau de loge du 4ème degré, rayons du triangle trinitaire.
La succession des portes et des
voûtes sur lesquelles elles ouvrent, s’effectue
selon un parcours balisé par les sphères de
l’arbre de vie de la kabbale. Dans la mystique juive,
l’arbre de vie est une sorte de structure sous-jacente
à toutes formes de l’Etre, à toutes
manifestations du Principe.
Les voûtes/sphères auxquelles accèdent
les initiés, sont des réceptacles qui recueillent
sans fin, les émanations lumineuses de Dieu ; Elles sont
aussi les portes spirituelles qui ouvrent sur le paradis de la sagesse,
de la vérité, de la splendeur et in fine de
l’Unité Primordiale.
Selon Moïse Cordovero, un kabbaliste du Moyen Age, les séphiroth sont les vêtements et les trônes de la divinité. Le postulat fondamental de la kabbale est l’absolue Unité de Dieu. Les choses paraissent séparées, mais il n’en est rien car tout est Un, en Un, comme l’exprime Isaac l’aveugle. En cela, La Kabbale rejoint le grand fleuve de la tradition hermétique et gnostique. Le corpus hermétique décrit un Dieu unique par qui et en qui tout existe et qui se révèle lui-même à travers la création. Or l’arbre que découvre les initiés est Dieu dans sa création, dans sa corporéité. Chaque sphère contient toutes les sphères, seule la proportion varie, donnant à chacune sa couleur, sa composition, sa vibration sonore, sa densité, de la plus subtile dans la triade céleste et le monde de l’esprit en Atziluth, à la plus grossière en Malkuth, dans le Royaume et le monde de l’action que notre corps habite.
La Divinité est omniprésente dans sa création. Cette notion et résumée dans la Shékinah qui signifie la présence intra-résidente de Dieu. Héraclite pensait à peu près la même chose en affirmant qu’il y avait un logos présent à travers l’essence de tout, reliant le monde et la Loi universelle. Plus généralement, la philosophie grecque antique décrivait le Divin comme un principe unitaire, intelligible au travers des concepts du feu, de l’air, de l’eau et de la terre.
L’hermétisme alexandrin était panthéiste et envisageait une présence cachée de Dieu (deus absconditus) dans tous les phénomènes de la vie. On est aussi assez proche de la conception Spinozienne du « conatus » substance qui forme et unifie l’univers tout entier, et assez loin de l’approche dualiste de Descartes pour qui Dieu absent du temps et de l’étendue spatiale, est par construction étranger à sa création.
Dans la kabbale, comme dans l’hermétisme, l’unité est pensée à l’origine et elle est le but du processus. Il faut réunir ce qui est épars, car le multiple s’origine dans l’unité principielle. L’unité du Tout est également porteuse de l’idée que tout est vivant. Là, ici et maintenant est la lumière qui à chaque début de cycle se concentre en un point à l’intérieur d’elle même, ce que les kabbalistes appellent « rashit ha galgalim », i.e le commencement des tourbillons, parce que toute manifestation est le résultat d’un mouvement en forme de tourbillon,de spirale. Or c’est dans un escalier en colimaçon que les initiés s’engagent…
Le voyage au centre de l’œuf cosmique que constitue la crypte doit les conduire à Yekidah l’indivisible ou l’unique située en Kether. Cette descente sous terre est une descente en eux-même car Yekidah est présent dans le cœur de chaque homme. C’est à un travail de divinisation, de construction de leur temple intérieur, à la manière des alchimistes du Moyen Age qui divinisaient la materiae prima pour y découvrir les mystères du vivant et l’âme du monde (animus mundi). Ils considéraient le soleil comme le centre énergétique des combinaisons entre les quatre éléments, susceptible d’entretenir par sa chaleur, les constructions matérielles du monde. L’or etait envisagée comme une pure lumière solaire coagulée sur terre. Forme la plus pure et la plus évoluée, le métal aurique représentait l’idéal vers lequel devait tendre toute matière ordinaire. Dans l’arbre, tiphéret au centre, représente cet idéal de lumière, l’athanor de la transmutation vers l’unité.
Un système analogique généralisé,comme conditions d’accès
Selon la kabbale, l’arbre des séphiroth, n’est pas seulement un diagramme symbolique décrivant le macrocosme et son fonctionnement depuis l’origine des temps, c’est un schéma applicable à toutes les parties qui le composent, de la matière minérale apparemment la plus inerte, aux organismes biologiques les plus sophistiquées. Il peut ainsi rendre compte de l’être humain Archétypique (adam kadmon) ou simplement concret, dans sa totalité physique, psychique et spirituelle. Le zohar affirme : « quand l’homme quitte ce monde, il se dévêt de tous ses habits ; la peau dont il se couvre, les os et les nerfs, qui tous sont symboles dans le mystère de la sagesse céleste, qui correspond à cela qui est au dessous… »
Au quatre mondes du macrocosme – celui de l’émanation, de la création, de la formation et de l’action, correspondent les quatre niveaux de densité ou de conscience de l’homme : neshamah, l’esprit, rouah, l’âme mentale, nephesh, l’âme vitale, et gouph, le corps physique.
L’adam kadmon s’inscrit dans l’arbre de vie comme un reflet de l’univers. Cette approche analogique, hologrammique du monde, la Kabbale la partage avec la plupart des traditions. La table d’émeraude nous a accoutumé à cette façon de voir. L’alchimie établit des rapports analogiques entre les phénomènes à raison de leurs signatures identiques. Les signatures sont des faits particuliers de la réalité qui permettent d’en discerner les principes généraux de fonctionnement. Le raisonnement analogique est non seulement un mode de description du monde mais aussi une voie de connaissance et partant d’action de transformation de soi.
A l’inverse de la science moderne, fondée sur des rapports d’identité et d’altérité,la tradition postule qu’il y a une loi commune à toutes les formes, puisque tout résulte de l’unité. La correspondance entre le macrocosme et le microcosme entraîne en pratique que la croyance en une séparation entre notre monde intérieur et le monde sensible est un leurre.
Le principe d’analogie offre une explication à la pertinence de l’initiation opérative. La construction matérielle du temple-amorcée de manière sublimée au grade d’apprenti, réalise, actualise, notre structuration interne ; tout voyage initiatique est une mise en harmonie psychique, et les initiés qui voyagent vers le centre en ouvrant les portes de bronze sur les qualités divines contenues dans les sphères, ouvrent le compas de leur conscience sur le chemin de l’illumination unitive.
Mais il existe dans la kabbale une dimension supplémentaire à la simple analogie entre le cosmos et le prototype humain. Isaac l’aveugle exprime que le nom ineffable qui représente la plénitude parfaite du monde divin ne fût complet que lorsque l’homme fut créé. « Le jour oû Ya-Elohim fit le ciel et la Terre, le nom n’était pas entier jusqu’à ce que l’homme soit créé à l’image de Dieu et que le sceau soit complet ».
L’homme théomorphe contient le sceau (on pense à la clé d’ivoire du Maître Secret), il est dépositaire de sa connaissance a priori. Placé au centre du cosmos, il possède la clé des mystères de la Terre et du Ciel pourvu qu’il accepte de se plier à la discipline transcendentale de la réminiscence Du bien, du beau et du vrai, pour le dire à la manière de Platon.
Tout se passe comme si Dieu réalisait la conscience qu’il prend de lui-même dans son œuvre de création, par l’achèvement de l’homme, réceptacle en devenir de toutes ses qualités, de tout le potentiel élémentaire, énergétique, quintessenciel du tétragramme. Là est sans doute une part du secret de la nostalgie de certains hommes pour leur origine, une explication de l’impulsion à prendre la route du retour qu’évoquent les kabbalistes.
Il y a dans le rituel du 13ème degré une sentence dont la signification peut-être énigmatique : « après avoir été initié, on est responsable de sa recherche et de sa propre réalisation spirituelle ». La responsabilité dont il est question, me paraît être, au-delà de son sens banal, la nécessaire compréhension et acceptation de notre double nature, matérielle et transcendantale, humaine et divine. Cette acceptation conduit à s’engager sur le chemin de l’intériorité, qu’illustre parfaitement le pèlerinage du Chevalier de Royal Arche.
L’intériorité comme moyen d’accès à la Divinité
La descente en soi-même engage la responsabilité de chacun. Nul ne peut être libéré de l’illusion s’il n’en a l’ardent désir, et le bénéfice du chemin parcouru ne profite qu’à soi. Dans le Dharmapada le boudha indique : « brille pour toi-même comme ta propre lumière ». Et aussi « sois à toi-même ton propre flambeau et ton propre refuge. Ne te confie à aucun refuge en dehors de toi ».
La puissance des images métaphoriques est universelle : Les trois initiés disposent chacun d’une torche en résine pour éclairer leur route dans les voûtes souterraines ; celles-ci étaient destinées à écarter les animaux dans la nuit du désert, peut-être les protégeront-elles de l’obscurité de leur instinct, des ombres de leur fantasmes ?
L’intériorité possède sa dynamique propre : en s’approfondissant elle provoque un retournement, à l’occasion duquel la conviction devient vérité vécue. Le rite écossais comme la kabbale connaissent cette séquence : le passage de l’équerre au compas est vécu à nouveau dans la crypte en yésod, la sphère réfléchissante de la lumière d’en haut. Il y a changement de plan et la descente devient ascensionnelle selon l’heureuse formule de Savaignac ; Le retournement ou le redressement s’effectue vers l’intérieur ; Râmana Maharchi exprime cette idée : « si votre mental s’introvertit, Dieu se manifeste comme conscience intérieure ». Et Novalis : « toute descente en soi, tout regard vers l’intérieur est en même temps ascension ». La vraie réalité apparaît, différente de l’expérience objective profane, qui n’est rien d’autre que le flux inessentiel du devenir phénoménal que la mystique boudhique désigne sous le nom de samsarà (les empreintes).
L’intériorité est liée à l’axialité de l’ascension, parfaitement figurée par l’arbre qui s’élève par degrés successifs de la densité matérielle à l’essence subtile du principe, en passant du plan fragmentaire de l’épars au pôle central de l’être.
A la question : comment faut-il entrainer le mental pour qu’il se tourne vers l’intérieur, Râmana Maharchi répond : « il faut l’immerger dans le cœur ».Or, le cœur c’est tiphéret, la beauté, qui siège au centre de l’arbre de vie, au milieu du pilier central. C’est un carrefour fusionnel entre kether, la couronne, l’unité, sur un plan inférieur, et yésod, le fondement, là oû tout prend forme, dans l’espace des dieux lunaires de la psyché, sur un plan supérieur.
Tiphéret est le soleil de l’arbre et à l’exception du royaume toutes les séphiroth lui sont attachées par un sentier. Sans elle, tout se désarticule et se désunie. Ce centre est le Saint Ange gardien de la mystique islamique, le Soi de la mystique indienne. C’est le centre de l’homme universel ; du point de vue de kether, l’homme est un enfant, du point de vue de malkhut, c’est le roi en son royaume.
Il existe trois types d’images magiques en tiphéret : un enfant, un prêtre-roi, et un Dieu sacrifié. L’enfant est le symbole du commencement de notre individualité. Le roi scelle la relation entre la cité humaine et la cité céleste. Le Dieu sacrifié représente le travail en cours d’accomplissement pour nous dépouiller de notre individualité et réaliser la fusion unitive. La présence divine, la shékinah, est partout présente au monde, au centre de la densité de malkuth,au centre du corps de l’homme. Cette conception est en tout point analogue à celle que Platon expose dans le timée : « Quant à l’âme, l’ayant placé au centre du corps du monde, le Dieu l’étendit à travers le corps tout entier (…) Le Dieu a formé l’âme avant le monde, il l’a faite plus ancienne que le corps par l’âge et la vertu, pour commander en maîtresse et le corps pour obéir ; Il fît coïncider le milieu du corps et le milieu de l’âme et les mît en harmonie ».
L’âme du monde anime et coordonne l’univers manifesté conçu comme un organisme vivant, et dans cette vaste mécanique, il échoit à l’homme, mieux doté que n’importe quel autre élément qui la compose, situé en haut de la hiérarchie du vivant, détenteur du sceau céleste, un chrétien dirait, assuré du Salut, d’assumer le destin du retour. Il le fera en remontant l’axe qui relie entre eux tous les centres de tous les états de l’existence de l’Etre en se bornant – si l’on peut dire – à découvrir ce qui, de tout temps lui a toujours pré-existé : le corps /gouph est en assiah/action, l’âme vitale /nephesh est en yetzirah/formation, l’âme mentale/ruah est en briah/création et l’esprit/yéhidah tangente le monde de l’émanation/atziluth.Toute la puissance qui fut ou sera à jamais est ici en cet instant même. C’est seulement la fuite du temps et les formes multiples de l’espace qui masque la vérité de l’éternité immobile de l’Etre entrevue par Parménide.
Pour retrouver la parole perdue, il convient à l’instar des initiés du 13ème degré de parcourir les voûtes, de traverser les palais (les hekalot), de reconnaître les 10 nombres primordiaux des séphiroth, terme qui procède d’une racine qui associe les idées de compter, parler et écrire (samek, pé, resh) ainsi que le signale D Beresniak, qui est ce par quoi la parole peut-être reconnue, épelée, retranscrite, et le centre de l’Idée atteint.
La résolution des contraires comme condition dynamique de l’intériorité et de l’ascension
Quelle est cette impulsion qui pousse les mages à franchir les portes successives, qui chacune réserve peut-être un danger ? Et pourquoi à distance cette précipitation, cette rage des compagnons à vouloir connaître la parole avant l’heure ?
Le système de l’arbre de vie offre une explication convaincante de la dynamique du mouvement à l’œuvre dans la vie comme dans la psyché humaine. Les sphères qui se font face dans chacune des colonnes de la rigueur et de la miséricorde et sont coiffées respectivement par les shéphiroth Binah et Chokmah se complètent et s’opposent, et ce n ’est qu’au terme de la réalisation de cette dialectique de l’attirance et des contraires que peut s’établir l’harmonie et l’équilibre de la colonne du centre. Sans contrepartie, la miséricorde n’est que faiblesse ; sans contrepartie, la rigueur n’est qu’oppression.
Pour Héraclite, la nature aime les contraires et sait en opérer la synthèse. Mais cette unification est acquise aux prix d’une lutte. Le combat entre les contraires est la tragédie qui oppose l’un au multiple et le multiple à l’un. Dans le fragment 60, Héraclite l’obscur nous assène : « la route qui monte et celle qui descend sont identiques » Jean Brun commente : « L’identité court à travers la différence et la différence est au coeur de l’identité ». C’est l’illustration d’un mystère pressenti par le maçon de longue date : c’est en descendant le fil à plomb, qui forme avec le niveau, le carrefour oû se résoud la tension permanente entre l’horizontalité tellurique et la verticalité céleste, que l’on approfondit la connaissance de soi. C’est en descendant les voûtes que d’une sphère à l’autre, de gauche à droite et de bas en haut, les mages parviennent à la couronne royale. A l’inverse des compagnons qui veulent forcer une serrure dont la porte leur est fermée, les chevaliers de L’arche royale sont prêts. Pour le kabbaliste, le chercheur correctement préparé est convoqué par Dieu à emprunter le chariot ( la merkabah) qui conduit aux véritables hauteurs de l’arbre de vie.
Chaque niveau d’être est aspiré vers un niveau qui assure une perception plus effective de l’unité,jusqu’à ce que le cycle s’inverse dans un mouvement circulaire et sans fin : émanation, création,formation, incarnation et rappel à travers les quatre mondes. La 11ème porte doit rester scellée, la source des sources est incogniscible. L’apeiron,l’ein sof ne sont pas du ressort de l’homme. Enrichis de leur nouvelle expérience, les mages regagnent Babylone pour un nouveau cycle d’expériences terrestres. Mais ce n’est pas un simple retour au point de départ.
A mesure que l’initié acquiert un niveau supplémentaire de connaissances, son action a davantage de force dans l’ensemble des mondes.Sa vie et ses œuvres amplifient l’oeuvre divine, participe au perfectionnement du royaume. Selon le zohar le réveil d’en bas provoque le réveil d’en haut. L’homme serait ainsi l’explorateur avancé de la conscience divine qu’il enrichirait de ses expériences, engagé dans le processus difficile de réintégration du tiqqoun, voyage à l’issue lointaine et incertaine.
J’ai dit.