18° #415012 En quoi le message chrétien est-il fondateur de l’identité du Chevalier Rose-Croix Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Les thèmes développés dans le rituel du 18 ° degré explicitement ou implicitement nous conduisent à penser bien évidemment que le message chrétien est au cœur même des enseignements du 18° degré du REAA. La Cérémonie de la Cène, le sacrifice de l’Agneau et le partage du pain et du vin dont l’origine se trouve dans le sacrement de l’Eucharistie chrétienne nous fait percevoir le sens profond du message chrétien à ce degré.Ce message ne saurait être le dogme chrétien même si les valeurs du christianisme le colorent. Notre rite porte en lui la Connaissance qui réside hors du temps, hors des temps. C’est tout autre chose que le dogme. Ce degré nous enseigne avant tout le sacrifice de soi et l’amour de son prochain qui sont bien sur des valeurs chrétiennes mais aussi universelles.Le sacrifice a été particulièrement exalté dans le christianisme. Un homme, Jésus, s’offre en victime expiatoire et meurt sur la croix. Il suffit de l’aimer et de le suivre pour être sauvé à son tour. L’histoire, ainsi, propose l’exemple de nombreux avatars, émanations du divin incarnés en l’Homme. Ainsi naît une nouvelle alliance. La gnose elle-même établit une distinction entre l’initié Jésus, homme parmi les hommes et le Christ, émanation du Divin qui descend en Jésus pour l’ultime sacrifice au Mont Calvaire. Tout homme en son intérieur, en son ésotérisme, dans son propre saint des saints est un Dieu.Mais revenons maintenant au message chrétien par lui-même, fondateur de l’identité du CRC. Ce degré nous l’avons déjà souligné repose sur un hermétisme et un profond ésotérisme christique commentant la Rose hermétique sur la Croix de la Souffrance. Ce degré très symbolique, s’élevant au-dessus des religions dont cependant il fait sa trame, procède à la cérémonie de la Cène exécutée à chaque tenue, une chaîne d’union faite dans la communion spirituelle des deux aliments de base, le pain et le vin, célébrés dans l’exaltation de l’amour du prochain. Que ce soit la cérémonie de la Cène après chaque Tenue ou celle du jeudi saint précédant le dimanche de Pâques qui se pratique une fois l’an, avec l’allumage et l’extinction des Lumières, c’est l’esprit de la communion qui domine, c’est à dire l’action de partager et de participer à une foi commune.Le vin élevé par les Chevaliers Rose croix devient le symbole des libations, le breuvage de la Connaissance. Le Très Sage le proclame très haut lorsqu’il dit «Que ce vin, symbole de la Connaissance élève notre esprit. ».L’association de l’eau et du vin vient très vite à l’esprit lorsque l’on pense à l’épisode miraculeux des noces de Cana, ou l’eau de la vie spirituelle s’est transmuée en vin de la Connaissance initiatique. Nous ne pouvons pas aborder la symbolique du vin sans la mettre en parallèle avec celle du pain. La aussi la comparaison avec la symbolique chrétienne est évidente. Le pain est l’attribut de Melchisédech qui en apporta à Abraham avec du vin, après que celui-ci eut vaincu les rois cananéens. Guénon observe que Beith-El, la maison de Dieu devint par la suite Beith-Lehem, la maison du pain, ville où naquit le Christ, établissant ainsi une relation symbolique très intéressante entre la pierre ( à laquelle nous nous identifions) et le pain.La encore le Très Sage proclame très haut « Que ce pain, symbole de nourriture spirituelle,nous maintienne en force et en santé ».Depuis la plus haute antiquité le repas est l’acte religieux par excellence. De nos jours, il peut paraître étonnant d’envisager un rapprochement entre nourriture, alimentation et spiritualité. Sans doute parce qu’on a trop l’habitude de considérer le domaine des faits matériels comme totalement séparé du domaine spirituel et même du domaine simplement psychologique, de sorte qu’on n’en perçoit plus les liens objectifs qui unissent tout à la fois l’esprit de l’homme au monde matériel et le monde matériel à la réalité transcendante, liens qui fondent la pensée analogique et le symbolisme.Ce partage du pain et du vin nous revoie à l’importance de l’alimentation et aux processus physiologiques qui en découlent. Cette fonction naturelle est une clef de compréhension du monde et de la nature. L’acte le plus anodin comme celui de se nourrir, peut prendre un sens spirituel par transposition. C’est ce qu’illustre la symbolique du pain et du vin dans la liturgie chrétienne reprise à mon avis sous le même angle dans le rituel du 18° degré.Traiter de la question de la Cène est entre toutes une des plus délicates car rien qu’en évoquant ce mot le rapprochement avec le Christianisme s’impose. Pourtant, ce partage du pain et du vin est avant tout une forme de sociabilité, de rite de convivialité, témoignage d’un rapprochement et d’un lien fraternel par un partage. Il est à mon vis de bon sens de penser que la pratique de la Cène en Chapitre tire son origine de l’enseignement qui apparaît dans l’Epitre aux Romains : « Si ton ennemi a faim, donne lui à manger, s’il a soif donne lui à boire ».Pour clore ce symbolisme de la Cène et en particulier la Cérémonie de l’Agneau pascal, il n’y a aucun doute sur l’héritage chrétien qui préside à cette Fête. Il n’y a qu’à reprendre les paroles du rituel des ces travaux pour s’en persuader. Il serait trop long ici de les citer mais je vais tout de même en prendre quelques uns, en premier exemple sur l’extinction des lumières et ensuite pour rallumer les Lumières : « Celui qui voulait que tous les hommes fussent Frères a été renié et mis à mort par ses frères. ». « Celui qui voulait substituer la vérité à l’erreur, l’amour à la haine a été flétri du nom d’imposteuret mis à mort ». « Celui qui voulait arracher ses frères au joug de la tyrannie , protéger le faible et rappeler au sentiment de leur devoir les oppresseurs de l’Humanité a été honni, conspué et cloué sur une croix infâme ».«La doctrine de celui qui mourut pour la régénération de l’humanité est devenue le flambeau de la Vérité ».«La doctrine de celui qui a subit le dernier supplice pour avoir voulu substituer la Vérité à l’erreur, l’amour à la haine, a vaincu l’ignorance et la superstition».« La doctrine de celui qui donna sa précieuse vie pour assurer à jamais l’affranchissement des opprimés, les droits du faible et l’anéantissement de la tyrannie, gouverne désormais l’humanité régénérée ».Il est a noter également la façon dont le Très sage invite à faire remplir le calice et porter celui-ci au front, à hauteur de l’épaule gauche, à hauteur de l’épaule droite et poser le calice. Le signe exécuté avec la coupe par tous les CRC représente le tau égyptien devenu la croix. C’est le symbole universel qui, dans toutes les traditions, signifie la force, la puissance et la vie.Je me suis un peu étendu sur le symbolisme de la Cène car il présente en plus du caractère symbolique du partage et de l’amour entre les CRC un lien très fort avec la symbolique chrétienne.Pour poursuivre ce que le message chrétien a apporté à l’identité du CRC nous pouvons parler des trois vertus théologales, qui malgré une légère modification de Foi, Espérance, Charité est passé dans notre rituel de Foi, Charité et Espérance peut-être pour un peu déchristianiser le degré, du Pélican, reprit également dans l’iconographie chrétienne, de la parole perdue et retrouver avec le mot INRI, de l’échange durant la cérémonie de la Cène des mots Emmanuel et Pax Vobis, mots repris dans le christianisme, du plus Humble de Tous, du Bon pasteur, de la baguette du pèlerin qui fait échos à Emmaüs. La liste pourrait être encore longue, mais je ne vais pas énumérer et développer tous ces symboles car bien évidemment chacun les interprètent à sa manière et selon sa culture religieuse, philosophique ou humaniste.Ce qui est intéressant dans ce parallèle entre le message chrétien et l’identité du CRC est en fait ce qui correspond à la réalisation de l’initié parfait, cet être complet dont la conscience peut accéder à toutes les dimensions qu’elles soient spirituelles, philosophiques, religieuses ou tout simplement personnelles.Au delà du contexte religieux qui s’impose immédiatement à l’esprit, mais ne présente qu’une grille interprétative limitée, on doit considérer ce grade comme l’expression de la pensée d’un mythe en phase avec l’Universel. Tout CRC doit être capable d’une lecture interprétative qui considère les textes bibliques comme des vecteurs d’allégories, autant que d’un enseignement universel, en dehors de tout acte de foi explicite.Le CRC à conscience que sa place sur terre, si modeste soit elle, est faite d’une succession de cycles et de renouvellements. La recherche spirituelle permet de s’élever au-dessus de la ligne d’horizon. Serviteur d’un Principe Supérieur, il œuvre par amour du prochain dans la Foi, la Charité, et l’Espérance. En dehors de tout dogme ou de toute contrainte religieuse, le CRC doit se transformer par sa quête de l’Absolu. Il doit demeurer conscient de la brièveté de son existence. Conscient de sa dimension humaine à l’image et seulement à l’image du Plus Humble de Tous car il sait qu’il n’est qu’une infime parcelle de l’Univers dans lequel il est inclus. Sa mission consiste à délivrer les opprimés, indiquer le chemin aux égarés, rechercher la Parole perdue, contribuer à instaurer de partout la Justice et l’Equité. La démarche du CRC s’inscrit ici, non en rupture mais en continuité avec la tradition Judéo-chrétienne qui fait partie qu’on le veuille ou non de la mémoire ancestrale et du cadre philosophique de l’Occident. La reprise des travaux en Chapitre est encore bien marquée par ce message chrétien ou une victime innocente est offerte en sacrifice sous le joug de la tyrannie et de l’oppression. Ce chaos demande à tout un chacun de prendre conscience de la nécessité de se dépasser. Cela devient possible en s’appuyant sur la Foi et la lumière intérieure de chacun. Tout comme le plus Humble de Tous, le CRC doit être dépouillé de tous ses métaux pour mieux accéder au grade de l’Amour, animé comme nous je l’ai déjà dit par la Foi et la flamme de l’Espérance. La Foi du CRC n’est pas liée à une sorte de transcendance ou d’immanence vers une divinité, mais elle est un acte pour désigner une adhésion complète, absolue, invincible à la recherche de la Vérité qui englobe toutes les vérités.Ce degré est vraiment le degré de l’Amour, du sacrifice et du don de soi. La mise en pratique de l’Amour du prochain contribue à maintenir un ordre dans l’Univers. L’Amour du prochain est le ciment de toute recherche d’union avec un Principe, car l’amour prodigué à un être se mesure d’abord aux actes et gestes effectifs réels qu’on est prêt à faire pour l’assister et pour l’aider. L’Amour maçonnique nous enseigne tout comme le message chrétien, d’aimer les hommes comme des Frères, les hommes de toutes religions, et de toutes origines, (Aimons nous les uns les autres), à leur venir en aide, à n’avoir pour eux que des sentiments de bienveillance et à rechercher par tous les moyens à substituer l’Education et l’Harmonie à l’ignorance et la discorde. L’amour doit être le premier sentiment du CRC tout comme il l’était pour le plus Humble de Tous.Mais au fait, qu’est-ce que l’Amour et surtout quel est l’Amour du CRC? Je ne vais pas reprendre les différentes notions philosophiques de l’Amour, à savoir Eros, Philia et Agapè mais seulement le sens que nous a légué le message chrétien et sur lequel nous devons nous appuyer pour continuer notre quête. L’amour prôné par Jésus est la forme supérieure de celui-ci, l’Agapè. Dès le premier degré on nous montre l’objectif à atteindre : « Que l’amour règne parmi les Hommes ». Cette invocation se réfère bien évidemment à l’Agapè. Est-ce à dire que le CRCconnaît l’Agapè ? Hélas, je ne le pense pas. Il aimerait y parvenir mais il n’est capable que de philia même si parfois un éclair fugitif réanime sa Foi. C’est déjà énorme dans un monde ou l’individualisme forcené est roi et ou l’on peut se demander si l’humanité ne serait pas en pleine régression.A notre degré l’Amour apparaît sous la forme de la Charité (dans la notion d’Amour) des vertus théologales. Ce mot vient du latin Caritas traduction du grec Agapè. On comprend dès lors pourquoi ce n’est pas d’aumône dont il est question. St Paul dans son Epitre aux Corinthiens écrit : « Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’un gong qui résonne,qu’une cymbale qui retentit. ». Le reste du texte est du même ordre et se termine par : « Maintenant donc trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour. Mais la plus grande des trois, c’est l’amour. ». En réalité, cette dernière vertu, sous forme d’amour universel est le seul but à atteindre, les deux autres vertus n’étant que des moyens pour y parvenir. Si Sartre fait dire dans « Huis clos » « l’enfer c’est les autres » le CRCpeut répondre comme Bernanos « L’Enfer, c’est de ne pas aimer ».Jésus, personnage historique ou mythique selon le niveau de conscience de chacun sait qu’il va mourir. Il a essayé de dire à ses contemporains qu’ils devaient chercher l’esprit plutôt que de s’en tenir à la lettre, que même les Samaritains, les Romains et les marchands du Temple pouvaient être bons. Que tout homme mérite d’être aimé. Il a tenté d’expliquer que l’homme est un être de chair et de sang dissimulant à l’intérieur de lui-même quelque chose d’immatériel et qu’il est constitué de l’ensemble des deux. St Augustin a d’ailleurs parfaitement illustré ce message lorsqu’il écrit : « Car l’homme est toujours plus que ce qu’il sait de lui, car il y a des choses en l’Homme que l’Homme lui même ne sait pas ». Nous progressons par prise de conscience successives de cette réalité intérieure, nécessitant chaque fois l’abandon d’une partie de nos certitudes comme si nous mourrions pour renaitre.Le message de Jésus, tout comme le message de notre Rituel témoigne de notre identité avec nos Frères et notre propre humanité. Nous sommes Frères en humanité et par conséquent nous devons nous aimer les uns les autres. « Je vous donne un commandement nouveau : Vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimes, aimez vous les uns les autres ». dixit Jésus.Même si d’autres Traditions comme nous l’ont magnifiquement développés d’autres Frères CRC entrent dans le rituel du 18° degré, le message chrétien est je pense le socle de ce degré.Il y aurait encore beaucoup de parallèle à faire mais je pense que vous allez mes Très Chers Frères dévoiler de nombreux points que je n’ai pas été capable de découvrir dans ce message qui fonde notre identité à ce degré.Ce magnifique degré doit être compris en remontant au message de la Tradition, ce qui entend qu’il faut passer par-dessus des millénaires d’interprétations religieuses pour revenir aux textes d’origine. Nous sommes Matière et Esprit. Nous vivons dans un monde matériel et nous devons l’accepter et le dépasser. Nous sommes nés dans la matière et pour nous dépasser il nous faut aussi naitre d’Esprit. Il ne s’agit pas de comparer sans cesse notre rituel à celui des églises chrétiennes mais de comprendre que Jésus est l’homme, corps et âme, et que le Christ représente l’Esprit. Pourquoi chercher à l’extérieur ce qui est en nous ? Il suffit d’écouter sa conscience. Alors I.N.R.I, Igné Natura renovatur Integra et Jésus Nazarénus Rex Judaeorumsont enfin réconciliés. Ce sont deux façons de présenter le même message. Mourir pour renaitre, brûler au feu de l’Esprit ce qui nous retient au sol afin de pouvoir nous élever. C’est en cela que le message chrétien prend toute son ampleur pour fonder l’identité du CRC. Connaissance, Amour, Espérance. Cela compris nous pourrons mieux appréhender de nombreux passages du Volume de la Loi Sacrée et atteindre triomphalement notre Jérusalem Céleste intérieure.J’ai dit.Très Sage et vous tous CRC Navigation des articles Planche Précédente "Symbolisme de la rose sur la croix" Planche Suivante "De Guibulum à Zorobabel : la perfection du maître"