18° #415012

Accueil des nouveaux Chevaliers Rose Croix

Auteur:

G∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les auspices du
Suprême Conseil de France

LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE

La croix ? Mes croix ?

Pourquoi avoir remplacé vers le VIIème siècle, le poisson ou l’agneau symboles des premiers chrétiens et surtout pourquoi avoir figuré ainsi Jésus crucifié présentant les stigmates de son supplice et de ses souffrances ?

Vous revoici donc, nouveaux chevaliers, au pied d’un nouveau GOLGOTHA qu’il va vous falloir escalader.

Je me tourne, comme j’en ai l’habitude et par sécurité vers nos rituels qui contiennent tout le cursus maçonnique éclairant nos chemin.

Si ce symbole du sacré, depuis la plus haute antiquité a pu prendre des formes variées, ses 2 branches symbolisent la vie pour la verticale et la mort pour l’horizontale. Nous pourrions disserter à l’envi sur les proportions des branches et sur la forme en Tau de la croix christique surmontée du titulus.

Les manuels sont abondants sur ce sujet et de plus savants que moi sauraient en faire un brillant exposé. Ce qui m’importe ce midi est de parler de nos croix !

Branche horizontale de la vie qui nous confronte aux fluctuations de l’exercice professionnel, aux vicissitudes de la vie de couple, à la carrière de nos enfants, entre autres choses et à notre finitude.

Cette croix pèse bien sur nos épaules et nous devons tenter d’alléger ce fardeau pour accéder, parfois à des parcelles de transcendance.

Nous sommes bien là dans la symbolique de la souffrance et de l’affliction. N’étant pas de nature pessimiste et plutôt volontaire, nous combattons avec toute notre énergie ces périodes difficiles. Notre engagement maçonnique nous y aide souvent.

Percevant un juste salaire de l’investissement consenti avec bonheur. Même si nous avons parfois failli, nous avons toujours été soutenus par nos Frères. Tous, bien sûr, ne sont pas subtils pour lire sur les visages les rides creusées par les soucis, mais il y a des sourires, des regards, des SMS qui sont des thérapies fort efficaces.

Ce qui m’agrée dans la succession des grades est de vivre en et hors tenues la Fraternité de nos Frères, l’harmonie de nos cérémonies et des champs d’exploration infinis.

La mise en œuvre de la Loi d’Amour nous rendant plus docile et ouvrant plus largement les oreilles de nos cœurs.

Nous avons le bonheur de vivre au sein de ce Chapitre des moments de sérénité, d’accueil et de confiance qu’il est rarissime de trouver dans le monde profane.

Tant d’exemples vécus de tenues perturbées par des absences impromptues, des planches mal rabotées ou interminables, des prises de paroles décalées ou une sono récalcitrante qui se terminent dans l’harmonie, quasiment, malgré nous. Le Grand Architecte de l’Univers est bien tolérant avec nous, qui alourdissons notre croix horizontale et qu’il sait alléger et verticaliser.

Mais bien que condamnés au supplice, nous ne portons, si j’ose dire, que la traverse de notre croix, ce « patibulum » que la tradition décrit taillée en bois d’olivier (symbole de réconciliation) ; cette même tradition énumérant en détail la nature des composants de cette croix christique : un montant vertical en bois de cèdre(symbole d’immortalité et d’incorruptibilité) ; le « titulus » et le « supedaneum » en cyprès(symbole de vie éternelle) et en bois de palmier(symbole de la victoire).

L’assemblage de ces matériaux porteurs de tant de vertus incite à observer et interpréter cette croix avec plus de circonspection. Si nous pouvions seulement nous infiltrer dans les deux branches et nous transfuser leurs vertus, quel parfait et sublime maçon pourrions nous devenir !

Nous cheminons, opérativement du plan horizontal, comme au premier degré, de l’Orient à l’Occident et des 4 points cardinaux au plan vertical du 3ème degré, lorsque la croix est dressée, comme axe, chemin de transcendance, objet transitionnel entre terre et ciel.

Nous atteignons là un nouveau chiasma qui me rappelle cette citation dont j’ignore l’auteur :

« De la flute ou du souffle, qui fait la musique ? »

Que je déclinerai en m’interrogeant : « De quel souffle s’agit-il ? De quel bois est la flute ? »

J’aime beaucoup cette notion de souffle qui alterne entre le biologique de notre survie et les facéties du spirituel qui surgit, parfois, à notre insu.

La contemplation de la croix nous trouve écartelés dans notre dimension d’homme et parvient à nous réunifier dans l’émotion d’une harmonie fugace et prégnante.

Nous retrouvons dans ces instants une fraternité humaine qui a traversé le temps et les espaces du monde et nous rendent familiers des multiples générations qui nous ont précédées. Une sorte de certitude de ne pas errer au hasard, en lien avec Cro-Magnon et ses propres interrogations intimes.

Un Frère de notre chapitre illustrait magnifiquement le buisson ardent :

Je cite : « Etait-ce l’effet de mon imagination délirante, un excès d’alcool mal ingéré ou une simple analogie rituelle encore inexplorée ? Je ne sais, mais cet églantier sauvage, bardé de roses et bruissant près de la caverne de l’expiation, amène doucement mon travail vers la croix ».

Dépouillée du supplicié, cette croix nous la découvrons porteuse d’une rose.

La rose ? Nos roses ?

Etant de la génération où, lors de l’initiation on remettait à l’impétrant une paire de gants blancs pour l’élue de son cœur ; j’ai eu plus tard, comme Vénérable Maître à remettre cette fois une rose aux nouveaux initiés.

Je ne connais pas la genèse de ce choix (hasard ou nécessité ?) et ne l’avais, jusqu’à ce jour interprété.

Je constate que cette nouvelle formule résonne en écho du 1er au 18ème degré de nos rituels et que sous une forme aimable et policée, un nouveau champ d’investigation s’impose à nous. Bois ou rose, nous restons dans le végétal.

Christian BOBIN, poète chrétien que j’adore écrivait :

« Les roses sont la preuve soûlantes de l’existence de Dieu. Elles couvent leur feu frangé de noir devant le mur de la maison ».

Les couleurs de cette fleur autrefois sauvage et désormais domestiquée, voir manipulée, sont figées en rouge et or sur nos décors.

L’or laissant présager de la préciosité du symbole, ainsi que de sa majesté, le rouge rappelant le sang mais aussi la passion amoureuse qui préside au 18ème degré du rite.

D’ailleurs, rappelons nous, dans cette traversée des degrés du 4/14, qu’empruntant la personnalité de Johaben, indiscipliné, maladroit, indiscret, criminel, qui accumule les erreurs, que toutes ces dérives seront non seulement pardonnées, mais même récompensées.

La perfection de la rose, avec ses 5 pétales en corolle nous ramène au cercle sur la périphérie duquel nous errons, cherchant avec pugnacité à en trouver le centre.

Le poète Ronsard dans son célèbre : « mignonne allons voir si la rose a point perdu cette vesprée… » Rend hommage à la beauté féminine, certes, mais aussi à la précarité de notre condition sans en omettre les épines qui la défende, nous avertissant que sa possession ne se fera pas sans douleurs, efforts et tendresse.

Un calice est objet précieux, mais que dire alors du Saint Graal symbolisé par cette rose qui ne s’aborde qu’avec respect, modestie et un soupçon de crainte.

C’est avec cette même tendresse que nous regardons nos symboles, ne désirant pas nous les approprier, ce qui serait violence, mais les empaumer avec précaution, évitant à nos doigts douillets d’être perforés.

Secrets de l’intimité et immortalité fuyante sont au cœur de la rose et au cœur de la croix. Notre rite nous conduit à maintes reprises vers notre mort symbolique et une nouvelle naissance. Devrait-on souffrir la crucifixion ou le déchirement des épines pour enfin accéder à la Connaissance ?

Faudrait-il cuire dans le creuset de l’alchimiste pour se réunifier après avoir été démembré ?

Est-il nécessaire de suer sang et eau pour parcourir le chemin initiatique ?

Les pèlerins de Compostelle peuvent attester que ces épreuves sont libératrices et unifiantes.

Passe encore pour la sueur et les ampoules aux pieds, mais avons-nous l’étoffe du martyr ! Bien conscient, déjà de la vacuité de nos savoir, accueillons la Connaissance quand elle veut bien surgir.

Les outils ont quasiment disparus, mais les objets symboliques du sacrifice et du partage sacramentel nous engagent à offrir notre sang et notre chair sous les ailes du pélican et à traverser le feu purificateur sous celles du phénix.

A ce stade de notre cheminement, le travail même a changé de rythme, puisqu’il n’est jamais interrompu ; nous n’avons plus à nous reposer épisodiquement, fatigués que nous étions du maniement des outils du bâtisseur ; l’œuvre est d’une autre nature et chaque heure doit être consacrée à notre lente ascension spirituelle. Ainsi le Très Sage le rappelle lors de la cérémonie de la Cène par l’apport de la Lumière, l’invocation sur le pain et le vin et la transmission entre les Frères.

Pour conclure, à ce grade d’Amour, j’emprunte une citation de Paméla Brown qui me semble bien l’illustrer :

« Notre regard l’un sur l’autre est unique.
Nous avons connu la peur ensemble.
Nous sommes marqués par des combats secrets.
Nous avons pleuré des chagrins intimes.
Nous faisons bloc pour toujours ».

Bienvenue mes F Nouveaux Chevaliers.

J’ai dit.

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