18° #415012

L’exil

Auteur:

P∴ N∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté – Egalité – Fraternité
Souverain Chapitre

A186-4-1

«Long est le chemin de l’exil qui mène à soi».
Tariq Ramadan

Tout aussi long sera le chemin qui nous mène de Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon -14° degré – à celui de Chevalier Rose-Croix 18°degré. Il nous faut déjà intégrer les degrés d’Exil du Rite Ecossais Ancien et Accepté constitués par les 15°et 16° degrés: Chevalier d’Orient ou de l’Epée et Prince de Jérusalem, puis conforter notre travail avec les degrés de l’Apocalypsecorrespondants aux 17° et –surprise- 19° degrés: Chevalier d’Orient et d’Occident et Grand Pontife pour embrasser parfaitement le rituel des Chevaliers Rose-Croix.

Le Maréchal de France Jacques II de Chabannes de La Palice (1470-1525) pourrait nous gratifier d’une Lapalissade supplémentaire en affirmant que la compréhension de chaque degré du R.E.A.A se prépare très tôt dans les rituels et se complète bien plus tard… Nous sommes conscients de ce phénomène et c’est pour cela qu’il serait vain de vouloir pénétrer le 18° degré alors que le Chevalier Rose-Croix est chargé d’édifier en lui-même un Temple spirituel et de prétendre aller plus loin encore sans avoir pris la précaution fondamentale de maitriser parfaitement les «degrés communiqués» qui le précèdent.

«Salomon, si sage, si vertueux d’avoir construit le Temple destiné à abriter le Nom Ineffable du Grand Architecte de l’Univers devint sourd à la voix de l’Eternel. Fier de se savoir le plus grand roi de la terre, fier d’avoir bâti ce temple qui faisait l’admiration de l’univers, il en oublia la bonté de Dieu et se laissa aller à la licence… Devant ces crimes, Dieu inspira à Nabuchodonosor, roi de Babylone, d’assiéger Jérusalem et de la détruire. La cité, son temple furent rasés jusqu’aux fondations. Les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons défendirent la ville avec courage sans pouvoir résister. Les habitants furent emmenés en captivité à Babylone. Les maçons détruisirent eux-mêmes le précieux trésor du Nom pour ne le conserver que dans leur cœur le préservant ainsi de la corruption générale. Ils quittèrent -eux aussi- Jérusalem et se dispersèrent parmi les nations de la terre pour y porter la Lumière, faire connaître la Vérité et enseigner la pure morale de la Franc-maçonnerie».

Les Chevaliers de l’Orient et de l’Epée tirent donc leur origine de la captivité de Babylone où les Hébreux sont déportés pendant soixante-dix ans.

Pourquoi vivre l’Exil dans ce parcours initiatique ? Ex cilire: «Sauter hors de» a d’abord signifié : « malheur, tourment» avant de prendre le sens  « d’expulsion de sa patrie avec interdiction d’y revenir».

Si l’exil peut représenter un échec dans le vécu et l’histoire d’un homme, cette crise de transition est pourtant utile à la construction de sa vie affective, professionnelle et sociale. Ce n’est pas pour rien que toutes les grandes cultures infligent aux hommes un passage par une forme ou une autre d’exil. L’intelligence nous invite de ne pas considérer cela comme une tragédie. Loin de là ! Si les tragédies classiques exigent unités de lieu et de temps, il en est tout autrement dans celles que l’on nous propose ici pour progresser. En effet, nous ne sommes plus dans le même lieu car nous quittons notre terre et nos habitudes avec l’obligation d’en créer d’autres. Nous ne sommes plus dans un même temps linéaire car il se crée une rupture nous obligeant à évoluer pour nous fabriquer un futur différent de celui qui aurait pu être prévu.

L’exil permet une remise en question à l’occasion de la perte des repères et doit s’achever par une transformation profonde sinon il serait stérile et ne servirait qu’à nous enfoncer dans une sorte de dépression à jamais infructueuse…

Un Exil doit toujours prendre fin grâce à l’espérance qui est sous-jacente  même si il nous arrive de ne pas toujours la percevoir. Un Autre – plus grand que nous – viendra à notre secours si nous nous donnons les moyens d’aller à sa rencontre. C’est en tout cas un des moyens de quitter une identité passée pour en construire une nouvelle nous permettant de progresser encore et toujours. «C’est avec les lumières du passé que l’on se dirige dans l’obscurité de l’avenir!»  Autant que l’initiation, puis le passage à chaque degré supérieur, cet Exil nous remet en question et doit entrainer chez nous une véritable transformation. Mutation indispensable !

L’initiation écossaise vise au perfectionnement de l’être en lui apprenant à se découvrir et à apprécier l’autre. A nous de nous accepter mutuellement en nous aimant pour agir fort de cette connaissance et de cet amour… Chacun de nous a rencontré au cours de son cheminement initiatique des périodes de doutes ou des crises  transitoires. Si l’on écarte une des raisons qui pourrait être le  manque de travail entrainant une incompréhension du Rite, nous devons être rassuré car éprouver ce sentiment d’exil fait partie intégrante du chemin.

Les 15° et 16° degrés d’Exil comme ceux de l’Apocalypse -dont il faudra dire un mot plus tard- constituent les étapes essentielles du parcours rituélique avant d’atteindre le 18° degré. Le fossé qui existe entre les degrés de perfection et les degrés capitulaires est si large que cet Exil est indispensable comme l’a été en son temps la descente au Cabinet de réflexion pour passer de l’état de profane à celui d’initié ou plus tard la descente en d’autres lieux sous les voutes sacrées…

Avant d’intégrer le Chapitre, il nous faut surmonter les obstacles, maitriser nos passions pour découvrir la portée d’un ailleurs représentés par les degrés d’Exil, pour comprendre qu’un cycle s’achève et qu’un nouveau va s’accomplir quand les sept sceaux du Livre seront rompus l’un après l’autre.

  • «D’où venez-vous? De Babylone, où nous étions captifs dans les ténèbres de l’erreur et de l’ignorance.
  • Où allez-vous? Vers Jérusalem, où nous pensons retrouver la Lumière de la tradition et de la Connaissance.
  • Que désirez-vous? La Liberté De Passer».

La question d’ordre du 14 : «J’ai à me perfectionner» incite à poursuivre le travail sur nous de façon différente. Le 15° amplifie cette incitation car le retour d’Exil entre Babylone et Jérusalem impose un combat terrible lors de la traversée du Starbuzanaï. Ce n’est qu’après avoir gagné la Liberté De Passer que la réédification d’un autre Temple pourra débuter.

Le combat que nous livrons sur nous même quand nous franchissons le pont de Gederah nous invite à la vigilance. Rien n’est définitivement acquis, tout reste à faire pour accéder à plus de spiritualité. Il nous faut retrouver les vraies racines, dépasser le temps de l’Exil et nous transformer encore.
Avec la truelle et l’épée, le Chevalier d’Orient peut glisser de la Maçonnerie de métier à la Chevalerie. L’Exil prend fin avec la descente de la Jérusalem céleste.

Les récits et les légendes qui constituent l’histoire de nos rituels ne sont que des allégories. Ne les prenons pas au pied de la lettre sans risquer de dénaturer le sens de notre démarche ! Les degrés capitulaires peuvent aussi nous remémorer des histoires et des symboles rencontrés ailleurs. Prenons garde de nos «reflexes conditionnés» en nous référant à nos métaux car ces derniers – aussi respectables qu’ils soient- ont été proposés dans des circonstances et pour des finalités différentes. Le pouvoir de suggestion des rituels d’accès à nos grades capitulaires doit être vierge pour permettre la poursuite de notre construction personnelle dans le but maçonnique initial de faire progresser l’humanité. Comme l’initiation, l’Exil nous permet de mourir et de renaître différents !

Zorobabel dont nous prenons l’identité doit pratiquer un exil intérieur qui n’est rien d’autre qu’une introspection. C’est le seul exil envisageable de notre travail initiatique. Où en sommes-nous ? Avons-nous commis des erreurs ? N’est-ce pas le moment de les corriger ? Remettons-nous en question ! Mais aussi, n’aurions-nous pas trop travaillé sur nous en oubliant l’autre? Chaque nouveau degré est une rupture qui nous transporte ailleurs à l’occasion des progrès réalisés. Ne jamais perdre l’idée que les mauvais compagnons n’ont jamais complètement disparus…

Une nouvelle spiritualité est à construire, l’Exil nous permet de passer de la matérialité à l’esprit, autrement dit de Babylone à Jérusalem, après avoir gagné l’autorisation de franchir le pont. D’où : la Liberté de Passer.

L’Exil de Babylone est exemplaire car il illustre autant la menace divine que la promesse du pardon. Le retour n’est pas le fait d’une simple décision de notre part. Il dépend d’une bonne volonté extérieure comme le démontre la parole de l’Eternel retransmise  dans le rêve de Cyrus. C’est là que les degrés de l’Apocalypse prendront toute leur importance. Il ne faut pas commettre l’erreur habituelle à propos de l’Apocalypse. Ces textes ne sont qu’un merveilleux message d’espoir. Certes la situation est difficile mais tout va s’améliorer grâce à l’intervention divine qui permettra une nouvelle vie à ceux qui le méritent… En grec ancien, apokalypsis  signifie au sens propre : «mise à nu» et au sens figuré : «dévoilement». L’Exil s’impose pour que nous nous mettions à nu avant de nous dévoiler; ce sont encore une fois les conditions fondamentales de l’espoir du «bonheur» à venir.

On ne se sort pas seul d’un exil quel qu’il soit, une main doit se tendre pour nous aider, c’est pour cela qu’il faut être prêt… Une main étrangère ou notre propre main? Pourquoi pas les deux ?

Le grade de Prince de Jérusalem pourrait se confondre avec le précédent mais il est utile pour le renforcer. Il parle de fermeté, de constance dans l’action et met à l’honneur les plus fidèles, les plus vaillants et les plus courageux d’entre nous.

Avancer sur le chemin initiatique et sortir du pays de l’Exil exigent de nombreux allers et retours et bien des batailles. Oui, en effet, attention à ne pas tomber dans un excès de spiritualité car il nous faudrait retourner à Babylone pour retrouver une nouvelle fois cet « autre » nous permettant de bâtir l’équilibre nécessaire entre notre ancienne histoire et la nouvelle qu’il nous faut enrichir dans les grades chevaleresques. Le pont est toujours là ! S’engager dans ce processus initiatique consiste à convertir l’ancien frère que nous étions avant l’Exil en un nouveau frère métamorphosé en Chevalier.

«Long est le chemin de l’exil qui mène à soi». Oui, certes mais c’est le meilleur  moyen d’aller à notre rencontre pour un jour devenir «Le plus humble de tous»…  Foi, Espérance et Charité sont les vertus morales que chacun se doit de pratiquer envers autrui, le: «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse» prend toute son importance pour le Chevalier Rose-Croix. Il est maintenant question d’Amour, de sacrifice, de don suprême et d’Espérance, des concepts que nous avons déjà croisé dans notre parcours initiatique et sur lesquels nous avons déjà du réfléchir. Dans ces grades dits Capitulaires, en passant de l’Ancienne à la Nouvelle Loi, nous devons intégrer ces vertus, ces lois spirituelles et surtout les pratiquer au quotidien. C’est pour cela que la transformation opérée lors de l’Exil est essentielle sinon comment s’acquitter de cette nouvelle tâche proposée par le Rituel ? Tâche difficile et ambitieuse, mais tâche exaltante qui doit être marquée par le désintéressement total du Chevalier.

Avec les degrés d’Exil, le rituel marque le passage de l’ancienne Loi à la nouvelle Loi. La première nous montre le chemin de la Source divine avec le respect et la fidélité aux lois de la création. La seconde prolonge ces règles en faisant pénétrer l’éternité dans la vie terrestre par l’éveil de notre Etre qui va s’ouvrir à l’Amour. En recevant la Lumière d’en haut dans le cœur, le maçon se prépare à vivre son éternité en bas… Signe et contresigne !

Très Sage Athirsata et vous tous mes Frères Chevaliers Rose-Croix,

J’ai dit,

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil