15°
#412012
Le Quinzième Degré – Chevalier d’Orient et de l’Epée
Non communiqué
A
LA GLOIRE DU GRAND
ARCHITECTE DE L’UNIVERS
ORDO AB CHAO DEUS MEUMQUE JUS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU 33ème ET DERNIER DEGRE DU
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE POUR LA FRANCE
Le Quinzième Degré
Chevalier d’Orient et de l’Epée
ORDO AB CHAO DEUS MEUMQUE JUS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU 33ème ET DERNIER DEGRE DU
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE POUR LA FRANCE
Le Quinzième Degré
Chevalier d’Orient et de l’Epée
Premier des grades capitulaires, ce qui lui fait assurer une transition entre la loge de Perfection et le Chapitre, le Chevalier d’Orient et de l’Epée ouvre un nouveau cycle, celui de la reconstruction du temple. Bien que le titre de Chevalier soit déjà donné au 11ème degré avec le grade de « Sublime Chevalier Elu » ce n’est qu’à partir du 15èmedegré, que le Maître Maçon accède au cycle de la chevalerie. Les degrés capitulaires sont des degrés chevaleresques, ce qui nous amènera à approfondir cette notion de chevalerie afin de mieux les comprendre.
En tant que légende, nous avons encore affaire à une transition puisque le temple que les juifs vont construire n’est pas celui de Salomon, mais celui de Zorobabel (qui est aussi le nom du récipiendaire). Or nous savons que ce temple est considéré comme un temple intermédiaire entre le grand Temple de Salomon et celui qui reste à construire.
LA LEGENDE
Elleest empruntée aux livres d’Esdras et de Néhémie. (Esdras est l’un des principaux artisans de la restauration de la communauté Juive à Jérusalem au Vème siècle avant JC. Il était prêtre et scribe).
« Les Chevaliers de l’Orient tirent leur origine de la captivité de Babylone où les Israéliens demeurèrent 70 ans.Le roi Cyrus qui vient de s’emparer de Babylone a un songe. Un aigle lui ordonne de rendre la liberté aux captifs. Un lion rugissant est prêt à se jeter sur lui pour le dévorer.
Zorobabel, Prince hébreu, du sang de David, de la tribu de Juda, éprouvé à plusieurs reprises par Cyrus refuse de dévoiler ses secrets pour retrouver la liberté. Malgré ce, Cyrus lui permet de retourner à Jérusalem afin d’y rebâtir le Temple. Zorobabel est sacré Chevalier de l’Epée, il reçoit de Cyrus une épée, une bague, est décoré d’un ruban. Il ranime les énergies défaillantes et part, accompagné de 7000 Israélites, vers Jérusalem. Ils longent l’Euphrate jusqu’au bord du désert, et avant de s’y engager, ils doivent à Gandara, franchir une rivière par le seul pont existant. Alors qu’ils s’y préparent, ils sont attaqués par des ennemis et livrent combat. Leurs vivres, leur trésor, et la plupart de leurs armes sont enlevés ».
Toute la cohérence de ce degré est basée sur la notion de passage, et c’est sur le plan symbolique que nous trouvons le plus grand nombre d’indicateurs. Je vais essayer d’en développer quelques uns.
LES CHAMBRES
Le premier réside dans les chambres où se déroule l’initiation. Au quinzième degré la cérémonie d’initiation se développe dans deux lieux différents.
Le premier est profane, la salle d’Orient où la loge représente le Grand Conseil de Cyrus à Babylone. Nous nous trouvons parmi les juifs captifs.
Le second est sacré, la salle d’Occident à Jérusalem qui représente un Temple en ruine. Cette seconde partie de l’initiation se passe parmi les initiés qui ont échappé à la déportation et on conservé les secrets de l’Ordre.
Ces deux salles sont reliées par le pont de Gandara qui enjambe le fleuve. Elles soulignent cette dualité complémentaire Orient /Occident, Babylone/Jérusalem qui symbolisent la captivité et la destruction, avant d’accéder à la libération et la reconstruction.
VERT et ROUGE
La chambre d’Orient est en vert, alors que la chambre d’Occident est en rouge. Cette association du vert et du rouge rappelle le principe alchimique de la complémentarité de l’eau et du feu.
Le vert symbolise l’eau de la purification, la régénération de l’être, mais aussi la vie à l’état permanent (couleur du végétal), et l’espérance. Le rouge est la couleur du sang, de la vie, de la passion, de l’amour, mais aussi de la connaissance.
Le passage du vert au rouge est le passage de l’espérance à un stade de connaissance passive.
LE MOT DE PASSE et LES DECORS
Cette notion de passage se retrouveégalement dans le mot de passe « IAHABOROU HAMMAIN »qui signifie « les eaux passèrent ».
Sur le cordon du Chevalier d’Orient et de l’Epée, nous retrouvons cette notion de passage sous la forme des trois lettres LDP qui sont les initiales en langue française de « Liberté de passage », mais on retrouve en hébreux Lamed, Daleth et Pe qui sont les initiales de « Lakad Deror Pessah » ce qui signifie « il a reçu la permission de passer ». Ces trois lettres sont la marque de la vraie Chevalerie acquise au pont de Gandara
LE SONGE DE CYRUS
Le songe de Cyrus est révélateur, libre et puissant. Il lui est ordonné non seulement de rendre la liberté aux captifs, mais encore de leur permettre de retourner à Jérusalem pour construire le Temple à leur Dieu. Cyrus connaît le sort qu’il lui sera réservé s’il ne devient pas le libérateur des prisonniers.
Symbole du pouvoir, l’aigle qui apparaît dans le songe évoque la puissance et la domination. Il est le messager qui annonce la libération des captifs
Le lion, quant à lui, incarne force et puissance et autorité en tant que roi des animaux. Symbole de la puissance spirituelle, il représente aussi la force de l’énergie divine.
LA CHEVALERIE
Les rituels des grades capitulaires réactualisent l’imaginaire chevaleresque. La Chevalerie est une manière d’être, un style, une tradition et une culture. Elle enrichit la Franc-Maçonnerie.
Son origine est germanique, mais dès le 14ème siècle d’autres origines sont à retenir, sans grand succès d’ailleurs (l’origine égyptienne, l’origine romaine, et l’origine arabo-musulmane).
La théorie germanique, est la plus largement acceptée aujourd’hui par les historiens. Elle est issue de Tacite (1) qui, dans sa Germania (chapitre XIII) relate une cérémonie au cours de laquelle un adolescent né libre reçoit la framée et le bouclier, quittant l’enfance pour devenir adulte, donc un guerrier. La comparaison de ce rite avec les plus anciens adoubements connus (12ème siècle) est saisissante : matrice symbolique commune, même brièveté virile et même nature profane du rite. La forme religieuse est encore mince, l’imprégnation spirituelle se réalisant dans le for intérieur du guerrier.
Le chevalier se doit d’agir en fonction d’un état d’esprit et de choix personnels afin de réaliser harmonieusement sa vocation spirituelle et temporelle. Il est un homme libre par excellence, et possède peu de droits. Le seul qui lui est reconnu est celui de porter les armes. Les devoirs sont plus nombreux ; on peut en retenir trois types :
Les devoirs spirituels
Ils impliquent que le chevalier, en tant quechrétien se soumette aux enseignements de l’Eglise, auxquels s’ajoute, en tant qu’homme de guerre la défense de l’intégrité de la foi (lutte contre l’hérésie)
Les devoirs temporels
Le chevalier doit soumission et fidélité au maître (le respect de la fidélité est vital),– Respect de son serment.
Les devoirs privés
Ils impliquent que le chevalier intériorise, vive et réalise, par l’observance des valeurs propres à son état (Amour, bravoure, rigueur morale, dignité, sacrifice, noblesse d’âme…) et les divers engagements qu’il a librement acceptés le jour de son adoubement.
L’adoubement célèbre l’entrée de l’individu dans la chevalerie. Il s’agit d’un véritable sacrement, d’une cérémonie codée ; le futur chevalier prête serment. Avant d’être adoubé, il passe par une phase d’apprentissage, de maturation.
Ces devoirs placent la barre de l’idéal au plus haut, donnant clairement à l’époque la règle à suivre. Ainsi l’épée, attribut du chevalier, est un attribut prédominant des grades capitulaires. Elle symbolise la force, la parole de Dieu, la bravoure, et la puissance. Elle ordonne la Création,
détruit l’ignorance et le mal, maintient la justice et la paix, permet au chevalier de capter les connaissances, et de se libérer de ses passions. La tradition enseigne que l’épée est l’arme de la liberté.
Le Chevalier symbolise en Franc-maçonnerie l’Etre intérieur, épris de l’idéal d’amour.
Pour ce qui concerne l’enseignement du bâtisseur, le Chevalier d’Orient est parvenu à un niveau avancé. L’expérience de la chevalerie lui est maintenant donnée afin qu’il progresse au plan spirituel, moral, et intellectuel.
ZOROBABEL
Zorobabel (récipiendaire) nous transmet un bel exemple de fidélité à son devoir, par son refus de dévoiler les secrets. Son comportementillustre les vertus chevaleresques auxquelles doit s’identifier tout homme. Ce comportement se caractérise par le courage et la détermination à lutter contre toutes les passions, et les vertus nécessaires pour résister aux épreuves de Cyrus.
Son refus opposé à l’autorité qui le maintient prisonnier, justifie sa qualité de chevalier. Il garde sa liberté de conscience en opposant sa résistance ce qui en fait un homme libre. Il met en pratique son serment initiatique. Il est d’ailleurs appelé « Maçon très libre ».
Comme Hiram il est prêt à braver les épreuves au péril de sa vie. En refusant d’être libéré à n’importe quel prix, il s’affranchit et se libère intérieurement de toutes contraintes. Par son courage il montre qu’il est un véritable initié prêt à tenir ses engagements pour accomplir sa mission.
LIBERTE DE PASSAGE (LDP)
Cette liberté de passage conduit l’initié sur la voie de la chevalerie spirituelle. Après avoir vécu au 14ème degré l’initiation sacerdotale, après avoir, sous la voûte, pénétré les arcanes de l’Esprit, le Chevalier d’Orient et de l’Epée est présumé qualifier pour définir et pour vivre la liberté.
La liberté de passer implique que l’acte de passer est coexistant (consubstantielle) à la liberté elle-même. Passer cela veut également dire traverser. L’Hébreu est par définition celui qui a
traversé (le fleuve, le désert, les épreuves). La première liberté est celle de se déplacer. Elle se conquiert et se défend.
La liberté est liée à la reconstruction (du temple de Salomon) ; d’ailleurs tout prisonnier qui est libéré entame une cycle de reconstruction. Cette liberté retrouvée est liée à un combat physique qui demande de forcer le passage et de combattre.
Au 15ème degré, le combat du chevalier n’a rien de destructeur. Il est porteur d’une volonté de compréhension, de bâtisseur éclairé, à la recherche de sa réalisation spirituelle.
LE PONT
Le franchissement du pont offre de nombreuses interprétations. Il réunit ce qui dans l’espace est séparé et on peut le considérer comme un symbole d’union.
Passer le pont, c’est avoir la force nécessaire pour obtenir la liberté de passage. Le passage d’une rive à l’autre, entraîne une transformation par l’étape franchie qui peut correspondre à un changement d’état. Ce passage symbolise dans la vie de tous les jours le caractère de transformation de toute quête ou de tout voyage initiatique. Il matérialise la voie à suivre, à entreprendre avec une notion de choix, de volonté et d’engagement pour le futur.
Traverser le pont, c’est avoir le courage d’affronter les obstacles. Se sentir libre de passer malgré ces obstacles, c’est faire preuve de maturité spirituelle, c’est être conscient que la vie est une succession d’épreuves auxquelles il faut nécessairement se confronterpour progresser. Franchir le pont tout en sachant que d’autres vont tenter de s’interposer exige d’être insatisfait de sa condition, d’être à la recherche d’autre chose ; C’est également se battre contre ses propres résistances et ses peurs intérieures pour devenir Maître de soi-même et de sa destinée.
Pendant le combat Zorobabel perd la bague et le ruban qui sont le symbole de la possession des biens matériels et qui marquent son attachement à la matière. Symboliquement cela signifie que le Chevalier d’Orient et de l’Epée a acquit une autonomie en s’étant débarrassé, dans son combat intérieur, des liens qui le retiennent. La bague symbolise un pacte, une alliance, et le ruban un lien. En perdant ses attaches, on s’affranchit, on acquiert une liberté. Cette liberté, on se la donne, après un combat intérieur symbolisé par l’Epée.
Le passage du pont représente la libération du domaine de la matière et notre accession à celui de l’esprit. Dés l’instant où nous nous avons acquis la liberté de passer, notre vie prend un relief différent. Nous ne sommes plus l’esclave de nos passions, mais nous devenons libres d’adopter une pensée et des comportements spirituels. Passer le pont est un acte personnel. Nous avons décidé de bâtir ce Temple. Le temps de passage existe entre ce que nous étions et ce que nous sommes dorénavant.
Le G.E.V.S. a la permission de passer à la chevalerie, mais il n’y est pas obligé. Il doit avoir l’ambition, le désir et la volonté de changer de dimension, de rechercher le contact avec Dieu.
Dans la loge le Chevalier d’Orient et de l’Epée combat pour sa délivrance, ce qui lui permet d’accéder à la libération et d’envisager la reconstruction duTemple, qui sera un Temple de liberté, de tolérance et de fraternité. Il pourra s’y ressourcer, s’abriter, méditer et se fortifier pour aller plus loin encore.
Le travail de reconstruction sera long et difficile, il se fera « l’Epée d’une main et la truelle de l’autre ». L’épée est l’arme noble du Chevalier dans son combat qui combat l’intolérable. La truelle permet d’effacer les imperfections, elle est un outil d’assemblage et permet d’appliquer le ciment. Elle est le symbole de l’œuvre restant à accomplir. Associées elles correspondent à l’union du Maçon constructeur et du Chevalier actif.
Le chevalier devient un défenseur de la liberté, combattant, et un résistant armé. Il passe avec aisance de l’épée à la truelle ou de l’action à la méditation. Cela correspond à une œuvre de libération basée sur l’action, le combat intérieur, par l’approfondissement et la mise en application des vertus fondamentales.
Nous apprenons à respecter l’indépendance de nos convictions et le droit d’y conformer notre conduite, d’être fidèle à nos obligations et à persévérer dans nos entreprises malgré les difficultés et les déboires que nous pouvons rencontrer.
Certains n’apprendront jamais la liberté de passer de l’autre coté, car ils sont prisonniers de leurs pensées qui sont sous influence, sous dépendance. Ils préfèrent conserver leurs anciennes références.
Franchir le pont nécessite de dépenser une énergie débordante pour entreprendre la construction de ce troisième Temple. Cela implique également une remise en question. Nous devons dépasser nos doutes, combattre nos habitudes, être capable d’évoluer et enfin tenter de diminuer notre Ego jusqu’à le faire disparaître. C’est cela franchir le pont. Nous trouvons rarement des hommes qui vont au bout d’eux-mêmes, qui combattent jusqu’au succès final.
Le Chevalier d’Orient et de l’Epée sait maintenant où se livre le combat et quel en est l’enjeu.
J’ai dit TRES SAGE ATHIRSATA.
R B
(1) Publius Cornelius Tacitus (55-~120), historien romain.
On connaît très peu de choses sur la vie de Tacite… Publius Cornelius Tacitus serait né en 55 sous Néron et serait originaire de Gaule.Il serait mort dans les années 120. C’est le prestige littéraire et moral de Tacite qui fit sa réussite et il est fort probable qu’il ne fut pas un homme heureux. LA GERMANIE : Cet ouvrage fut écrit à la même époque que la Vie d’Agricola. C’est à nouveau en ethnographe que Tacite y décrit les mœurs des Germains, un peuple qui constitue une menace permanente aux frontières des territoires conquis par Rome. Plus tard, dans les Annales, Tacite évoquera, en des pages saisissantes, l’anéantissement des légions de Varus à la fin du règne d’Auguste. Vivant dans un état proche de l’état de nature, les Germains doivent à celle-ci leurs vertus (courage, solidarité etc.) et leur férocité barbare.
BIBLIOGRAPHIE
Bernard MARILLIER – B.A. – B.A. Chevalerie
Alain POZARNIK – Le Secret de la Rose
Irène MAINGUY – De la symbolique des chapitres en franc-maçonnerie
Guy TREDANIEL – Les 33 degrés Ecossais e la Tradition
Daniel BERESNIAK – Rites et Symboles
REAA – Les rituels des 15 premiers degrés