18° #415012

L’aigle et sa symbolique

Auteur:

J∴ C∴ S∴

Obédience:
SCPLF
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo AB Chao
Deus meumque Jus
Sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33éme et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Tout d’abord quelques considérations sur un animal qui avait tout pour devenir emblématique : sa robustesse, son vol majestueux, sa capacité à s’élever haut dans le ciel et à s’installer sur les cimes, sa rapidité qui en fait un des animaux les plus véloces de la création, en feront dans différentes civilisations un symbole de puissance.

L’Aquila, emblème de la république romaine, accompagné alors du sigle SPQR, deviendra celui de l’Empire Romain et de différents régimes politiques qui s’en inspireront comme représentation d’un pouvoir supranational : l’Empire de Charlemagne, le Saint Empire Romain Germanique, l’Empire russe, l’Empire napoléonien et encore les 2e et 3e Reich allemands. L’Aigle, par la hauteur de son vol et de sa vue, symbolise en effet l’aptitude à s’élever au-delà des différences, des contingences identitaires dans une forme d’universalité.

Toutefois, l’Aigle n’est pas seulement emblème de pouvoir politique. Il peut apparaître aussi comme porteur d’une signification spirituelle ; composant du Tétramorphe et il est, par la suite, associé à Saint-Jean l’Évangéliste.

En Alchimie, il représente la dématérialisation, l’envol de l’âme, allant jusqu’à dévorer symboliquement le lion terrestre. Selon la légende, il serait aussi le seul animal à contempler en face, de son œil d’or, la lumière solaire, autrement dit, la lumière divine.

L’aigle, symbole historique du 18éme degré

Dans son manuscrit de 1783, Francken déplore les multiples appellations dont a pu se parer, dans l’espace et dans le temps, le 18éme degré, et distingue celle de Chevalier de l’Aigle comme la plus ancienne. Alors que René Le Forestier inventorie dix-huit versions du rituel entre 1760 et 1790, Irène Mainguy relève dès 1761, la dénomination de Chevalier de l’Aigle et du Pélican.

Pour première explication de cette référence à l’Aigle, je citerai d’abord Francken : « Symboliquement, l’Aigle est l’image représentative de la Puissance suprême. Ce sont les maçons qui ont pris ce nom comme un original qui ont composé le contenu de ce grade ». Le choix de l’Aigle comme emblème du degré relève donc d’un a priori.

L’Aigle, face au Pélican sur les premiers tableaux de Loge, représente la progression initiatique individuelle à travers l’aptitude à s’élever intellectuellement et spirituellement. Au 18ème degré, il peut s’identifier à la branche verticale de la croix, rencontrant, sur la branche horizontale, son complément adéquat, le Pélican, symbole de l’altruisme, comme en témoignaient les premiers bijoux du grade.

De l’aigle au Phenix

Dans les rituels modernes et notamment dans l’iconographie spécifique au 18ème degré, l’Aigle semble avoir disparu, supplanté par le Phénix. Aux côtés du Pélican, animal transcendé par la légende, il semblerait que l’on ait préféré l’image d’un animal fabuleux, capable de renaître de ses cendres, plus excitant pour les imaginations que celle d’un animal de la création.

Cette substitution est d’autant plus aisée que le Phénix, dans l’imagerie courante, à quelques fantaisies de couleur et de plumage prêt, emprunte le plus souvent l’apparence d’un aigle ; dans ces conditions, il n’est pas surprenant qu’il ait pris sa place dans l’iconographie et même dans certaines de ses fonctions symboliques, parmi d’autres qui seront développées par ailleurs.

La symbolique actuelle de l’aigle dans le chapitre

Est-ce dire que la valeur symbolique de l’Aigle telle que l’on voulue les initiateurs du degré, est définitivement obsolète ? La réponse est dans la question : un Ordre initiatique ne s’écarte pas, en principe, de ses traditions fondamentales. Pour s’en convaincre, revenons, dans un premier temps, sur les degrés antérieurs.

Au 15éme degré, l’Aigle, incarnation du principe suprême, apparaît dans le songe de Cyrus au coté du lion pour lui dire : « Rends la liberté aux captifs ou tu mourras ».

Par la suite, il laissera la place au Lion alchimique, plus à même d’accompagner le Chevalier dans l’œuvre au blanc que constitue le chemin de Jérusalem marqué par le franchissement du Pont de Gandara.

Toutefois, l’Aigle, animal apte à s’élever rapidement comme à fondre sur la terre, est doté d’un double pouvoir, susceptible de s’exercer dans les airs comme sur terre, qui marque sa supériorité sur le Lion terrestre.

Ainsi, au 17ème degré, lorsqu’il s’agit de s’élever spirituellement, ce n’est pas un hasard si le rite est présidé par Jean, l’Aigle de Pathmos qui va accompagner le Chevalier jusqu’au sacrifice.

L’Apocalypse qui sert de trame au 17ème degré, est, avant toute chose, acte de foi. Parmi les trois vertus théologales, l’Aigle représente justement la Foi : Qui peut mieux que lui exprimer « cette tension qui se manifeste dans le cœur de l’Homme et qui le porte à se vouer sans défaillance, toutes ses énergies, surtout les plus hautes, à la poursuite de sa réalisation spirituelle » ?

C’est cette foi qui va amener le Chevalier à remonter la branche verticale de la croix jusqu’au sacrifice. A ce niveau, ce n’est qu’après la rencontre avec le Pélican (Charité) que l’Aigle mute, ou plutôt se transmute, en Phénix (Espérance). Le Phénix apparaît comme avatar transcendé de l’Aigle, emblématique du recouvrement de la Parole et de l’éclosion de la Rose Mystique.

Ainsi, l’Aigle vecteur de notre ascension spirituelle dans les Chapitres conserve une forte valeur symbolique qui s’exprime notamment par le signe et le contresigne, comme le synthétise bien cette réflexion d’Alain Pozarnik :

« Le Chevalier Rose-Croix est comme un aigle à la vue perçante, capable de s’élever avec puissance et majesté si haut qu’il voit briller le soleil du triangle d’or, en même temps que le sol. D’un simple regard, du haut du ciel, dans l’air léger, il choisit aussi bien sa nourriture matérielle que sa nourriture spirituelle. Il découvre la structure du monde et en comprend sa finalité.

L’aigle symbolise une ascension lumineuse et exprime la puissance des forces vitales élevées au-dessus de la terre. Son œil perçant incarne la toute-puissance de la justice et de l’égalité, principes supérieurs exercés par une nature objective ».

Quelques mots sur l’Aigle bicéphale

Mais, si l’Aigle s’est fait plus discret au fil des siècles en tant qu’emblème du 18ème degré, c’est aussi parce qu’il a aussi été réservé pour une autre fonction symbolique.

Comme nous l’avons dit en introduction, l’Aigle peut symboliser un double pouvoir englobant :

Un pouvoir temporel capable de s’élever au-dessus des frontières raciales, ethniques, linguistiques et même religieuses,
Un pouvoir spirituel, celui de s’élever, de regarder le soleil, autrement dit la divinité, en face qui fait de lui un représentant du Principe

De grands empereurs tels Constantin, Justinien, Charlemagne n’ont-ils pas revendiqué cette double autorité ?

Pour conforter cette idée, au fil des siècles, les héraldistes n’ont pas hésité à affubler notre Aigle de deux têtes, le plus souvent sous une couronne unique symbolisant ce double pouvoir, comme ce fut le cas pour le Saint Empire Romain Germanique, représentation que nous retrouvons en permanence à l’Occident de nos Temples.

L’Aigle du 18ème degré représente le pouvoir que le Chevalier Rose-Croix revendique sur lui-même avec la seule influence sur autrui que lui confère son exemplarité et qui s’exprime notamment lors de la procession de la Cérémonie de la Cène.

L’Aigle bicéphale de l’Occident représente, quant à lui, une conception du pouvoir beaucoup plus universelle ; exorbitante, pour conclure, de notre sujet et de notre degré.

J’ai dit, TS

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