15°
#412012
A150-3
J∴ P∴ L∴
SOUVERAIN CHAPITRE ORPHEE
N°630
ORDO AB CHAO
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
A.L.G.D.G.A.D.L.U.
A.L.G.D.G.A.D.L.U.
Lancelot – Perceval,
» l’Enfant de la Veuve «
» l’Enfant de la Veuve «
Très sage Athirsata, le sujet que vous m’avez proposé m’a a paru dans un premier temps très vaste; analyser Lancelot et Perceval me paraissait un travail dense pour une seule planche, chacun pouvant être l’objet d’une étude. Puis en lisant entièrement le sujet Lancelot, Perceval, « enfant de la veuve »; j’ai essayé de synthétiser les deux personnages, en décrivant rapidement leurs aventures et leur vie pour trouver leurs points communs la recherche du Graal, qui s’analyse différemment pour les deux, mais qui emploient pour essayer d’y parvenir les mêmes outils. Nous sommes des enfants de la veuve depuis le premier degré et même dans le cabinet de réflexion notre recherche est inscrite, cela nous le découvrons au fur et à mesure de notre progression. Nous sommes tous à la recherche de quelque chose, un objet, une parole, un mot,pourquoi pas le paradis, nous sommes à la recherche de ce que nous avons perdu, notre nom, notre soi. Les moyens pour y arriver sont divers; des voyages, des épreuves vont agrémenter ce parcours.
Nos deux chevaliers de leur naissance à leur quête vont avoir des parcours différents; mais pour arriver ils utiliseront en commun le même parcours comme l’écoute et l’art de la chevalerie.
La chevalerie à son origine est un moyen de perfection et une façon de servir; au moyen âge elle permettait aux jeunes, dont l’héritage n’avait pas été favorable de progresser dans la hiérarchie sociale, mais la chevalerie devait ordonner le métier guerrier à des fins spirituelles et divine, elle devait faire des hommes d’armes des instruments conscient de la justice divine, chargé de rétablir l’ordre harmonieux de la création, d’assurer le maintien de la paix, de combattre les forces de division et de chaos, de protéger les éléments les plus vulnérables de la nature et de l’humanité contre ces tendances destructrices.
Étudions la vie de chacun de nos personnages.
Lancelot est le fils du roi Ban de Benoîc et d’Hélène; Ban est l’un des plus fidèles partisans du jeune Roi Arthur. Peu de temps après la naissance de son fils Ban se trouve engagé dans une guerre contre son voisin le plus proche le Roi Claudas qui envahit ses terres et le force à fuir avec la reine et l’enfant; en jetant un dernier regard sur son château en proie aux flammes le Roi tombe dans un évanouissement dont il ne se relèvera pas, dans sa hâte de secourir son époux, la Reine laisse seul l’enfant dont le nom d’origine est Galaad. La Dame du Lac apparaît s’empare de l’enfant et l’emmène dans son palais sous les eaux, elle prendra soin de dévêtir l’enfant pour qu’il pénètre nu dans l’eau.
La Dame du lac éduquera Lancelot (étymologie du nom), il apprend vite et ne tarde pas à acquérir une force remarquable ainsi qu’une habileté hors pair aux maniements des armes; à 18 ans, avec ses cousins et son demi frère il part à la cours du Roi Arthur, il est fait chevalier le jour de la St Jean; il est remarqué pour son courage et sa force, il est même le seul à pouvoir retirer une épée d’un tronc; celle ci lui étant destinée. Suivant les versions il part chercher la future épouse du Roi ou dans d’autres textes elle est déjà la femme du Roi; dans les deux cas il est follement amoureux de Guenièvre et pour ne pas nuire à son roi, il se lance dans un toutes sortes d’aventure qui vont le révéler comme le plus grand chevalier du monde. Il met fin à la sombre coutume d’un château nommé Douloureuse garde, le fait sien et en change le nom. Dans le cimetière du château il soulève le couvercle d’un sarcophage que personne avant lui n’avait pu déplacer, à l’intérieur gravé dans la pierre il découvre son véritable nom, ses origines ainsi qu’une prophétie relative à son fils qui comme lui se nomme Galaad. Ce fils qu’il a eu avec celle qu’il croyait être Guenièvre mais qui n’était qu’une usurpatrice.
Ce qui est à remarquer c’est la succession de patronymes: beau fils du roi, le beau trouvé, le riche orphelin, Galaad puis Lancelot; système cryptique de mots couverts ou substitués.
Lancelot à travers toutes les aventures fantastiques ou merveilleuses qu’il traverse, demeure profondément humain. Du petit enfant sans nom qu’il était à l’homme adulte qui finira ses jours dans un monastère, il parcourt un itinéraire symbolique qui est celui de l’humanité à la recherche de son âme. Les auteurs du cycle arthurien tentaient de réintégrer l’humain dans une dimension cosmique, à l’aide de notions simples et concrètes matérialisées par des aventures au sens étymologique du terme des événements sur le point d’arriver.
Le but de cette quête était de créer sur cette terre une société parallèle, le monde des idées pures chères à Platon, mais les êtres humains sont doués de liberté, et celle-ci peut les conduire en des impasses d’où il n’est pas toujours possible de revenir indemne.
Lancelot est l’agent d’exécution d’Arthur dont le guide est Merlin, il n’arrivera pas au but de sa recherche à cause de son amour pour Guenièvre; il a donné à la reine ce qu’il devait donner à Dieu; il sera arrêté sur le seuil du sanctuaire, lui le meilleur chevalier du monde, n’aura même après sa pénitence qu’une révélation partielle, un simple songe, sa seule consolation vivre quelques temps avec son fils Galaad le chevalier parfait.
N’oublions pas le » chevalier à la charrette » Lancelot, malgré son amour pour Guenièvre hésitera à employer ce mode de locomotion réservé aux traites, cette hésitation comme la non transgression de Perceval dénote le manque de confiance la non connaissance du soi.
Étudions maintenant Perceval, ce jeune homme de bonne lignée, un père chevalier mort des blessures dues à l’accomplissement de son devoir, sa mère est issue aussi d’une famille pratiquant l’idéal de la chevalerie. Celle ci a tant souffert de la mort de tous ceux qu’elle aime a évité tout contact avec la chevalerie pour son fils, Perceval, le fils de la veuve, vivait cloîtré dans un château, il vivait en sauvage avec pour seul enseignement celui de sa mère. La chasse et l’étude de la nature sont ses principales préoccupations. Cependant, un matin chassant à cheval dans les bois avec ses javelots, il entend un grand bruit de galopade, et pense naïvement à la venue du diable dont sa mère lui avait dit de se méfier; mais il voit arriver de magnifiques cavaliers superbement habillés et reste coi à leur questions; il est littéralement fasciné par ces personnages. La stupeur passé il va leur poser maintes questions, en particulier l’endroit où se trouve le roi qui fait les chevaliers; sa mère va faire son possible pour éviter le départ de son fils, mais rien n’y fera et pendant trois jours elle va préparer ses affaires et lui prodiguer des conseils comme: porter secours aux dames, demande le nom de celui qui vous aide car c’est par le nom que l’on connaît l’homme, fréquenter des prud’hommes droits et sages, aller dans les églises.
Perceval ( celui qui perce le val, le val des ténèbres, le val où se fera la percée de l’être ) quitte sa mère pour aller à la cours du Roi Arthur, il traverse le premier pont de ses aventures et se retournant pour dire adieu à sa mère qu’il aime, la voit tomber victime d’un malaise; mais rien ne le fera revenir en arrière, cette image de la chute le troublera au cours de ses aventures il recherchera le chemin de sa mère.
Perceval perce les apparences de la vie qui lui était proposée, comme étant la seule possible pour lui. Il est très sensible aux oiseaux, donc au monde de l’air, ses aspirations le pousse vers le subtil, il veut quitter ses aspirations terrestres.
Perceval va choisir la voie de la noble aventure qui va l’éloigner de sa mère et provoquera une rupture. La noble aventure c’est la quête de la Vérité et de la Connaissance.
Dans un premier temps Perceval va aller à la recherche du père qu’il n’a pas connu, il réfute le féminin (scène du baiser de la jeune femme sous la tente), il ne s’intéresse qu’à lui, il désire la satisfaction de son égo; il veut être nommé chevalier et avoir une armure rouge qui le distingue des autres.
Au début de ce chemin initiatique notre héros manque de discernement, le discernement c’est la première étape sur la voie de la sagesse et de l’amour. Discerner vient du grec diacrisis, séparer faire un choix pour sortir de la confusion, c’est une étape vers la recherche de la vérité.
Perceval comme Lancelot avaient au cours de leur existence acquis des connaissances par leur éducation, pour se libérer de leur moi égocentré ils doivent acquérir la liberté de se libérer donc se rendre compte que toutes les connaissances acquises prennent une signification nouvelle; le discernement est le fruit d’une quête personnelle non d’un groupe.
Au départ Perceval ne se pose aucune question, ce qui va être la cause de biens des désillusions, dont il fera l’expérience. Le père incarne l’autorité qui fixe les limites, la violence à l’égard des autres est l’expérience de ce désarroi; losqu’ il tue le chevalier rouge il n’est pas chevalier, il n’a aucun discernement, c’est un chasseur doté d’un sens animal de survie et de défense. Il va rencontrer un prud’homme dont le principal conseil sera d’apprendre à savoir se taire, le silence est nécessaire au novice pour s’imprégner de l’expérience des autres; le problème de Perceval est d’écouter les conseils sans être capable de comprendre à quel moment ceux ci sont adaptés à la situation dans laquelle il se trouve.
Dans l’épisode de la dame Blanchefleur il s’aperçoit que l’on peut être vraiment soi même sans être contre quelqu’un, il découvre que l’on peut aimer une personne et que cette amour est différent de l’amour filiale. Pour cette dame, la reine assiégée il va prendre conscience de son soi, il n’est pas encore capable d’aimer dieu, d’aimer la source même de tout ce qui vit; l’amour de cette dame est une médiation; le petit moi égocentré commence à céder la place au moi conscient de ses limites, il sait pour qui il vit.
L’amour comme la foi nous donne une dynamique étonnante; au niveau initiatique si nous travaillons sur nous même, ce n’est pas simplement pour notre satisfaction intellectuelle c’est pour la réalisation de notre être véritable; on travaille pour devenir plus conscient d’où la sentence » il n’est pas nécessaire d’espérer pour entre prendre ».
Pour arriver à ses fins Perceval utilisent différentes armes dont la détermination symbolisée par son épée qui représente le discernement et la parole juste, mais qui mal utilisée peut être le symbole de la parole qui tranche par des jugements brutaux; Perceval utilise aussi l’intuition spontanée, connaissance directe dont nous sommes souvent démunis, cette intuition est symbolisée par la lance dont la pointe est émoussée si l’intuition est absente.
Les aventures pourraient se prolonger dans une certaine léthargie, une douce euphorie, si un message non ordinaire destinée à provoquer un désordre n’intervenait à ce moment; c’est le message de la dame hideuse, sa laideur par rapport à Blanchefleur vient rappeler que la réalité est toujours duelle, pour atteindre la connaissance il faut tenir les deux ensembles, il y a un temps pour chaque chose.
Lorsque Perceval ne posa aucune question au passage du Graal et ne s’inquiéta pas de la santé du Roi, il était encore dans les ténèbres, il se taisait, il n’avait pas réalisé que de s’inquiéter de la souffrance du Roi c’était s’inquiéter de ce qui règne sur nous, c’est entrer en amitié avec soi, pour pouvoir s’ouvrir ensuite aux autres.
Perceval ensuite va avoir à choisir entre deux voies, la générosité ou la voie spirituelle; la Demoiselle Hideuse va donner à Perceval la possibilité de sortir de la matérialité de son désir et de son rêve pour aller vers d’autres objectifs.
Laissant ses compagnons il part seul chercher le Graal, c’est le début de sa véritable démarche initiatique; il cherche d’autres valeurs que celles qui étaient les siennes jusqu’alors. L’admiration des autres ne lui suffit plus, il recherche le moi qui est en l’homme et qui représente la structure humaine.
L’égo est ce qui sépare le moi du soi, le soi est un moi débarrassé de l’ego et capable de faire de nous des hommes ouverts à la dimension divine; avant ce n’est pas la peine d’essayer de retrouver la parole perdue.
Perceval poursuit sa quête, il avait avec le désir de retourner voir sa mère besoin de se réconcilier avec sa vie biologique, maintenant, il veut renouer avec la source de sa vie spirituelle.
L’ermite qu’il rencontre cinq ans après sa rencontre avec la demoiselle hideuse, apprend à Perceval ce que contient le Graal; une nourriture spirituelle, l’esprit comme le corps a besoin de cette nourriture; il comprend que le visible du Graal est le signe de l’invisible. Cet ermite qui est aussi son oncle lui demande de changer d’attitude et de mettre la contemplation dans son action. Cette rencontre avec l’ermite a lieu le vendredi saint, jour de l’annonce de la pâque symbolisant la fête du passage chez les hébreux, et pour Perceval un changement radical de vie.
L’ermite lui explique que ses souffrances sont venues de la façon immature irresponsables de quitter sa mère comme de son attitude muette devant la lance et le Graal. Sa faute est la cause de ses souffrances, c’est son incapacité à aimer les autres. Perceval est resté muet parce que son cœur de pierre est incapable d’intuition, il est sous la dominance de son moi égocentrique qui le nourrit d’un orgueil le rendant indifférent à tout ce qui ne le concerne pas; l’intérêt de son petit moi.
Perceval n’a gardé des enseignements prodigués que ce qui l’intéressait ; il doit dorénavant de poser la question pour qui ai je une intelligence et pour qui ai je un cœur; par la même il se replacera au centre d’une relation avec tout ce qui l’entoure et donne un sens à sa vie.
Perceval prend conscience que Dieu n’est pas la réponse à ses questions, mais qu’il reste la question.
Dans sa quête de pureté il réfute le péché( étymologiquement manquer sa cible ) pour ne pas être à côté de l’axe qui nous relie au but, parce que nous prenons pour réel ce que nous voyons, notre intelligence est arrêtée par ce qu’elle sait.
Poser des questions c’est avancer, certains hommes pensent parcourir de grandes distances dans leur agitation permanente et comme Perceval sont en réalité immobilisés dans leur progression intérieure à cause de leurs blocages. Si nous voulons des réponses nouvelles, il faut nous poser des questions nouvelles et non rester sur nos acquis. Se poser des questions c’est sortir avec courage de nos certitudes. Perceval a compris que l’idolâtrie, c’est prendre du temporel pour de l’éternel; le commencement du bonheur, c’est d’arrêter de le chercher et d’apprécier la vie.
Des deux aventures, Lancelot s’est contenter de la recherche de son nom, il est resté au niveau terrestre, son amour pour Guenièvre a troublé son chemin initiatique, il était incapable de se concentrer, il ne bénéficiait pas de l’esprit libre de Perceval ( que l’on a d’ailleurs comparé à un niais ).
Lancelot est resté au mot substitué, Perceval a passé le pont de la spiritualité; en utilisant les mêmes outils, les mêmes concepts, chacun atteint ce qu’il a envie d’atteindre; la quête propose, l’initié dispose.
Perceval dans sa quête du Graal a pris conscience de ce qu’il est réellement et qui n’est pas toujours rempli d’allégresse; pour y parvenir à ce premier niveau de connaissance il a d’abord nettoyer son Graal. Il n’a pas oublié comme les sages orientaux que » tout ce qui est composé sera un jour décomposé « .
L’aventure du chevalier à la recherche du graal nous concerne, au moyen-âge l’homme aspire à sortir de la confusion, l’homme moderne est aussi en manque, il ne sait pas de quoi parce qu’il ne se pose pas la question, là réside son mal être.
L’homme moderne ne semble plus avoir de projet pour lui même, il est démuni d’élan de vitalité qui le conduirait à dépasser les limites habituelles de son » connu « .
C’est peut être pourquoi il se tourne vers d’autres quêtes de bonheur. L’homme est » chosifié » et mis au rang de la machine.
Par là même l’homme est dépossédé d’une des qualités les plus valorisantes pour lui » servir « , un verbe dont les chevaliers ont fait leur devise.
Lancelot et Perceval n’atteindront pas la quête ultime il y a une question qu’ils ne se sont pas posés » qu’elle est le sens réel de tout ce que je vois « , si nous ne sommes pas enquête totale nous pouvons gaspiller notre vie à ne voir que les apparences de tout ce qui se passe devant nous.
J’ai dit