Jérusalem
Non communiqué
D’abord un regard historique avant les mythes.
Rien ne semblait prédisposer ce petit coin de terre, ou plutôt de rocaille et de cailloux à jouer un rôle particulier dans l’histoire de l’humanité.
Perdu au milieu de collines calcaires, à quelque huit cents mètres d’altitude, à plus de cinquante kilomètres de la mer Méditerranée et en limite du désert, ce site semblait destiné à devenir un gros village ou une petite ville.
L’occupation humaine est attestée depuis 3500 avant JC.
Vers-1800, profitant de l’essor général de la région, l’agglomération se transforme en petite ville fortifiée.
Vers l’an 1000 avant JC, avec ses guerriers, un jeune David, s’empare de la ville «jébuséenne» et en fait sa capitale. Cependant, c’est seulement sous Salomon que de grandes constructions doublent la superficie de la ville.
La ville reprend son essor vers -700 avant JC avec l’afflux des réfugiés venant du nord, de l’ancien royaume d’Israël transformé en province assyrienne.
L’occupation de la colline occidentale, appelée plus tard « mont Sion », s’intensifia vers – 600 et la ville abrita bientôt quelque 25 000 habitants sur une cinquantaine d’hectares.
Cependant, la conquête de Jérusalem par l’armée babylonienne de Nabuchodonosor en 587 entraîna l’incendie des principaux bâtiments et l’exil des israéliens.
À leur retour, les exilés restaurèrent d’abord le Temple vers -515 pour y renouveler le culte traditionnel.
Nommé gouverneur, Néhémie y remit ensuite en état les murailles et organisa le repeuplement de la ville, capitale de la province perse de Judée.
La ville antique fut profondément transformée et embellie à partir du règne d’Hérode le Grand – 40
Mais la guerre juive se termina en 70 de notre ère par le pillage de Jérusalem par les légions de Titus.
Après 70, la légion installa son camp sur la partie septentrionale du champ de ruines; et en 130, l’empereur Hadrien décida d’y rebâtir une nouvelle ville : Aelia Capitolina.
En 324, l’empereur Constantin redonna à Aelia Capitolina son nom antique de Jérusalem et s’efforça de faire de cette ville païenne une cité chrétienne en y construisant de nombreuses églises.
L’invasion perse de 614 et l’occupation provisoire de Jérusalem entraînèrent de nombreux massacres et la destruction de plusieurs églises. Jérusalem se rendit bientôt, sans opposer de résistance, au calife Omar en 638.
En 1070, les Turcs Seldjoukides y persécutent juifs et chrétiens, ce qui provoque le mouvement des croisades.
En 1099, Godefroi de Bouillon entre dans Jérusalem qui devient la capitale d’un royaume latin.
Sa population, en majorité chrétienne et de langue française, augmente (30 000 habitants). Les pèlerinages reprennent. Des églises sont construites,
Ce mouvement s’inverse lorsque Salah ed-Din reprend la ville en 1187.
Ayant perdu son rôle politique, la ville connaît un certain déclin, compensé en partie par le fait qu’elle devient un centre d’études musulmanes.
Il faut attendre la création de l’état israélien pour que Jérusalem prenne un véritable essor.
Aujourd’hui, la population de Jérusalem est de 800 000 habitants (à peu près 10 % de la population totale d’Israël), dont 65,0 % sont juifs 32 % de musulmans et 2 % de chrétiens.
Bible et évangile
Citée 660 fois dans l’Ancien Testament, Jérusalem est mentionnée pour la première fois dans Josué au chapitre 10 :
« Adonisédec, roi de Jérusalem, apprit que Josué s’était emparé d’Haï ».
C’est dans le deuxième livre de David, que David s’installe définitivement autour de la source de Gihon, :
David s’établit dans la forteresse et l’appela « Cité de David » et c’est là que la ville prend une autre dimension, gagnant en importance et en puissance.
Dans le Nouveau Testament, Jérusalem prend une toute autre place en devenant écrin de la mort et de la Résurrection du Christ. Elle y est citée alors 146 fois.
Les premières mentions de Jérusalem sont en relation avec la naissance de Jésus
Enfin, la référence à la Ville terrestre se mue en référence à la Jérusalem Céleste dans le chapitre 21 de l’Apocalypse de st-jean dont voici le début et la fin
« Et
je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la
première terre avaient disparu…
et il n’y avait plus de mer. Et je vis descendre du
ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, une Jérusalem nouvelle, vêtue
comme une nouvelle mariée parée pour son époux ».
Ce livre le dernier des évangiles dont l’auteur se nomme lui-même Jean de Patmos selon les historiens. Il est peu vraisemblable que cet opus ait été écrit par Jean l’Évangéliste, ce dernier aurait été plus que centenaire selon les datations aujourd’hui admises.
Les deux derniers chapitres s’ouvrent sur la description de « Babylone la prostituée et la sanguinaire » et sur l’annonce de sa chute, aussi spectaculaire que soudaine.
Pour les historiens texte est un vigoureux et tonitruant brûlot anti-romain, et la Babylone qui y est dénoncée n’est autre que Rome, l’oppresseur de l’époque.
La description s’achève sur l’avènement, non moins spectaculaire, de la « Jérusalem nouvelle », dont les attributs sont l’exact opposé de la Babylone-Rome impériale : une cité protégée par de hauts remparts, reposant sur de solides assises et illuminée par la gloire de Dieu.
On sait l’importance de Jérusalem dans le système symbolique du judaïsme. Elle est le lieu unique choisi par Dieu pour y faire habiter son Nom. Elle est la cité de Dieu, la maison de Dieu, le trône de Yahvé, la Montagne sainte.
La Jérusalem d’en-haut devient en quelque manière plus réelle que la Jérusalem d’en bas toujours livrée à de nouvelles destructions et de nouvelles occupations.
Enfin, il convient de rappeler que Jérusalem joue un rôle essentiel dans le symbolisme religieux de l’islam. C’est la troisième ville sainte après La Mecque et Médine,
Pour les chrétiens Jérusalem devient la Terre-mère. La Jérusalem terrestre est bien le terme visé pour les croisés. Elle est la figure de la ville éternelle élue par Dieu dès avant la fondation du monde.
La Jérusalem terrestre, c’est le lieu élu de Dieu entre tous les autres.
Jérusalem est la capitale symbolique commune aux trois religions monothéistes. Chacune des trois religions issues d’Abraham fut au point de départ d’une intense production symbolique qu’il s’agisse d’Écritures, de rites, de monuments, renvoyait directement à l’Absolu d’un Dieu unique, mais aussi à la ville de Jèrusalem.
La franc-maçonnerie du 18 ième ne pouvait que s’y retrouver.
La franc-maçonnerie a donc repris l’essentiel de la symbolique figurant aux chapitres 21 et 22 de l’Apocalypse de Jean décrivant la fin tonitruante d’un monde et en annonçant un nouveau à travers une renaissance.
En 1736, en France, le Chevalier Ramsay rattache la franc-maçonnerie aux Croisés revenus riches de leur fréquentation du centre spirituel de Jérusalem.
D’autres, un peu plus tard, feront une référence symbolique au Saint-Empire Romain Germanique ou à l’Ordre du Temple (en Allemagne, en Angleterre et en France).
Le 19è degré revient sur la symbolique de l’Apocalypse de Jean, après le 18è, Chevalier Rose✠Croix, qu’il est difficile de ne pas décrire comme christique, au moins dans son intention et sa rédaction initiale.
Cela pourrait vouloir dire que le franc-maçon consacre au 18èdegré l’analyse de l’Amour préconisé par la doctrine chrétienne.
De ce fait, le 19è indiquerait, après cette manière de pause, que la quête n’est pas achevée, ne serait-ce que par la mise en œuvre du symbolisme cyclique omniprésent dans le mythe de la Jérusalem céleste. Symbolisme éminemment universaliste, ce qui a pour conséquence que nul n’en est propriétaire exclusif.
Le tableau de loge du 19ème degré.
Le Tableau de la LOGE représente une ville carrée ou la JERUSALEM CELESTE sur un nuage descendant du ciel pour terrasser le reste de la présente JERUSALEM.
Un serpent à trois têtes ou une hydre enchaînée représentant la méchanceté des Infidèles.
La JERUSALEM CELESTE a douze portes. Dans le centre de cette ville est un arbre qui porte douze différents fruits.
Cette JERUSALEM céleste semble être renversée et les têtes du serpent MECHANCETE semblent être écrasées par la JERUSALEM CELESTE. Sur le côté du tableau on voit une haute montagne.
Le Douze est omniprésent, 12 portes, 12 tribus d’Israël, 12 assises faites de 12 pierres précieuses, 12 apôtres, 12 signes du zodiaque, etc. La symbolique de ce nombre est puissante.
Réception du chevalier rose croix au grade de grand pontife.
Voici un extrait du rituel
L’essentiel du 19° grade reprend l’une des visions de Jean, l’apôtre. La cérémonie, présidée par le Trois Fois Puissant, assis sous un dais bleu, le sceptre à la main, se déroule dans un lieu qui n’est éclairé ni par le soleil, ni par la lune : » Et la ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer; car la gloire de Dieu l’a illuminée… »
Le Trois Fois Puissant
Comment la maçonnerie est-elle tombée en ruines, puisque nous sommes liés et attachés indissolublement par notre obligation qui ne peut être équivoque ?
Le Surveillant
Cela fut ainsi décrété dans l’ancien temps, comme nous l’apprenons par Saint Jean qui comme nous le savons fut le premier maçon à tenir une loge de perfection.
Voici un cours extrait du discours historique présent dans le rituel discours écrit par le frère LEROUGE vers 1800.
« Les douze étoiles sont les douze Anges qui veillent sur les douze portes de la Jérusalem Céleste. Les étoiles représentent les maçons dignes d’entrer dans la Jérusalem Céleste. » La Jérusalem Céleste n’a besoin, ni de soleil, ni de la Lune pour l’éclairer car la gloire de Dieu l’éclaire et l’agneau est un flambeau » (Apocalypse 21, 23).
En fait, on fait chercher au candidat la route qui mène à la Nouvelle et vraie maçonnerie celle de la Jérusalem Céleste ».
Pourquoi cette reprise ?
La franc-maçonnerie a repris l’essentiel de la symbolique figurant aux chapitres 21 et 22 de l’Apocalypse de Jean décrivant la fin tonitruante d’un monde et en annonçant un nouveau à travers une renaissance, pour certains cette recherche de la Jérusalem céleste serait la recherche de la route qui conduit à la nouvelle et vraie franc- maçonnerie.
Mais qu’est-ce que alors la vraie maçonnerie ?
Un autre interprétation, que je partage, et que rien n’est jamais achevé qu’il faut toujours avoir un regard critique et remettre en cause nos habitudes, revoir nos certitudes, revoir même la culture dans laquelle nous avons été élevés et où nous nous sommes en grande partie construits.
Ne faut-il pas laisser mourir le vieux monde pour que naisse un nouveau ?
Le 17è grade, à la toute fin, nous parle d’un homme debout, capable d’accueillir l’amour des autres parce que lui-même est capable d’aimer.
Le 18ème grade nous parler d’amour Comment en effet bâtir un monde nouveau et viable si l’amour en est absent ? Comment, sans lui, éviter la guerre de tous contre chacun ?…
Le 19ème est celui de grand pontife
La notion de « Pont » est particulièrement précieuse quand on entend rapprocher ce qui naturellement se trouve séparé. C’est l’imagination qui jette des Ponts sur l’avenir ou qui lance l’esprit dans la voie des découvertes.
Le Grand Pontife est celui qui sait à la clarté du jour. Il est celui entend ordonner la Cité céleste, la Ville telle que les Hommes la conçoivent dans leurs élans généreux et purs.
Rien ne semble jamais achevé ni perdu définitivement et, qu’au contraire, un rebond est toujours possible. Il suffit de le vouloir et d’y travailler.
Jérusalem céleste Jérusalem terrestre
Jérusalem
nouvelle, Jérusalem future, Jérusalem céleste Trois termes
synonymes pour parler de « la Cité sainte descendue de chez
Dieu »,
Au-delà de ces inspirations artistiques, l’expression « Jérusalem
nouvelle » a souvent été utilisée pour évoquer un
lieu terrestre idéal où l’humanité vivrait en harmonie avec elle-même
et avec la création.
Un endroit
où régneraient la justice et la fraternité, la sagesse et la
générosité, la paix et la prospérité.
Apres les maçons nous la retrouvons dans le communisme :
Le communisme représentait la promesse d’un avenir radieux, d’une société harmonieuse et parfaite. Cette utopie se manifestait par exemple dans des cours de marxisme donnés au sein du PCF. Ainsi, ces propos tenus au début des années 1950 :
« Il
est difficile sans doute de se représenter entièrement ce que sera
cette nouvelle société, mais il y a des choses qu’on peut affirmer.
Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de prisons.
Bien entendu, il n’y aura plus d’églises. Il n’y aura plus d’armée. Il
n’y aura plus de crimes. Il pourra y avoir des malades, on les soignera.
Toute idée de contrainte disparaîtra. Les hommes auront tout à fait le sentiment qu’ils sont débarrassés, dégagés de tout ce qui faisait autrefois leur servitude.
Ce seront des hommes absolument nouveaux. […] Quand on sait que l’on est dans cette voie et que cette voie est celle de l’évolution humaine qui apportera aux hommes la fin de tant de misères, que c’est la voie scientifique, la voie certaine, on a le sentiment que l’on combat pour la plus grande des causes… »
Quelle belle utopie…
Les socialistes du début du XX ième parlaient de cité radieuse…
On en trouve un exemple dans un le Livre « la maison du peuple » de Louis Guilloux Lors dans un entre Fabert et le Docteur Rébal ils parlaient de la future Cité radieuse…
Aujourd’hui après l’effondrement du communisme, dans un monde ou les idéologies politiques tardent à se redéfinir, dans ce contexte d’une Europe qui se cherche, la ville emblématique de Jérusalem peut-elle encore garder tout son potentiel d’attraction auprès des hommes qui sont en quête d’un accomplissement d’une histoire plus humaine ?
Aujourd’hui Jérusalem continue à jouer un rôle d’avertisseur pour rappeler à un Occident sans mémoire que la raison moderne, celle des Lumières, n’a point remporté une victoire définitive sur les croyances religieuses.
Si la maçonnerie est issue de la tradition judéo-chrétienne et de la raison moderne, on ne doit pas négliger la civilisation arabo-musulmane comme une composante essentielle de l’Europe, toute la culture du bassin méditerranéen fait partie de notre patrimoine.
Notre humanisme judéo-chrétien est toujours d’un grand prix pour l’ensemble de la communauté humaine.
Il s’agit d’un humanisme qui connaît l’importance de la mémoire de l’histoire qui ne fractionne pas les droits de l’homme, qui est prêt à combattre toutes les formes d’aliénation qui compromettent la liberté fondamentale de conscience.
la Jérusalem Céleste n’est-elle pas cette ville-phare dont se réclament inconsciemment tous ceux qui sont engagés dans cette croisade pour la paix et pour une humanité plus conviviale en ce début de nouveau millénaire plein de menaces pour l’avenir même de ce village planétaire qu’est la Terre.
On parle volontiers aujourd’hui de transcendances sans Dieu de spiritualité sans dieu.
Prenons par exemple pour sortir de la maçonnerie, toutes les femmes et les hommes qui s’engagent dans ce qu’on appelle l’humanitaire ne le font pas seulement au nom de leur générosité personnelle, ils le font au nom d’une énergie spirituelle fondée sur cette valeur transcendante qu’est la cause de l’homme et la promotion de l’humain véritable.
Ville de contrastes, la Jérusalem terrestre n’est-t-elle pas aujourd’hui l’exemple même du contre-mythe de la paix et du mauvais usage du sacré ?
Les juifs d’Israël, au nom du sionisme mettent les palestiniens dans des camps, construisent des murs, font usage de barbarie, pratiquent une nouvelle forme d’apartheid.
Le mal reste le mal même s’il correspond à une volonté dite supérieure et s’il se dit pour certains au service d’un accomplissement de l’histoire.
La réalité d’un compromis raisonnable qui semble de plus en plus éloigné permettant une cohabitation pacifique entre deux peuples qui se réclament de la même ville est moins séduisante que le mythe d’une capitale éternelle.
Alors faut-il déplorer la désacralisation de l’histoire au nom d’une modernité synonyme de sécularisation et de banalisation ?
Faut-il regretter la sacralisation indue de Jérusalem au moment où elle conduit à un conflit sans issue entre deux peuples ?
TFTP j’ai dit,
GCC