15° #412012 Esotérisme du 15e degré Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: : NC Le thème que j’ai l’honneur de vous présenter ce midi est intitulé : « Esotérisme du quinzième degré. » Dans le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le 15e degré est le premier de la série des grades capitulaires. La légende du grade est tout entièrement empruntée aux livres d’Esdras et de Néhémie, livres faisant partie du même ensemble que les livres des Chroniques, car ils sont l’œuvre d’un seul auteur dit le Chroniste, un lévite de Jérusalem. Ils sont donc une œuvre du judaïsme à une époque où le peuple, privé de son indépendance, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient. Le peuple vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Après les septante années d’exil, dont il ne parle pas, le Chroniste reprend l’histoire au moment où l’édit de Cyrus, en 538 avant J.-C. autorise les Juifs à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple. Profitant de la politique religieuse libérale que les Achéménides appliquaient dans leur empire, les Juifs reviennent en Terre Promise, rétablissent le culte, reconstruisent le Temple, relèvent les murs de Jérusalem et vivent en communauté, gouvernés par des hommes de leur race et régis par la Loi de Moïse. Mais la liberté ne s’acquière pas sans lutte, c’est la liberté de passage que nous avons revendiquée, l’épée dans une main et la truelle dans l’autre. Heureusement qu’au 14e degré, le précieux héritage initiatique à transmettre a été préservé malgré les ruines du Temple et l’œuvre de reconstruction d’un Temple peut commencer dans le cadre d’une liberté retrouvée, à l’abri du dogme, dans l’esprit du message de Cyrus. Pour le développement du thème, je propose le plan ci-après : – le conteste historico-biblique du 15e degré ; – l’ésotérisme du 15e degré. I- Le contexte historico-biblique du 15e degré I.1-Clarification conceptuelle Il s’agit d’aborder quelques essaies de définition des termes du thème, objet du présent morceau d’architecture. Chevalier : C’est le titre donné à l’impétrant qui est admis au premier degré des grades capitulaires. Le Chevalier doit agir en fonction d’un état d’esprit et de choix personnels afin de réaliser harmonieusement sa vocation spirituelle et temporelle. Il est un homme libre par excellence et possède peu de droits. Le seul qui lui est reconnu est celui de porter les armes. Les devoirs sont plus nombreux. La chevalerie est une manière d’être, un style, une tradition et une culture qui enrichit la Franc-maçonnerie. Chevalier d’Orient et de l’Epée : Constamment environnés d’ennemis, les chevaliers travaillent à la reconstruction du Temple, l’épée dans une main et la truelle dans l’autre. C’est ce qui a fait donner le nom de chevaliers de l’épée, quelques-uns les appellent aussi Chevaliers de l’Orient parce que l’histoire s’est passée dans cette région du monde. Ils sont encore appelés « Maçons libres » parce que Zorobabel représente le Prince libéré recevant ses ordres pour retourner en Judée. L’ésotérisme : A l’origine, l’ésotérisme désigne un enseignement professé soit à l’intérieur d’une organisation initiatique soit auprès d’un maître spirituel. Communément, le terme « l’ésotérisme » est une connaissance occulte réservée à des initiés. Il se comprend par rapport à son contraire, l’exotérisme. L’exotérisme correspond aux croyances, rites et enseignements véhiculés par les religions et traditions qui s’adressent indifféremment à tous les membres d’une communauté, qu’il s’agisse des exotéristes novices (pas encore prêts, mais favorables à l’ésotérisme) ou des exotéristes profanes (indifférents voire hostiles à l’ésotérisme). En résumé, tout enseignement ésotérique comporte une partie exotérique (pour le profane) et une partie ésotérique (pour l’initié). En principe, la partie de l’enseignement « cachée » au profane ne contredit pas l’enseignement donné au public. Il apporte en général « un deuxième sens » aux aspects de l’enseignement exotérique. Il l’ouvre sur des états de conscience supérieurs, sur des perspectives métaphysiques.I.2- Contexte historico-biblique A la mort du roi Salomon, son fils Roboam lui succéda. Il était d’une grande maladresse et, d’après certains historiens, il semble même avoir été un parfait imbécile. En voyage à Sichem, l’ancienne capitale du Nord, il proféra des menaces à l’encontre de la population qui demandait un allègement de ses charges (1 Roi XII,4- 14). Puis, en guise de réponse, il leur envoya Adoniram, le chef de corvée que nous connaissons depuis le quatrième degré, pour collecter les impôts. Le malheureux fut lapidé par la foule révoltée et Roboam ne trouva son salut que dans la fuite, sur son char. La scission du royaume constitué par David était consommée l’année même de la mort de Salomon. Roboam ne régna plus que sur le petit royaume du Sud rassemblant, autour de Jérusalem, les tributs de Juda et de Benjamin. Les dix tributs du Nord proclamèrent roi, le chef de la révolte, Jéroboam, qui s’empressa de faire fabriquer des veaux d’or… A cette époque, le temps des grands empires moyen-orientaux approchait et, en particulier, celui d’Assyrie, contre lequel, pendant longtemps, personne ne pouvait rien. Les fiers rois de Canaan de la Bible n’étaient en réalité que d’obscurs roitelets locaux au pouvoir restreint, et ils ne pesaient pas bien lourd, face à eux. Samarie fut prise par les assyriens et le peuple déporté et remplacé par des arrivants venus d’un peu partout dans l’empire. Ceux-ci furent ainsi les ancêtres des fameux samaritains du temps de Jésus. Quant aux déportés, installés d’après la Bible (2 Roi XVII,6) en divers endroits, et en particulier dans les villes des Mèdes, on n’en trouve aucune trace. Ce sont les dix tribus perdues. Les choses ne furent pas réellement différentes dans le royaume du Sud, seulement un peu plus longues. Déjà, Salomon avait dressé des autels aux dieux de ses épouses : « Salomon construisit un sanctuaire à Kemosh, l’abomination de Moab, sur la montagne à l’orient de Jérusalem, et à Milkem, l’abomination des Ammonites » (1 Roi XI, 7). La montagne en question, situé dans le prolongement du mont des Oliviers, porte le nom de Mont du Scandale et c’est là que, dans l’esprit biblique, se situe la cause lointaine de ce qui se produisit par la suite. Ninive et l’Empire assyrien connurent leur fin, au grand soulagement des Hébreux. Mais la domination de Babylone sur le Sud, qui allait suivre, n’eut rien à envier à celle de Ninive sur le Nord. Sous le règne du roi de Jérusalem Sédécias, une coalition se fit jour contre Nabuchodonosor, roi de Babylone, et comprenant Tyr, l’Egypte et Juda. La riposte fut foudroyante, les Babyloniens se montrant aussi bons soldats et aussi féroces que l’aient été les Assyriens. Jérusalem fut assiégée et résista vaillamment, mais finit par succomber. Le prophète Jérémie donne une idée, dans ses lamentations, de ce que fut la ruée des troupes qui piétinaient depuis de si long mois. Après les massacres, le sac et l’incendie de la ville, eut lieu la déportation massive du peuple israélien. C’était en 586 av. J-C. Le voyage fut terrible pour les cinq à dix mille hommes concernés. Avec les familles, on estime que cela représente environ vingt-cinq à trente mille personnes. Sur place, les débuts furent difficiles. Nabuchodonosor avait entrepris une politique de grands travaux et, comme en Egypte, les Hébreux durent faire des briques d’argile. Comme en Egypte et peut être mieux encore, ils « réussirent ». Cinquante ans après leur arrivée, ils avaient des esclaves, certains étaient très fortunés, il y avait des banquiers. Ils étaient reçus à la cour… Mais, si les souffrances matérielles étaient terminées, les souffrances morales, elles, subsistent avec le sentiment d’exil, le regret de la patrie perdue. Puis, ce fut le tour de Babylone, aussi brutale que l’avait été celle de Ninive. Le roi des Perses, Cyrus II le Grand, théoriquement vassal du roi des Mèdes, Astyage, se dressa contre lui et conquit la Médie. Désormais roi des Mèdes et des Perses, il entreprit la conquête de toute la région et battit le roi des rois de Lydie, Crésus, et le roi de Babylone, Balthazar, en 539. Il se rendit maître en quinze jours de Babylone, réputé imprenable… Souverain éclairé, il abandonna la force brutale des Babyloniens et accorda aux peuples asservis le libre culte de leurs dieux. Habile politique, il pensait s’attirer la faveur des peuples… et celle de leurs dieux. C’est ainsi qu’en 538, il signa le fameux décret, que l’on peut trouver dans le livre biblique d’Esdras. Tous les Israélites ne rentrèrent pas. Il est difficile d’abandonner situations éminentes, fortunes et biens divers. La Bible donne des détails sur tout ce qui fut rendu aux Juifs et sur ceux qui rentrèrent. Une des premières tâches fut de reconstruire le Temple. Les travaux commencèrent sept mois après le retour. Zorobabel et Josué, les Maîtres d’oeuvre, refusèrent l’aide des autochtones et ceux-ci tentèrent d’effrayer les bâtisseurs. Ils allèrent jusqu’à envoyer une pétition à Babylone avec, comme conséquence, l’interruption des travaux pendant une quinzaine d’années. Il fallut attendre que Darius 1er monte sur le trône pour qu’ils reprennent, le nouveau roi confirmant l’édit de son prédécesseur et menaçant les Samaritains d’être « suspendus à leurs poutres » s’ils ne se taisaient pas. Les travaux durèrent quatre ans et demi. Le nouveau Temple avait repris les grandes lignes du précédant mais, à l’intérieur, plus de bois de santal et un seul chandelier au lieu de dix l’éclairait. Le Saint des Saints était vide, l’Arche et les Tables qu’elle renfermait ayant disparu à jamais. Signalons que d’un point de vue historique, l’exil commença vers 597 av. J-C et que l’édit de Cyrus fut pris vers 538, cinquante-neuf ans plus tard. Le Temple, lui, fut achevé en 515, soixante-douze ans après la destruction de celui de Salomon. II-L ’ésotérisme du 15e degré II-1-Les personnages Zorobabel : Son nom hébreu, Zeroubbabel, signifie « semence de Babel », ou de Babylone en référence à sa naissance en captivité. Il fut armé chevalier par Cyrus lui-même et fut ainsi le premier Chevalier Maçon libre ou Chevalier Franc-maçon, alliant les valeurs chevaleresques à celles des constructeurs. Il conduisit le peuple pendant le voyage de retour, combattit ceux qui s’y opposaient, présida aux destinées des Hébreux et la reconstruction du Temple. Constructeur, chevalier, prêtre, il est donc détenteur de la triple initiation. Il est celui que nous devons nous efforcer de devenir en combattant pour notre liberté et notre élévation spirituelle. Néhémi : Echanson du roi Artaxerxès 1er, il porte le nom de Thirsata (Ha- Thirshata). Le titre de Ha-Thirshata contient une notion de révérence ; un véritable homme de confiance. Esdras : Par son rôle, vient parachever le retour d’exil. Au plan individuel, on voit qu’il ne suffit pas de quitter Babylone et de reconstruire le Temple. Il faut encore appliquer rigoureusement la Loi morale issue de la conscience pour la maçonnerie. L’exil : Au quatorzième degré, nous avions franchi d’un bond les quelques siècles séparant l’achèvement du Temple de sa destruction. « Salomon devint sourd à la voix de l’Eternel », voilà la cause de la prise de Jérusalem, de la destruction du Temple et de la déportation du peuple. Cette histoire est aussi la nôtre, celle de chacun d’entre nous et celle de nos civilisations. D’un point de vue humain, nous avons oublié le tétragramme, déposé dans une crypte aux temps immémoriaux de nos origines pour y conserver le secret de celles-ci. L’exil à Babylone est un exil de nous-mêmes en nous-mêmes, loin des terres que nous avons eu du mal à conquérir, mais au coeur de celles qui représentent la partie dévoyée de notre raison. Le songe de Cyrus : Dans un songe, le Dieu des Hébreux lui dit : « Rends la liberté à mon peuple, ou tu mourras. » Sur le plan intime, cela veut sans doute signifier que l’homme ne peut se contenter de vivre sans libérer son esprit. Il risque en effet la mort de celui-ci, peut-être même la mort physique. Tous les empires fondés sur la force et la matérialité, se sont irrémédiablement effondrés. Ne subsistent, par-delà les frontières, que les spiritualités et les religions qui en sont une forme particulière. La spiritualité a été dévoyée, l’homme a oublié la découverte faite sous la neuvième arche et son esprit est en exil en lui-même. Autrement dit, il vit en exil dans un monde matériel. Mais il reçoit un appel représentant ici la voix de sa conscience qui lui permet de se redresser après chacune de ses chutes. Alors la matérialité n’étouffe plus la spiritualité. Elle lui donne droit de cité, lui permet de s’exprimer et de reconstruire ce qui a été détruit. Ceux qui rentrent : La légende nous dit d’abord que tous les objets sacrés du Temple ; rapportés à Babylone par Nabuchodonosor sont remis à Zorobabel. C’est tout ce qui appartient au Temple qui va y retourner. La libération par l’homme de sa spiritualité entraine la réunification matière/esprit, la quête spirituelle mobilise tout l’individu. Autrement dit, l’esprit va s’appuyer sur la matière. Le rôle du Temple est d’être un lieu matériel et propice à la recherche de l’élévation spirituelle. Zorobabel rassemble les quarante-deux mille trois cent soixante Hébreux. A ce niveau, je propose une simple réduction théosophique, qui conduit à quinze qui se réduit à six, chiffre de dualités : deux fois trois, deux plus quatre, agissent sur les plans terrestres et spirituels. Zorobabel en choisit sept mille. Du six, par addition de l’unité, vient le sept de la complétude et ce nombre est multiplié par mille pour en marquer toute l’importance. Ainsi, de la masse qui s’extirpe de la matière, on peut sortir ce qui constitue les valeurs spirituelles de la chevalerie. Ces chevaliers Maçons ont échappé aux massacres de la prise de Jérusalem, ils représentent l’étincelle qui subsiste en l’homme au milieu de ses malheurs et de sa chute. Le passage du pont : Comme toujours, les débuts sont faciles. L’enthousiasme porte, la fatigue ne se fait pas encore sentir. Puis un obstacle apparait, un fleuve qu’il faut franchir.C’est une limite qu’il s’agit de dépasser, la limite intérieure qui nous retient dans le confort des habitudes. Pour nous libérer de nos chaines, nous devons franchir de toutes ses contraintes qui, finalement, nous enserrent, nous enferment dans un mode de vie et de pensée bien limité. Le Maçon libéré doit passer un pont. Nul besoin d’un passeur. Celui qui doit traverser possède en lui tout ce dont il a besoin pour cela, mais…il doit vaincre ses dernières hésitations, ses propres résistances. Et c’est encore une fois son côté le plus noble qui mène le combat. Les Chevaliers Francs-maçons défont la totalité des ennemies qui se présentent, tellement il est vrai que l’alliance de nobles aspirations et la connaissance du combat à mener, jointe à la détermination de vaincre, ne peuvent que conduire à la victoire totale sur soi-même. II-2-Les attributs du Chevalier d’Orient et de l’Epée Les décors : Ils se composent, classiquement, d’un Tablier, d’un Cordon et d’un bijou, ainsi que de gants blancs sur lesquels je n’insiste pas. Le Tablier : Nous sommes ici dans l’espérance que constitue le nouveau départ symbolisé par le nouveau Temple. Le Cordon : Il est porté, logiquement pour un chevalier, de l’épaule gauche à l’épaule droite. Le coeur et les sentiments gouvernent avec la tête, le bras droit et sa force sont le moyen caché, mais bien présent, de l’action. Il est vert d’eau moiré, à la fois espérance et eau à franchir, avec ses reflets changeants. Très décoré, on y retrouve un pont, l’eau et LDP, initiales de Liberté De Passage. Ce décor fait penser à la lame XIII du tarot de Marseille, la lame sans nom qui représente un squelette armé d’une faux avec, au sol, ce qu’il a tranché : membres, têtes, débris divers. Ce symbolisme est très fort, ce n’est pas la mort, mais le début d’un nouveau cycle, après avoir élagué ce qui était nuisible. L’âge : Il est de soixante-dix ans. La batterie est constituée de sept coups, par cinq et deux. Cette décomposition est intéressante : l’homme et la dualité. En multipliant ces chiffres, on arrive à l’unité exaltée, dix. Les Mots : Ils sont trois à savoir : un Mot de Passe, un Mot Sacré et une Grande Parole. Le Mot de Passe, Ya’Avorou Hamaim signifie théoriquement « Liberté de Passer. » En réalité ces deux mots viennent de l’hébreu et signifient « Ils passeront les eaux.» Le passage dont il est question est symbolisé par celui de Starbuzanaï. Le Chevalier de l’Orient et de l’Epée passe d’un état à un autre. Changeant de rive, il passe d’état de servitude à celui d’homme libre, de la dépendance de la matière à la liberté d’esprit. Le Mot Sacré. C’est Raphodon, qui signifie théoriquement « vrai maçon », ou encore « Maitre véritable » 7 La Grande Parole, indique un niveau supérieur et se rapporte à la divinité. Nous remportons la victoire si nous sommes en paix avec elle. Conclusion A ce stade-ci, je ne peux conclure car, c’est un débat qui suivra et je laisse le soin à mes Respectables Frères Chevaliers d’apporter leur contribution soit pour infirmer soit pour confirmer dans l’intérêt de l’Ordre. J’ai dit ! L DKBibliographie : -Rituels du 1er au 15e degré ; -Livre d’instructions au 15e degré ; -Symbolique des Grades de Perfection et des Ordres de Sagesse- Irène MAINGUY- Editions DERVY 2003 ; -De la symbolique des chapitres en franc-maçonnerie-Irène MAINGUY- Editions DERVY 2006 ; -La Maîtrise parfaite de Jean-Claude Mondet. 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