18° #415012

Foi, Espérance, Charité

Auteur:

A∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


La dernière fois que je m’adressais à vous, lors de la présentation de mon travail de Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, j’exprimais le désir que s’accomplisse la promesse divine, en connaissant le Nom, sans le prononcer, pour me rendre digne, et prêt à contracter une Nouvelle Alliance. Aujourd’hui Chevalier Rose-Croix, présent en ce lieu, « Souverain Chapitre dans lequel règnent la Paix, la Sagesse et l’Amour », je vous confie, avec une grande sincérité, que l’émerveillement, qui confère une certaine plénitude, est à la hauteur de mon étonnement provoqué par les évènements qui ont jalonné le passage de l’Ancienne à la nouvelle Loi.


Comme celui qui a vécu l’expérience d’une mort imminente, le mémo panoramique qui fait défiler les 14 degrés symboliques et de perfection, ajoute au chaos initiatique qui m’a replongé dans « les ténèbres de l’erreur et de l’ignorance » avant de retrouver dans « l’Agapé » cet Amour pressenti dans la Cène qui m’avait été donnée d’étudier alors.



Inlassable pèlerin, il me faut voyager sans cesse, et encore avant de voir s’illuminer sur les colonnes, les vertus, Foi, Charité, Espérance sur le chemin d’une Connaissance Nouvelle, dont je dois saisir le sens : équilibre entre la voie christique, ou chrétienne, et la voie hermétique pour, surtout, en dégager l’action qui fera de mon Être, un Être d’Amour « que la Foi, la Charité et l’Espérance encouragera, guidera et soutiendra ». Tel est l’itinéraire désordonné auquel je vous convie avant de remettre un peu d’ordre, si possible, en conclusion.


« Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais par une forêt obscure, et j’avais perdu la voie droite. » Ces premiers vers de la Divine Comédie ont été interprétés et commentés par Réné Guénon pour traduire à quel point le sens ésotérique de la poésie de Dante, entre autres, peut éclairer sur le plan initiatique et métaphysique dans la quête de l’Idéal maçonnique. Maintes fois m’est-il rappelé, avant d’obtenir « la Liberté de Passer », au 17ème degré, combien « nous sommes captifs dans les « ténèbres de l’erreur et de l’ignorance ». Dès notre première Initiation nous prenons conscience que notre « forêt obscure » est remplie « des passions qui nous agitent », au terme du premier voyage. La corruption des trois mauvais compagnons témoigne au 3ème degré des conséquences meurtrières de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition. Les sentences du 4ème degré ne sont-elles pas là pour rappeler les dangers de l’ignorance, des préjugés et des superstitions alors que la Franc-Maçonnerie nous tire des servitudes de l’erreur. A quel prix faut-il venger le sang versé par Hiram ! Johaben en incarne la réponse sanglante, jusqu’à l’exécution des derniers assassins du Maître dont les corps sont ouverts du pubis à la poitrine pendant les degrés de vengeance. Et Salomon, « si sage et si vertueux », qui, dans une excessive fierté, provoque la destruction du Temple si chèrement et laborieusement construit. La Liberté de Passer accordée au terme de l’acquisition des 15ème, 16ème et 17ème degré, dans le voyage qui conduit de Babylone à


Jérusalem, permet ainsi de récapituler le cheminement progressif inscrit dans le Rite


Ecossais Ancien et Accepté, et de rappeler qu’il se définit comme « un Ordre initiatique, procédant par degrés, du 1er au 33ème, et élevant ses adeptes, dans cette hiérarchie, de degré en degré, pour autant que leurs facultés et leurs moyens propres le leur permettent. »


Me voilà ramené à mes Serments, à mon Devoir, et à mon niveau de compréhension et de Connaissance, aussi tenté que ma conscience initiatique et ma sensibilité au monde matériel ont permis d’élever en moi la Spiritualité qui m’a conduit en ce lieu. Car cette fois-ci, je me trouve face à la nécessité d’édifier un autre Temple, Spirituel celui-là, décrit par le prophète Ezéchiel (Ez. 40-44), dont les promesses d’alliance spirituelle sont sources d’espérances futures, pour approcher la Jérusalem céleste de l’Apocalypse.


L’Initiation, Hiram, Johaben, Emerek, Guibulum, Galaad ont façonné mon Être, et j’ai, en « principe », appris « à ne concevoir que des idées d’honneur et de vertu par l’ascèse initiatique », « à persévérer résolument dans la Vertu », à remplir mes devoirs de Franc-Maçon « en pratiquant la Vertu en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité » (1er degré). J’ai contemplé l’Etoile Flamboyante « symbole d’amour et d’harmonie », instruit du message de Fraternité humaine « aimez-vous les uns les autres » (2ème degré).


Je me suis engagé sur ma foi de Franc-Maçon pour ne pas être un des trois mauvais compagnons (3ème degré). J’ai été couronné de laurier et d’olivier, symbole d’espérance


et d’immortalité (4ème degré). Maître Parfait (5ème degré), l’espérance me fait revivre par la Vertu pour accomplir « des progrès et atteindre un jour le degré de la science sublime ». « L’Amour de la Vertu » m’a conduit jusqu’au degré de perfection pour « pratiquer les devoirs de charité, de bienveillance à l’imitation du Respectable Maître Hiram. » J’ai reçu l’anneau, « symbole de l’alliance avec la Vertu et les hommes vertueux ». « Ce que la Vertu a uni, la mort ne pourra séparer » est-il inscrit pour emporter avec moi un « ardent désir de pratiquer la Vertu ». Je Connais le Mot « Iod, Hé, Vav, Hé », pour être conduit vers la Nouvelle Loi par la voie de la Spiritualité et de l’Amour ».



Oui, mes Bien Aimés Frères, tous ces préalables s’imposent, avant de frapper à la porte de notre Chapitre. Et je suis une nouvelle fois perdu dans les ténèbres, avec mes Frères d’infortune, et la Parole que nous pensions avoir retrouvée est, elle aussi, perdue.



La récurrence de la situation surprend, mais instruits par la Devise du Rite Ecossais Ancien et Accepté « Ordo ab Chao », nous en comprenons l’origine dans la société des hommes, rebelles à la raison, à la justice et à la vérité. C’est en voyageant, thème archétypal de la Franc-Maçonnerie, que se révèlent et s’illuminent successivement le nom des trois vertus, Foi, Charité, Espérance. La sensation que me procure cet environnement sombre, au sein duquel les trois vertus vont briller sur les colonnes, me rapproche bien évidemment des initiations passées depuis le cabinet de réflexion. Si « le seul voyage valable est celui fait par l’homme à l’intérieur de lui-même » (Dictionnaire des Symboles), ce temps initiatique vécu à l’intérieur du premier Temple appelle une authentique visite à l’intérieur de son être, après que la Foi et la Charité se soient éteintes, comme l’Etoile Flamboyante qui nous guidait jusqu’alors. Je suis laissé dans la méditation, certes avec mes Frères, la tête couverte d’un voile, et à la seule lueur de l’Espérance. Ce temps est d’autant plus fort qu’il y a matière, pour ainsi dire, à méditer et à s’ouvrir, intérieurement j’entends bien, à cette Spiritualité nouvelle qui doit nourrir mon Temple bâti selon la Nouvelle Loi. Jean-Yves Leloup dans son interprétation de « l’Apocalypse de Jean » entraîne le lecteur dans une recherche liée au sens même de l’étymologie du mot grec « apokalupsis », du préfixe « apo » , « ce qui est en dessous » et du verbe « kaluptein » « cacher, envelopper ». Il s’agit bien dans ce temps privilégié de chercher sous le voile la révélation future.



La signification très détaillée des trois vertus communiquées par les Officiers questionnés par le Très Sage pourraient alimenter ma méditation, mais la sensation est si forte, tout en étant empreinte d’une grande sérénité, que je ne retiens surtout que si la Foi et la Charité se sont éteintes, « l’Espérance nous éclaire toujours ! Avec elle nous rallumerons la Foi et la Charité. »



Le nouvel enseignement tiré de l’instruction du 15ème au 18ème degré précise que « l’Ecossisme donne aux mots Foi, Charité et Espérance une interprétation initiatique libérée de tout dogmatisme », et que « nos symboles, nos signes et nos mots resteraient inefficaces si nous les interprétions en leur donnant seulement un sens moral, religieux ou historique. » Je tenterai de revenir sur cet aspect de l’interprétation des trois vertus en ce qu’elle m’interpelle d’un point de vue christique ou alchimique.



Pour résumé, je retiens que « l’Espérance est ce qui fait entrevoir la réalisation de ce que l’on désire », définition que l’on retrouve intégralement dans le Dictionnaire Historique de la Langue Française. Elle contribue « à exalter les nobles sentiments et à améliorer l’homme et la société. » Pour les Chevaliers Rose-Croix, « l’Espérance, issue de la plus haute sagesse, les conduit à mettre leur confiance dans l’équilibre cosmique et dans le Grand Architecte de l’Univers. » « La Foi … est une tension qui se manifeste dans le coeur de l’homme… C’est la Lumière qui éclaire l’Esprit… C’est aussi la foi en l’homme, considéré comme valeur essentielle. » Il nous ait demandé « de faire alliance avec les Chevaliers Rose-Croix afin de s’engager avec foi à la poursuite de leur idéal commun reposant sur la primauté de l’Esprit… » Je vois là l’idée étymologique du mot, du latin « fides », confiance, loyauté, promesse, parole donnée … que l’on retrouve dans la chevalerie féodale dans deux valeurs fondamentales d’engagement et d’assentiment.



« La Charité est le sentiment qui nous conduit à apporter un soulagement, une consolation aux misères et aux malheurs de nos semblables. » Elle est « la beauté de l’âme… » « Les Chevaliers Rose-Croix, héritiers de la Chevalerie … la conçoivent sous l’aspect du dévouement total à leurs semblables, qu’ils sont tenus d’aider, d’assister et d’aimer. » Ce que l’on retrouve dans l’étymologie du mot est « caritas », qui a servi à traduire le grec « agapé », c’est à dire « l’Amour », la plus haute des vertus théologales, comme il est écrit dans la première Epître aux Corinthiens de Paul (13,13). Et l’Initiation au 18ème degré, comme l’instruction, ne manquent pas de citer Saint Paul (première Epître aux Corinthiens, 13 ; 1-3) : « Quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n’ai pas la Charité, je ne suis qu’airain qui résonne ou cymbale qui retentit.



Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la Charité, je ne suis rien … » Et pour conclure cette présentation des trois vertus théologales, j’emprunterais à Paul, encore, dans sa première Epître aux Thessaloniciens « l’activité de notre Foi, le labeur de notre Charité et la constance de notre Espérance. »



Fort de ces enseignements, reprenons notre voyage. Car, au moment de pénétrer dans le deuxième Temple, il s’agit bien de rendre compte de la façon dont les Chevaliers d’Orient et d’Occident y sont parvenus. « Nous avons, dans nos voyages, parcouru l’Orient et l’Occident, le Septentrion et le Midi, pour chercher la Parole perdue… ». Ce n’est pas sans rappeler le voyage des Maîtres au 3ème degré à la recherche du corps d’Hiram.



Malgré les épreuves rencontrées durant les voyages, et la défaillance due à l’accablement et au découragement, la Parole est retrouvée, suscitée par une voix mystérieuse, et révélant une lumière nouvelle. L’Espérance qui ne s’est jamais éteinte accompagnait les Chevaliers d’Orient et d’Occident, et la Parole tracée en caractères ineffaçables est apportée dans un coffret du métal le plus pur. Bien des similitudes avec les degrés antérieurs sont ici relevés, et la Parole ne peut toujours pas être prononcée, mais seulement épelée : « I.N.R.I. »



A ce stade, et ainsi que je l’évoquais précédemment, je vous avoue que mon éducation judéo-chrétienne m’a rendu particulièrement sensible au tour, que l’on peut considérer comme particulièrement christique, qu’a pris le Rituel des grades capitulaires.



Il m’a été donné de témoigner du fait que le caractère « chrétien » de notre Rite ne m’a jamais gêné, et cela dès que j’ai eu à prêter Serment sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée. Je relève au passage que les Chevaliers Rose-Croix ne prêtent pas Serment avant d’être consacrés dans le second Temple, « parce qu’ils sont éclairés par l’Espérance, et que la Foi et la Charité les animent ».



Ma progression maçonnique m’a permis, au décours de l’évolution de ma conscience initiatique, de prendre la mesure de ce qui m’était révélé pour l’inscrire dans le Principe créateur, le Grand Architecte de l’Univers, auquel j’adhère sans arrière-pensée, dans l’Ordre Traditionnel auquel j’appartiens.



L’introduction aux grades capitulaires explique le remaniement et l’altération des rituels en passant d’une version originelle chrétienne à une transposition alchimique. Je ne suis donc pas surpris, rétrospectivement, que lors de ma réception, le Très Sage eut épelé la Parole « I.N.R.I. » et se soit exclamé : « Alléluia ! » avant de prononcer l’acclamation « Hoschée ! Hoschée ! Hoschée ! Que la Foi, la Charité et l’Espérance nous encouragent, nous guident et nous soutiennent ! » Le mot sacré est explicité dans sa double acception, chrétienne « Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs », et sa signification sublimée d’interprétation alchimique « La nature est renouvelée entièrement par le feu. »



Cela m’interpelle au sens de la régénération, et de l’une des symboliques du G découvert dans l’Etoile Flamboyante, et aujourd’hui au-dessous de celui inscrit au cœur de la Rose Mystique, « parole expirante » au centre de la Croix. Génération, qui me lie aussi à l’engagement total, avec foi, que prennent les Chevaliers Rose-Croix pour poursuivre leur idéal commun, et pour assurer la transmission spirituelle de l’Ordre, au moment de la consécration, « Que la Foi, la Charité et l’Espérance vous fassent bénir des hommes, vos Frères ! » L’image du Pélican, et son amour paternel me traverse l’Esprit. Le signe de reconnaissance et le contre signe illustrent aussi le double sens christique et alchimique, en montrant d’une part le ciel, « Emmanuel », et la terre, « Pax Vobis ». D’autre part, « Le Chevalier Rose-Croix affirme qu’il existe une Puissance supérieure à l’homme et que l’Esprit doit dominer la matière. Les rapports analogiques de l’Homme et de l’Univers sont définis ainsi par la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui en haut est comme ce qui est en bas … car tout ce qui est et a été est venu de l’UN. » Le Chevalier Rose-Croix rappelle aussi que l’homme est né de la terre et que son corps retournera à la terre (Instruction au 18ème degré).



« Perit ut Vivat » est-il aussi traduit dans la symbolique du Phénix.



L’extrême richesse du symbolisme mis à la disposition du Chevalier Rose-Croix permet de multiplier les exemples à l’infini, et mon approche s’en trouve très réductrice.


L’approximative synthèse personnelle que je partage avec vous s’incorpore dans mon


bagage initiatique, au sens propre et figuré, et va accompagner le prodigieux projet de vie


que m’offre ce 18ème degré.



Après la circulation du pain et du vin le Très Sage déclare « Tout est consommé !


Retirons-nous en paix et souvenons-nous que nous devons propager sur la Terre toutes les vertus qui naissent de la Foi et de la Charité. » Je fais le rapprochement avec les mots du Vénérable Maître dans la Chaîne d’Union « Bien au-dessus de la vie matérielle s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. »



L’Unité dans laquelle le Rite me ramène sans cesse, transforme mon Être depuis mon Initiation, et la transmutation qui s’opère doit faire de « l’homme charnel » un « homme spirituel ». C’est bien le sens de la Nouvelle Loi, loi d’Amour pour édifier mon Temple de Spiritualité, animé par la Foi maçonnique, soutenu par l’Espérance, et Uni par la Charité. A l’aide de ces trois vertus théologales je bâtis mon nouvel ouvrage, renforcé par les vertus cardinales que sont le Courage, la Justice, la Prudence, et la Tempérance.



« Puisse le feu qui m’a enveloppé se transmuer dans mon coeur en un Amour ardent pour mes semblables, puisse la Charité inspirer mes paroles et mes actions. » Le « rouge » est mis oserai-je dire, couleur par excellence du Chevalier Rose-Croix, symbole d’ultime accomplissement. Introduit en Loge par trois grands coups lors de mon Initiation, il m’a été enseigné ceci : « Demandez et vous recevrez (la Lumière) ; cherchez et vous trouverez (la Vérité) ; frappez et on vous ouvrira (la Porte du Temple) ». Après un long cheminement, et m’être plongé dans mon « Être apocalyptique », guidé par les trois colonnes « visibles même dans l’obscurité la plus profonde », la parole de Jésus écrite dans l’Evangile de Mathieu (7;7) m’est rappelée, dans le cadre d’une Alliance nouvelle , pour accéder à cet ultime accomplissement.



L’Esprit chevaleresque, vers lequel le 18ème degré me conduit, me livre un nouvel enseignement sacrificiel : « Qui n’aime point, demeures-en la mort » (Jean Ier Ep. 3 ;14).


Mettre en œuvre cette nouvelle Loi d’Amour ! Sans vouloir échapper à cet indispensable équilibre entre « raison et sentiment », et recherchant ce même équilibre entre


« Intelligence et intuition », aujourd’hui « j’ai ce bonheur », cette « Foi initiatique », et pour reprendre l’Idée, selon Dante : que mon guide, « Espérance », me conduise jusqu’à « l’Amour qui meut le Soleil et les autres étoiles. » (Divine Comédie, Paradis, Chant XXXIII)



J’ai dit

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