Le Sacré
F∴ S∴
L’homme, depuis quasiment ses origines, recherche inlassablement la Vérité, la compréhension de son environnement, ses causes, son but. Si, un instant, le scientisme a fait croire que l’outil d’explication du « comment » pouvait appréhender le domaine du « pourquoi », les limites de la description, de la formulation, de la structuration de l’univers mesurable semblent aujourd’hui s’imposer. De ce fait, sont reconsidérées les valeurs de la Transcendance, de l’Immanence, bref du Sacré. Celui-ci peut être défini comme le lien principiel, antérieur à la structuration, à la rationalisation, en un mot au Verbe, qui unit l’homme aux autres hommes, aux autres vivants, dans le temps et dans l’espace.
Dimension présente en chacun de nous, lien invisible entre le fini et l’infini, transcendance immanente, essence et existence, elle doit être distinguée de la religion, qui n’est qu’une exploitation restrictive et dogmatique du sentiment sacré ou religieux au sens de re-ligare. Parmi ses caractéristiques principales, permettant de mieux le percevoir, nous sont apparues :
– Son inaccessibilité
par le Verbe et le raisonnement, ou caractére ineffable,
incommunicable, qui le relie au secret et rappelle son
étymologie « Sacer
» (fermé, clos).
– Son mode d’accès, par une intense introspection,
une ascèse, « sacrifice
» de l’ego pour relativiser le « moi
observateur » au profit de « l’être
en soi ».
Sous cet éclairage, la présence du Sacré en Maç parait évidente dès le grade d’apprenti.
La reflexion intérieure préalable, la mort au profane, l’éveil à l’émotion et à l’intuition, au senti, le lien entre le fini et l’infini, du microcosme individuel et de celui du temple, de l’égrégore, de la chaîne d’union, y sont présents, pour qui sait voir.
De même, son caractère incommunicable, à travers le secret, la démarche initiatique, personnelle, toute de suggestion, le symbolisme, langage d’acces a ce qui est cache, a l’occulte. Le macon polit sa pierre pour mieux s’inserer dans l’édifice de l’humanité, et, alors maître, l’améliorer et le faire progresser. Le lien entre le fini et l’infini est déjà établi.
Après l’ascèse, l’introspection du M S, qui, intransmissible, le voue au silence, recherche de la lumière intérieure, faite d’intelligence et surtout d’émotion, l’accès au Sacré, compréhension élargie, va s’imposer de façon irréfutable aux grades suivants. Les notions de Divinité et d’Infini, la recherche de la parole perdue principielle, d’avant le verbe, les caractères de l’ineffable et cette partie de notre conscience individuelle qui participe à la conscience universelle, nous appellent, sur la voie du Sacré et par le moteur de l’Amour, à l’ultime initiation, à établir plus encore ce lien essentiel, entre Malkuth et Ensoph, à passer du duel « Je suis » à « L’être en soi ».
Depuis que l’homme est capable de réflexion, au sens philosophique du terme, et capable de s’étonner de son existence même, il poursuit inlassablement la recherche de la vérité. Dans cette quête, l’humaniste d’aujourd’hui doit surmonter l’héritage d’une société bâtie sur l’opposition violente des contraires, entre un matérialisme faussement prétendu scientifique et objectif, et une spiritualité défigurée par le dogmatisme et le fanatisme religieux.
La philosophie du siècle des lumières et la force de son éthique, sociale et politique, les progrès technologiques et la complexification de nos modèles scientifiques, ont pu faire croire un moment en la validité du scientisme, et confondre le domaine du comment, de la description des phénomènes, à celui du pourquoi, des causes et du sens.
Pourtant, déjà, Descartes avait donné l’alarme : « Pour atteindre la vérité, il faut, une fois dans sa vie, se défaire de toutes les opinions que l’on a reçues, et reconstruire de nouveau, dès le fondement, tout le système de nos connaissances ».
Plus tard, la dynamique relativiste et la physique quantique des particules confirmaient le fait que chaque partie dépendait de l’ensemble et des autres dans son comportement, au sens dynamique et probabiliste.
La relativité complexe confortait dans l’idée que l’observable n’était qu’une partie de la réalité, et ceci, par nature et non par défaut de moyens.
Les principes d’indétermination et d’incertitude et la double nature, corpusculaire quantique et continue ondulatoire, confortaient dans l’idée que le « tiers exclu » du « cartésianisme » montrait ses limites, que les antagonismes ne pouvaient se comprendre qu’associés, et, pour finir, l’idée était émise que chaque particule de matière pouvait présenter un aspect mental.
En résumé, la méditation sur l’environnement cosmique, la constatation des limites de la description, la formalisation, la structuration de l’univers mesurable, incitent à regarder au-delà, à ouvrir son existence à l’expérience du Mystère, aux valeurs de la Transcendance, de l’Immanence et du Sacré.
De fait, l’évolution de l’homme n’est pas si profonde qu’elle n’y paraît. Dès son origine, ses rapports avec l’univers ont découlé du ternaire de base : « Conserver sa vie, se protéger, transmettre ». De même, il a toujours été confronté au mystère de la mort, et ce passage à toujours été l’objet d’un sentiment sacré, c’est à dire qui dépasse la norme habituelle, les limites, terrestres.
Depuis quarante mille ans au moins, avant même les premières tombes, avant d’être « homo loquens », il est « homo religiosus », et cette expression religieuse est universelle car l’homme a partout les mêmes réactions, les mêmes préoccupations. Prenons garde toutefois aux interprétations trop rapides ; religio s’entend ici au sens de re-ligare, c’est à dire ce qui relie l’individu à l’autre, à la totalité cosmique, immanente ou transcendante. L’homme est toujours, même s’il l’ignore, et plus encore s’il le nie, « religieux » dans l’une de ces dimensions ou dans les deux. Dans un cas comme dans l’autre, une notion préexiste, le Sacré, lié à la saisie de l’espace, de l’Autre, opposé à tout ce qui glisse sans pouvoir se graver dans la ou les mémoire(s), un avant, de rencontrer un langage, une écriture.
Du latin Sacer (délimité, séparé, clos), pour désigner plutôt le lieu où il se manifeste, enclos ou cercle des sociétés primitives, il s’impose à l’Homme, qui a pourtant parfois la sensation de l’avoir créé.
Il est aussi, pour J P Bayard, une qualité de la sensibilité qui place en dehors et au-delà de la Raison ; Domaine du sens universel, lien invisible qui relie les hommes, dans l’espace et dans le Temps, dimension éternelle et universelle dans laquelle se tient et évolue l’Homme. Cette dimension fait bien sûr aussi appel à la notion de divin, à travers l’éternel et l’universel, mais aussi l’aspect principiel de cette dimension, l’idée que la dignité humaine fonde une morale universelle, divinisant l’être et sa destinée, le rendant objet et acteur de ce principe unificateur que d’aucuns appellent le G A D L U.
Il convient, à ce stade, de distinguer « Sacré » et Religion :
Si le religieux est l’une des bases ou des manifestations du Sacré, la religion n’en est souvent qu’une exploitation restrictive et dogmatique ; ensemble de doctrines et de pratiques qui constituent, selon le Littré, le rapport de l’homme avec la puissance divine, elle est, plus exactement, le culte rendu à une divinité, l’obligation dogmatique de l’homme envers un dieu, bien loin de la voie initiatique de la F M, sans solution toute faite ni modèle, qui affirme seulement que la Connaissance s’acquiert par la voie de l’effort et de la réflexion individuelle.
Manifestation exotérique du Sacré, la religion s’oppose à son approche ésotérique, qui rappelle son sens étymologique ; il s’agit d’un « mystère », qui requiert une préparation, pour éviter à l’individu d’en faire un usage irresponsable, d’où les notions d’espace sacré, non directement accessible au profane, de rite initiatique réservé à des individus choisis, d’élus et d’initiation sacerdotale.
La religion, notamment chrétienne et occidentale, procède, quant à elle, par sacrements et révélations, et dès lors qu’elle se statufie, s’institutionnalise, elle entre dans le domaine du social et du politique et quitte celui du Sacré.
Cette confusion du Sacré et du profane est à l’origine, d’ailleurs, de bien des conflits, inquisitions et fanatismes, par absence de tolérance et de distinction entre les valeurs.
Elle est aussi à la source de l’attrait des sectes, conséquence d’une désacralisation des activités humaines, des églises elles-mêmes, des prêtres, qui ne représentent plus l’homme sacré, le lien avec le divin et l’universel. Par ce même phénomène, l’église en arrive à avoir ses propres sectes telles que l’Opus dei, les pentecôtistes, etc.
A l’opposé, lien avec le Cosmos et la Création, le Sacré n’est pas le résultat d’une sacralisation, mais, par le fait d’un rituel, d’une symbolique ou d’une mystique, libération de cette transcendance immanente, reconnaissance de l’harmonie universelle, nous rappelant la fameuse maxime « Ordo ab Chao », et s’opposant à la dysharmonie résultant de la profanation, d’un détournement du plan de la sagesse, par ambition, égoïsme, ou autre déviation.
La citation de Mircea Eliade, selon laquelle « La religion se réfère à l’expérience du Sacre, lié aux idées d’être, de symbole et de vérité ; c’est le mot central qui est commun à cette recherche qui va progressivement mener l’homme vers les connaissances du Sacré et du nom de Dieu… Le Sacré est un élément dans la structure de la conscience et non un stade dans l’histoire de sa conscience », nous amène à considérer les principales caractéristiques du Sacré.
Si « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement… », il n’en va pas de même pour le Sacré, qui ne se conçoit pas, mais se perçoit et se manifeste comme un état différent de l’état profane, pour lequel le langage vulgaire ne peut plus être utilisé, voire le réduirait à sa manifestation, à « une vaine apparence ».
Cet aspect n’est pas
sans rappeler les initiés des sociétés
« primitives », revenant de
leur expérience privés de langage ou
dotés d’un langage incompréhensible,
pour mieux marquer l’incommunicabilité
de ce qu’ils avaient vécu ; n’est ce pas
là la base du secret initiatique ?
Le Sacré, toutefois, ne s’oppose pas à
la Raison, mais touche à un autre état de
conscience en amont des tentatives de
rationalisation du réel, et n’est donc pas
accessible par les mêmes outils dont le Verbe et le
raisonnement.
Cette idée est en outre largement partagée par la plupart des traditions initiatiques, et se retrouve aussi dans le caractère ineffable du nom de Dieu dans l’Islam, chez les soufistes, mais pas seulement…
Ce mode d’accès, non par révélation, ni par approche rationnelle, mais par une prise de conscience préalable, une préparation, un cheminement spirituel approprié, voie privilégiée de la Connaissance, constitue par ailleurs une autre caractéristique dominante du Sacré.
Crise de conscience, selon certains, où le monde profane, celui où l’existence précède l’essence, l’action sociale et politique, ne répondent plus aux aspirations, et volonté d’accéder à une autre dimension, qui concerne ce qui est au plus profond de l’homme, son fondement est toujours une recherche intérieure.
Selon le livre des morts égyptien, mais aussi le fameux « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux », le Christianisme, l’Islam, la prise de conscience du Sacré, présent en chacun de nous, nécessite une intense introspection, ou une ascèse, un travail sur soi, pour une maîtrise accrue des profondeurs de notre subjectivité.
Toutes les traditions philosophiques font appel à l’intuition profonde que toute vision des choses est construite par l’esprit, et donc, modifiable selon le vouloir propre de chacun. Volonté etpassion peuvent donc être conjuguées dans la recherche de la Connaissance.
Celle-ci passe par l’effacement progressif du « moi », de cette conscience artificielle et illusoire d’une séparation entre le monde et soi, entre soi et les autres. Selon Y. Trestournel, de la « L N R Villard de Honnecourt », c’est la notion de « sacrifice » au sens étymologique, celui de la dualité du moi et de l’autre, « consécration » de soi à la présence principielle et sacrée qui relativise le « Moi observateur ».
Quant à la présence du Sacré en F M, elle qui puise dans le fonds immuable de l’humanité et de ses traditions, parmi lesquelles celles des templiers, de la Rose-Croix, de l’alchimie, ou l’art royal, selon Paul Naudon, mais aussi Oswald Wirth, divinise l’homme par le travail, comment pourrait-elle, en préconisant le perfectionnement de soi et par-là de l’humanité tout entière, ne pas reconnaître la l’établissement du fameux lien qui caracterise le Sacré ?
Cette notion semble indissociable de toute éthique altruiste telle que la notre, car elle exprime l’intuition, la quête d’une valeur suprême, d’un idéal, d’une capacité à mieux respecter et aimer l’autre. Avec celle de la transcendance, elles expriment les deux notions dont l’homme a besoin pour se dépasser jusqu’au sacrifice ; à l’humaniste, bien sûr, de les utiliser sans dogmatisme.
En réalité, sur le chemin initiatique vers la Connaissance suprême ou la Vérité, le Sacré est omniprésent.
Toutefois, au moins en Maç Bleue, où il est, comme il se doit, suggéré et non révélé, il convient de savoir le détecter.
Dès avant son initiation, le récipiendaire est appelé à la réflexion intérieure, confronté à la formule V I T R I O L, invité, par son testament notamment, à mourir à la vie profane pour renaître à une autre vie. Les yeux bandés, probablement aussi pour mieux ressentir avec son émotion, allusion à la mystique, il va cheminer dans le tumulte des passions puis les sentir s’apaiser, pour finir, dans l’harmonie et la sérénité principielle, car début pour lui de sa démarche, par recevoir la lumière de l’Orient et découvrir le delta lumineux et l’oeil de la conscience, la sienne et celle de l’univers.
Pour qui sait voir, toutes les caractéristiques de l’accession au Sacré sont suggérées dès cette cérémonie.
« L’initié » découvre alors le temple, lieu sacré au sens de « sacer », fermé, clos, couvert, mais aussi, symbole de l’univers, microcosme, avec ses orientations, ses astres ; déjà s’établit le lien entre le fini et l’infini, surtout lorsque l’on évoquera bientôt le temple intérieur, celui de l’homme et de l’humanité.
On lui dévoilera alors les mots sacrés, puis l’invitera au secret, noyau central de notre tradition, car incommunicable par des mots, et qui ne peut que se vivre, guidé par nos prédécesseurs et par le langage que constitue le symbolisme, voie d’accès à l’occulte, au sens de « ce qui est caché », langage du coeur, du « senti », de l’universel.
Comme les modes d’accès au Sacré, la voie initiatique est à la fois individuelle et universelle, comme le rappelle, de façon éclatante, la chaîne d’union qui nous unit à tous ceux qui, dans le temps et l’espace, la constituent, à rapprocher de l’égrégore qui doit présider à tous les travaux en Loge.
Qu’est ce enfin que cette vérité que l’on recherche dans l’équilibre entre les forces contraires, voie de l’initié, rappelée par le pavé mosaïque, mais aussi les colonnes, la lune et le soleil, la Raison et l’Intuition, vers l’harmonie de celui qui parvient à la Connaissance ou, au moins, la perçoit ?
Après une année de silence, de réflexion, forme d’ascèse, le Compagnon découvre l’étoile flamboyante ; nouvelle porte du mystère central de la F M, et clef de son enseignement, selon B Roger, pentagramme à « proportion dorée », elle est l’image de l’homme, fini, qui s’inscrit ainsi dans le cosmos étoilé, infini. La lettre G en son sein peut rappeler l’étincelle divine, la « petite lumière » au fond de chacun de nous, et, par son flamboiement, feu sacré des alchimistes, qui vivifie tout ce qui existe, elle rayonne à l’extérieur sur tout l’univers, comme doit le réaliser tout maçon qui participe au Grand OEuvre.
Le compagnon doit maintenant polir sa pierre pour s’incorporer à l’édifice, le temple de l’humanité dont les « initiés » sont à la fois les constructeurs et les matériaux, nouvelle allusion au lien avec l’universel, présent également dans le symbole des épis de blé.
Maîtres enfin, nous voilà confrontés au temple de Salomon et à la légende d’Hiram, rappel de la mort et de la résurrection initiatique, à la survivance d’Hiram dans chacun des maîtres qui lui succèdent, ainsi reliés à lui et entre eux.
L’acacia n’est pas là, non plus, par hasard, matériau de base de l’arche d’alliance et aussi de la couronne du christ.
Le Grand OEuvre est précisé, pour qui sait le voir, la construction du temple dans l’héritage et la survivance du maître architecte et de son idéal de perfection, but final, intemporel et universel, détaché et libéré des passions profanes qui ont guidé les mauvais compagnons. Le lien avec l’Infini, l’Universel, la transcendance de la Perfection, de l’Idéal, l’immortalité de l’oeuvre, les bases du Sacré sont clairement dévoilées.
Malheureusement, préoccupés par leurs problèmes quotidiens, dans une société qui s’est elle-même désacralisée, et qui se complexifie chaque jour, tous les F M sont-ils capables de déchiffrer le code ? Combien ne voient en la Mac qu’une grande fraternité tentant, sans toujours y parvenir, d’oeuvrer pour un humanisme surtout social et politique, demeurant dans ce plan que nous avons déjà évoqué, sans prendre en compte toutes les dimensions de l’Humanisme, essence et existence, immanence et transcendance.
Pour beaucoup, heureusement, élus au sens maçonnique, c’est à dire choisis, cooptés par leurs frères, le Sacré va pourtant s’imposer davantage.
Comme toujours, sa révélation sera précédée d’une ascèse que constitue sans aucun doute le grade de Maître secret, réflexion profonde sur le sens des enseignements reçus, mais aussi, sur soi même, « la lumière, si petite soit-elle, qui réside au fond de tout être », strictement individuelle, « faite d’intelligence et plus encore d’émotion », destinée à provoquer une évolution spirituelle menant à une compréhension élargie », secrète car « intransmissible et qui voue le M S au silence », avec la clef destinée à « ouvrir la voie d’une Connaissance traditionnelle, celle des rapports entre l’Homme et ses valeurs éternelles ». Les mots sacrés sont des noms du Divin, Iod, Adonaï, Iaveh, et le T F P M siège au coeur du sanctuaire.
Toutes les caractéristiques du sacré sont réunies dans cette « instruction » du grade : L’ascèse préparatoire, le domaine de l’émotion, inaccessible par la raison pure, la compréhension élargie, l’intransmissible, le lien entre le Cosmos et l’Infini, l’éternel.
Le rituel va, quant à lui, plus loin encore : « Ce que vous avez appris jusqu’à présent n’est rien auprès de ce qui vous reste à apprendre ; vous commencez à vous élever au-dessus de la surface de la terre, et à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance Spirituelle ». L’adepte semble entrer de plain-pied dans l’Occultisme.
A l’issue de l’initiation au douzième grade, il nous est rappelé que le temple est aussi le symbole de l’Univers dans son infinitude, dont l’Homme, qui en est à la fois image et partie, tente de percer le mystère et, par-là, son propre mystère, à la recherche d’une plénitude pressentie mais non définie, caractéristique du Sacré.
Enfin, les initiations aux treizième et quatorzième grades marquent, de façon on ne peut plus nette, cette évolution progressive vers cette nouvelle perception.
Cette approche du Sacré ou des Mystères de l’univers, à travers les notions de Divinité et d’Infini, à la recherche de la Parole perdue, comporte aussi le passage par différents états de conscience successifs, symbolisés par les séphiroth, allusion à la Kabbale et aux divers arbres de vie, ou cosmiques, des initiations « primitives ».
Cette perception se trouve renforcée par le caractère de l’Ineffable et de l’infini, caractéristique d’un domaine non accessible par la raison pure, dimension de l’existence non traduisible par des mots, mais par « la parole perdue », celle qui précède le Verbe, créateur, mais aussi, en la matière, destructeur. On retrouve là, à nouveau, cette composante essentielle du Sacré.
Une fois de plus, il ne s’agit pas là de religiosité, qui relève plutôt d’une exploitation, une mise en forme très réductrice du Sacré, comme l’est le « vain symbole » Adonaï, mais bien de cette dimension transcendante et immanente à la fois, présente en chaque individu, et qui le relie à l’universalité, tel ce fameux lien entre le Fini et l’Infini, Malkuth et Ensoph. Cette vision est d’ailleurs confirmée par notre rituel qui précise qu’« une part de notre conscience participe à la conscience universelle dans laquelle elle se fond », conjuguant la notion d’Infini, dans ce cas précis, de la Conscience, à celle de Fini, de l’ego individuel, et nous appelant à l’« ultime initiation », au-delà de la dualité du « Je suis », celle de « l’être en soi ». L’unité s’exprime par différenciation, et, aux deux infinis de dispersion, le grand et le petit, s’adjoint l’Infini desynthèse, chemin complexe mais obligatoire vers l’harmonie.
La recherche de « la parole perdue », c’est aussi celle de cet ordre, qui precède le « Verbe rationalisant », justifie notre présent, sacralise notre devenir, donne le sens, rappelant la maxime « ordo ab chao », qui n’est pas un mot d’ordre d’une religion révélée, mais cet absolu qui nous dépasse et nous inclut dans le respect de tous.
Il est évident, pour ma part, que la voie initiatique est d’ordre Sacré ; comme le dit Paul Naudon, « quête du transcendant, lien avec le Divin, elle est l’Humanisme dans son acception complète, existentielle et essentielle ». ; « le dénominateur commun en est l’Homme, son but, l’épanouissement et la plénitude de sa destinée » et je me permettrai d’ajouter, son moteur l’Amour pour nourrir la conscience individuelle et universelle, en conjuguant le « soi » et le « non soi », en s’insérant, selon R. Dupuy, dans la chaîne vivante des initiés de tous les temps et de tous les lieux, accédant par la même à l’éternel et à l’universel, c’est à dire en établissant le lien entre le fini et l’infini.
Il est vital, selon moi, pour la F M, face aux évolutions de notre monde et de notre société, de préserver et maintenir le trésor caché de sa tradition rituelique et Sacrée. Ce n’est qu’ainsi, pour le Maçon, après avoir acquis la maîtrise du Moi par l’identification du microcosme individuel au macrocosme cosmique, que, devenu « Initié Initiant », il pourra prétendre s’employer à l’amélioration du monde, en un mot, collaborer au Grand OEuvre, en travaillant toujours, et de l’intérieur, à son perfectionnement et, comme nous y invite notre rituel, en poursuivant sans cesse ses efforts sur la voie sacrée de l’initiation.
J’ai dit.