La croix, le chevalier et la rose
S∴ W∴
Introduction
Quand ce sujet m’a été donné, excusez ma faible vivacité d’esprit mais je n’ai pas vu tout de suite le sens ni le rapport entre ces trois mots, non découragée, tel le célèbre bourgeois gentilhomme et sa marquise aux beaux yeux qui lui font mourir d’amour, je me lance dans un algorithme récursif et impulsif ; la croix, le chevalier, la rose ; la rose, le chevalier, la croix ; le chevalier, la rose, la croix, bon sang mais c’est bien sur le chevalier Rose-Croix.
Ne croyez pas cette introduction inutile, car tout mon propos va aller la ou désormais, je souhaite aboutir : au chevalier Rose-Croix.
Examinons ces trois mots dans l’ordre qu’il m’a été donné.
La croix se trouve dans le sanctuaire face aux colonnes, avec les initiales I.N.R.I. et une rose rouge au centre. Tout comme la rose, La croix est un symbole universel, l’un des plus anciens, formée par la rencontre de deux lignes égales qui se croisent en un point central à partir duquel se dessinent 4 directions. Le nombre quatre se retrouve dans nombreux éléments : quatre saisons, quatre points cardinaux, quatre phases lunaires, quatre vents. Elle est avec le carré, le cercle et son centre un des symboles fondamentaux de l’humanité, elle est l’esprit sur la matière, Ces notions sont à notre niveau acquises depuis longtemps notamment dans le 5ème degré, je n’y reviens donc pas.
Qui dit « croix » entend christique dans notre civilisation, c’est un réflexe que je n’ai pas spontanément. Même si les lettres INRI y sont inscrites, leur interprétation est tellement diverse que la piste de Nazareth est loin d’être la plus courante. J’écarte de mon sujet toutes les croix qui ont été l’objet de vastes travaux et aux symboliques très diverses qu’elles soient croix Latine, de lorraine, papale ou de saint André, grecque, ansée ou pattée ou encore inversée comme le tau. Seule la forme potencée représentée, et choisie, sur le tablier de notre chapitre retient mon attention.
Je ne peux la regarder sans qu’elle me fasse penser à la croix scoute pour moi qui était guide. C’était en fait la croix des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, emblème repris par les scouts en ajoutant une fleur de lys symbole de royauté, (nous ne sommes pas loin de la rose) et la devise « être prêt » nous ne sommes pas loin non plus du don de soi de la chevalerie. Nous retrouvons ici la symbolique de l’union des contraires. La verticale et l’horizontale qui se croisent en leur milieu avec la notion de centre où s’appuie cette fois la rose, symbole de l’amour. C’est somme toute le lien entre l’homme représenté par la croix et la rose évoquant la nature et l’univers.
Mais cette croix assez spécifique est marquée par un arrêt à ses extrémités, sa taille n’est donc pas infinie mais définie. C’est une horizontalité et une verticalité limitée, comme si nous étions limités dans l’espace, confinés dans un espace restreint, voir clos. Je ne peux m’empêcher de penser que l’amour est enfermé dans un vase clos, l’amour serait il exclusif ou l’amour nous renfermerait il sur nous même comme pour ne plus appartenir au monde ou encore cette barrière pourrait nous renvoyer inlassablement au centre, notre centre dès que nous voulons en franchir ces barrières, comme un mouvement pulsatile, comme notre cœur qui bat. Cœur, amour tout ce symbolisme va ensemble.
On peut la rapprocher la croix potencée de la svastika, rendue sinistrement célèbre, qui donne en plus un effet giratoire à la croix, symbole de dynamisme, d’action qu’il soit dextrogyre ou lévogyre. Cette svastika est très souvent représentée au centre d’un labyrinthe, la aussi notre labyrinthe. A nous de choisir la bonne attitude, celle de s’en sortir ou celle de s’y perdre.
Le Chevalier
Ma référence de chevalier, c’est celui du feuilleton : Ivanhoé, héros du moyen âge et de mon enfance. Ses deux attributs principaux étaient son épée et son cheval, mais j’ai aussi, bien sur, le souvenir de cette grande lance pointée vers le ciel quand elle se voulait pacifique, pointée en avant lorsqu’elle se voulait agressive.
Son cheval pourrait me faire penser à une sorte d’assise sociale, d’ailleurs à l’époque, il fallait être noble (mais pas obligatoirement) pour être adoubé, et riche pour avoir un cheval. Au delà de cette notion, le chevalier m’inspire le mot justice, le mot rigueur et le mot force allant même dans mon imagination d’enfant jusqu’à l’invincibilité. Les héros ne meurent jamais, c’est bien connu.
On imagine sans mal que pour être fait chevalier, il faut être reconnu d’en être digne par ses pairs. Force physique dans la tradition mais surtout valeurs morales et spirituelles sont censées être acquises avant d’espérer être adoubé.
Oui, on peut apparenter la Chevalerie à une nouvelle initiation. Mais l’accès à ces grades, chez nous capitulaires, est tout particulier. Nous avons connu une initiation que je qualifierais d’opérative pour rendre apte à apprendre le métier, celle de l’apprenti et du compagnon avec ses outils. Tout comme, il y a des initiations spirituelles pas toujours propres aux religions, il y a une initiation de nature chevaleresque lorsque nous avons été reconnus dignes de l’être ce qui ne signifie pas qu’elles soient incompatibles les unes avec les autres. On peut trouver un bâtisseur, un prêtre, un chevalier, dans une enceinte sacrée en même temps, il est bien de penser que cette enceinte est bâtie par les premiers, Sacralisée par les deuxièmes et gardée par les troisièmes.
Mais quel est le rôle du chevalier ?
Apprendre l’art de la guerre certes mais dans un souci de justice et de rigueur. Défendre la paix, combattre le chaos, protéger les faibles et protéger l’homme de son naturel souvent destructeur, voilà des actions nobles. Faire éclater la justice face à l’oppression, chose d’autant plus difficile que nous avons les armes à la main et que nous pourrions être tentés de nous en servir pour de mauvaises causes. C’est bien là toute la représentation de mon serment maçonnique lors ma réception en tant que Chevalier d’Orient et d’Occident, je cite « Sur ce glaive, symbole de la Force mise au service du Droit, je promets de soutenir la cause du faible et de l’opprimé ». Cette épée dont on nous a appris en Loge bleue qu’elle captait la lumière sert notre chevalier à combattre les ténèbres.
Le mot chevalier m’évoque aussi la notion du don de soi. Le don de soi jusqu’à la mort souvent dans la tradition, on ne nous en demande plus tant actuellement. Je dirais plus simplement que nous faisons désormais passer l’intérêt général avant nos intérêts particuliers. Comme le chevalier, il nous est demandé de nous vouer essentiellement à la défense du bien commun. Cela peut signifier simplement mutualiser nos efforts, être solidaires entre nous, respecter notre environnement.
Si nous allons un peu plus loin dans le raisonnement, le chevalier peut œuvrer comme médiateur entre deux parties, capable d’écouter et d’entendre les deux protagonistes, doué d’intelligence pour comprendre les tenants et les aboutissants, d’impartialité essentielle à toute bonne justice. Et puisque nous sommes au stade de la médiation, pourquoi ne pas l’appliquer à soi même, une médiation intérieure apte à rendre la paix à notre conscience. Enfin, mon propre chevalier idéalisé, est aussi libre, désintéressé, loyal et généreux, toutes qualités que nous voudrions rencontrer dans chacun, toutes qualités que nous voudrions avoir.
Etre maitre, c’est se maintenir; Etre chevalier, c’est se surpasser.
La rose
La rose apparaît sur le tableau de loge au centre de la croix et elle apparaît aussi dans le nom du chevalier Rose croix. En disant qu’elle est une forme très élaborée de l’Eglantier, je ne vous apprends rien. Je vais vous épargner l’énumération stérile des multiples interprétations symboliques que la rose peut évoquer de tous temps, de toutes les traditions et de toutes les civilisations, ni tous les écrivains qui s’en sont servi pour métaphoriser leurs propos, je n’exposerai donc que ce qu’elle m’inspire personnellement.
Ce qui saute aux yeux en premier lieu est la beauté, Comme si la nature était en recherche de perfection, et comme nous avons l’habitude de le dire : ne jamais l’atteindre. Une beauté qui peut engendrer la vanité ou la jalousie des biens de ce monde.
Mais cette beauté est rendue éphémère par sa fragilité, je nous renvoie à RONSARD. la rose résume en elle la vie qui passe terriblement vite, la vieillesse qui exprime la fragilité de l’existence humaine. La rose révèle les instants précieux, le temps qui passe et qu’il ne faut pas gaspiller car il nous est compté. Elle me rappelle cette phrase entendue l’année dernière sur les ondes « Quand on ne peut donner de jours à la vie, donnons de la vie à nos jours ». La rose est aussi le symbole de l’amour, fil rouge du 18ème degré.
L’amour c’est aller au delà de la fraternité, au delà de l’amitié. L’envoi de roses reste toujours le symbole d’un message délicat qui permet d’exprimer ses émotions sans avoir besoin d’en parler. C’est le langage des fleurs, un langage universel et bien codifié.
La rose m’inspire aussi le respect, la pureté, la passion et l’harmonie, telle la rose que nous remettons à la personne que nous considérons la plus importante dans notre vie le jour de notre initiation, comme l’emblème d’une union parfaite à laquelle nous souhaitons travailler. « L’amour de nos semblables, c’est cela qui a été perdu » nous dit le rituel, perdu avec la mort d’Hiram, devons-nous comprendre. Parce que je pense que l’amour est fait certes de sentiment mais aussi de beaucoup d’intelligence, il n’est pas toujours facile d’aimer.
Conclusion
Nos connaissances intellectuelles ne valent que par l’action qu’on leur donne sur notre conduite de vie, sur l’acquisition de qualités morales et spirituelles toujours grandissantes. Le but de la franc-maçonnerie, c’est important de toujours le rappeler, est d’ouvrir des portes vers une vie meilleure, ici et maintenant, tournée vers plus d’humanisme, que ce que nous pouvons rencontrer autour de nous dans le monde profane.
Lorsque je suis parvenue au 18ème degré, un maçon m’a soufflé au creux de l’oreille, maintenant tu n’es plus au collège ni au lycée, tu es à l’université. Plus d’instruction, beaucoup de travail personnel mais aussi peut être, un devoir d’instruction envers les autres ai-je pu comprendre.
Nous devons tous être conscients du bagage de symboles qui est sous notre maîtrise, d’idées et de conceptions que nous avons reçu jusque maintenant ou mieux que nous nous sommes volontairement appropriés ; cabinet de réflexion, équerre et compas, lettre G et acacia, sont une préparation indispensable pour celui qui veut comprendre clairement le Phoenix, le pélican, le chevalier, la rose et la croix que je viens de traiter…OH me direz vous ? Nous pourrions avoir appris tout cela sans être initié, mais avouons que cela ne représente pas la majorité de l’humanité.
La Franc-maçonnerie a, apparemment, laissé de coté l’occultisme et la pensée ésotérique du Chevalier Rose-croix, pour n’en garder ouvertement que le symbolisme, c’est ce que j’ai fait aujourd’hui. Oui la maçonnerie moderne pourrait dégager ses membres de toute obligation théologique, mais la tradition maçonnique nous empêche de faire de nos ateliers des temples de l’athéisme et du matérialisme, ce serait se désavouer nous même que de ne pas savoir y accueillir l’ensemble des traditions symbolistes qui nous ont précédé.
Le 18ème degré que nous revêtons ce jour, nous permet de porter le sautoir rouge du feu qui fait battre nos cœurs et qui les enflamme mais qui nous impose en même temps des devoirs nouveaux.
Les chevaliers Rose-croix sont les inspirateurs de nos chapitres modernes. Ils représentent la libre croyance et la négation d’un pouvoir absolu surtout parce qu’il est absolutiste, ils prônent l’amour et la liberté de conscience. Ils nous donnent confiance en nous et en l’humanité, vénèrent la nature, son universalité et son cycle éternel, ils nous apprennent le dévouement qui va plus loin que le devoir, Ne serait ce que pour cela, ils ont droit à notre souvenir et à notre reconnaissance.
Par le signe et le contre signe, je relie le ciel à la terre, je relie l’homme au divin, par la croix j’unis le vertical et l’horizontal, et le mot sacré « Emmanuel » qui représente le divin que je porte en moi qui suis athée mais qui représente pour moi l’amour universel.
Je réponds Paix Profonde TSA