Atirsatha
Non communiqué
Lors de mon élévation au 18ème degré, je fus interpellé par le nom donné au Président du Souverain Chapitre « Très Sage Atirsatha ».Si l’appellation « Très sage » ne pose pas de problème de compréhension, il n’en va pas de même pour le terme « Atirsatha », sujet de ma planche.
1Au niveau du rituel du R.E.A.A. du 18ème grade
Il est mentionné au début de notre rituel, un mémento comportant les explications suivantes :
–« Le TRES SAGE ATIRSATHA siège à l’Est, dans le Sanctuaire.« ATIRSATHA » est un nom emprunté à la vieille langue Perse, langue identique au Sanskrit des origines, celui des VEDAS.
Il se lit ainsi : A = Préfixe indiquent que l’action est faite au bénéfice du sujet.
Thir ou Tir ou Thirta = C’est le gué.
Sat = participe du verbe être qui donne.
Satha ou Sata = être pur, le Sage.
ATIRSATHA est le nom donné à NEHEMIE, juif né en Perse à qui on doit la reconstruction du Temple de Jérusalem, déjà entreprise par ZOROBABEL. La légende des 15ème et 16ème grades a été empruntée aux livres d’ESDRAS et NEHEMIE.
A noter qu’ATIRSATHA est synonyme du mot akkadien ATRAHASIS (qualificatif employé par les Sumériens et les Assyriens pour désigner le NOE de leur propre conception du Déluge.Par commodité, les Assyriologues traduisent l mot par « Super Sage » car « faiseur de gué » ou « passeur de gué » n’est compréhensible que par les initiés ».
Pour votre information, les VEDAS dont il est question, ce sont des textes sacrés tirés de l’Hindouisme. Quant à l’akkadien, il s’agit d’une langue sémite parlée notamment à Babylone.Concernant le terme ATIRSATHA, c’est la seule explication que j’ai pu trouver dans les documents à ma disposition au niveau du Droit Humain.
Etant un peu frustré du peu d’explications trouvées, J’ai donc décidé de poursuivre mes recherches.
2Au niveau des textes bibliques
Il faut repartir dans la légende des grades du 15ème et du 16ème grade pour retrouver une trace de ce terme « ATIRSATHA ». Rappelez-vous, au 15ème grade. Cyrus roi de Perse autorisa après 70 années de captivité les descendants des exilés à retourner à Jérusalem et à reconstruire le Temple de Salomon sous la responsabilité de Zorobabel malgré l’opposition des samaritains.
Dans le livre de NEHEMIE d’où a été tirée la légende, il est dit que « le premier départ vers Jérusalem eut lieu sous la conduite d’un prince de la famille royale de Juda, Zorobabel, nommé aussi Sabbasar. Zorobabel était gouverneur du pays et portait le titre de « Atirsatha », comme l’eurent Esdras et Néhémie. Esdras partit de Babylone pour Jérusalem avec Zorababel. Mais il semble, quand il vit les affaires des juifs se gâter, avoir regagné Babylone. Ayant alors obtenu ce qu’il voulait, il revint plus tard à Jérusalem.
Les interprètes du texte de NEHEMIE ne justifient par aucun exemple la traduction du mot Athersatha. A l’époque, il était coutume de donner des noms nouveaux aux juifs qui fréquentaient la cour du roi. Ainsi Daniel était appelé Baltassar, Zorobabel Sabbassar et Néhémie Athersatha. Il est donc certain qu’Atirsatha était un nom propre.
L’interprétation de cette fonction ou dignité « Athirsata ou Ha-Tirshata » viendrait peut-être pour certains interprètes de la Bible de ce que Néhémie était échanson du roi Artaxercès. Un échanson était le titre donné à Néhémie (Néh 1 : 11). Un échanson était un officier chargé de servir à boire à un roi, un prince ou à tout autre personnage de haut rang. En raison de la crainte permanente d’intrigues et de complots, la charge revenait à une personne en qui le souverain plaçait une confiance totale. L’Echanson devait en particulier veiller à écarter tout risque d’empoisonnement et parfois même goûter le vin avant de le servir. D’où l’explication de ce titre donné à Néhémie.
3Au niveau des textes maçonniques
J’ai trouvé une publication sur le titre « Athirsata » effectuée par le Grand Collège des Rites (Grand Orient de France) datant de mai 1951 n°35. Cette publication est la seule qui précise les origines de la fonction d’Athirsata. Voici ce qui était écrit :
« Le qualificatif de Athirsata est bien donné par deux fois dans ces textes à Néhémie. A d’autres passages, le nom d’Athirsata n’est pas accolé au nom de celui qui porte ce titre. On ne sait donc pas de quel personnage il s’agit. Il semble acquis que le mot Athirsata n’est pas un mot hébreu mais un mot d’origine Perse voir araméen.
Sa signification est expliquée de différentes façons. Pour certains, il peut vouloir dire « qui renverse le fondement » ou « qui regarde le temps ou l’année » ou « gouverneur » ou « Préfet et gouverneur ».
Selon Le Thuilleur des 33 degrés de l’Ecossisme de 1813, le terme Athersata signifierait « échanson » parce que Néhémie déclare avoir été échanson d’Artaxercès sous son règne. Néhémie servait à boire au roi Artaxercès. La qualification d’échanson pour le Président d’un Chapitre de Rose-Croix ajoute le Thuileur se rapporte bien à ces paroles sacramentelles de l’Agneau dans la Cène : Venez et buvez.
Le Thuileur de 1861 adopte à la fois les deux interprétations : « échanson » et « contemplant le temps sans chercher à les concilier ». Compte tenu de la diversité des interprétations du mot Athirsata, il semble que la traduction la plus satisfaisante serait « Chef » voir « Grand Chef » sans précision supplémentaire.
La conclusion de cet article : l’expression complexe « Très Sage Athirsata » n’est jamais employée dans les Rituels du Grand Orient de France et ne s’est introduite dans ceux du Suprême Conseil de France qu’assez récemment et graduellement. L’auteur de l’article estime que les Chapitres n’ont aucun intérêt à ajouter au le titre traditionnel : Très Sage et Parfait Maître le qualificatif Athirsata dont même les hébraïsants n’arrivent pas à donner une traduction précise. Entendu comme chef ou directeur, il s’en tient à la constatation du fait que celui auquel on l’applique est Président. Très sage et Parfait Maître évoque les qualités intellectuelles et morales qui lui ont mérité le premier maillet.
Au niveau du Droit Humain, c’est le terme « Très Sage Atirsatha » qui est employé. A noter que la lettre « H » n’est pas positionnée au même endroit.
4.Mon interprétation personnelle
Le nom propre Athirsata était un titre donné à une personne qui possédait de hautes qualités morales et intellectuelles. Ce terme désignait une personne possédant de hautes valeurs morales et intellectuelles qui lui ont valu d’être désignée comme « Chef ».
Le titre Athirsata pourrait donc être traduit par « Très Sage » voir « Super Sage ». La phrase Très Sage Artirsatha serait donc une répétition de Très Sage dans le but de renforcer la qualité donnée au Président du Souverain Chapitre.
Par rapport à notre Rituel, j’apprécie également l’explication du « Thir » ou « Thirta » qui signifierait « au milieu du gué ». Celui qui est au milieu du gué peut aider les personnes à passer d’une vallée à l’autre et cela me renvoie à la légende des grades intermédiaires 15èmeet16ème degré.
Notre quête, n’est-elle pas est un long chemin où parfois il faut franchir de nombreuses vallées grâce à des ponts mais aussi traverser des rivières en trouvant le passeur situé au milieu du gué qui nous aidera à poursuivre notre route ? Et ce passeur au milieu du gué, ne peut-il être notre Très Sage Atirsatha ?
J’ai dit Très Sage ATIRSATHA