Autour du Temps
F∴ S∴
Voilà un bien vaste sujet sur lequel ma réflexion, comme celle de nombreux chercheurs, est loin d’être achevée.
C’est donc une étape de cette réflexion sans cesse en évolution, assistée dans sa remise en route par nos BB AA FF BLA et HAM, que je vous livre aujourd’hui.
La notion de temps, de ce que préserve, crée et détruit son écoulement, sa conception même, ont suscité une quantité considérable de réflexions et recherches de la part de penseurs de tout type ; qu’il soit cosmique ou individuel, immortalite ou eternite, il a donne lieu a un nombre impressionnant de calculs, mensurations, découpages, destinés à mieux le cerner, l’organiser, le jalonner de points de repère, chacun à travers les civilisations et les peuples ayant posé ses propres questions et proposé ses propres réponses.
Nous structurerons donc cette approche selon l’ossature suivante :
Tout d’abord un exercice bien délicat, une tentative de définition du temps ; Puis nous l’aborderons au travers de ses multiples moyens de mesure, débouchant sur les notions de temps subjectif puis de temps relatif ; ceci nos entraînera vers plus loin dans l’examen du temps des physiciens, puis au travers ses aspects linéaire et cyclique, ce dernier nous amenant tout naturellement à parcourir le temps biologique et celui des hommes pour déboucher enfin sur le temps mac et plus particulierement celui du chevalier R C.
Comment donc le définir ? Qu’est ce que le temps ?
« Si personne ne me le demande, je le sais, mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » disait St. Augustin.
« On ne peut pas vraiment parler du temps puisqu’on met du temps à parler et même à penser. Le temps est à la fois dedans et dehors, donc il n’est pas objet » selon Jankélévitch, rejoignant Pascal : « Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir ; nous ne pensons presque point au présent ». Là se confirme la difficulté : définir, c’est fixer des frontières, or le temps n’a pas d’unité, ni d’essence, ni même de nature. Le temps passe tout le temps, le temps n’est plus, le futur n’est pas encore, mais le présent existe-t-il ? Et le maintenant ? Combien de temps dure l’instant ? Y a-t-il trois temps (passé, présent, avenir) ou un seul ?
Qui plus est, nous confondons bien souvent le temps lui même avec la durée, temps mis pour accomplir un mouvement, ou parcourir un espace, et là surgit selon Bergson le danger majeur de dénaturer le temps en le transformant en espace. Mais le temps existe-t-il en tant que cadre pur ? La temporalité n’est elle pas le mode d’être de l’homme, son exister ? Comme le souligne Nietzsche, « Le temps en soi est une absurdité : il n’y a de temps que pour un étre » ; enfin, encore selon Bergson, « On ne peut que vivre le temps, pas l’expliquer », ce qui pour un maç rappelle quelque chose. Alors viennent les métaphores, les images, les symboles.
Pour Platon, « Il est image mobile de l’immobile éternité », pour Kant « La condition formelle a priori de tous les phénomènes en général ». Pour Baudelaire, il est « L’ennemi vigilant etfuneste,l’obscur ennemi qui nous ronge le coeur ». Quoiqu’il en soit, l’homme ne maîtrise pas le temps lui même. S’il peut se mouvoir dans l’espace et y contrôler ses mouvements, y compris les retours en arrière, il n’en va pas de même pour le temps, qu’il n’a jamais pu arrêter ou dans lequel il n’a jamais pu revenir.
S’il a pu croire un instant le figer par la création d’images, et, par leur déclinaison animée et sonore, revivre des événements passés, ce n’est jamais que leur manifestation qu’il a enregistrée et qu’il reproduit, mais cela sans aucune action ni incidence sur le temps en lui même qui continue de filer inexorablement entre ses doigts.
Lagneau nous le rappelle : « L’étendue est la marque de ma puissance, le temps celui de mon impuissance », et ni le refus du temps qui passe comme celui de Lamartine : « O temps suspends ton vol », ni de Montaigne : « Je veux arrêter la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma saisie et, par la vigueur de l’usage, compenser la hâtiveté de son écoulement » ou d’Horace avec son fameux « carpe diem », ni la volonté des artistes, techniciens ou créateurs de chefs d’oeuvre, qui, en croyant le défier, ne font que laisser quelques marques bien éphémères à l’échelle de notre univers, ne l’empêchent de filer.
C’est là, sinon une définition, du moins l’un de ses aspects comme condition de l’exister humain : « Panta rheï-tout s’écoule » selon Héraclite, ou « Il coule et nous passons » du même Lamartine qui voulait l’arrêter, ou encore « Avec le temps, va, tout s’en va » du F Leo Ferre.
Nous reviendrons sur cette notion d’écoulement irréversible ou fléche du temps, et sur cette interactivité essentielle entre le temps et l’homme, chère à Hegel.
Cette angoisse du temps qui passe, et notre incapacité de le maîtriser ont-elles trouvé un viatique dans le souci d’une mesure de plus en plus fine de la durée ?
Des pyramides babyloniennes et des premiers calendriers, jusqu’à l’horloge atomique, elle nous a même amenés à redéfinir la seconde par rapport aux périodes de radiation de l’atome de Césium 133, de même que le mètre, par rapport à la distance parcourue par la lumière dans le vide. Mais il convient de noter que les mesures se sont d’abord appuyées sur des rythmes naturels cycliques, les années, les nuits, les jours et les saisons, et qu’elles ne sont bien souvent que le reflet de mesures spatiales : l’année correspond à une rotation de 360°de la terre autour du soleil, la journée à la même rotation de la terre sur elle même, et leur division, aussi fine soit elle, à la fragmentation d’un segment, rappelant Zénon d’Elée, ou d’un cadran où la journée est à nouveau representée par une rotation de 360°de même que l’heure et la minute. Quant aux calendriers, ils ne traduisent en fait qu’un besoin de donner à la durée, et non pas au temps lui même, des repères sociaux, chaque culture possédant le sien propre.
Là apparaît l’un des premiers aspects du caractère relatif du temps ou du moins de son approche.
Toute indispensable que soit la convention culturelle de donner une date quant à la conscience collective d’un peuple, et de son histoire, elle est parfaitement artificielle. Comment donc ne pas relativiser l’importance donnee au passage en l’an 2000 de l’E V quand on sait qu’il correspond a l’an 5760 pour les juifs, 1420 pour les musulmans, 5115 pour le mayas, et je passe sur les Karenis, les Hindouistes, les Bouddhistes, les Tibétains, sans compter les datations multiples comme celles des Japonais, des Chinois, des Grecs, des Romains, et même des Révolutionnaires…, à moins qu’elle ne traduise la volonté d’établir la mise en rapport de chacun avec le rythme de la collectivité dont il fait partie, principe de base de la plupart des rites, à des niveaux divers d’universalité.
Cette mesure apparemment objective de la durée occulte toutefois celle plus subjective de nos horloges internes, celles là même qui font que plus on vieillit, plus le temps semble passer vite.
A cela deux explications sont avancées : la règle des proportions : Pour un enfant de cinq ans, une année représente un cinquième de sa vie écoulée alors que pour une personne de quatre-vingts ans, elle n’est que d’un quatrevingtième de sa vie.
Les rapports entre âge et durée apparente doivent bien évidemment être ramenés dans des proportions plus raisonnables, et le biologiste Le Comte de Noüy propose une analogie inverse avec le temps de cicatrisation d’une plaie qui augmente avec l’âge.
Une autre explication s’appuie sur la vitesse des impulsions électriques qui véhiculent les informations vers notre cerveau, ainsi que le temps mis pour les assimiler qui varie avec l’âge. Ce temps propre augmentant, le temps extérieur, relativement, paraîtrait plus court.
C’est aussi ce temps subjectif qui fait que le temps plein, c’est à dire lié à une occupation ou activité importante, semble passer plus vite que le temps vide de l’inaction, sauf bien sûr celui du sommeil qui s’écoule à une extrême vitesse dans notre repère propre comparé à celui de l’extérieur.
Paradoxalement, cette impression présente est inversée dans notre souvenir, où le temps vide est quasiment occulté au profit des instants forts et courts du temps plein.
Pour avancer progressivement de la subjectivité à la relativité, nous pouvons considérer le temps subjectif de l’éphémère ou du papillon, qui est certainement plus lent que le nôtre. Par ailleurs, s’ils pouvaient nous observer et raisonner, il est fort probable qu’ils nous croiraient éternels.
A l’inverse, la durée de notre propre existence comparée à celle de notre univers, créé selon toute vraisemblance il y a quinze milliards d’années, peut nous laisser songeurs.
Pour poursuivre, nous pourrions ignorer totalement des existants dont la durée de vie serait trop brève ou la vitesse trop élevée ; c’est d’ailleurs le cas des neutrinos. Par ailleurs, les étoiles que nous voyons à ce jour, nous apparaissent en fait telles qu’elles étaient lorsque la lumière en est partie à la vitesse de 300 000 km/s. Nous voyons ainsi Proxima Centuri telle qu’elle était il y a 4,25 années et notre capacité d’observation nous porte aujourd’hui à douze milliards d’années.
En bref, nous voyons très probablement des étoiles qui ont cessé d’exister, et un observateur positionné sur Proxima Centuri verrait les « Twin Towers » se dresser majestueusement dans le ciel de New-York…
La question de la réalité de nos observations, de notre perception, voire même de l’existence d’une réalité indépendamment de l’observateur, est ainsi clairement posée.
Cette notion est encore renforcée par la théorie de la relativité d’Einstein, qui démontre que le temps se contracte ainsi que la distance avec la vitesse du mobile, celle-ci étant limitée par la vitesse de la lumière à laquelle le temps cesse de s’écouler, dans son repère, alors que celui des observateurs demeurés immobiles lui apparaît comme infini.
Plusieurs considérations en découlent :
1. La mesure du temps est relative au référentiel de l’observateur, rappelant le principe selon lequel passé, présent et avenir n’existent que par l’interface de l’être.
2. L’écoulement du temps se fait toujours du passé vers le futur, la vitesse de la lumière à laquelle le temps s’annule ne pouvant être franchie. C’est la notion de flèche du temps, et de son irréversibilité. Il existerait des particules (les tachyons) se déplaçant à des vitesses supérieures mais ne pouvant, quant à elles, la réduire en deçà de cette même borne.
3. Le temps est une quatrième dimension, de ce fait particulière vis à vis des trois autres, mais indissociable de l’espace : Une particule immobile dans l’espace se deplace à la vitesse de la lumière dans le temps et inversement, le photon se déplaçant à la vitesse de la lumière dans l’espace, a une vitesse nulle dans le temps. En un mot, « la lumière ne vieillit pas » ; ce qui amène aussi à affirmer « Le temps c’est de la vitesse gelée ». Autrement formulé par Prigogine : « L’espace sans le temps c’est le néant, le temps sans l’espace c’est l’éternité ». Une parenthèse au passage : un clone ne sera donc jamais identique à son origine, car son espace-temps est différent.
4. Les notions de temps et de vitesse donc de mouvement sont indissociables ; le temps c’est ainsi et surtout le mouvement, le changement, puisque l’absolu « en la matière » n’existe pas.
Pour approfondir cet aspect, nous devons, si faire se peut, nous projeter quinze milliards d’années en arriere, à l’instant du fameux Big-Bang, dont la réalité semble avoir été confirmée, en particulier, par la découverte en 1965 d’un rayonnement résiduel appelé aussi fossile.
A cet « instant zero », l’ensemble de la matière et de l’énergie étaient concentrés en un seul noyau de densité infinie, où le temps ne s’écoulait pas, ou, selon d’autres, entièrement vide, ce qui n’est guère plus facile à concevoir, singularité physique également appelée « trou noir ».
Des mini trous noirs ont d’ailleurs été mis en évidence, dont l’un au centre même de notre galaxie, correspondant au résultat de l’effondrement gravitationnel d’une étoile en fin de vie, son rayon diminuant en même temps que sa densité augmente, jusqu’au seuil critique où même la lumière ne peut plus s’en échapper. La matière et les particules qui la constituent vont être broyées en une sorte de magma sans forme ni structure, de densité infinie où le temps cesserait de s’écouler, voire se séparerait de l’espace pour tout comme lui se quantifier.
Evidemment cela pose les questions « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » et « Qu’y avait il avant ? » si l’avant par rapport à un tel système peut avoir un sens.
En fait la naissance de notre univers, lors du big-bang à partir de ce trou noir, paraît remettre en cause les lois classiques de la thermodynamique selon lesquelles tout système évolue vers un équilibre irréversible, et ce même univers serait à ce jour dans une phase d’expansion à entropie croissante, peuplé de mini trous noirs qui à leur tour engendrent matière et énergie (Ordo ab Chao en quelque sorte…).
Tout porte à croire que cet espace-temps en expansion est fini et semblable à une sphère dont les pôles seraient des sortes d’entonnoirs à courbure hyperbolique se rejoignant par le centre.
Nous touchons la à la notion de courbure de l’univers sur laquelle je ne m’étendrai pas plus, mais qui est valable pour l’espace comme pour le temps ; celui-ci pourrait donc aussi se recourber sur lui même, et notre univers, après une phase d’expansion, se recontracter pour revenir à la singularité initiale.
Ces théories bien complexes à intégrer amènent plusieurs considérations :
1. La naissance de notre univers est liée à une rupture d’équilibre, à la création d’une asymétrie entre le passé et le futur, en un mot à un changement et au mouvement pour ce qui concerne le temps, qui, de ce fait s’y identifie ; cela nous rapproche de la citation de Hegel « Ce n’est pas dans le temps que tout naît et périt, mais le temps est lui même ce devenir, ce naître, ce périr » ou d’Heidegger qui rappelait que le temps n’était pas assimilable à un quelconque étant à côté des autres dimensions, mais qu’il était l’existence même.
2. Cette naissance n’est pas le fruit d’un déterminisme mais met en oeuvre, en tous cas dans l’état de nos connaissances, l’imprévisibilité. Cette notion est aussi présente en mécanique quantique dans le principe d’incertitude qui précise qu’on ne peut pas à la fois déterminer la vitesse et la position d’une particule élémentaire ou encore, la cause et l’effet. Qui plus est, selon le paradoxe dit de Schrödinger, le fait même d’observer un phénomène quantique modifie son déroulement. On rejoint là le principe d’interaction déjà évoqué entre la réalité et l’être et, pour ce qui nous concerne, celui de la subjectivité et de la relativité du temps.
3. En outre, la théorie des trous noirs et de la courbure de notre univers, ainsi que celle de la mécanique quantique, aboutissent à cette affirmation toujours de Prigogine selon lequel « Tout événement implique, d’une manière ou d’une autre, que ce qui s’est produit aurait pu ne pas se produire ; il renvoie donc à des possibles que nul savoir ne peut réduire ». L’univers espace-temps dans lequel nous évoluons ne serait que l’un de ces possibles.
4. Enfin, apparait la possibilité d’un temps cyclique, non linéaire mais circulaire; il convient toutefois de ne pas confondre temps et évènements; si le premier constitue un axe même courbe ou circulaire, cela n’implique pas que les évènements sont pré-inscrits sur cet axe comme une fatalité inéluctable, rappelant le fameux « C’est écrit », ni se répètent à l’identique au cours des divers cycles.
A ce sujet, rappelons que l’idée d’un temps cyclique était couramment admise dans la plupart des societes dites archaiques, issue de l’observation des cycles naturels, comme en temoignent d’ailleurs les représentations du temps par une roue, une rosace, les douze signes du zodiaque, et bien d’autres.
La plus répandue de ces conceptions, celle des quatre âges, a encore cours aujourd’hui dans le bouddhisme et l’hindouisme avec un cycle d’environ douze mille ans marque par un âge d’or de connaissance spirituelle et d’harmonie, puis après deux âges intermédiaires, par l’âge du fer d’ignorance et de mal, suivi d’une conflagration purificatrice qui relance un nouveau cycle. Quelque peu troublant malgré tout !
On retrouve également quatre phases dans le T’ai Ki chinois et les évolutions du Yin et du Yang.
Mais le temps ne peut se réduire à la dimension temporelle et s’il n’est pas séparable de son caractère d’imprévisibilité, il ne s’identifie pas a l’entropie et on peut même parler d’ordre spontané, d’auto-organisation de structures dissipatives, loin de l’équilibre.
C’est avec la vie qu’on appréhende le mieux ce saut du quantitatif au qualitatif. C’est par un extraordinaire concours de circonstances que celle-ci est apparue il y a environ 3,5 milliards d’années et qu’elle s’est développée de façon exponentielle il y a environ 500 millions d’années par la reproduction sexuée.
Cet ordre biologique créé à partir de l’indétermination quantique passe par la stabilité du cristal ; la molécule d’ADN se révèle en effet comme un ensemble de millions d’atomes assemblés dans une stupéfiante architecture, d’un caractère incroyablement improbable, base indispensable à toute vie, mais pas suffisante toutefois.
C’est en fait l’information qui engendre la reproduction du même et la dynamique du mouvement, et qui produit le passage de la causalité à la finalité ; le temps de la vie, c’est celui de la réflexion et du « feedback », apprentissage de l’imprévisibilité même, et adaptation permanente.
Qui dit information dit stockage et mémoire voire esprit ; d’éminents physiciens, tels Jean Charon, ont avancé l’idée que des particules comme l’électron seraient assimilables à des trous noirs dans lequel le temps serait non seulement inversé, voire cyclique, tout événement enregistré étant ainsi memorisé et revenant sans cesse au présent, mais pourrait même passer du caractere réel au caractère complexe, au sens mathématique. Toute matière, donc aussi la notre, mais pas seulement, serait ainsi chargée de la mémoire et de l’acquis de ses différentes existences, individuelles ou collectives, et là se situe la différence avec les avancées de Teilhard de Chardin par exemple, mais aussi sa similitude dans la notion de cosmogonie universelle.
Malgré cette complexité, nous sommes encore loin du temps des discours et des projets humains, des récits et de l’histoire, écartelés que nous sommes entre passé et avenir.
Nous avons déjà ressenti combien la durée était indissociable de l’être vivant, et que somme toute, le temps n’existait que par son interface, comme l’espace d’ailleurs. Mais plus encore ici, ce sont les mots qui donnent permanence aux êtres, les identifient, structurant l’espace et le temps. « Tout phénomène est discours ou fragment de discours. Dès lors, la pensée ne peut atteindre l’individuel que par le détour de l’universel » affirme Lévinas.
Le temps s’inscrit sous cet aspect sur fond de mémoire et d’éternité. On rejoint les visions de Hegel et Heidegger, mais aussi de Bergson pour qui le temps humain est d’abord celui des projets, tournés vers l’avenir, ouverture aux possibles, et conscience de notre mort.
Le temps des hommes est celui de l’action, du sens, d’un désir de reconnaissance d’un tout autre ordre que la finalité simplement reproductive.
C’est l’imprévisibilité de l’avenir qui fait de chacun de nous le « veilleur de l’humanite » ou comme disait déjà Aristote « Le principe des futurs ». La continuité temporelle apparaît alors ainsi que la notion de temps social.
C’est le projet d’avenir qui donne une force collective à notre désir de durer, dans une humanité au delà du temps présent. Vous l’avez bien compris mes BB AA FF, nous touchons là au coeur de notre idéal et rejoignons cette pensée de Bruno Etienne « L’homme qui a choisi la Tradition devient par la même l’héritier légitime et le successeur de tous ses devanciers ».
Selon les ésotéristes, l’homme serait un transformateur des rythmes manifestés au coeur de toute activité profonde de l’être ; équilibrer les ondes issues de cette vibration établirait un état d’harmonie et de sérénité nécessaire à l’atteinte des états supérieurs. Les rites quelqu’ils soient viseraient à harmoniser les rythmes individuels et cosmique. Basés sur une conception intemporelle de l’action, stabilisée dans un éternel présent, en une répétition rigoureusement identique, ils exigeraient et permettraient une sortie du temps.
L’initiation quant à elle conduirait au delà vers les états supérieurs, par, à l’issue de cette libération, un retour à l’état principiel. Est ce la signification de la Parole perdue ou de l’esprit universel, de l’atma des hindous ?
Cet état d’harmonie avec l’ensemble de l’ambiance et du vivant, séparé momentanément de la nature en perpétuel devenir et libéré du temps, serait en tous cas une notion connue des hindous et des taoïstes, mais correspondrait aussi, toujours selon les ésotéristes, à la paix profonde des Rose-Croix…
Dans notre monde où les événements prennent de plus en plus de vitesse en s’éloignant de l’origine, cette prise de conscience du principe par destruction du monde profane pour renaître à un monde nouveau obeissant au même principe mais non aux mêmes lois dérivées, s’avère de plus en plus nécessaire. A la base de la mort et de la renaissance initiatiques, elle nous rappelle aussi la destruction du temple antérieur et le temple nouveau, ainsi que le symbole du Phénix.
Le symbole, d’ailleurs, marque du recul par rapport au fait brut et de la distance par rapport à l’immédiateté, ainsi que notre rituel, qui malgré son caractère parfois désuet est une exigence pour soi et pour les autres, nous rattachent à l’universel et à une tradition, à notre passé pour nous permettre d’envisager l’avenir.
Nous pouvons à ce propos citer Jean Mourgues : « Le seul absolu est la permanence du changement et le changement dans la permanence ; il n’y a de continu que ce changement et celui-ci se fait dans la continuité ».
L’idéal que nous poursuivons n’est pas en ce sens très différent de celui des initiés de tous les temps, si on peut dire, et il est tout à fait possible de discerner une continuité qui se poursuit jusque dans les conquêtes de la science contemporaine.
Déjà dans le cabinet de réflexion, tout conduit à une méditation alchimique où le temps atteint une autre valeur une fois que l’esprit et le corps instinctuel se sont fondus dans « l’unis mentalis » pour être à nouveau réunis dans un corps purifié, et cette sortie du temps et de l’espace est figurée par le crâne de ce maître passé à l’Orient éternel, fenêtre qui donne sur l’éternité et provoque une brèche vers un milieu cosmique.
Je n’oublie pas pour ma part la relation qui m’était alors apparue entre ce crâne et la représentation du sablier figé sur le mur noir.
Quant à l’expression « d’Orient éternel », elle s’avère très révélatrice, l’éternité étant le temps sans espace et l’orient une direction de ce même espace…
L’état d’harmonie pré-cité est, selon nos « enseignements » accessible par l’Amour et on ne peut pas à ce stade ignorer que même le physicien Jean Charon, face à la complexité du monde physique, en particulier quantique, déclarait que l’Amour était l’unifiant.
Il abolit en effet la distinction du toi et du moi, et réunit dans le beau, la connaissance, la méditation et l’action, préfigurant la fusion de l’être avec sa cause. Pour Claude Saliceti, la vérité de l’humaniste, s’actualisant dans le temps et dans l’espace à travers tous les étants de l’homme, est une, dans une sorte de fusion amoureuse de tous les vivants.
Pour le Chevalier R C, l’Amour, non pas aveugle mais doté d’une vision claire de la realite, peut briser la solitude de l’existence materielle pour nous plonger dans la réalité spirituelle d’une éternité naturelle.
L’initié doit savoir reconnaître les marques d’amour que la vie lui adresse comme témoignage d’une immortalité fondamentale.
Cette conscience de notre véritable dimension universelle transforme nos rapports avec le monde éphémère autant qu’elle nous transmute.
En prenant conscience de l’importance de notre vie présente dans le déroulement de notre éternité, nous devenons en effet responsables de l’éphémère et de l’éternel, du matériel et du spirituel.
Dans l’instant de notre temple intérieur et extérieur, s’accomplissent alors le passé, le présent et l’avenir, une fois le temps et l’espace profane replacés dans leur juste dimension.
Le Chevalier R C est celui qui incarne et donne vie aux lois universelles dans son monde temporel, établit le lien avec l’origine et crée ainsi l’unicité ; il s’est transformé lui même en tant que parcelle de la source originelle ; il s’est realisé dans le temps et dans l’éternité en tant que fragment d’un tout qu’il a rejoint. Il est devenu conscience de l’éternité ; il ré-appartient é l’éternité.
J’ai dit.