18° #415012

La vertu et les hommes vertueux

Auteur:

M∴ P∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A La gloire Du Grand Architecte De L’Univers
ORDO AB CHAO DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil National de France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

La vertu est une disposition ferme, constante de l’âme qui porte à faire le bien et à fuir le mal.

C’est par cette définition générale que je veux débuter mon propos.

Choisir ce thème de travail m’a été évident. Non pas que je me targue d’être vertueux, même si j’essaie toujours de tendre à le devenir, c’est parce que la vertu m’apparait un sujet propre à élever l’âme.

J’ai pourtant, dans mon passé fait la preuve de quelques vertus, mais en parler c’est déjà être un peu moins vertueux.

A l’époque, je n’appelais pas ces dispositions vertus, mais j’ai depuis étayé mes convictions, et je l’espère, mes actions vers la vertu.

Pour autant, il n’est pas facile le chemin vers la vertu mais comme mon ADN m’est propre, mes convictions sont bien ancrées et ne fluctuent pas suivant tel ou tel intérêt.

Il me semble qu’il y a en chacun de nous une part plus ou moins innée de vertus, en même temps, que nous tâchons d’en acquérir une autre. D’aucuns, souvent bien moins intentionnés ont beau jeu de s’attirer avantages et pouvoirs en étant peu vertueux, que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle.

Il faut néanmoins prendre en compte « la fourberie » de la personnalité humaine qui sait se parer de décorum de vertus à géométrie variable, ainsi l’esprit peu très bien « se vendre » une apparence vertueuse pour tel ou tel intérêt personnel en déplaçant légèrement le curseur vers un début de vice, et ainsi se croire vertueux alors qu’à l’analyse, il y a simplement un arrangement avec la conscience bien éloigné d’un fondement vertueux. Quoi qu’il en soit, une conviction ne se marchande pas à l’aune de telle ou telle circonstance.

Il n’y a pas de mérite à vouloir approcher de bonnes moeurs morales, il n’y a que la satisfaction d’être en harmonie avec sa conscience.

La conscience n’est finalement que ce qui restera quand tout artifice intellectuel s’effacera de chacun et que ne subsistera de soi que la vérité. Tendre vers la vertu s’est préparer son âme à une pesée optimiste.

Le Franc-maçon, nouvellement initié, est déjà confronté au bien et au mal avant la cérémonie d’initiation, quand le Vénérable Maître lui fait demander « Comment ce profane ose-t-il espérer être admis à nos mystères? »

Le Maître des Cérémonies répond pour lui « Parce qu’il est libre et de bonnes moeurs ».

Quelques instants plus tard, le V M poursuit :

« Profane ! »

« Qu’est-ce que la vertu ? »

Profane :

« Qu’est-ce que le vice ? »

Ici le profane livre des réponses spontanées que le V M s’empresse de préciser. La vertu est une force d’âme qui nous porte à faire ce qui est bien, même au détriment de notre propre intérêt.

Le vice étant l’opposé de la vertu, est une inclination perverse à faire ce qui est mal en connaissance de cause. C’est ainsi qu’avant tout serment, le profane est immergé dans l’expression du Bien et du Mal, ce qui ne le quittera plus pendant sa progression.
Plus tard, apprenti, pendant son instruction au premier degré, sa réflexion est requise avec la question :
« Quels sont les devoirs d’un Franc-maçon ? »
Il répondra : « Fuir le vice et pratiquer la vertu ».

Depuis ses premiers pas en Loge, l’apprenti est imprégné du credo Maçonnique : « Etre vertueux pour être Franc-maçon ».
Molière le disait : « La naissance n’est rien où la vertu n’est pas ». Naissance en Apprenti, cela va sans dire.
La Franc-maçonnerie nous offre en quelque sorte, le trousseau de naissance de l’apprenti, principalement les outils qui, en même temps qu’ils vont nous aider à éliminer nos vices, vont favoriser en nous l’émergence et devrai-je dire l’épanouissement de nos vertus.

La vertu prend d’autant plus de place en moi que je fais reculer le vice avec les outils en action sur la pierre brute.
Mais il y a souvent loin de la coupe aux lèvres et il n’est pas aisé de se vouloir vertueux et d’y parvenir. En cela, le miroir de la cérémonie d’initiation met bien le doigt où cela fait mal.
Je suis mon plus grand ennemi, et surtout que je n’aille pas croire que la solution est ailleurs qu’en moi.
Le silence imposé à l’apprenti l’oriente vers une saine méditation, source de progrès en vertus. A partir du 4ème degré, le Maître secret, clos lui-même ses lèvres pour perpétuer sa démarche de silence, d’humilité et d’approche des vertus.
Que sont ces vertus ?

D’après Socrate, la vertu demande une implication active de soi en faisant des efforts constants pour réaliser le bien.

Depuis Platon, les quatre vertus cardinales (du latin cardo : charnière, pivot) prennent un rôle charnière sur l’action humaine.

Il s’agit de :

La prudence, qui est la première des vertus cardinales chez les chrétiens.

Pour Aristote, c’est une vertu intellectuelle : c’est la disposition qui permet de délibérer, sur ce qu’il convient de faire, en fonction de ce qui est jugé bon ou mauvais. Chez Épicure, ou plus tard, chez Thomas d’Aquin, c’est de la prudence que proviennent toutes les autres vertus.

Selon les lois de Platon « Dans l’ordre des biens divins, le premier est la prudence, après vient la tempérance, et du mélange de ces deux vertus et de la force, nait la justice qui occupe la troisième place, la force est la quatrième vertu. Ces derniers biens, méritent par leur nature, la préférence sur les premiers. Il est du devoir du législateur de la leur conserver ».

La tempérance assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs limites de l’honnêteté, procurent l’équilibre dans l’usage des biens. Elle est un facteur de longévité, elle bannit l’excès.

La force d’âme ou courage permet dans les difficultés, la fermeté et la constance dans la poursuite du bien jusqu’au sacrifice.
La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner moralement à chacun ce qui lui est universellement dû.
Pour Platon, l’homme vertueux est celui qui librement pratique le bien. Les vertus dites humaines devraient conduire à l’harmonie ici et maintenant.
On retrouve dans la cérémonie d’élévation, au douzième degré, la mise en situation de ces vertus.
Le Sublime Grand Maître.

Comment un homme peut-il ériger un temple en lui-même ?
Le Premier Excellent Gardien.
Sublime grand Maître, ainsi que vous le savez, c’est là une vision symbolique.
Le temple que nous devons construire en nous-même, c’est le système de nos connaissances, de nos idées et de nos règles de conduite, que nous tentons de rassembler en un tout harmonieux, autant que le permet l’imperfection humaine.
Le Sublime Grand Maître.

Quelle doit être la devise du Franc-Maçon ?
Le Premier Excellent Gardien.
Bien voir, bien comprendre, bien agir.
L’application des vertus cardinales conduit aux vertus théologales qui sont selon la théologie chrétienne les trois vertus qui doivent guider les hommes dans leur rapport au monde et à Dieu, c’est à dire la foi, l’espérance et la charité.

Elles sont citées dans la première épitre de St Paul aux Corinthiens. « Maintenant donc ces trois là demeurent la foi l’espérance et l’amour mais l’amour est la plus grande ».
Autant les vertus cardinales peuvent se comprendre, s’acquérir et s’entretenir, autant les vertus théologales sont un don de Dieu.
Dès notre initiation, la voie ou la foi qui nous est proposée nous conduit vers le divin, la charité donc la vertu.
Les cérémonies qui nous sont délivrées jusqu’à aujourd’hui sont empreintes de vertus et imprégnées de Dieu.
L’Amour que nous répandons autour de nous est à la hauteur de notre Amour en Dieu. L’espérance en Dieu est une espérance en le bonheur de la vie ici mais surtout dans la vie éternelle de l’âme.

A espérer une béatitude dans l’au-delà, nous préparons ici un coeur ouvert aux autres.
L’espérance rend épuré et préparé aux épreuves d’ici bas : l’égoïsme, l’intolérance et l’ambition. L’espérance prépare l’Etre à la Bienveillance, à l’Amour et le Charité.
A bien s’aimer soi-même on est en disposition d’aimer les autres, c’est à dire de les préserver de tout mal si possible et de leur témoigner le meilleur de nous. Être charitable conduit à Dieu.

Les vertus théologales sont le chemin vertical. Autant les vertus cardinales sont le fruit d’efforts et de pratique autant les vertus théologales sont inscrites en nous par le Divin.
Ainsi la construction de notre temple divin n’est possible qu’avec l’apport de notre synthèse vertueuse.
Les vertus théologales ne sont compréhensibles qu’au regard d’un plan divin. Viendra l’époque où seul l’amour du prochain subsistera puisque, selon les chrétiens, la foi sera assouvie par le retour de Dieu.
L’espérance sera alors récompensée.
Dans l’obligation que prononce le Grand élu de la Voute Sacrée, il reprend :

« Je jure de suivre en toutes occasions la voie de ma conscience, de pratiquer les vertus qui élèvent l’homme au-dessus de l’animalité, de considérer tous les hommes comme mes frères quelque soit leur situation, leur race ou leur état de fortune ».

Lorsque celui qui m’a appelé en Franc-Maçonnerie s’est dévoilé, j’ai compris qu’il faisait partie de ces hommes vertueux et peut-être a-t-il pressenti que je pouvais le rejoindre par cette alliance. Si chaque initié est déjà le creuset de la vertu, il lui appartient pendant son parcours de développer seul et avec ses Frères ce qui l’a rendu singulier.

Le chemin n’est pas aisé car, dans cette matière, si la vertu est une valeur reconnaissable, les Francs-Maçons sont parfois trop prompts à s’en parer.

Si jeune, l’inné de chacun peut parfois revêtir la qualité de vertueux, les années qui passent doivent être consacrées à l’acquis de vertus, au développement de vertus et par là même à l’évacuation des vices.

Il y a beaucoup de grâce à côtoyer les hommes vertueux et de déceptions à rencontrer des hommes de vices.

Je ne veux retenir, du chemin Maçonnique, que ce qui reste une fois que toute posture et tout décorum ont été oubliés, afin que demeure la Vertu, seule valeur de l’âme.

D’après Confucius, « La vertu attire toujours la vertu ».

J’ai dit T F P G M

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