18° #415012

A184_6 : Que l’espérance est une sorte de foi en un avenir meilleur, qui laissera place à la justice et à la bonté

Auteur:

A∴ S∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« L’espérance est un genre de foi (donc une croyance volontaire) en un avenir meilleur, c’est-à-dire qui laissera place à la justice et à la bonté. Par exemple on espère la fin des guerres, sans preuves, et parce qu’on le veut, parce qu’on doit le vouloir. On voit que l’espérance suppose la foi avant elle et la charité comme conséquence… » 
Alain

Tout d’abord, voyons un peu quelle était la personnalité d’Alain et le cadre de sa pensée. Alain avant que d’être connu pour ses écrits littéraires, était professeur et journaliste. Il créa un genre littéraire particulier, « le propos », et qui est une mise par écrit d’un développement philosophique ; on pourrait dire qu’il est à la prose ce qu’est la fable est à la poésie.

On a rangé Alain comme moraliste et essayiste, de par la concision affirmative de ses propos ainsi que par la réitération continuelle d’une réflexion plutôt que la continuation et la progression de celle-ci.

La guerre (14/18) ébranla la vie d’Alain ; la servitude absolue à la mère patrie et le mensonge enthousiaste du patriotisme a nourri son pacifisme intransigeant, qui fut mal compris du fait des évènements de l’époque. Or ce pacifisme n’appartient ni au moment ni à l’histoire, mais bien à la philosophie, il vise à penser la guerre d’y voir le crime héroïque contre l’humanité, celui que fomente le vice et qu’accomplit la vertu.

Pour Alain, la finalité est sans fin, et maintient en dehors du temps la pure idéalité du modèle et interdit de faire fusionner le cours des choses avec les fins que nous poursuivons. Si on comprend que l’homme ne change pas, alors on sera moins tenté de tirer d’en attendre ce qu’on ne doit ni ne peut en attendre.

C’est à quarante-six ans que la guerre détacha Alain du journalisme et retrouva ce pacifiste artilleur comme engagé volontaire dans ce qu’on appellera la grande guerre, conflit qui évidemment le marqua profondément et influença sans conteste sa vision de l’existence.

Alain nous dit donc « que l’espérance est une sorte de foi (donc une croyance volontaire) en un avenir meilleur, qui laissera place à la justice et à la bonté ». Que l’espérance soit une sorte de foi, je pense que nous ne pouvons le contester ; mais que la foi soit une croyance volontaire, là je ne suis pas de son avis.

En effet, si la foi est une sorte de croyance, la croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et le fait de tenir quelque chose pour vrai n’est pas toujours le fait d’une volonté, mais parfois aussi le fait d’une éducation voire d’un manque d’esprit critique, ou des deux, bien que le manque d’esprit critique provienne souvent, du moins en partie, mais laquelle ? …du type d’éducation que nous avons reçue ; mais là nous rentrons dans le vaste débat, intéressant sans conteste de l’importance de l’acquis par rapport à l’inné.

Le fait de tenir quelque chose pour vrai, donc d’y avoir foi, tient aussi souvent à ce que nous possédons des éléments, que nous sentons intuitivement, que ce que en quoi nous avons foi le mérite, vaut la foi que nous lui portons. Cela peut être dû, comme je le disais, à une intuition, provenant d’éléments confus, émanant du conscient ou de notre inconscient, ou alors d’éléments plus palpables, si on peut dire.

Le fait de tenir quelque chose pour vrai peut aussi provenir de ce que nous possédons des preuves tangibles, matérielles de sa véracité, auquel cas nous ne parlerons plus de croyance volontaire, mais de réalité.

Mais à tout cela, il faut ajouter l’affectif, et bien souvent il vient perturber, et c’est bien heureux, notre manière de penser, afin que cela corresponde à ce que nous aimerions que les hommes, les choses, les idées soient. Cet affectif vient corriger, consciemment ou inconsciemment, la réalité, afin de nous permettre de vivre mieux celle-ci.

Dans certains cas, il vient mettre un filtre entre nous et la réalité, un peu comme un photographe le fait, non pas pour tricher, mais pour rendre son cliché encore plus beau, et alors cela, du moins à mes yeux, n’est pas très dommageable. Mais dans d’autres cas, ce filtre que nous plaçons entre nous et la réalité, est placé, le plus souvent d’une manière inconsciente, de sorte que nous puissions vivre cette réalité avec moins de souffrance. Lorsque nous ne pouvons ou ne voulons plus nous passer de cet opium qui nous permet de d’adoucir la dure réalité de notre existence, cela devient préjudiciable, pour l’individu lui-même ou pour son entourage, ce qui nous pousse, comme nous avons coutume de dire, à ouvrir les yeux de ceux à qui nous portons estime ou affection ; et dans ce cas là, peut-on encore parler de filtre ou alors faut-il parler d’aveuglement, et comme nous le disons, il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut voir !…

« Foi en un avenir » : en effet, elle ne peut porter que sur ce qui nous est inconnu, mais de là à dire qu’elle ne peut s’exercer que sur l’avenir, il y a une marge ; pour moi elle peut s’exercer aussi sur le présent et le passé, il n’est pas rare, en effet, de nous dire, lorsque nous partons en voyage, « j’espère n’avoir rien oublié », et bien évidemment, cela se rapporte alors au passé. Mais peut-être pourrions nous dire alors que nous envisageons là les conséquences futures de cet éventuel et redouté oubli, et que la phrase qui exprimerait le mieux le fond de notre pensée serait alors : « j’espère que l’avenir me confirmera que je n’ai rien oublié », et s’adresse alors à l’avenir, qui, nous l’espérons, ne devra pas pâtir de ce ou ces possibles oublis.

D’autre part, il nous arrive souvent de dire, j’espère que tout va bien pour lui, en parlant d’un être cher dont nous sommes sans nouvelles, et cela ne s’adresse pas non plus à l’avenir, mais bien au présent.

« Un avenir meilleur » : il est bien évidentque tout ce que nous pouvons espérer pour nous-même, et pour tous ceux qui nous sont chers, (mais n’est-ce pas une forme d’égoïsme que de ne l’espérer que pour ceux-là), c’est que l’avenir soit meilleur que le présent, même si celui-ci nous donne déjà entière satisfaction.

Mais, n’oublions pas quand même la sombre pensée que nous destinons à ceux que nous jugeons coupables d’une mauvaise action ; on ne peut pas dire qu’on leurs souhaite un avenir meilleur quand nous espérons que cette action ne leurs portera pas chance, et cela dans le meilleur des cas, lorsque cette action est jugée sans trop de gravité, ou plus encore, quand nous vouons leurs auteurs aux gémonies, dans le cas d’auteurs d’actes par nous estimés d’une gravité plus importante ; dans ces cas-là, nous espérons donc tout le contraire d’un avenir meilleur.

« Qui laissera place à la justice et à la bonté » : je trouve qu’Alain est là trop restrictif, il ne nous parle pas d’équité, il ne nous parle pas du bonheur tout simplement ; en effet, il ne nous suffit pas de savoir que les devoirs de justice ont été respectés, et que nous ayons été l’objet de bonté pour que nous soyons heureux, or, à quoi aspirons-nous le plus, si ce n’est au bonheur, en étant conscient, bien sûr, que celui-ci ne doit pas entraver, mais bien contribuer à celui d’autrui.

« On voit que l’espérance suppose la foi avant elle » : que l’espérance suppose la foi avant elle, je ne le conteste point ; en effet, comment espérer si on ne croit pas que ce en quoi on espère puisse arriver, exister, dans le présent, ou dans le futur.

L’espérance est une des trois vertus théologales, avec la foi et la charité, et cela a dû fortement influencer Alain, au point de vouloir leur donner un lien, et même plus, un lien de cause à effet.

« Et la charité comme conséquence » : et là, je n’y comprends plus rien, car en regardant la définition de charité, je lis : « 1. Amour de dieu et du prochain. 2. Bonté, indulgence. 3. Aumône ».

J’ose supposer que c’est l’acception de bonté à laquelle Alain pensait en écrivant ce propos, car je ne m’explique pas du tout les autres, et j’ai même difficile à comprendre celle-ci ; que vient faire la bonté comme conséquence de l’espérance… ?

Peut-on penser qu’Alain veut dire que l’espérance étant un sentiment majoritairement positif, que cette croyance en un avenir meilleur engendrerait en nous d’autres sentiments également positifs, telle la bonté… ?

Pour ma part, c’est la meilleure explication que je peux donner de son propos.

Et nous voilà donc au second volet de ce travail, à savoir l’esquisse d’une définition personnelle de l’espérance.

Tout d’abord, que différencie le désir de l’espérance ?

Pour le dictionnaire, espérer, c’est attendre la réalisation d’un désir ; c’est donc un acte passif, une positon d’attente, volontairement ou non, tandis que le désir comporte une notion active, on parle dans le dictionnaire de mouvement de l’âme, du corps vers un objet dont ils subissent l’attrait.

On comprend donc que l’espérance est une sorte de désir, mais passif, où rien n’est mis en action afin de favoriser la réalisation de celui-ci, un peu comme le joueur de roulette qui, ayant misé, désire de tout son être voir la bille se loger dans le ou les trous par lui misés, sans pour cela n’avoir objectivement de raisons de le penser, et sans pouvoir en influencer le parcours.

On pourrait dire que l’on espère de tout son être, et que l’on désire de tout son corps. Comme je le disais précédemment, l’espérance est une des trois vertus théologales, avec la foi et la charité, et Alain voit un lien étroit, comme de cause à effet, une interaction de ces vertus, mais peut-être, ne doit-on voir ces vertus, non pas isolément, mais collégialement, d’une manière juxtaposée.

Mais, l’espérance ne serait-elle qu’un désir d’illusion, un peu comme la foi chrétienne, destinée à mieux vivre les moments présents de notre existence ? Oui, mais à la différence de la foi chrétienne elle porte sur l’existence elle-même, et non sur un hypothétique au-delà.

Pou ma part, je dirai que « l’espérance est le moteur de notre vie, c’est ce qui nous fait penser que demain existe, et qu’il sera meilleur qu’aujourd’hui ».

J’ai dit V F Or

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