16° #413012 Il m’a été donné de travailler ce matin sur la légende du 16ème degré Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué A la gloire du grand architecte de l’universRite ecossais ancien et accepte Ordo ab chao Deus meumque jus Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France LIBERTE – EGALITE – FRATERNITEChaque degré du Rite Ecossais Ancien & Accepté avec son corpus de légendes et de symboles qui les accompagnent, constituent autant d’étapes nous conduisant vers une nouvelle dimension, une autre perception de nous même et de qui nous entoure. Franchir ces étapes nous permet ainsi d’avancer vers une meilleure connaissance de soi, une plus haute conscience de ce que nous sommes. Chemin faisant, notre rapport au monde, à nous même, aux autres, à notre finitude et donc en définitive à l’absolu s’en trouve progressivement et profondément modifiée.La légende du Prince de Jérusalem s’inscrit à mon sens dans cette perspective. Nous allons donc explorer comment la légende du 16ème degré nous permet de nous orienter vers davantage de conscience à travers les interrogations fondamentales qu’elle pose.La légende du 16ème degré n’est pas spécifique au grade comme dans les degrés précédents mais s’inscrit dans la continuité directe et immédiate de celle du 15ème degré au point que toutes deux pourraient n’en former qu’une. 15ème et 16ème constituent ainsi les degrés dits de l’Exil. Notons toutefois que l’appellation « degrés du retour d’exil » serait peut-être plus appropriée. En effet, les 15ème et 16ème degrés ne relatent pas de l’exil à proprement parler mais exposent la description de la sortie d’Exil du peuple juif de Babylone, de son retour vers Jérusalem et de la reconstruction du second temple tel relaté dans la Bible. Ainsi, notre rituel utilise des images et des extraits des livres d’Esdras et Néhémie, s’y inspire mais en prenant de larges libertés par rapport aux écritures en y ajoutant d’autres éléments et symboles, des images et des notions qui sont propres au Rite issue de la Tradition. Pour être plus précis, si le 15ème degré traite principalement de la sortie de Babylone et du retour vers Jérusalem, la légende du 16ème proprement dite expose nos difficultés à reconstruire le second Temple et la nécessité pour ce faire de retourner vers Babylone, puis de la récompense reçue suite à la réussite de notre ambassade.Mais pourquoi reprendre le chemin de Babylone alors que nous avons mis tant de temps à en sortir ? Est ce un retour en arrière ? Une régression ? Pour trouver un nouvel appui dans la reconstruction du Temple selon la légende du degré. Mais pourquoi ? Qui sont ces ennemis rencontrés ? Que reconstruire à travers le second temple ? Les leçons du passé n’ont ils pas été retenues ? Reconstruisons nous ce temple à l’identique ? Autant de questions qui foisonnent et obligent pour y répondre à un retour en arrière sur le chemin parcouru comme nous y invite le rituel.Jusqu’au 12ème degré, identifié à Johaben, nous avons repris et achevé la construction du temple, et ce en dépit de la perte de la Parole, de nos errements et sans en connaître fondamentalement la finalité. Au 13ème degré, sous le temple, au cœur de la 9ème voute, nous avons cherché et découvert le principe qui nous habite et nous anime. Mais, avec la consécration du temple, nous nous sommes crus arrivés, en avoir fini avec les mauvais compagnons et notre construction. Bien mal nous en a pris. Dans son ouvrage sur la Symbolique du Corps humain, Annick de Souzenelle souligne que « toute connaissance devient stérilisante lorsqu’elle ne dépasse pas le domaine de l’Avoir ». A l’image de Salomon qui ne voyait dans le Temple que sa toute puissance, nous sommes restés dans cet Avoir, centrer sur nous même, enfermés dans notre réussite apparente. Or lorsqu’un homme se croit arriver, et pense avoir obtenu tout ce qu’il pouvait obtenir ou qu’il croit manifestement ne pas pouvoir en obtenir davantage. Que peut il faire ou plus exactement que doit-il faire ? Il doit changer de plan et démarrer un nouveau cycle.A ce besoin et cette nécessité de changement de plan, répondent les degrés de l’Exil. Si sur le plan symbolique, l’exil peut se définir comme une phase de décentrage nécessaire et salvatrice parce que génératrice de doutes fructueux, d’interrogations et de questionnements fertiles entrainant une maturation des esprits, sa sortie illustrée par les 15ème et 16ème degrés correspond sur le plan initiatique à une nouvelle phase de construction et de transformation. Elle peut être interprétée et vécue comme une forme de « résilience » non prise dans sa définition psychologique mais initiatique nous permettant ainsi d’assimiler puis de dépasser la fracture engendrée par la destruction du Temple et la perte de l’Alliance, pour redémarrer un nouveau cycle initiatique illustré par la construction du second temple. C’est ainsi que prisonnier de notre Avoir et coupé de nos racines spirituelles, nous savons que notre progression, notre reconstruction passe par une reconquête, de nouveaux combats, de nouveaux holocaustes et sacrifices pour gagner notre liberté de passer de l’Avoir à l’Etre et rejoindre enfin Jérusalem.Mais cette Jérusalem que nous redécouvrons est très loin d’être idyllique : idolatrie, contestations, difficultés à nous faire reconnaître. Si nous étions en exil à Babylone, nous le sommes tout autant et peut être même davantage à Jérusalem. Face à l’idolâtrie et aux contestations des Samaritains, Zorobabel dépêcha une ambassade de 5 Chevaliers d’Orient et de l’Epée auprès du Roi de Babylone. Arrêtons-nous un bref instant sur cette notion d’ambassade qui peut, me semble-t-il, être éclairant quant à la compréhension du degré. Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons au sein de notre Rite, cette notion d’Ambassade. Déjà au 10ème degré, nous avons été ambassadeurs en pays de Gaat dans la recherche des deux meurtriers d’Hiram. Indépendamment de sa dimension représentative, une ambassade a pour principale fonction d’assurer le lien entre deux nations souveraines, et transposée sur le plan symbolique entre deux états humains en apparence antagonistes que sont l’Avoir et l’Etre, le matériel et le spirituel, le terrestre et le céleste représentés par Babylone et Jérusalem. L’ambassadeur est un élu qui se voit donc confiée une mission sacrée, celle de re-créer un lien et une alliance entre deux mondes.Dans cette mission, le rituel nous rapporte que des ennemis tentèrent de s’opposer au passage de l’ambassade vers Babylone et furent mis en déroute. Qui sont-ils ? Que représentent-ils ? Sont-ils intérieurs ou extérieurs à nous même ? Devons-nous les considérer comme une énième résurgence des mauvais compagnons et de nouveaux avatars de notre égo encore mal maîtrisé ? Sans exclure cette possibilité, je crois que nous devons les aborder sous un regard différent. Aujourd’hui, les ennemis rencontrés sur notre Chemin vers Babylone viennent de Jérusalem. Ils ne représentent pas tant les soubresauts permanents de notre ego que des adversaires « spirituelles ». Ce sont nos croyances, nos conceptions et philosophies de vie trop souvent dogmatiques. Ce sont nos peurs qui nous poussent naturellement à chercher et à nous réfugier dans le « prêt à penser ». Ce sont nos projections mentales et nos représentations de toutes sortes. En d’autres termes toutes ces grilles de lecture qui se sont confortablement installées et nous freinent dans la compréhension de ce que nous sommes et le développement de notre spiritualité. Ils peuvent être extérieures parce que fruit de notre environnement, de notre milieu, de notre culture et de notre éducation. Mais ils sont tout aussi intérieurs parce que résultantes de nos propres constructions précédentes c’est à dire de nos convictions, certes acquises par nous-mêmes au prix d’efforts, mais que nous érigeons parfois inconsciemment en certitudes.En nous permettant d’identifier ces freins spirituels, la légende du 16ème degré nous offre la possibilité d’aborder les notions de spiritualités et de matérialité hors de toute dichotomie et dualisme manichéens. Elle nous invite aussi à de constants allez/retour pour prendre conscience de nos racines, de notre double dimension. C’est ce qu’illustrent les voyages du récipiendaire de Babylone à Jérusalem puis de son retour vers Jérusalem. Etre enraciné au ciel, être enraciné à la terre, c’est la nôtre constitution, notre double origine que symbolisera deux degrés plus tard le signe et le contre signe du Chevalier Rose Croix. Dans son ouvrage sur la double origine de l’Homme, le thérapeute Durckeim nous rappelle que pour vivre selon son Etre essentiel, l’homme doit résister à la tentation de s’épanouir soit uniquement dans le monde (la matérialité) soit uniquement dans l’Etre.De son côté, la fascinante sculpture « l’homme qui marche » de Giacometti traduit, par son aspect longiligne et mobile, l’élan spirituel et la progression de notre conscience vers le haut tout en étant profondément ancrée sur un socle, sur la terre dont nous sommes issus qui nous porte et nous nourrit. Mais elle illustre aussi notre fragilité dans cette ascension. La légende du 16ème degré exprime cette même idée et nous invite certes à nous élever en spiritualité mais sans pour autant nous couper de nos origines terrestres et abandonner les potentialités de développement qu’offre la nature humaine, tout en se protégeant des fausses hauteurs.Revenons à la reconstruction du Temple. Mais pourquoi persister à achever au 16ème degré un Temple dont le rituel du degré précédant, nous a clairement informés qu’il serait irrémédiablement détruit ? Peut-être parce qu’à ce degré, notre progression initiatique nécessite encore et toujours un support matériel, une forme, une béquille, un repère spatio-temporel auquel nous pouvons nous rattacher. Nous ne pouvons pas passer directement de l’Avoir à l’Etre, du matériel au spirituel. Je citerai une fois encore Annick de Souzenelle qui précise qu’il est particulièrement dangereux de se libérer d’une béquille sans prendre garde qu’une autre plus subtile vienne s’y substituer. Du doudou de l’enfance à l’image d’un Dieu anthropomorphique, l’homme a besoin de supports, de repères dans la construction et l’évolution de sa vie qu’elle soit matérielle, sociale, psychique mais aussi spirituelle. C’est peut être aussi pour cela que les hébreux restés à Jérusalem ont eu besoin de se raccrocher à des idoles. C’est aussi pour cela que nous devons reconstruire ce Temple tout en ayant à l’esprit qu’il ne sera jamais qu’une autre béquille.S’il est clair et communément admis que le Rite Ecossais Ancien & Accepté est une méthode qui procède par des phases permanentes de « construction, déconstruction, puis reconstruction », que reconstruisons-nous au 16ème degré sur le plan spirituel à travers le Temple de Zorobabel ? Si vous le permettez je vais laisser à chacun le soin de s’interroger individuellement sur cette question tant je la trouve intime. Pour ma part, si le 16ème degré se définit bien comme à la fois l’achèvement des degrés de construction du temple et une transition vers un nouveau plan, j’en donc vis sa légende comme la nécessité de m’interroger, de revoir et d’ajuster mon rapport à la spiritualité. La légende du 16ème degré est pour moi une nouvelle invitation ou plus exactement une préparation à réinvestir le champ du spirituel et pourquoi pas du religieux non pris dans son sens commun ou ecclésiastique, mais hors de tout église, de toute dogme pour je l’espère devenir « chevalier de l’Esprit » et vivre de nouveaux dévoilements.T S A, et vous tous mes B A F, j’ai dit.H M Iconographie du Prince de Jerusalem Navigation des articles Planche Précédente "La présence de l’ancien testament au 16ème degré" Planche Suivante "Décors du Grand Conseil des Princes de Jérusalem"