18° #415012

INRI Vous avez dit INRI ?

Auteur:

B∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Dire que le rituel du 18ème grade lors de la cérémonie d’initiation m’avait quelque peu interpellé et déstabilisé moi, le mécréant, l’athéiste, l’incroyant, le sceptique, (j’en passe et des meilleurs !) est un euphémisme ! En effet, j’y avais vu une sorte de plagiat, sorte de « pâle copie » de quelque chose qui ressemblait fort à une phase importante de la pensée chrétienne, pour ne pas dire de la liturgie catholique. Ma première réaction, quelque peu iconoclaste, avait été de penser que cette « mise en scène » liturgique venait mal à propos, compte tenu de mes orientations profanes et de mon engagement maçonnique, qui, jusqu’à ce stade, se devaient l’un comme l’autre d’être hors toutes religions, tous dogmes, toutes croyances, tout parti-pris imposés.

Et tous les symboles, les mots, ainsi que la signification de la gestuelle correspondante, entendus et vus par la suite me confortaient dans cette idée que peut-être je m’étais trompé de porte en m’arrêtant à ce 18ème étage !

Mais enfin, par soucis de tolérance bien comprise et par un besoin irrépressible d’en connaître un peu plus, j’acceptais le « package » comme un « Tout » sans doute nécessaire à la poursuite de mon cheminement. La première chose que je devais faire était, bien évidemment de lire attentivement le rituel afin de m’imprégner de ce qui y est dit et d’étudier l’instruction de ce grade pour en discerner les arcanes les plus mystérieuses.

Force est de constater, après quelques années de pratique et de recherches, que le rituel du degré de Chevalier Rose Croix ne fait que confirmer, avec force et vigueur, le thème de l’amour spirituel, de l’amour de la Vérité et de la fraternité universelle réalisée par le moyen de l’Amour charitable qui est bien l’un des but de la F M.

Je précise qu’à ce stade de ma réflexion celle-ci se veut la plus objective possible et qu’elle n’est simplement qu’un constat que je qualifierai de « technique » sans pour autant qu’elle ne m’engage dans une quelconque adhésion à quelque dogme que ce soit : Je ne suis pas prêt à prendre les mots pour les idées !

Ceci étant clarifié venons-en au thème de ce balustre : « I.N.R.I. » qui parmi tous les symboles de ce grade me parait être celui qui nous offre le plus de possibilités de méditations et d’interprétations.

Que nous dit le rituel à ce sujet ? Dans la tradition maçonnique du 18ème degré du R.E.A.A. l’acronyme I.N.R.I. est censé exposer les initiales des mots révélant le sens de la parole perdue. Cette parole perdue est, nous dit-ont : « …symbole de la Tradition Universelle, manifestation de l’étincelle d’intelligence… ».

Retrouver la parole originelle, essentielle et fondamentale, le verbe fondateur pour certains, la connaissance absolue, unique et unificatrice pour d’autres, telle est la signification que nous pouvons donner à l’œuvre initiatique que le rite nous invite à entreprendre, à conduire et à réaliser dès que nous avons franchi la porte basse. Chaque degré constitue une étape de ce parcours peuplé de symboles qui sont autant d’outils devant nous permettre de réaliser une véritable ascension spirituelle.

Nous sommes donc parvenus au 18ème degré et sommes mis en situation psychologique de connaître la parole perdue, et la clé secrète qui nous est proposée pour lire cette parole est « I.N.R.I. ».

Manifestement la présence de ce cartouche posé sur la croix interroge !

II est connu dans le domaine religieux et au premier abord sa présence peut choquer l’athée que je suis. Un des intérêts est qu’il dérange, qu’il oblige à réfléchir, à chercher ses sens cachés, à reprendre l’histoire des religions, puisque c’est là qu’on retrouve principalement des traces de sa présence.

Mais quelle signification pouvons-nous lui donner ? Comment l’interpréter et que nous révèle-t-elle qui soit une vérité, sinon la vérité, la connaissance absolue ? Vuillaume note, dans son Manuel Maçonnique de 1820, que : « l’on a donné à ces quatre lettres différentes significations. Ce serait à tort qu’on prétendrait qu’elles veulent dire, comme dans le christianisme, « Jesus Nazareus Rex Judeorum », mais les autres interprétations ne sont pas plus vraies, et c’est une chose que l’on ne doit révéler que dans l’initiation ».

Si nous ne sommes guère avancés, nous pouvons retenir du propos de Vuillaume, qu’avant 1820, de nombreuses interprétations circulaient pour l’acronyme I.N.R.I, interprétations données par des auteurs maçonniques, dont certains ne manquèrent pas d’imagination ! Nous nous contenterons de celles figurant dans les rituels et les instructions qui sont d’authentiques textes maçonniques dont nous avons pu avoir connaissance.

Revenons au rituel. C’est le Chev d’Eloquence qui nous livre la double interprétation de cet « I.N.R.I », interprétations qui offrent chacune une voie différente de recherche symbolique et spirituelle dont l’intérêt est d’ouvrir l’esprit et d’être attentif à des définitions où interprétations qui ont sans doute le mérité d’exister et de donner à s’interroger. La première de ces interprétations étant d’essence chrétienne ou plus précisément christique et l’autre d’essence hermétique ou alchimique.

Même si la signification du Titulus,« Jesus Nazareus Rex Judeorum » (Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs), n’a apparemment aucun sens initiatique la lecture d’I.N.R.I. selon la première de ces voies conduit à associer l’idée de parole retrouvée à la figure symbolique du Christ et exprime, tant au plan exotérique qu’au plan ésotérique, l’écoute du message porté et proclamé par Jésus, en sa fonction d’être la réincarnation du verbe créateur. Les questions que nous pouvons nous poser est de savoir si cette parole est celle du Christ lui-même ou s’il est simplement celui qui porte et transmet la Parole et, troisièmement, si cette parole est bien celle que nous recherchons. That is the question !

Interpréter « I.N.R.I. » selon la formule d’inspiration alchimique « Igne Natura Renovatur Integra »(la Nature toute entière est régénérée par le Feu) est un apport indiscutable au rituel du 18e degré (où le Chevalier Rose-Croix – qui comme le Phénix meurt par le feu et renaîtra chaque fois le même et pourtant différent – se régénère et se purifie par la puissance du feu qu’il porte en lui) mais cet apport ne peut se comprendre que si l’on conçoit et admet que le drame initiatique, que le rite écossais propose au Maître Maçon de vivre, est référencé sur les mêmes fondamentaux traditionnels que l’alchimie et de l’hermétisme, c’est-à-dire le quaternaire des éléments : air, terre, eau, feu. Et sur un plan spirituel c’est bien ce feu intérieur qui permet notre transformation et a pour but de nous aider à trouver cette part de divin qui est en chaque être humain.

Nous pouvons dès lors admettre que le double sens que nos rituels donnent à I.N.R.I, ( vraie ou fausse parole retrouvée ?), exprime en fait, sur le plan ésotérique et symbolique, une même et seule idée, celle de la domination de l’esprit sur la matière. C’est bien au cœur de cette idée que nous pénétrons, en accédant, à ce 18ème degré. Nous sommes ici, de plein pied dans le domaine de la perfectibilité de l’homme, dans le « Temple de l’Esprit », dont les piliers sont l’Espérance, la Foi et la Charité venant transcender cet autre ternaire : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Ainsi nous sommes vraiment les Chevaliers de l’Esprit que nous prétendons être.

Mais comme le précise justement le rituel : « Notre recherche ne sera jamais terminée ».

J’ai dit Très Sage Athirsata.

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