Que ceux qui ont des oreilles entendent ce que le souffle dit aux églises
C∴ L∴
Durant mon initiation au 17ème degré, cette phrase m’a interpellée par sa beauté, par sa poésie, peut-être par sa vibration :
Sept fois encore, je l’ai entendue, après chaque message de Jean de Patmos aux sept églises. Elle s’est élevée en moi comme une spirale, musique à la fois superbe et étrange mais, en même temps, je me disais : si je devais la développer, je ne sais vraiment ce que je pourrais en dire.
J’ai ouvert mon enveloppe et il était écrit : « Que ceux qui ont des oreilles entendent ce que le souffle dit aux églises ».
Curieuse coïncidence. Il était évident que derrière cette phrase, il y avait des « vibrations », un souffle peut-être…
J’ai donc commencé à réfléchir à ce qu’évoquait chaque mot important de cette phrase : oreille, entendre, souffle.
Oreille
L’oreille fait partie des cinq sens ; elle est donc un outil de communication qui me permet d’être présente en moi-même, à moi-même, aux autres. Pour communiquer quoi ?
Mes antennes sont déployées pour capter mais je ne suis pas toujours en éveil. Un auteur, dont je ne me souviens pas du nom, disait : « Si je ne sais pas ce que je sais, c’est comme si je ne le savais pas ».
Néanmoins, des oreilles ne peuvent être attentives en permanence. Donc, je filtre. « Que ceux qui ont des oreilles entendent » m’incite à contrôler mes filtres et à éviter surtout que le filtre se fasse à mon insu.
Pour des raisons très personnelles et proches, la musique m’a beaucoup parlé ces dernières semaines et j’y trouve une confirmation de cette exigence de filtre : quand j’entends la musique, je suis immergée dans des vibrations émises par d’autres ; si je choisis d’entendre une musique, un compositeur, un interprète parmi d’autres, je plonge dans des vibrations qui me parlent et que j’ai choisies. Ces vibrations, transmises à l’ensemble de mon corps, reconstituent la conscience d’un tout. Peut-être est-ce pour cette raison qu’un être qui crie, de douleur ou de peur, essaye de se rassembler sur le plan vibratoire.
L’oreille est un réceptacle de vibrations sonores qui arrivent au tympan et sont ensuite renvoyées en partie vers l’extérieur, en partie vers l’intérieur. Chaque partie – externe / moyenne / interne – m’a aidée à comprendre un processus d’écoute et d’éveil.
Le son, la vibration arrivent, pénètrent dans mon oreille externe et, après ma décision de filtre, décision devenue de plus en plus consciente grâce aux initiations successives, ce son, cette vibration entrent dans l’oreille moyenne où, curieusement, étrier, enclume, marteau (dans notre Rituel, le « fils d’homme » a des pieds d’un bronze précieux purifié au creuset), tous ces outils de la forge réalisent un travail de progrès, d’équilibrage, d’accomplissement pour ensuite arriver à l’écoute intérieure dirigée vers le cœur du labyrinthe qui mène à la création.
Ce labyrinthe m’a fait songer aux messages que Jean de Patmos destine aux sept églises : il me convie à couler dans des plans vibratoires plus concentrés afin de retrouver la voie d’une réunification.
Tout s’organise autour du labyrinthe, force inductrice de développement.
Grâce à l’ouïe, j’approche le concept d’espace, la conscience de l’univers vibratoire, la relation entre moi et les autres. Elle est la transition entre matériel et spirituel.
Et j’en viens à la notion d’ENTENDRE
A l’origine, entendre, c’était tendre l’esprit vers et donc saisir le sens de quelque chose. De Bonald dit : « si l’oreille ouït, si les yeux lisent, c’est l’esprit qui entend ». Par l’écoute, je redécouvre ce pourquoi je suis faite : communier avec moi, avec l’autre, avec l’univers. Dans le tréfonds de tout être humain, dans sa conscience secrète, il y a un « logos » qui engendre souffle et énergie. D’ailleurs, en sanskrit, souffle et énergie se traduisent par le même mot. Ce qui anime l’énergie, c’est la pénétration – comme celle du poignard du 9ème degré – qui ouvre des nœuds. Le souffle est là pour que se déploient la soif d’être, le désir de vivre, l’aspiration à aimer malgré les chagrins et les obstacles existentiels.
L’écoute engage à une conscience plus élargie, mieux répartie. Une écoute transcendée me dégage de mes méandres, permet l’accueil de l’inconnu, afin de déceler, au-delà des ténèbres qui m’entourent, la lumière qui m’habite.
Et le SOUFFLE alors ?
Spiritus se traduit par souffle, et a donné le mot « esprit ». « L’esprit de dieu souffle à qui il lui plaît » – St Jean. C’est le verbe créateur, inséparable de l’écoute. C’est aussi l’inspiration du poète, de l’artiste, du chercheur qui crée une œuvre.
Soumise à l’énergie de l’esprit, la pensée est vibration. Elle peut être lancée pour être captée comme elle capte elle-même. Tout est vibration et toute vibration procède de l’énergie cosmique primordiale. Ce souffle primordial constitue l’unité originaire de tous les éléments et anime toutes les choses vivantes, les reliant en un étonnant cycle d’engendrement et de mouvement : la VOIE.
Ce souffle renvoie à l’intemporalité et donc à l’universalité.
« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » pour peu qu’un élément de vie, un rien d’animation lui soit insufflé. Mais ce peu, si infime, si intangible, nécessite vigueur, entendement et détermination. Alors seulement, sous le souffle vital, la léthargie s’atténue, le fixe réintègre le mouvement. Le souffle se féconde en entraînant la douceur réceptive et la pensée active en une interaction créative.
J’en reviens à la musique. Elle relie l’interprète à l’œuvre, au compositeur qui l’a conçue, à celui qui l’écoute dans une unité fusionnelle, après que le souffle l’ait inondé et qu’il y ait été réceptif.
Une partition est limitée à des « signaux » qui sont « lettres mortes » ; il est nécessaire, par une lecture « entre les notes » d’y insuffler un souffle de vie et de participer ainsi à l’élan créatif du compositeur.
« Que ceux qui ont des oreilles entendent ce que le souffle dit aux églises ». Sept fois répétées, cette phrase revient comme un leit-motiv dans une montée en spirale qui fait remonter à la surface de la conscience tout ce qui était en sommeil, oublié, caché…
Il est dit aussi dans le Rituel (p.23) « Le reste des hommes continuèrent à adorer les démons, les idoles d’or ou d’argent, de bronze, de pierre ou de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher ».
Ma lutte est permanente, ma liberté intérieure est freinée par l’attachement à mon ego, mon passé, mon éducation. Arriver à la transparence de son ego laisse passer la lueur de la musique.
Conclusion
Je chemine le long de ma spirale
pour essayer d’atteindre cette Jérusalem hors tu temps, hors
de l’espace. Je comprends maintenant le rôle qu’a
joué le poignard du 9ème degré pour
ouvrir cette possibilité d’écoute à ma
voie intérieure, tout le cheminement qui doit mener
à l’Ein Soph et surtout que je ne dois mon salut
qu’à moi-même – bien sûr avec
l’aide des SS – mais ce chemin est un parcours qui se fait
seule.
Persévérance, force face aux épreuves,
fidélité, constance, vigilance, ouverture et
ardeur sont les étapes de ma spirale inspirée par
les sept églises qui m’entraînent sur le chemin de
la Jérusalem céleste. Le souffle vit,
crée et insuffle l’amour à partager.
J’ai dit.