18° #415012

Symbolisme de la rose sur la croix

Auteur:

C∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: Vallées de Lumière

Une association loin d’être évidente. Un double signe qu’on pourrait facilement opposer. La forme rigide, sèche, précise, matérielle de la croix et l’aspect diaphane, éphémère de la rose, sa beauté, son parfum, sa couleur.

Je m’autoriserai une comparaison un peu prosaïque mais, c’est comme un plat composé qui nous serait présenté. Nous en connaissons les ingrédients, mais comment a-t-il été préparé ? transformé ? Et surtout pourquoi les a-t-on associés ?

J’ai souhaité remonter le temps, remonter les temps, pour saisir à l’origine les secrets de ses évocations. Les liens avec le passé, ce sont nos racines. Les traditions et les croyances des peuples primitifs trouvent une continuité, une inspiration commune entre nos rituels et les pratiques ancestrales. Les hommes ont représenté par des figures les grandes forces de la nature. Le symbolisme est issu de cette approche innée.

La croix devient symbole du feu et participe à son caractère sacré lorsque l’homme su le produire par frottement de deux morceaux de bois disposés en croix. L’un tendre et l’autre dur. Elle devient figure symbolique solaire, de vie et de mort lorsque l’homme debout, bras en croix voit le soleil se lever à l’est, et disparaître à l’opposé dans le monde mystérieux de la nuit. Il s’oriente alors sur son chemin et il peut suivre le soleil dans sa course annuelle vers les points d’équinoxe. Suivant qu’ils désignent le printemps où l’automne il perçoit l’idée de régénération ou de destruction. Il trace alors une croix dans un cercle représentant la terre. Il forme avec son corps une croix de vie, 1ère manifestation de sa relation céleste.

La branche verticale représentant ce qui est debout, actif, le sexe masculin et la branche horizontale ce qui est réceptif, comme un creuset. Quant à la rose, ils ont vu en elle l’évocation du sexe féminin par sa forme, sa couleur et les replis de ses pétales. En allant plus loin dans le symbolisme, la branche verticale fécondante peut être considérée comme l’idée, et l’horizontale, la matière. L’idée agissant sur la matière, c’est l’action, le travail. L’aspect esthétique rejoint les besoins affectifs. Beauté, affects et création sont les 3 constituants essentiels de l’amour. C’est aussi ce que l’homme peut accomplir ce qu’il a de plus noble, la fécondation de la nature.

La civilisation gréco-latine a donné une valeur esthétique qui a fait de la rose la fleur de Vénus, symbole de l’amour. La rose fleurit tout au long de la liturgie chrétienne. Symbolisant le Christ elle devient un signe de grâce, comme un message surnaturel.

Mais ce n’est pas une rose de jardin, c’est une rose sauvage à cinq pétales, mère de toutes les roses : l’églantine qui évoque l’étoile à 5 branches symbole de la quintessence, de l’initié accompli, la tête gouvernant le corps. C’est la manifestation du développement.

Une série de transitions va ainsi se dérouler à partir de ce souffle créateur indiquant que les hommes dans leur évolution sont en recherche de sens et affinent dans une quête spirituelle, les rapports avec l’ordre social psychique et cosmique.

La fin du Moyen Âge est marquée par un courant ésotérique qui s’exprime en utilisant le vocabulaire de l’hermétisme. Dans les écrits de Rabelais et Dante, la croix évoque les quatre éléments. La ligne verticale figure l’axe du monde, elle forme le tronc de l’arbre de vie, elle devient transcendance, principe universel de toutes choses. La branche transversale se rapporte à la terre, la matière, elle est immanence, elle est la manifestation.

La cinquième essence figurant la position de la rose au centre de la croix, s’offre à notre méditation. C’est par elle que s’animent et se combinent les quatre éléments primordiaux pour donner la vie. De cette union un nouveau cycle s’ouvre.

Notre difficulté à exprimer avec des mots les mystères de l’existence a favorisé leur suggestion par des images qui en deviennent les supports. La rose, ou son image devient la fleur achevée de la perfection. Dans l’athanor les quatre éléments sont réintégrés et ne font plus qu’un. J’ouvre une parenthèse, selon la légende, la rosée dont le terme est très proche de la rose aurait fait éclore les roses de Jéricho.

Les alchimistes ont attribué une image humanisée du nombre cinq en inscrivant l’homme en croix dans le cercle. C’est une autre façon d’inscrire le crée, l’Homme, dans la totalité du Principe, le cercle.

Le rouge est une allusion aux couleurs alchimiques, marquant l’étape ultime du grand oeuvre. La matière passe successivement du noir, figuré dans le temple par l’extérieur du cube, au blanc, les parois intérieures du cube au rouge éclatant de l’éclosion de la rose. Les 3 phases du processus correspondraient aux rythmes astronomiques, nuit, aube, lever du soleil, aux cycles biologiques, vie et mort, végétale, animale et humaine.

Le 18ème grade est fortement pénétré d’alchimie. Mais cette démarche comporte bien des mystères. Elle se propose d’opérer sur une « matéria prima » afin d’obtenir à l’issue d’une série de manipulations la pierre philosophale. Mais en réalité cette matière originelle est introuvable dans la nature. La lecture d’un texte alchimique se présente à la fois comme dévoilement et occultation du secret. C’est une forme de circularité qui laisse entendre que ce secret est révélé à celui qui le connaît déjà et qui peut le reconnaître par un discours symbolique. C’est une expérience initiatique qui se veut ineffable.

Les couleurs du tablier du CRC rappellent les étapes successives de l’oeuvre. Simultanément à ce long processus de transmutation, les alchimistes aspiraient à développer de nouvelles facultés intellectuelles, morales et spirituelles. Il fallait alors parcourir plusieurs fois le processus avant d’obtenir la Pierre Philosophale.

Entourée des initiales I N R I, une chaîne de sens relit la rose, au sang du pélican et au feu du Phénix. Pour nous CRC INRI signifie que la nature est entièrement renouvelée par le feu. Sur le plan philosophique et métaphysique, il y a cycliquement alternance entre involution et évolution. Ces initiales se prêtent à de nombreuses interprétations. Les noms hébreux de terre eau air et feu se traduisent par  Iam, Nour, Rouach, Iabesha. On retrouve INRI qui indique alors les 4 éléments.

La rose sur la croix marquant le passage du 4 au 5, elle devient la clef  de la régénération. Elle indique que tout est accompli comme le signifie le GrExp au terme de la Cène.

« Du cœur de la pierre cubique a jailli la lumière et la rose à 5 pétales a fleuri au centre de la croix. »

Le cube noir ne laisse rien voir, la rose naît, renaît à chaque reprise des travaux. Elle est surplombe la croix, en saillie. Elle la domine en signe de prééminence.

Symbole de vie plaquée sur un symbole de mort, c’est la régénération issue de la putréfaction. On peut y voir la naissance de la spiritualité issue de la mort des choses matérielles. Ce n’est pas sans me faire penser à Hiram ressuscité. Un long chemin, improbable nous fait approcher du centre pour cueillir cette rose. Le CRC est convié à agir comme un levain qui serait l’amour. Il tente d’y parvenir grâce aux symboles et aux mythes primitifs. Avant d’arriver à cette croisée des chemins ou jaillit la rose, il va falloir descendre vers le chaos, déconstruire les savoirs pour les transformer en Connaissance pour enfin devenir amour. L’amour est le socle du temple spirituel qui, celui là, ne peut être détruit. Nous sommes en quête du centre, là ou toutes les représentations originelles sont en devenir. Rejoindre le centre, c’est ré-intégrer les potentialités qu’il contient. Le CRC est face à une découverte. Il existe un lieu ou la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le communicable et l’incommunicable cessent d’être perçus comme antagoniste. Le chemin est long pour parvenir à accéder à cette rose.

« Le cube est refermé sur son mystère et le dérobe au regard des non initiés »

J’ai dit

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter