Le 3ème temple
J∴ G∴
Le 3eme temple sera fondé sur la nouvelle loi : l’autorité et la justice y seront tempérées et sanctifiées par l’amour.
En préambule à ce travail, permettez-moi de citer, car sa réflexion a son importance dans le thème de la planche qui nous préoccupe aujourd’hui, notre F R B qui énonce : « Selon la vision de l’alchimiste, l’homme est victime d’une chute, partant d’un état initial de grâce et de perfection qui tombe dans un état de dégradation et de ténèbres. Le but poursuivi est celui de la régénération, par un retour à l’état primitif ». Voilà énoncé en quelques lignes, le postulat même de tout cheminement initiatique, qu’il soit maçonnique ou autre.
La mort et la renaissance symboliques.
Transmutation parfaitement explicitée par l’aphorisme hermétique « INRI », « Igné Natura Rénovatur Intégra », qu’il nous est permis de découvrir au dix-huitième degré, et qui illustre parfaitement le thème de l’évolution progressive par un incessant renouvellement. La croissante métamorphose par l’initiation de l’homme originel que nous étions, souillé par les impuretés des séquelles originelles et les accidents de notre parcours profane en notre milieu naturel.
En quelque sorte, la quête de soi par sa propre désagrégation. Cette quête qui sera graduée à travers nos initiations successives, pour prétendre arriver pourquoi pas, à la pleine connaissance de son entité. En espérant pouvoir parvenir à la mutation de nos métaux « vils », qu’ils soient innés ou acquis depuis notre naissance première, capables grâce à cela, à se faire « nobles » par notre mort et notre résurrection symboliques.
D’où la nécessité de l’art et d’une seconde naissance pour les ennoblir.
L’alchimie enseignait l’unité de la matière, ce qui conduisait à la transmutation des métaux pour aboutir à l’or qui en était la manifestation la plus parfaite. Mais sur cet aspect matériel s’était greffé une conception philosophique qui disait que le but n’était pas de faire de l’or dans un creuset, mais bien dans l’homme lui-même. Je cite : « Qu’il se débarrasse donc de son plomb, de ses scories, de ses ténèbres afin d’accéder à la lumière et faire de lui un être nouveau alors, ayant découvert son or, il retrouvera son état original ».
L’alchimie ainsi expressément exposée et comprise devenait un art initiatique. Je ne voudrais point ici comparer l’alchimie qui est une science physico-chimique ou plutôt et surtout une mystique expérimentale, à l’initiation symbolique maçonnique, mais il est tentant d’envisager le parallèle en abordant ce grade de Ch Rose+Croix.
Car effectivement ici, si ce ne sont les moyens, les fondements convergent.
L’alchimie, par sa nature à la fois matérielle et spirituelle observe principalement les relations entre la vie des métaux et l’âme universelle. Elle désire délivrer l’esprit par la matière et délivrer la matière par l’esprit. Elle propose à l’homme de triompher du temps ; elle est une recherche de l’absolu. L’alchimiste, à l’instar des postulants à l’initiation, mobilise toutes ses forces intellectuelles et spirituelles, claires et obscures, pour atteindre à l’illumination. Celui-ci doit s’arracher à son temps et plus encore à lui-même : oublier pour se souvenir. Il doit s’oublier pour se retrouver.
Que nous propose l’initiation maçonnique en général et plus particulièrement la symbolique du grade de Ch Rose+Croix, ci ce n’est cette réalisation spirituelle, ce travail intérieur à accomplir sur nous même pour dissiper les ténèbres et percevoir la nouvelle aurore que certainement nous portons en nous ? Cette nouvelle aurore, cette Loi nouvelle qui doit nous apporter la délivrance. Le 17ème degré amorce déjà l’avènement de la nouvelle Loi donnant l’entrée aux travaux mystiques des Ch Rose+Croix.
Ce grade annonce le tournant important dans la symbolique générale du Rite Ecossais Ancien Accepté. Il n’est plus question cette fois du Temple de Salomon, ni du Second Temple bâti par Zorobabel, mais de la Jérusalem céleste annoncée par saint Jean dans l’Apocalypse.
Les Chevaliers d’Occident, s’unissant ainsi aux Chevaliers d’Orient, créèrent un Ordre nouveau, celui des Chevaliers d’Orient et d’Occident, travaillant à faire jaillir la lumière du sein des ténèbres de la nuit et à construire la fraternité réelle, pour qu’elle s’enracine dans les coeurs et dans les esprits.
Au cours de cette nouvelle initiation ! Combien importante, nous allons franchir le seuil qui sépare le temporel du spirituel, dépasser cette limite où s’opère la mutation de la Franc-maçonnerie opérative, celle des bâtisseurs, en Franc-maçonnerie spéculative. Nous allons cesser de construire pour nous construire.
Pour ce faire, le cheminement a déjà commencé dans les degrés précédents, le rituel est là pour nous le rappeler, je résume : Il nous a été permis au 13ème grade déjà, dans le temple d’Enoch, de découvrir, sans pouvoir le lire et encore moins l’interpréter, le tétragramme annonçant la Parole.
Puis au 15ème
degré, les Chevaliers de l’orient ou de
l’épée, après la ruine du premier
temple de Salomon, reconstruirent le Temple sous la direction de
Zorobabel. Ils travaillèrent à édifier
le Temple et les murs de la ville de Jérusalem, tenant
l’épée d’une main et la truelle de l’autre.
Malgré leur vigilance, ils ne purent empêcher la
ruine de la maison de dieu.
Le second Temple avait, comme le premier, été élevé sur le fondement de l’ancienne Loi qu’animait une volonté de puissance et d’hégémonie.
Lui aussi s’effondrera.
Les Maçons avaient négligé leurs ouvrages. Ils avaient laissé à l’abandon le précieux édifice qu’ils avaient élevé avec tant de peine. Ces ouvriers sages et courageux s’étaient corrompus, ils devinrent rebelles à la raison et à la justice.
La rigueur et la beauté avaient laissé la place à la discorde et au vice. La force régnait partout. La lumière qui les éclairait s’éteignit. Les ouvriers furent égarés dans les ténèbres qui couvrirent la terre. Les outils de la Maçonnerie furent dispersés. L’Etoile Flamboyante cessa de briller et la Parole fut perdue. Cette Parole autrefois si puissante, ne peut plus : à présent convaincre les hommes, car l’ignorance et la douleur sont devenues leur sort.
Malgré ce, quelques Maçons, eux aussi, égarés dans l’obscurité où leur négligence les avait plongés, partirent à la recherche du « MOT », car n’est-il pas dit « chercher »et « vous trouverez ». Ils apprirent aux autres que la méthode pour le trouver et pour le garder était de connaître les trois piliers « de la Foi, de l’Amour et de l’Espérance » et d’embrasser la Loi Nouvelle afin de découvrir les règles à suivre dans leur vie et dans leurs actes. Et de part leur persévérance, l’Etoile Flamboyante retrouva alors sa splendeur, et la Parole fut retrouvée.
Depuis, les Maçons ne construisent plus des édifices matériels ; Leurs travaux sont d’ordre spirituel. Ils les conduisent par la Tempérance, la Prudence, la Justice et l’Endurance.
Ch Rose+Croix, mes BB AA FF, guidés par nos aînés, nous voici enfin libérés des ténèbres, débarrassés en principe, de nos erreurs, de nos préjugés et de nos passions, mais aussi des tyrannies et autres obstacles de toute espèce, qui nous empêchaient jusqu’à présent de discerner la Vérité.
Connaissant maintenant les règles à suivre dans notre vie et dans nos actes, soutenus par les trois vertus théologales, « FOI », « AMOUR », « ESPERANCE », nous sommes à même d’aborder l’entrée aux travaux mystiques de l’Ordre.
Nous avons pour ce faire, la connaissance de la Parole et l’assistance de la Loi nouvelle. Cette Loi nouvelle, où l’autorité et la justice seront tempérées et sanctifiées par l’Amour. Cette Loi d’Amour, tant attendue, qui va nous permettre grâce à la modération et l’ennoblissement d’une équité retrouvée, d’édifier le Temple de l’Humanité, et notre temple intérieur par contre coup. Exister et vivre en harmonie dans un monde rassurant, apprivoisé et apaisé, en parvenant à la connaissance de celui-ci et par réciprocité, à la connaissance de Soi.
C’est là, à mon sens, par opposition à la force et à l’agressivité qui ont pu précéder, qu’il est fondamental pour parvenir à entreprendre cette nouvelle construction allégorique, que la tempérance et l’acte d’amour deviennent des absolus, en trouvant leur résonance essentielle. La sanctification ou plus justement, la mise en état de grâce par l’ennoblissement, de l’autorité et de la justice annoncées, ne pouvant que découler de ces impératifs.
Nous voici à présent parfaitement conscients du rôle et de là mission du Chev R+C Nous savons aussi, hormis dans le cercle restreint de notre entourage immédiat, toute la problématique qui se posera à nous quant à l’application et au vécu de cet amour en société et les situations complexes qu’il nous faudra assumer et gérer.
Kant affirme : « L’amour n’est pas un commandement, c’est un idéal. On ne naît pas vertueux, on le devient. L’amour vient du sentiment bien plus que de la logique ».
Je suis tout à fait disposé à le croire, car prôner le contraire, pour tout homme tant soit peu raisonnable, relèverait d’une indéniable mauvaise foi ou de la plus angélique des naïvetés. Cependant, comme dit notre Rituel du 16ème degré, Prince de Jérusalem, « II n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».
La tache n’est certes pas facile, mais par l’engagement qu’il a contracté, le Chev R+C, se doit d’abandonner son ego pour aller vers l’autre, se mettre à sa place afin de percevoir ce qu’il ressent. Cela lui permettra de prendre conscience du monde et de la société qui l’entourent. Cet élan vers l’autre admettra, par réciprocité la découverte de soi même. C’est par cette démarche de l’appréhension d’autrui que peut commencer l’acte d’amour, car la connaissance engendre l’appréciation qui annonce certainement l’amour.
RABELAIS disait fort justement, « l’amour ne suffit pas, il faut aussi y adjoindre la connaissance ».
Le prélude à l’amour peut prendre la forme de l’amitié, liant les membres d’un groupe restreint par une Solidarité fraternelle, par une disposition à vouloir le bien de l’autre, par un attachement à des valeurs communes.
Cependant, cette forme d’amour n’est valable que si elle tend à être partagé avec le plus grand nombre en étant exportée vers l’extérieur du cercle, de façon à aider à améliorer l’homme et la société.
Ne travaillons nous pas à réaliser la Fraternité universelle ? Il nous faudra alors, pour prétendre aborder cette Fraternité universelle, surpasser nos mesquines habitudes, pour parvenir au-delà de cette naturelle amitié prodiguée à notre entourage familier, la pousser plus loin, vers l’autre, cet inconnu.
Sans cela, comment prétendre honorer l’engagement pris lors de notre initiation originale, si nous sommes dans l’impossibilité d’aimer cette humanité et tous les hommes qui la composent. Nous disposons pour cela, à notre, degré, mes BB AA FF Ch, comme les téméraires chevaliers qui s’extirpèrent des ténèbres pour partir les premiers à la recherche du « MOT », des trois piliers qui ont été rallumés, « FOI », « AMOUR », « ESPERANCE ».
La FOI en l’homme et en l’humanité, car nous n’ignorons pas que les hommes sont perfectibles et qu’ils peuvent, s’ils l’ambitionnent maîtriser leur destin.
L’AMOUR, qui ne peut être que ce sentiment spontané de partage désintéressé et de bienveillance mutuelle qui établi le lien entre tous les hommes.
L’ESPERANCE enfin, de parvenir à réaliser une société d’hommes libres et égaux, respectant l’identité et la dignité de chacun, dans une société qui assurerait la garantie de la diversité dans la tolérance et le respect de l’autre.
L’ESPERANCE d’exiger la responsabilité des actes de chacun, qui sans cela se diluent dans l’irresponsabilité générale de la société actuelle et arrive à ne plus concerner personne.
L’ESPERANCE de restaurer la notion de devoir civique en assumant pleinement ses devoirs de citoyen.
L’ESPERANCE de réanimer la démocratie par le dialogue en diffusant les valeurs qui sont les nôtres, pour lutter contre l’indifférence, la résignation, l’exclusion et la haine.
Pour nous, l’amour ne doit pas seulement être une qualité morale, ce doit être aussi une certaine forme de conduite et d’art de vivre. L’amour est plus qu’un sentiment, c’est une philosophie de la vie.
C’est aussi l’attachement désintéressé à des valeurs comme la recherche de la vérité, la justice, la tolérance, la défense de la liberté et de la démocratie. Mais, tous ces bons sentiments et bonnes intentions, ne sont-ils pas, mes BB AA SS et FF Ch que douces rêveries ou simplistes illusions ?
Ce Temple symbolique que nous avons la prétention de construire n’est-il pas une utopie en marche qui évolue en fonction des tensions et des problèmes de la société, une chimère qui doit prévoir et précéder nos besoins et nos aspirations ?
Vous avez dit « LIBERATION ? »
N’est-on pas au contraire entrain de nous fondre dans un moule social et culturel imposé par la pensée dogmatique de la nouvelle société libérale contemporaine, société du politiquement correct et de la pensée unique ?
La Parole a-t-elle été réellement retrouvée ?
Il est vraisemblable qu’elle ne le sera jamais… Et c’est peut-être très bien ainsi.
Elle n’est qu’un symbole. Certainement un des plus grand et des plus beaux de la maçonnerie, celui d’une quête incessante que les hommes poursuivent depuis la nuit des temps. Pourquoi alors, vouloir mettre un terme à une si palpitante aventure humaine ?
Ch Rose+Croix, mes BB AA FF.
J’ai dit.