18° #415012

La Loi d’amour est-elle seule porteuse d’unité entre les frères et entre les hommes ?

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Non communiqué

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Non communiqué
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:  NC




Deux citations pour commencer si vous me le permettez : la première est de Maurice MERLEAU-PONTY : « C’est en nous-mêmes que nous trouverons l’unité et son vrai sens » et la seconde est d’Honoré D’URFE : « Aimer, c’est mourir en soi pour revivre en autrui. »



Deux citations à rapprocher du « Perit ut vivat » qui nous est familier au Rite Ecossais Ancien et Accepté !



« Le 18° degré de Chevalier Rose-Croix, sans abandonner le Temple matériel, consacre l’investissement de l’homme par l’Esprit. La Parole perdue par le déchaînement des passions est retrouvée grâce à la Foi, à la Charité et à l’Espérance. L’initié découvre et pratique la Loi d’Amour. » Les rituels du 15° au 18° degré que je viens de citer sont explicites. Cet « Esprit » était déjà évoqué dans le rituel d’Apprenti de la manière suivante : « Le 1° degré est caractérisé par une mort à la vie profane. Il correspond à une vie nouvelle, la vie intérieure, celle de l’Esprit. Comme le dit Jean l’Evangéliste, ‘’ Personne, s’il ne naît d’eau et d’esprit, ne peut entrer dans le royaume des Cieux’’ (Jean 3 :5). L’apprenti accomplit une descente en lui-même afin de prendre connaissance de sa propre nature et de trouver, au-delà de ses différences, l’essence et l’unité de l’espèce humaine »… Nous sommes en effet avisés dès les premiers pas de notre cheminement et nous parvenons aujourd’hui à un stade où il ne suffira plus de « philosopher » sur nos rituels mais bien de les mettre en œuvre dans notre vie de tous les jours…



Nous sommes en plein cœur du triptyque du Rite Ecossais Ancien et accepté : « Apprendre -> Aimer -> Agir » qui se décline en grands cycles et sous-ensembles mettant plus que jamais le Frère écossais en mouvement et bien sûr face à sa raison d’être. Faut-il ici rappeler la définition de la franc-maçonnerie : « C’est une Alliance universelle d’hommes éclairés groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité » ? Les grands cycles composent les grades de perfection, les grades capitulaires et les grades philosophiques ; les sous-ensembles se trouvent au sein de chacun de leurs degrés qui contiennent en filagramme cette dichotomie comme une vis sans fin. A nous de nous donner la peine puis le bonheur de les découvrir…



La Loge symbolique et celle de Perfection nous ont permis d’apprendre, les Loges capitulaires nous demandent d’aimer puis viendra le temps de l’action même s’il n’est jamais trop tôt pour commencer ! Notre Rite fait découvrir la dimension particulière des hommes conscients de leurs responsabilités vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Aujourd’hui, le Chevalier Rose-Croix doit sentir en lui circuler une énergie d’union capable d’entrer en résonnance avec l’Univers. Les pas des premiers degrés font passer l’Apprenti du point –donc de lui- à la ligne ; les pas de Compagnon permettent d’appréhender le plan ; ceux de Maître échafaudent la troisième dimension et donc le volume. Alors pourquoi ne pas utiliser notre étui de mathématiques pour les transformer successivement en découverte des hommes, découverte du monde et découverte de l’univers ? En effet, le Rite Ecossais Ancien et Accepté- en partant de morceaux épars- nous lance sur un chemin cohérent, authentique et initiatique qui nous indique une méthode conduisant à la connaissance de l’homme, du monde et de l’univers. La tradition maçonnique donne les moyens d’accéder à la conscience humaine la plus accomplie en nous permettant de nous connaître, de mettre à jour notre Etre intérieur pour nous accorder petit à petit aux frères, aux hommes et un jour à l’univers entier.



Le grade de Chevalier Rose-Croix est le grade de l’Amour, de la compassion, de la Caritas au sens étymologique du terme, c’est un degré où esprit et cœur ne font qu’un. Alors me direz-vous de quel amour s’agit-il et pourquoi une loi ?



De très nombreuses planches ont déjà traité ce sujet alors contentons-nous de l’essentiel. Comment définir cet amour ? Sans doute en essayant d’exprimer à la fois ce qu’il devrait être et ce qu’il ne doit pas devenir. Car comme pour toutes les vertus humaines, l’amour est une sorte de Janus à deux faces, l’une sombre et l’autre lumineuse. La face sombre serait une forme d’égoïsme comme dans le : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et la face lumineuse serait plutôt un espoir d’accomplissement exprimé parfaitement par Saint Jean à travers son : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». L’amour du 18° degré n’est pas une inclination tournée vers soi mais bien au contraire une attention orientée vers les autres… C’est alors un amour qui s’épanouira en même temps que la liberté que nous recherchons sans cesse. Passer des Loges de perfection aux Chapitres du 18° degré de Chevalier Rose-Croix nous fait progressivement passer de la Connaissance à l’Amour avec –vous l’aurez compris- l’impérieuse obligation de le partager…



Nous nous posions aussi la question du pourquoi une Loi ? Là aussi prenons un peu de recul et considérons que les Lois ne consistent pas simplement à établir des règlements mais plutôt à promouvoir des outils ! Avant la Loi d’Amour, le rituel a présenté la Loi morale ; nous pourrions développer -non pas pour leurs contenus- mais d’avantage pour la dynamique qu’elles suggèrent… La Loi morale devant naturellement précéder la Loi d’Amour…Mais ne négligeons pas d’évoquer la Loi que nous avons acceptée dès notre entrée dans le Temple… Elle est essentielle, tellement présente, sous nos yeux à chaque tenue, c’est celle du Volume de la Loi Sacré… Alors -me direz-vous- pourquoi avoir évoqué la notion d’outil et non celle de règlement ? Ces lois sont en fait à découvrir, à appréhender avec intelligence dans la mesure où elles évoquent avant tout des notions de « limites »… Elles ne nous disent pas ce qu’il faut faire mais comment faire ! Le tout étant bien sûr de les rendre consubstantielles à notre action car autrement, comment pourrions-nous nous « mesurer » à l’infini ?



Infini ou unité, est-ce vraiment antinomique ? Périlleux de parler d’unité alors que nos sociétés attachent de plus en plus d’importance à la futilité tout en privilégiant l’intelligence à la bonté… Les maçons n’échappent pas à ces travers même si les rituels profitent de chaque occasion pour les replacer sur le chemin de la vérité. Sur le plan mystique : l’unité se rapporte à Dieu, c’est-à-dire à la cause unique qui est à l’origine de l’univers et de tout ce qu’il contient. Sur le plan ésotérique, l’unité correspond à une réintégration divine. Le point n-a-t-il pas évolué en triangles, carrés, cercles et même en croix dans nos rituels ?


Mais le mot «unité» recouvre une notion qui transcende la géométrie ésotérique. Il désigne en effet l’aptitude des êtres humains à faire abstraction de leurs différences et de leurs divergences afin de privilégier ce qu’ils ont en commun. Cela suppose pour chacun de faire preuve de bonne volonté, de tolérance et d’ouverture d’esprit en un mot de faire preuve d’Amour. La Loi d’Amour nous invite à entretenir avec nos frères et bien sûr les hommes des relations harmonieuses et fraternelles en créant une «Unité dans la diversité».



Lors de l’initiation au 18° degré le frère élémosinaire explique aux impétrants que : « Pour nous la Charité procède de l’unité du Cosmos : l’initiation nous a permis de nous sentir partie intégrante du Grand Tout, donc responsables de son évolution…/… La Charité nous porte dès lors à nous identifier par un acte d’amour à tout ce qui vit. » Unité, véritable mot-clé de notre Rite. Il vise l’absolu, unité de la matière et de l’esprit, du visible et de l’invisible…


La Loi d’amour fixe comme nous l’avons évoqué des limites ; notre réalisation de Chevalier Rose-Croix est un cheminement infini fait de progrès successifs qui n’ont pour prétexte que l’Unité. Notre action et toutes celles qu’il nous faudra encore conduire doivent s’imprégner de cette notion en nous poussant à une ascension qui dépasse toute forme de limites terrestres… C’est dans cet état d’esprit que se réalise l’Amour que notre rituel appelle Charité. Il nous faut pratiquer une conversion en incluant au lieu d’exclure, en abandonnant les vieux égocentrismes pour les convertir en altruismes générateurs d’amour dans la quête de l’Unité dont l’un des noms est celui du Grand Architecte de l’Univers.



Un autre aspect du rituel du 18° degré est sa forme redondante. On ne peut évoquer à ce degré la Loi d’amour sans que vienne immédiatement à l’esprit tous les autres symboles du grade. C’est sans doute pour cette raison que le Très Sage a glissé l’adjectif « seul » dans le sujet de la planche : « La Loi d’amour est-elle seule porteuse d’unité entre les frères et entre les hommes » ? En effet il nous faudrait également développer les notions de cœur et de son centre, de la couleur rouge, de la cérémonie de la Cène, de la croix, des vertus théologales, etc. mais surtout le fait qu’on nous ait déjà beaucoup parlé d’amour du 1° au 14° degré… L’essentiel étant de réaliser une fois encore que tous les degrés nous préparent à découvrir les suivants avec logique et cohérence ; ce sont les sous-ensembles évoqués plus tôt. Si l’Amour est l’apanage du 18° degré, nous étions bien « préparés » à le découvrir depuis le jour de notre initiation. La progression du Chevalier Rose-Croix forge dans la connaissance et la pratique des degrés capitulaires sa conception de l’amour pour parvenir à un amour inconditionnelqui est la marque du Rose-Croix. Pourrions-nous affirmer que le Chevalier Rose-Croix n’aime pas mais qu’il est Amour ?



Dans son Epître aux Romains (XIII-8), Saint Paul montre la primauté de l’Agapè sur tous les autres vertus ainsi : « Celui qui aime son prochain a pleinement accompli la loi » ; le Chevalier Rose-Croix qui ouvre son cœur à ses frères et aux hommes pourra poursuivre son cheminement en affirmant : « J’ai ce bonheur ».




Très Sage Athirsata et vous tous mes bien aimés Frères Chevaliers Rose-Croix, j’ai dit.



P

N



Notes :
Maurice MERLEAU-PONTY est un philosophe français né à Rochefort sur Mer le 14 mars 1908 et mort à Paris le 3 mai 1961.


Honoré D’URFE comte de Châteauneuf, marquis du Valromey, seigneur de Virieu-le-Grand est né en février 1567 à Marseille, mort en juin 1625 à Villefranche-sur-Mer. C’est un écrivain français auteur du 1° roman fleuve : l’Astrée.


Frédéric LENOIR né en juin 1962 à Madagascar, il est un philosophe, sociologue, écrivain, conférencier français.


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