18°
#415012
La liberté de passer
F∴ L∴
A LA GLOIRE DU GRAND
ARCHITECTE DE L’UNIVERS
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE IUS
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil National de France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE IUS
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil National de France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Grand Elu de la Voûte Sacrée, fort de mes trouvailles, j’avais affirmé mon identité : « Je suis ce que je suis ».
Prisonnier de ma condition, pleinement responsable de ma soumission, j’avais alors prononcé la parole libératrice :
« En Soph ».
Mais Chevalier de l’Orient et de l’Epée, je dois retourner, dénué d’illusions, dans un monde de servitude, en captivité à Babylone.
La légende du 15ème degré s’inspire d’évènements historiques :
Après la destruction du Temple, les juifs ont été conduits en captivité à Babylone.
70 ans plus tard, leur Prince, Zorobabel, est autorisé par le Roi de Perse, Cyrus, à retourner en Judée avec tout son peuple pour y reconstruire le Temple du Roi Salomon.
Cyrus, qui avait été interpellé par un songe prémonitoire, consent également à leur restituer les trésors dérobés dans le premier Temple.
Et oui, Le bourreau est parfois celui par qui la liberté peut advenir !
Au travers de cette légende, ce qui m’est proposé symboliquement, après m’être perfectionné dans les précédents degrés, c’est defaire les preuves de mes connaissances acquises en les alliant avec les vertus requises à ce premier grade chevaleresque :
Rigueur, fermeté, vigilance, honneur, fraternité, et surtout loyauté, cette loyauté qui interdit tout mensonge, et toute lâcheté, sources de rejet, de supplice, de parjure.
Une nouvelle volonté doit m’animer, celle de surmonter l’adversité, de triompher des obstacles : je suis « Chevalier, homme de devoir ».
Bâtisseur, j’ai vécu la destruction du Temple, l’exil et la captivité, et grâce à la libération autorisée par Cyrus, je vais pouvoir enfin construire, reconstruire, poursuivre inlassablement l’œuvre entamée au nom du GADLU.
Mais avant cela, je vais momentanément oublier le divin pour adopter une stratégie guerrière de reconquête, je deviens « Chevalier Armé », j’entre dans une logique d’honneur et de combat.
Pourquoi, parce que sur le chemin qui les mènent à Jérusalem, Zorobabel et ses compagnons, qui poursuivent leur route, sont assaillis par des ennemis en arrivant au Pont de Gandara, et là, ils doivent livrer bataille.
Au cours du combat, dont ils sortiront vainqueurs, Zorobabel abandonnera la bague et le ruban que Cyrus leur avait donnéspour les protéger et leur ouvrir le passage.
On comprend aisément l’allégorie : « Passer le Pont », c’est s’autoriser, se donner les moyens, avoir la force, le courage de franchir l’obstacle, c’est le laissez-passer pour la terre promise, vers la lumière nouménale, une certaine forme de transcendance qui nous envahie.
Mais pour passer ce pont, je dois me faire violence, je dois faire preuve de volonté, d’une profonde détermination, car encore faut-il passer !
Ce qui me rappelle d’ailleurs ma propre condition passée de Maitre Secret, bloqué devant la balustrade qui barrait l’accès du Saint des Saints, muni de la clé d’ivoire qui ne me permettra que bien plus tard de m’en approcher.
En revanche, le fleuve Starbuzanaï, lui, est un obstacle, certes, mais il n’est pas infranchissable.
Passer d’une rive à l’autre, c’est aussi passer de la terre au ciel, d’un état humain à un état supra humain, d’un monde sensible à un monde supra sensible, jonction entre le monde manifesté et le monde non manifesté, c’est là aussi tout le caractère périlleux d’un voyage initiatique : car il s’agit bien là d’une victoire sur soi-même, autant physique que spirituelle.
Et ce trésor, que Zorobabel va devoir transporter, autrefois bien à l’abri, se retrouve exposé en pleine lumière, certes, mais aussi et surtout à l’intérieur de lui-même.
Car c’est là qu’est la vraie richesse, au fond de soi, même si elle peut resplendir aux yeux de tous.
Ce pont de Gandara est le lien, l’axe reliant qui matérialise la voie à suivre, qui demande un engagement plein de sérénité et de courage, engagement sans limites, qui impliquera, on l’a dit, l’abandon de la bague et du ruban, symboles mêmes du renoncement aux honneurs, ces métaux représentant encore et toujours les manifestations de notre Ego.
On le ressent bien, la pierre n’est pas encore totalement en rapport avec sa destination.
La bataille que je livre contre moi-même n’est pas terminée, la purification est toujours à parfaire, le Temple est loin d’être achevé.
Ces dernières années de perfectionnement maçonnique m’ont enseignées que rien ne s’obtient sans effort et sans combat, sans persévérance, sans sacrifice donc, et de surcroît pas sans les autres.
On ne progresse pas sans peine, et bien comme Zorobabel et ses compagnons, moi aussi, je sortirai transformé par toutes ces épreuves vécues.
Je suis parfaitement conscient que je dois avancer en oubliant les dangers, parce que cette perspective de bâtir est stimulante, que je dois me mettre en mouvement, accepter d’abandonner certaines facilités, partir vers l’inconnu, voire la mort s’il le faut. Notre parcours nous a déjà fait mourir plusieurs fois !
Je me destine à un acte sacrificateur, parce que je pense disposer des vertus suffisantes, me considérant moi-même humblement comme exemplaire, ou faisant tout pour l’être, en digne successeur de notre Maitre Hiram.
Ce qui fait que nous sommes différents, nous, Chevaliers de l’Orient et de l’Epée, c’est qu’alors que certains hommes n’oseraient jamais traverser le pont de Gandara, qu’ils refuseraient de se remettre en question, qu’ils refuseraient d’admettre l’existence d’une vie intérieure, nous, mes FF., depuis le jour où notre parrain nous a « reconnu », nous sommes passés d’une dimension ordinaire à une dimension initiatique, en nous reliant avec le GADLU.
Ce qui me rend différent, c’est qu’aujourd’hui, me voilà debout sur l’autre rive, libéré de toute attache, de toute richesse illusoire, « j’ai la liberté de passer » à un autre état : du matériel au spirituel.
J’ai abandonné mes croyances primitives, ma foi s’est révélée, hors des passions. Je suis prêt pour reconstruire le Temple, serviteur d’un combat incessant à la recherche d’un absolu.
Pour autant, cette logique d’honneur, de combat, ne m’impose pas de foncer les yeux fermés, de vouloir tout bousculer sur mon passage.
Il est bien sur nécessaire de comprendre, d’intégrer lechemin que je dois suivre, de conserver précieusement le but ultime à atteindre, ce trésor enfoui dans mes entrailles, de garder ma liberté d’agir, de penser, de « passer » !
Et pour cela, une des clés ésotérique est que je dois être en accord avec moi-même, avec les autres et avec le monde qui m’entoure.
Car je ne me situe pas dans une action purement individuelle, bien au contraire, le succès de mon action, de cette bataille livrée avec mes frères d’armes, vous tous ici réunis, réside dans notre union, j’ai brandi mon épée pour défendre ma liberté, certes, mais aussi celle des autres, de tous les autres, de nous tous, pour construire ensemble.
Dans ma main gauche, cette épée que je brandis, auparavant symbole de justice, évoque ici et maintenant la lumière, la spiritualité, la bataille intérieure que je mène pour être vertueux, tandis que dans ma main droite, la truelle que je tiens fermement n’est plussymbole de la matérialité d’autrefois, mais elle est la représentation de la puissance créatrice, l’outil qui réunit, qui fusionne, qui cimente, soude les divers comportements de l’être humain, comme ceux des êtres humains entre eux, à l’image des pierres de l’édifice ou encore de notre chaine d’union.
Voilà, mes FF., comme vous l’avez compris, l’exilé de Babylone qui n’était autre que l’exilé de lui-même a appris à se retrouver au plus profond de son être.
Maintenant le Chevalier de l’Orient et de l’Epée que je suis va pouvoir poursuivre individuellement le travail entrepris collectivement.
J’ai dit.