18° #415012

La Cérémonie des Lumières

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Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepte
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus

Très Sage Athirsatha, et vous tous mes Bien Aimés Frères

Il m’a été donné de travailler ce matin sur la Cérémonie des lumières

Tout d’abord je rappellerai à la fois le contexte et les racines de la cérémonie des lumières pour ensuite en aborder la dimension symbolique.

Intégrée à la Fête Pascale et succédant à la proces sion de l’Agneau, la cérémonie des lumières est constituée d’une extinction progressive d’un candélabre à 7 branches puis en une réanimation de ces mêmes branches. Elle s’inscrit comme dans la plupart des éléments du 18ème degré dans une description imagée et symbolique de la passion et de la mort de Jésus, véritable archétype et modèle de l’initié parfait. Notre cérémonie s’inspire d’un rituel chrétien moyenâgeux dit de « l’Office des Ténèbres » apparu au VIIème siècle. Le jeudi saint, un chandelier triangulaire dont on éteignait progressivement les cierges, était placé dans le coeur de l’Eglise et symbolisait la passion et l’agonie du Christ mais aussi son abandon par les apôtres. Par ailleurs, dans une étude très détaillée sur les « Leçons de ténèbres » publiée dans Ordo Ab Chao(1), notre Frère Aubarbier relève que l’Office des Ténèbres s’inspire encore lui-même de la tradition hébraïque en associant un rituel juif souché sur « les lamentations de Jérémie» au rituel chrétien de pâque. En revanche, contrairement à notre Cérémonie, l’Office des ténèbres ne prévoit pas de réanimation des cierges. Cette dernière pourrait être inspirée par la fête juive Hanoucca. Chaque soir une bougie d’un chandelier à 8 lumières est allumée afin de célébrer le miracle de la fiole d’huile sainte du temple qui n’aurait du brûler qu’une journée alors qu’elle alimenta 8 jours durant le chandelier du temple.

Extinction et réanimation sont intimement liées à des moments de passage, de basculement où l’on évolue d’un plan à un autre et pour lequel un cycle se termine et un autre s’ouvre. Cette symbolique du passage en constitue le fil rouge. Pour comprendre ce passage, faisons un rapide retour en arrière. Depuis le 1er degré, nous cherchons à comprendre notre nature. Par la mort d’Hiram, nous sommes entrés dans cette quête ce qui nous a conduit à identifier et maitriser nos potentialités les plus lumineuses comme les plus sombres. Au plus profond de la 9ème voute, nous avons découvert la source et le principe qui nous anime. Mais, à travers les destructions successives du temple, nous avons aussi découvert que toutes nos constructions, nos croyances, nos convictions peuvent aussi devenir des dogmes si nous restons enfermés dans notre temple, centrés sur notre « Je suis ce que je suis ». Devenus « Chevaliers d’Orient et d’Occident», nous avons pris conscience de ne plus chercher à construire ou relever des temples mais à faire descendre la Jérusalem Céleste, c’est-à-dire à nous ouvrir à une nouvelle dimension, à un nouveau plan symbolisé par le passage de l’ancienne à la nouvelle loi. Pour ce faire,
nous devons nous préparer à de nouveaux sacrifices, à une nouvelle transformation de notre nature représentée par le Livre aux 7 sceaux, surmonté par un Agneau figurant sur l’avers du bijou.

Déroulons le fil de notre Cérémonie. A l’invitation du Très Sage, les Officiers vont chacun à leur tour procéder à l’extinction des lumières du candélabre en commençant par l’extérieur et en alternant gauche et droite. Chacune de ces extinctions sont ponctuées de sentences nous rappelant la passion et les souffrances aussi bien physiques que psychiques et morales de Jésus. Elles débutent toutes par la même dénomination pour désigner Jésus « celui qui». Plus tard, lors de la réanimation des lumières l’expression « la doctrine de celui qui» sera utilisée. Nous pouvons légitiment nous interroger sur les motifs de cette substitution. Pour ma part et jusqu’à présent, j’ai toujours cru, chez les auteurs du rituel, à une forme de pudeur ou de prudence pour veiller à ne pas choquer les Frères quelques soit leurs croyances et à bien distinguer religion et démarche initiatique. Mais, après plusieurs relectures attentives des livres de l’Apocalypse, cet argumentaire est très vite repoussé. En effet, l’expression «celui qui» est citée pas moins de… 58 fois dans les 22 chapitres désignant à la fois Jésus mais aussi le lecteur ou l’initié devant s’imprégner du message véhiculé. Par la reproduction de cette itération, la cérémonie des lumières s’inscrit dans une filiation directe de l’Apocalypse et invite, me semble-t-il, à vivre peut être parallèlement ou de manière superposée les 17ème et 18ème degrés. Ainsi, extinction et réanimation des 7 lumières ne symboliseraient elles pas une continuité de la prophétie de Jean de Patmos en nous invitant à en décliner sous une autre forme l’accomplissement et la réalisation de l’ouverture des 7 sceaux mais pour lequel nous n’étions peut-être pas encore préparés ou plus exactement « dignes » à en comprendre le message ? Etre « digne », c’est acquérir les qualités et l’esprit d’un personnage ou d’une fonction. Dans le livre 5 de l’Apocalypse, Jean rapporte avoir beaucoup pleuré en apprenant que personne n’avait été jugé digne de briser les 7 sceaux. Mais un Ancien lui dit : « Ne pleure pas. Voilà qu’il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David : il ouvrira le Livre aux sept sceaux». Lion de la tribu de Juda, rejeton de David et bien sur Agneau sont trois dénominations de Jésus. La Cérémonie des lumières, nous fait ainsi prendre conscience d’une part que nous devons chercher à nous élever progressivement à la dignité de « celui qui » et d’autre part de nous éclairer sur le chemin à emprunter. C’est pour cela que, contrairement dans les degrés précédents où nous endossions le rôle des personnages rencontrés, nous ne sommes ici que les spectateurs de la passion de Jésus qui reste un idéal à atteindre. Si cela n’avait pas été le cas, cela aurait rendu impossible toute autre découverte que nous réserve notre itinéraire initiatique.

Reprenons le fil de notre cérémonie. Par l’extinction des lumières, le rituel nous ramène à un état d’aveuglement spirituel. Le prologue de Jean nous le rappelle constamment « la lumière brille au fond des ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue. ». « Celui qui » a voulu éclairer le monde et les hommes de sa sublime morale, a été honni et mis à mort parce qu’il n’a pas été entendu, parce que nous ne l’avons pas entendu. Nous sommes à l’image des Pharisiens, à trop vouloir encore nous attacher à la Loi nous n’en voyons ni l’esprit, ni l’essentiel. Chevaliers d’Orient et d’Occident, nous attendons la descente de la Jérusalem Céleste alors que le Chevalier Rose Croix en ressent la présence en lui et autour de lui. L’extinction des lumières nous renvoient à notre propre apocalypse et représentent autant de souffrances qui appellent, au passage vers un nouveau cycle.

Avant d’éteindre la dernière lumière et après nous avoir rappelé l’universalité de la sublime morale, le Très Sage nous invite à «rester indéfectiblement fidèle à l’espérance de rédemption par l’Amour». Loin d’être interprétée dans une dimension religieuse du Salut, l’espérance de rédemption, symbolisée par la présence de la lumière éternelle sur la table, reste pour le Chevalier Rose Croix, l’intime et profonde conviction, en la possibilité d’une transformation, d’une métamorphose par la pratique de la loi d’Amour. Pour le prophète Isaïe, « Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais sa conversion» ce qui, traduit sur le plan symbolique, désigne avant tout un changement de regard, de perspective et de paradigme. A ce besoin correspond la réanimation des 7 lumières. Par cette réanimation, nous marquons notre désir de dépasser notre vision simple du réel pour acquérir celle que symbolise les 7 yeux de l’Agneau de l’Apocalypse, celle qui dépasse notre simple intellect et raison rationnelle pour nous ouvrir au monde et à l’autre.

Au début de cette colonne, en définissant la Cérémonie des lumières, j’ai omis d’y adjoindre la notion de renaissance. Mais c’est bien à une renaissance que nous conduit la cérémonie des lumières en suivant « la doctrine universelle decelui qui ». A l’image des outils brisés à la reprise des travaux mais qui reprennent leur forme à leur suspension, nous sommes d’apparence en tous points semblables à ce que nous étions, tout étant complétement différents, transformés car appelés à une « vie nouvelle». Nous abandonnons nos pulsions mortifères révélés par l’extinction des lumières, pour, à travers leurs réanimation, réaliser notre pâque et renaître à une vie totalement différente, neuve, régénérée, libérée et plus élevée par l’esprit parce que inspirée d’en haut. D’année en année, la cérémonie des lumières nous rappelle à notre idéal, à cette exigence de mettre nos pas dans ceux «du plus humble de tous, à nous conduire «en Christ», en agneau et en pasteur, et tourner nos regards vers la lumière, vers la vie en mettant en pratique la loi d’Amour. Le « plus humblede tous » s’est sacrifié, comme pour Hiram ce sacrifice était nécessaire pour que nous puissions entamer à notre tour cette métanoia c’est-à-dire cette ouverture du regard « au-delà » de nous, vers la vie de l’Esprit. Mais son exemple tout comme son enseignement perdurent et demeurent vivants en chacun des Chevaliers Rose Croix symbolisant le combat et le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de la Vie sur la mort. Désormais, seules comptent l’œuvre et la mission de Vie et d’Amour du Chevalier Rose Croix qu’il se doit d’accomplir, ici et maintenant.

Car si nous sommes, enfin, symboliquement en possession de la Parole de vie, de régénération, par la réanimation des 7 lumières, elle ne reste cependant que substituée. Il est de notre mission d’en propager les vertus en commençant par être davantage source d’harmonie avec le monde et ce qui nous entoure. Le Chevalier élémosinaire nous le rappelle lors de l’initiation : « l’initiation nous a permis de nous sentir partie intégrante du Grand Tout, donc responsables de son évolution. Aussi nous aide-t-elle à rendre notre esprit moins dépendant de la matière». Pour ma part, c’est de cette manière que je tente, tant faire se peut, de vivre la spiritualité proposé par le Rite. Le neurologue Robert Damasio(2) ne le dit pas autrement «le spirituel est une expérience intense de l’harmonie qui s’associe au désir d’agir à l’égard des autres avec bienveillance, générosité (…) et avec une prépondérance des affections liées à l’Amour».

Très Sage Athirsatha, et vous tous mes Bien Aimés Frères,

A186-5-1

j’ai dit

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