18° #415012

Fais ce que dois, advienne que pourra

Auteur:

D∴ H∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

En préparant cette première planche au Chapitre, je me suis retrouvé vite noyée dans la très grande richesse de symbolisme des grades capitulaires. J’ai donc décidé de traiter étroitement la maxime afin de ne pas déborder du cadre en question.

La maxime n’est pas specifiquement maçonnique. Elle date au moins du 13ème siècle en tant que devise de la famille ducale française d’extraction chevaleresque, la maison Perusse des Cars. Une autre famille de chevaliers belge, les de Crane d’Heysselaer, a pour devise une phrase très similaire « Fais ce que dois, Dieu pourvoira ». Elle atteste alors de l’aspiration d’un idéal de vie : faire son devoir sans se soucier des conséquences bénéfiques ou non, personnelles ou générales, n’est pas une vertu donnée à tout le monde. Pierre Corneille au 17ème siècle a abondamment illustré ce thème dans plusieurs de ses oeuvres (Le Cid, Horace et autres), au point ou la phrase « choix cornélien » va indiquer une expression courante d’un choix entre 2 possibilités ressenties toutes les 2 comme des devoirs, et constituant un dilemme opposant la raison et les sentiments. Pour le philosophe Emmanuel Kant un siècle plus tard « l’acte moral obéit nécessairement à un impératif catégorique (le devoir pour le devoir) ». Cela signifie que cet acte ne vise pas d’autres fins que lui-même. On agit moralement uniquement pour agir moralement et non pas par recherche d’un quelconque intérêt personnel. Mais, je ne suis ni de culture française pour vous parler davantage de Corneille, ni de formation philosophique en ce qui concerne Kant. Je les évoque pour indiquer des pistes de réflexion aux SS et FF.

Pour nous F M, la notion, que dis-je, l’impératif, de faire son Devoir n’est pas nouveau. Dès les premiers moments de notre vie maçonnique, l’apprenti prend le maillet d’une main, le ciseau de l’autre et frappe « pour faire ce qu’il faut faire et le faire comme il faut, par le geste juste, l’intention juste ». Hiram fait son Devoir jusqu’à perdre sa vie en le défendant = advienne que pourra. Joaben fait ce qu’il pense être son devoir et faillit y laisser sa vie plus d’une fois.

La notion-clé aux Loges de Perfection est transmutée en maxime au 17ème degré, résumant ainsi toute l’éthique de la chevalerie : « Fais ce que dois, advienne que pourra ». Le rituel nous dit que « la Chevalerie est moins une institution qu’un idéal. Porter en soi les qualités humaines de droiture, d’amour du bien, du vrai, du beau, se consacrer au triomphe de la cause qui paraît la plus digne d’être embrassée par l’humanité en quête de perfectionnement, tel doit être le devoir du véritable Chevalier ». On change de système de références, passant de l’Ancien au Nouveau Testament, de l’oeuvre au Noir à l’oeuvre au Rouge, avec l’incrément de spiritualisation que ça comporte. Le Devoir du chevalier d’Orient et de l’Epée n’est-il pas de quitter la pesanteur de l’exil pour rebâtir le Temple en pierre pour enfin fonder le Temple d’esprit plus tard ? On doit ouvrir le passage du pont dans un sens puis dans l’autre, afin d’établir la libre circulation entre une partie de nous-mêmes et une autre, au prix de luttes certes, mais dans une réalité et une vision différents (rois différents) qui trouveront chez le Chevalier de l’Orient et de l’Occident un rappel pressant que le dualisme qui caractérise l’être humain exige toujours de trouver une synthèse.

Le Devoir à accomplir par chacun d’entre nous est toujours le même depuis le début de notre recherche de la Vérité. Si l’Initiation avec un grand I n’avait pas été en grande partie vidée de son Sens à travers les siècles, avec l’industrialisation de l’homme, le séparant de l’essentiel, notre chemin aurait pu s’arrêter formellement au grade de Maître puisque tout se trouve dans les 3 premiers degrés. Mais, nos anciens ont compris qu’il fallait aider l’aspirant à la Lumière en multipliant les occasions d’enrichir la réflexion de l’homme appauvri, par des pistes multiples qui parfois pourraient paraître un peu detournées. Notre route n’est pas linéaire. Mais quel chemin magnifique n’est propose par l’initiation maçonnique. Quelle connaissance de la nature humaine n’est demontrée par les multiples chemins de traverse, de pas de côté, de ponts à traverser et à retraverser ! La méthode maçonnique ne laisse personne au bord du chemin : il y a ceux qui feront un travail cohérent sans dépasser les Loges Bleues, ceux qui profiteront des Loges de Perfection pour pousser leur réflexion sur eux-mêmes et les autres à un autre degré mais qui s’arrêteront là, ceux qui pourront bénéficier d’un enseignement encore plus poussé à chaque changement de grade. Notre Devoir n’est pas d’accumuler les grades, mais d’incarner autant que faire se peut qui on est.

Le 16ème degré termine le cycle de l’Ancien Testament dans la Joie d’avoir vaincu le faux en s’aidant de la force d’un Roi nouveau. Avec l’ouverture au Nouveau Testament au 17ème degré, notre humanité est mise sur un autre plan, une autre boucle de la spirale. Le pavé mosaïque que nous pensions avoir maîtrisé depuis longtemps nous revient d’une autre manière. Rien n’est acquis vraiment. Il s’agit d’unir ce qui est en haut avec ce qui est en bas, de les voir comme deux facettes d’une même réalité. Elever le regard qu’on peut avoir de nous-mêmes et des autres. L’institution de la Chevalerie au Moyen Âge a représenté un grand progrès dans l’approche qu’un être humain pouvait avoir d’un autre.

Le respect de l’autre à travers le respect de soi-même est quelque chose de nouveau. Le Devoir d’aller jusqu’au bout de soi-même pour accomplir la haute mission conféréé par notre Roi, Seigneur, ou Dieu sans fuite possible dans une accommodation avec une réalité qui ne conviendrait pas, telle est la nouvelle complexité du Chevalier d’Orient et d’Occident. VITRIOL et le fil à plomb sont toujours en usage.

J’ai dit, très sage Athirsatha.

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