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Non communiqué
Le Pont

De la naissance à la mort, notre vie coule de passage en passage. Ce sont des étapes souvent difficiles, parce qu’ambiguës, contradictoires, mais inévitables. Moments de crise, de remises en question : de soi, de ses valeurs, de ses croyances.
Notre chemin initiatique n’échappe pas à la règle. De nombreux voyages, passages, marche en avant, à l’envers, à reculons, se succèdent et ébranlent quelque peu notre foi maçonnique. Aujourd’hui, c’est un Pont qu’il importe de franchir en pleine conscience, pour aller de Babylone à Jérusalem, de l’orient à l’occident, de l’exil vers la liberté, pour transgresser nos limites et pour briser les entraves qui nous attachent au connu.
Le Pont, fascinant lieu de passage, est le symbole de l’obstacle surmonté. La vie, elle-même, n’est–elle pas un pont entre deux mondes ? Le monde d’avant et le monde d’après, le monde de l’extérieur vers le monde de l’intérieur, le monde des apparences
vers le monde de la vérité, vers notre essence primordiale ? « Passer le Pont ou mourir » rappelant le « Vaincre ou Mourir » du 1er Ordre. Aujourd’hui, il m’appartient de construire ce Pont, de le jeter sur l’autre rive de moi-même, rive qui m’est toujours o combien étrangère, de le traverser et de me battre pour obtenir la vraie liberté de passer, la vraie liberté de penser et la véritable liberté de conscience, pour reconstruire mon temple intérieur, qui n’a pas su résister à mes contradictions, à mes paradoxes, à mes passions, aux mauvais compagnons, encore souvent, présents en moi.
Que nous dit l’’ETYMOLOGIE du mot « PONT ?
Le mot « pont » vient de « pons, pontis » construction reliant deux points séparés par une dépression. Mais aussi, ce mot « pons » est à rattacher à une série de termes indo-européens désignant « le chemin », comme le védique « panthah », le grec « patos » et peut être pontos « mer » au sens de « lieu de passage ».
Voyons brièvement, l’origine et l’évolution du PONT, dans l HISTOIRE, les mythes et légendes
L’origine des premiers ponts reste pour le moins confuse. Vraisemblablement, l’homme a, dans un premier temps, eu la nécessité d’élargir son territoire et les possibilités de se nourrir.
Les premiers ponts, construits avec de longues poutres, des pierres et des cordes, ont évolué, pour devenir des structures de plus en plus complexes. Dans l’univers médiéval, la construction des ponts releva un temps des ordres religieux, et fut financée par les fidèles.La Renaissance a vu le développement des ponts habités ou ponts couverts. Puis, la pierre et le bois laissèrent rapidement place au fer. A la fin du siècle, un nouveau matériau plus performant encore, et plus léger, l’acier, allait permettre des réalisations géniales. Le pont de Millau, le plus haut du monde, en est le dernier exemple, à ce jour. Anecdote intéressante, découverte en préparant cette planche : Sur tous les billets d’euros (de 5 à 500 euros) figurent des motifs architecturaux de ponts et ouvertures. (Cf la planche çi jointe )
Les légendes déjà indiquaient que le passage d’un PONT, lieu angoissant, représente un danger à surmonter, une obligation pour l’homme de choisir entre ce danger et la nécessité de surmonter ce danger. Construire des ponts a autant d’importance dans le domaine psychologique que dans le monde réel. Le pont est un symbole de confiance et de sécurité. C’est en même temps un moyen de communication et un élément d’union“.
Des légendes d’Europe orientales font états de pont de métal ; Lancelot franchit un pont « sabre ». Dans l’islam, ce pont, plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’un sabre, s’appelle tantôt « la voie de l’enfer », tantôt « la voie droite » que suivent les croyants. Seuls les élus le traversent, plus ou moins vite selon la qualité de leurs actions ou la force de leur foi ; les damnés sombrent dans l’enfer.
Dans l’Orient ancien, le voyage initiatique des sociétés secrètes chinoises se fait aussi par le passage des ponts. Il faut passer le pont, soit un pont d’or figuré par une bande d’étoffes blanches, soit un pont de fer et de cuivre, fer et cuivre correspondant au noir et au rouge, à l’eau et au feu, au Yin et au Yang.
D’autres traditions maintiennent un pont à sept arches correspondant aux sept devoirs : “la foi, la pratique de la prière, celle de l’aumône, du jeûne, du pèlerinage à la Mekke, de la pureté rituelle et de la piété filiale. Celui qui a manqué à l’un d’eux est précipité en enfer. “
Notons que le titre de pontifex, qui fut celui de l’empereur romain et demeure celui du pape aujourd’hui, signifie « constructeur de ponts ». Le pontife est à la fois le constructeur et le pont lui-même, comme médiateur entre le Ciel et la Terre.
EN FM, AU 3EME ORDRE, QUE REPRESENTE LE PONT ?
Le discours historique de cet ordre, précise qu’ « il s’agit d’un pont à trois arches, enjambant un fleuve rempli de débris et de cadavres. Il dit aussi que les obstacles rencontrés lors du passage de ce pont symbolisent le désir ardent que toute bonne maçonne doit avoir de s’instruire et les difficultés qu’elle doit s’efforcer de vaincre pour parvenir à la découverte de la vérité ».
Pourquoi trois arches ? Peut être symbolisent elles les 3 vertus essentielles qui doivent être présentes dans le cœur d’une F.M. , ou la réunion maîtrisée des trois piliers de notre Chemin maçonnique : Beauté, Force et Sagesse ?
Le pont est, pour ma part, un des symboles essentiels, de ce 3ème Ordre. A l’instar du puits qui au 2eme Ordre reliait le Haut et le Bas, le pont relie les deux états de la vie, le visible et l’invisible, le matériel et le spirituel, le fini et l’infini… Dans ce 3eme Ordre, le pont contient davantage une notion de verticalité que d’horizontalité, puisqu’il est un passage entre le monde d’en bas et le monde d’en haut. Pour certains, le symbolisme du pont, présente des similitudes avec celui de l’arc en ciel.NIETZSCHE considère l’arc en ciel comme un pont vers le surhomme « Quand l’homme sera délivré de la vengeance, l’arc en ciel deviendra le pont qui mène aux plus hauts espoirs».
Il est frappant de constater que l’arche de Noé était accompagnée de l’arc-en-ciel et qu’elle symbolisait la nouvelle création du monde, la nouvelle vie en devenir, l’alliance entre Dieu et les hommes. Dans la bible, à priori, on ne relève pas la présence de pont, maisd’arc en ciel, qui est la matérialisation de l’Alliance. Cela tend à donner une certaine similitude symbolique au pont et à l’arc en ciel.
Le 3eme ordre a pour devise ces trois lettres: « L.D.P ».Elles signifient « LIBERTE DE PASSER » (Au 18e siècle, on leur a donné un sens révolutionnaire : Lilia Destrue Pedibus : Foulez aux pieds les lys).
On peut y voir, peut être, les initiales de Liberté de Pensée. Car, d’un point de vue philosophique, le « maçon très libre » lutte contre les servitudes que la matérialité fait peser sur sa pensée. La liberté qu’il recherche n’est pas celle que la loi définit ou que la société concède ; c’est la liberté de la conscience, victorieuse du préjugé, de l’ignorance, de la passion. Elle est purement intérieure : le maçon libre construit son Temple dans son coeur et n’a besoin, pour le construire, ni de terrain, ni de matériaux. C’est bien ce qui nous est dit dans le discours historique : « N’ayant point la possibilité de réédifier le temple ancien avec des matériaux terrestres, que cette construction soir spirituelle, que ce temple soit placé au milieu de votre cœur. Puisse votre volonté et votre zèle soutenir nos espérances et en assurer le succès ».
Le 3eme ordre décrit donc la libération du chevalier prisonnier en terre étrangère à Babylone et son périple jusqu’à Jérusalem. Le « chevalier » symbolise l’être intérieur totalement épris de l’idéal du ciel et combattant la lourdeur de la terre. Le chevalier ne se contente pas d’écouter et de penser de belles idées philosophiques, il a le courage de les vivre et d’agir. Il ose lâcher ses points d’appui, ses repères, pour construire et traverser le pont qui nous conduira d’un monde à l’autre, libres des mots, des images, des pensées et des intelligences pour passer dans le monde de la sensation, pour passer d’une dimension ordinaire à une dimension initiatique.
On peut encore remarquer que le pont peut se parcourir dans les deux directions opposées, alors qu’il ne devrait l’être dans l’absolu, sur un chemin initiatique, que dans une seule direction, ascensionnelle. Tout retour en arrière pourrait être considéré comme un danger à éviter, mais restera néanmoins nécessaire, tant qu’on ne sera pas parvenu à s’affranchir de l’existence conditionnée, autrement dit jamais, en ce bas monde. Entre l’idéal et la réalité, il y a un grand pas, il y a un pont gigantesque.Mais une fois le Pont passé, comme Zorobabel, munies du glaive et de la truelle, nous pourrons, passer de la salle d’orient à la salle d’occident, passer du vert (couleur de l’espérance) au rouge (couleur de la Charité), et tenter de rebâtir notre « splendeur » perdue.
Ce pont m’a également fait penser au conte de GOETHE, le serpent vert. Dans ce conte, le fleuve est la malédiction du pays qu’il divise, le passage n’étant possible que dans un sens dans une barque et grâce à un passeur qu’il faut rétribuer. Les autres passages ne pouvant se faire que le midi, grâce au serpent vert, ou au coucher du soleil grâce à l’ombre du géant. Puis, le serpent jugeant les temps révolus se transformera en un pont de pierres précieuses pour relier et rétablir l’unification du peuple.
CONCLUSION
Plutôt sédentaire que nomade, à la fois à la foisséduite par la découverte de l’ailleurs et de l’autre, mais effrayée par l’invasion toujours possible, il m’est souvent encore difficile de construire un pont, puis de le passer. Paradoxe de ce symbole du pont, comme de tout symbole, et comme la dualité qui dirige tout être humain. Alors pourquoi ne pas construire un pont-levis, et rester ainsi dans le juste milieu ? Ne serait ce pas une vision « juste » des choses ??
Séduisant certes, mais trop facile. Depuis près de 20 ans, je chemine avec plus ou moins de difficultés sur la voie maçonnique, et je suis tout à fait consciente de la nécessité de franchir des étapes. Vivre, grandir, c’est oser franchir les ponts, c’est construire, détruire et reconstruire en permanence : trilogie indispensable, pour s’approcher un tant soit peu de l’harmonie, de l’unité, de la paix intérieure et universelle.
L’œuvre n’est donc jamais achevée. La truelle dans une main et le glaive dans l’autre il faut continuer le combat et construire, reconstruire et fortifier l’architecture de sa vie, l’architecture de son temple intérieur. C’est le prix de notre liberté. De l’autre côté du pont, brille la lumière éternelle, et resplendira notre temple intérieur. Utopie ou réalité ? BEAUTE d’y penser, FORCE d’y croire et SAGESSE d’y parvenir.
« Lorsque les hommes auront à cœur de trouver leur dimension verticale, ils formeront des architectes d’eux-mêmes. Le génie civil lance des passerelles et des viaducs entre les hommes et le génie sacré les lance en soi même, pour que l’homme écartelé reconquière son harmonie primordiale »
J’ai dit
Quelques précisions
En cette période de construction de l’Europe, je souhaiterai vous faire partager un texte tiré d’un livrede JP VERNANT : « la traversée des frontières » qui parle de « franchir un Pont ».
Ce texte, commandé pour le cinquantième anniversaire du Conseil de l’Europe, est inscrit, parmi d’autres, sur une borne du Pont de L’Europe qui relie Strasbourg à Kehl.
« Passer un Pont, traverser un fleuve, franchir une frontière, c’est quitter l’espace intime et familier où l’on est à sa place pour pénétrer dans un horizon différent, un espace étranger, inconnu, où l’on risque, confronté à ce qui est autre, de se découvrir sans lieu propre, sans identité.
Polarité donc de l’espace humain fait d’un dedans et d’un dehors. Ce dedans rassurant, clôturé, stable, ce dehors inquiétant, ouvert, mobile, les Grecs anciens les ont exprimés sous la forme d’un couple de divinités unies et opposées : Hestia et Hermès. Hestia est la déesse du foyer, au coeur de la maison. Elle fait de l’espace domestique qu’elle enracine au plus profond un dedans, fixe, délimité, immobile, un centre qui confère au groupe familial, en assurant son assise spatiale, permanence dans le temps, singularité à la surface du sol, sécurité face à l’extérieur. Autant Hestia est sédentaire, refermée sur les humains et les richesses qu’elle abrite, autant Hermès est nomade, vagabond, toujours à courir le monde ; il passe sans arrêt d’un lieu à un autre, se riant des frontières, des clôtures, des portes, qu’il franchit par jeu, à sa guise. Maître des échanges, des contacts, à l’affût des rencontres, il est le dieu des chemins où il guide le voyageur, le dieu aussi des étendues sans routes, des terres en friche, où il mène les troupeaux, richesse mobile dont il a la charge, comme Hestia veille sur les trésors calfeutrés au secret des maisons. Divinités qui s’opposent, certes, mais qui sont aussi indissociables. Une composante d’Hestia appartient à Hermès, une part d’Hermès revient à Hestia. C’est sur l’autel de la déesse, au foyer des demeures privées et des édifices publics, que sont, selon le rite, accueillis, nourris, hébergés les étrangers venus de loin, hôtes et ambassadeurs. Pour qu’il y ait vraiment un dedans, encore faut-il qu’il s’ouvre sur le dehors pour le recevoir en son sein. Et chaque individu humain doit assumer sa part d’Hestia et sa part d’Hermès. Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont ».
LES DIFFERENTS STYLES REPRESENTES
EUROS | STYLES | MOTIFS ATCHITECTURAUX | BILLETS | |
5 Euros | Style antique (greco-romain) | Arc de triomphe et aquaduc |
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10 Euros | Style roman | Arche et pont roman |
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20 Euros | Style gothique | Vitrail en ogives et pont gothique |
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50 Euros | Style classique (renaissance) | Fronton classique et pont renaissance |
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100 Euros | Style baroque et rococo | Porche baroque aux atlantes et pont XVIIIème |
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200 Euros | Architecture du XIXe (verre et acier) | Serre Botanique et viaduc métallique | ![]() |
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500 Euros | Architecture du XXe (moderne) | Façade en verre et pont à haubans | ![]() |
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