18° #415012

L’Aurore naissante

Auteur:

J∴ F∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers


ORDO AB CHAO- DEUS MEUMQUE JUS


Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème
et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France


Souverain Chapitre R+C

Très Sage Athirsata, Très Illustre Frère et vous tous mes Frères ChR+C,

A l’aube de ce nouvel an, quel plaisir à quelques jours du solstice d’hiver symbole du renouveau de vous exposer quelques réflexions sur ce thème du 18° degré même si mes recherches bibliographiques furent difficiles à analyser tant le sujet est  ouvert  à tous les « vagabondages philosophico-maçonniques »…Mais comme nous le rappelle le rituel : «… l’initiation procède d’un esprit libéré de tout formalisme culturel étroit, comme de toute dogmatique ». Aussi avons-nous le devoir de compléter notre instruction par cet approfondissement permanent de toutes les traditions, mythes etrites qui ont guidé l’humanité vers la lumière non pas du savoir mais de la Connaissance. N’est-ce pas là le vrai sens de l’initiation ? Ainsi cette planche nous a fait travailler les pensées de Jacob Boëhme, d’Aurobindo, de Sohravardi, d’Hegel, Heidegger, Jung et Marie-Louise Von Franz, et de nos frères H.Corbin et G.Jarland. Nos errances bibliographiques complètent ce travail.

Comprendre et faire comprendre : n’est-ce pas là le propre de l’herméneutique ? Je vais essayer… mes Frères CR+C ! Déjà les ouvertures des travaux en loge de perfection plantentle décor ; celle du 4° degré : « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître », celle du 14° degré : « entre le point du jour et le lever du soleil » ; elles situent parfaitement cet instant sacré sur le plan temporel ; je ne ferai que vous rappeler aussi la pièce aurore au 16° degré et le tablier  aurore au 17° degré…

L’Auroreest ce moment magique situé entre la nuit et le jour, symbole joyeux de l’éveil dans la lumière retrouvée, de naissance ou de re-naissance. Toujours jeune, sans vieillir, sans mourir, elle est là tous les matins, symbole de toutes les possibilités, signe de toutes les promesses, de tous les espoirs ; de l’Espérance , vertu théologale qui est le moteur de notre engagement de Chevaliers.

Dans toutes les traditions spirituelles, l’aurore « à son lever » est un symbole très fort :

De SAGESSE : «  Qui est celle-ci qui s’avance comme l’aurore se levant, belle comme la lune, pure comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ? C’est la Sagesse, la reine du midi, venue, dit-on, de l’Orient, comme l’aurore qui se lève. » (Cantique des cantiques, 6,9)


De FORCE : « As-tu jamais donné ordre au matin, fait connaître à l’aurore sa place, pour qu’elle empoigne les franges du monde et qu’elle en secoue les méchants » (Job, 38, 12-15)


De BEAUTÉ : « Lève-toi, Aurore : tu es la plus belle de toutes les beautés»(Rig-Véda I,113 ; in VED V, 100)


– Dans la tradition judéo-chrétienne, l’aurore est le signe de la puissance du Dieu céleste et l’annonce de sa victoire sur le monde des ténèbres (qui est celui des méchants).
– Dans la poésie mystique de l’Islam, l’aurore marque « un état de tension spirituelle où l’événement primordial advient ».


– Dans la tradition avicennienne et orientale, « l’Ishrâq » de Sohravardi signifie le lever du soleil, l’illumination matinale (aurora consurgens ou lever de l’aurore) : c’est le moment ou plutôt l’éclair par lequel l’astre de lumière dissipe les ténèbres de la nuit et instaure l’ordre de clarté : splendeur de l’instant où s’accomplit une révélation…
– Dans la tradition alchimique, « l’aurora » est comme heure d’or (aurea hora), milieu entre la nuit (nigredo-noir) et le jour (albedo-blanc), brillant entre le rouge et l’or d’un éclat pourpre (intermédiaire entre le blanc et le noir) que l’on pourrait opposer au rayon vert du coucher de soleil au crépuscule ; elle est appelée fin de la nuit, principe du jour ou « mère du soleil ».


Cet instant fugitif, « l’heure rare » ou heure d’or, est le « court instant » où la connaissance humaine est en contact direct avec la sagesse de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même, et la goûte dans l’extase selon les mots de Saint Bernard ; ainsi le lever de l’aurore est l’instant de l’union mystique avec Dieu. Serait-ce l’instant, hors du temps, de vision de la Jérusalem céleste ?


Cet instant a un lieu géographique de référence : l’Orient…lieu de clarté parfaite de la vision intérieure et que sommes-nous mes Frères sinon des compagnons de pèlerinage vers l’essentiel, engagés sur le chemin de l’orient spirituel, selon les mots d’Henry Corbin…N’est-ce pas le but de notre quête ?


Malgré l’intérêt porté à cet ouvrage, nous exclurons de notre travail le traité alchimique« Aurora Consurgens », ouvrage attribué par la tradition à Thomas d’Aquin, repris et analysé parC.G Jung et M-L Von Franz son élève. Nous essaierons de nous limiter tel que suggéré par le plan de travail de notre TSA. : à l’ « l’Aurore Naissante » écrite en 1612 par un grand gnostique et mystique chrétien, persécuté en son temps, Jakob Böhme (ou Jacob Boëhme). Qui est-il ?


JAKOB BÖHME : surnommé «  philosophus teutonicus »(1575-1624 )



(Vous retrouverez mes Frères une gravure de ce mystique laïc, théosophe de la bible et de la nature d’après une médaille frappée en 1707 par un alchimiste et celle-ci nous le montre, petit clin d’œil, dans une position les bras repliés sur la poitrine qui n’est pas bien sûr sans nous évoquer le signe d’ordre du bon pasteur…) !


Fils de paysans luthériens, il est à 14 ans placé en apprentissage chez un cordonnier puis voyage pendant 3 ans à travers l’Allemagne, découvrant les œuvres des mystiques, des alchimistes (Paracelse) et des astrologues; en 1594, il se fixe à Görlitz comme cordonnier et vit dans une modeste aisance. Il est disciple de la Rose-Croix d’Allemagne, comme Paracelse. En 1600, le reflet du soleil sur un plat ou un vase en étain lui apparaît comme une étincelle du feu divin qui brûle en lui (– encore un symbole archétypal de l’initiation, celui de la coupe du graal-) ; cet événement qui survient après une grave crise de mélancolie a été préparé par la lecture assidue de la Bible. D’autres visions lui permettent de contempler « le centre de la nature et la lumière de l’essence divine ». Il acquiert ce regard qui pénètre les arcanes secrètes de la nature, la signature cachée des choses, les desseins profonds de la Volonté cosmique car il baigne dans une communion intime avec le Divin. Ces révélations et illuminations l’amènent à écrire son expérience spirituelle dans l’Aurore Naissante en 1612 qui fait scandale, et l’auteur emprisonné comme hérétique n’est remis en liberté que sous condition de ne plus écrire ; il reprend la plume 5 ans plus tard et compose une vingtaine de traités. De nouveau persécuté, il meurt en 1624. Son biographe et disciple Frankenberg fait connaître l’œuvre de l’ autodidacte visionnaire à la fin du 17° siècle dont l’Aurore Naissante ou la Racine de la Philosophie, Les Trois Principes de l’EssenceDivine et surtout le Mysterium Magnum(1623), vertigineuse exégèse spirituelle, allégorique et philosophique de la Genèse…


Le thème boehmien qui influencerales penseurs allemands entre autres Hegel et Jung, est celui de la liberté originelle, « néant » dynamique d’où sortent l’esprit et la nature, telle une force indéterminée qui contient tout ensemble le feu et la lumière (non objet de la vision mais ce qui fait voir).


L’enseignement de Jakob Böhme, c’est le « mystère divin », la révélation du « fond » (Grund) et du « sans-fond » (Ungrund) néant du Vide (qui peut rappeler la formule taoïste de Lao-Tseu), qu’il appelle aussi « essence de toutes les essences » éternité sans commencement qui précède le déploiement de la nature éternelle (cela pourrait évoquer l’En Soph de la Kabbale); c’est le secret de la création divine , ce « sans-fond » ambivalent d’où surgissent, dans un développement trinitaire, les forces inséparables de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal en lutte dans le drame cosmique, lequel n’est autre que la vie divine s’éloignant d’elle-même, afin de retourner éternellement en elle-même. Ce drame se joue aussi bien dans le monde divin, angélique, animal, végétal, minéral que dans la nature et le cœur de l’homme. Le thème essentiel est la dualité d’aspects que revêt en toute chose créée, la présence ambiguë de Dieu : colère et amour, bien et mal, lumière et ténèbres (qui ne s’opposent pas comme être et non-être de la lumière car les ténèbres sont autant que la lumière) ; en refusant le monisme qui réduit le mal à une illusion comme le dualisme de type manichéen qui pense résoudre le problème en opposant (comme chez les cathares) deux principes adverses.


L’AURORE NAISSANTE« Morgenröthe im Aufgange »: analyse du traité « L’Aurore à son lever »



Morgenröthe exprime selon J.Böhme, sensible à la notion de feu et de soleil, « les rougeoiements du ciel qui vont en s’élevant »…Il s’agit d’un livre cosmique qui évoque l’abîme divin (ungrund), la création des anges, la révolte du diable, l’immanence du bien et du mal à tous les niveaux du créé, la transformation finale du monde mais aussi l’action des astres, la force magique des éléments…


Cette œuvre fulgurante écrite en 1612 comprend outre la préface, 26 chapitres, « chaos étincelant » selon Hegel, allant de la recherche de l’essence divine dans la nature, à la planète Saturne en passant par des considérations sur l’origine des 4 éléments et de la création de la terre et du ciel.
Il s’agit pour Böhme qui s’est nourri de la Bible et de la tradition hermétique d’exposer là la première ébauche de sa doctrine :


– elle constitue une transcendance ténébreuse où imaginer Dieu sans la nature c’est voir la nature sans Dieu mais Dieu reste en dehors de la nature parce que lorsque rien n’était, Dieu était déjà : il est lui-même son origine, intemporel, éternel et immuable. Il faut réaliser qu’il y a en fait la nature éternelle, harmonisée et la nature temporelle passagère, mais la nature éternelle, source-créature de la nature du monde, n’est que la base organique de l’être spirituel de Dieu : si Dieu a créé la nature, c’est bien pour se faire connaître… Böhme perçoit la création comme une émanation du désir de Dieu en recherche de connaissance de soi ; Dieu veut se révéler à travers sa création ; transcendant, il s’enveloppe dans la nature et devient immanent. Ainsi la sagesse se manifeste dans la nature portée à la perfection et symbolise la dynamique de la manifestation de Dieu.


– le nombre 7 a pour Böhme, valeur d’un symbole exceptionnel et exprime universellement une totalité en mouvement ou un dynamique: Dieu naît selon un cycle septiforme (comme dans la cosmologie de Sri Aurobindo). Il y a aussi les 7 planètes (correspondant aux 7 métaux) qui constituent 7 puissances ; les 7 qualités (forces ou sources) de la nature divine appelées aussi les 7 esprits de Dieu,… assez déconcertants : la qualité âcre, la qualité douce, l’amertume, la chaleur (feu), l’amour, le son et le corps. Malgré la pensée confuse, le sens de la doctrine implique qu’il s’agit des forces vitales constitutives du corps divin productrices de l’univers et de ses créatures. ( Ce 7 nous est bien familier au 17° degré avec les 7 étoiles, les 7 églises et les 7 qualités qui doivent toujours diriger la conduite des maçons… )


– pour Böhme, il y a correspondance entre notre corps terrestre et le corps angélique qui est le lien de la manifestation divine. Comme le dit la Table d’Emeraude « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » ; c’est pourquoi pour accéder à la hauteur il faut partir du bas c’est-à-dire de notre nature visible : l’œil doit la regarder en tant que créature de Dieu en cherchant à voir au-dedans des choses et à avoir accès à leur sens caché.


– notre corps humain est analogue au monde et le soleil en est le cœur car l’homme est en fait en image et en similitude de Dieu : « intermédiaire et lien entre le monde sensible et matériel et Dieu, ilreprésente Dieu dans le monde et représente le monde sensible à lui-même et à Dieu »


– enfin, pour J.Böhme, la vie c’est d’abord la mort (comme pour les alchimistes, la mort est une fermentation qui produit la vie), mais suivie d’une régénération: pour que la créature humaine s’unisse à Dieu selon une nature divine habitée par la Sagesse, il faut que la créature meure à elle-même (c’est la transmutation). De même la transmutation du feu, c’est d’abord la mort du feu. Ce qui va renaître s’appelle encore le feu et pourtant c’est un autre feu : c’est la lumière dont l’âme est Sagesse, lumière « éclairée » en quelque sorte…


RELATIONS AVEC LE 18° DEGRÉ ?



La théosophie (connaissance des choses divines dans le miroir de la nature) de Jakob Böhme est une connaissance gnostique qui n’est pas que alchimique ; cette mystique se rapproche aussi du soufisme : « son point de départ est Dieu, son point d’arrivée le sans limite » ; alors que pour l’alchimie le point de départ est la matière et son point d’arrivée est Dieu.
La théosophie où la manifestation divine est décrite par les symboles comme dans la Kabbale ou la mystique iranienne, est une science « inspirée » (presque prophétique), analogue à une herméneutique et son étude est enrichissante pour les « cherchants » que nous sommes.
La théosophie böhmienne repose sur deux concepts:
le renoncement de sa propre volonté pour y substituer la volonté divine. Nous travaillons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers : c’est notre Devoir depuis le 4°degré.
lethème de la seconde naissance (la vraie foi n’est donnée qu’à une créature renouvelée). Ne peut-on pas y voir un élément fondamental de notre démarche où les rituels du REAA de façon permanente nous font « re-naître » au travers de chaque initiation ou élévation ?


Une triple intuition métaphysique caractérise  Böhme et nous interpelle en Maçonnerie :
intuition d’une liberté s’incarnant dans l’être…c’est l’être qui domine l’individu et le FM s’applique à découvrir par l’introspection « la clairière de l’être » selon le mot de Heidegger…


liberté de l’esprit s’incarnant par le corps….
double nécessité pour l’être et la pensée d’une lutte et d’une opposition des contraires dont la synthèse constitue la vie…Le FM , homme libre, essaie de cheminer durant toute sa vie entre le blanc et le noir du pavé mosaïque…


La sagesse de Böhme constitue une théologie subjective : le Dieu réel est celui que l’âme perçoit et Dieu ne se révèle qu’en s’engendrant dans la personne appelée à le connaître. La vision böhmienne de la divinité est celle d’un « Dieu caché », ce qui suppose toute une approche en révélation et dévoilement à travers ses œuvres, Dieu ayant besoin de sa création et au premier chef de l’homme pour se révéler. L’âme parle aussi un langage de symbole à travers la nature, et c’est cette signature des choses (« De signatura rerum ») que le théosophe cherche à retrouver dans une démarche très proche de celle des alchimistes.
L’âme universelle (sensorium) est celle de Dieu et celui-ci va se révéler dans et par ses œuvres ; c’est pourquoi le monde de l’âme est le lieu de la révélation. Cette vision de l’univers est conquise de haute lutte, d’une lutte sur soi-même. Ce à quoi sert laconnaissance : « à quoi te sert la connaissance, si elle ne te porte pas à combattre, à rien » chapitre 20 – du second jour/21…
Ainsi, pour les âmes qui sont unies à la Sagesse, le Dieu qui habite une lumière inaccessible est devenu Emmanuel«  Dieu en nous », à l’intérieur (orient), « Dieu avec nous », à l’extérieur (occident)N’est-ce pas le mot de passe du Chevalier R+C ?


Plusieurs clés de l’œuvre de Böhme nous « parlent » en tant que FM. :


la lutte permanente pour rester dans la lumière ; ce concept est en rapport avec la nature réelle de notre quête maçonnique ; c’est la recherche d’une sorte d’aurore de la perception rendue consciente, véritable boussole de vie qui doit guider notre chemin.
l’idée du caractère positif du bien et du mal : le FM :. doit se réaliser en s’acceptant tel qu’il est.


l’idée forte du feu, d’abord ténébreux, qui de la matière obscure fait jaillir la lumière, lumière qui se donne, symbole de la vie et du désir : elle est la flamme d’amour qui monte vers Dieu et qui nourrit le don total de soi ; le feu dévorant (à la fois colère et amour) se transforme en lumière; le désir vorace se change en désir d’amour qui est le sentier de Dieu.


Les rituels de REAA à l’image des concepts de J.Böhme nous font prendre conscience de notre appartenance au Cosmos et à la vision du cosmos ; de plus ils nous permettent intuitivement de participer sur le mode initiatique aux Mystères par la voie du cœur.
Le Rite développe une approche gnostique des choses (non seulement chrétienne mais aussi juive, égyptienne et helléniste). Le but assigné à la démarche gnostique est l’ouverture de l’homme en tant qu’individu à la plénitude de l’être (du moi au soi) : c’est une vision « orientée » vers l’intériorité dans un monde « intermédiaire » ; ce monde intermédiaire selon Corbin est celui de l’intuition imaginale entre le monde intelligible et le monde sensible.


Cette construction du moi au soi, cette « renaturation » trouve son apogée dans le 18°degré par le monogramme I.N.R.I. Igne Natura Renovatur Integra (la nature est renouvelée entièrement par le feu), message apparemment apocalyptique mais message d’Espérance. Ce symbole « de vérité universelle et éternelle » (cf rituel) m’évoque toujours la promesse renouvelée de re-naissance matutinale de l’aurore à son lever… « lumière de gloire qui effuse de l’essence divine », sans nul doute celle de la Jérusalem Céleste annoncée par Saint Jean dans l’Apocalypse. Ainsi tout est prêt pour accueillir l’idéal d’amour de Celui qui est venu sceller la Nouvelle Alliance. Le mystère de la Cène n’est pas que le partage symbolique du pain et du vin ; c’est la fusion en l’être d’éléments d’une autre nature, afin que leur modification devienne transmutation ; tout ce qui a été partagé ne laisse aucune trace « extérieure » : ni chez celui qui donne et qui pourrait en attendre un retour, ni chez celui qui reçoit, devenant donneur à son tour. Lorsque le don est reçu, tout est consommé…


CONCLUSIONS :



C’est en chacun de nous que doit s’accomplir cette gnose pour que s’accomplisse le passage du néant à l’être, de la transcendance absolue à l’immanence car nous sommes héritiers du désir d’auto-conscience de Dieu à travers le monde sensible. Ce n’est qu’en modifiant notre regard sur le monde que le monde commencera à changer. Comme dans la nature, notre chemin maçonnique n’est fait que de transformations qui portent en elles notre évolution ; la mort à l’ancien état est exigée pour poursuivre le chemin initiatique. Nous ne pourrons, mes frères ChR+C, le poursuivre qu’en étant assez humbles pour laisser s’épanouir notre être intérieur, telle une rose ; alors la dimension du cœur prendra toute sa place.
Ainsi notre transformation intérieure d’homme régénéré va nous permettre de prendre conscience de toutes nos potentialités, de les vivre, de les transcender, si cela est possible « hic et nunc » (ici et maintenant), pour accomplir l’œuvre.
Méditons ces paroles de J.Böhme tirées du chapitre 26 de l’Aurore Naissante, en pensant à notre destinée : « Mais la connaissance…est entièrement manifeste car le cœur de Dieu a livré l’assaut à la chambre de la mort et il la brisera bientôt. C’est pourquoi, à présent, quelques rayons du jour pénètreront de plus en plus dans le cœur de quelques hommes et annonceront la clarté ». Soyons de ceux-là, mes Frères Chevaliers : porteurs d’aurore (Espérance), d’amour de Dieu (Foi) et d’amour des hommes (Charité)


J’ai dit Très Sage Athirsata :

JF G




BIBLIOGRAPHIE :


J. BÖHME : L’Aurore à son lever, 1612 … : (http://www.arbredor.com/somires/aurore.html)
J. BROSSE : Les Maîtres Spirituels, 1988 ,Bordas 10, collection Les Compacts
P. DEGHAYE : La Naissance de Dieu ou la Doctrine de Jacob Boëhme, 1985, Albin Michel.
Dictionnaire des Symboles de Chevalier et Gheerbrant, 1992, Robert Lafon
Encyclopaedia Universalis 2004 : Boëhme Jacob
P. ESCANDE : L’orient spirituel dans l’œuvre d’Henry Corbin, SALIX n°3 1990
G. Jarlan : L’aurore naissante de Jacob Boëhme, Cahiers de Villard de Honnecourt tome 31- 123-143
J.E. MURAT : Aurora Consurgens ; l’Alchimie de l’Orient à l’Occident, SALIX n°3 ,1990
M-L VON FRANZ : Aurora Consurgens, le lever de l’aurore, 1982, La Fontaine de Pierre



RÉSUMÉ :



Les ouvertures des travaux en loge de perfection plantentle décor ; celle du 4° degré : « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître », celle du 14° degré : « entre le point du jour et le lever du soleil » …L’Auroreest ce moment magique situé entre la nuit et le jour, symbole joyeux de l’éveil dans la lumière retrouvée, de naissance ou de re-naissance. Elle est là tous les matins, symbole de toutes les possibilités, signe de toutes les promesses, de tous les espoirs ; de l’Espérance , vertu théologale qui est le moteur de notre engagement de Chevaliers. Cet instant fugitif ou « heure d’or » est le « court instant » où la connaissance humaine est en contact direct avec la sagesse de Dieu, instant de l’union mystique avec Dieu. Serait-ce l’instant, hors du temps, de vision de la Jérusalem céleste ? C’est en tout cas l’acte créateur qui magnifie Dieu en rapportant la lumière aux hommes. Cet instant où la Foi se réveille a un lieu géographique de référence : l’Orient…lieu de clarté parfaite de la vision intérieure .


« L’Aurore Naissante » a été écrite en 1612 par un grand gnostique et mystique chrétien, persécuté en son temps, théosophe de la Bible et de la nature : Jakob Böhme . Ce prophète de l’illumination intérieure n’est pas un cordonnier ordinaire : disciple de la Rose-Croix d’Allemagne, il s’imprègne des connaissances alchimiques, hermétistes et astrologiques avant d’être « illuminé » et de révéler son expérience spirituelle dans l’Aurore Naissante. Le thème boehmien qui influencerales penseurs allemands entre autres Hegel et Jung, est celui de la liberté originelle, « néant » dynamique d’où sortent l’esprit et la nature, telle une force indéterminée qui contient tout ensemble le feu et la lumière (non objet de la vision mais ce qui fait voir). L’enseignement de Jakob Böhme est la théosophie, c’est-à-dire la sagesse divine présente dans la nature et dans l’homme . Elle révèle le « mystère divin », la révélation du « fond » (Grund) et du « sans-fond » (Ungrund) néant du Vide qu’il appelle aussi « essence de toutes les essences » éternité sans commencement qui précède le déploiement de la nature éternelle; le secret de la création divine est ce « sans-fond » ambivalent car Böhme prêche le développement dual des opposés : c’est la dualité d’aspects que revêt en toute chose créée, la présence ambiguë de Dieu : colère et amour, bien et mal, lumière et ténèbres (qui ne s’opposent pas comme être et non-être de la lumière car les ténèbres sont autant que la lumière) . Böhme perçoit la création comme une émanation du désir de Dieu en recherche de connaissance de soi ; Dieu veut se révéler à travers sa création ; transcendant, il s’enveloppe dans la nature et devient immanent. Enfin, pour J.Böhme, la vie c’est d’abord la mort (comme pour les alchimistes, la mort est une fermentation qui produit la vie), mais suivie d’une régénération: pour que la créature humaine s’unisse à Dieu selon une nature divine habitée par la Sagesse, il faut que la créature meure à elle-même (c’est la transmutation). Depuis le V.I.T.R.I.O.L du cabinet de réflexion les degrés du Rite font que la mort alchimique spirituelle à l’ancien état est exigée pour poursuivre le chemin initiatique…


Cette « renaturation » trouve son apogée au 18°degré, grade du manifesté, dans le monogramme I.N.R.I. Igne Natura Renovatur Integra (la nature est renouvelée entièrement par le feu), message apparemment apocalyptique mais message d’Espérance. Ce symbole évoque la promesse renouvelée de re-naissance matutinale de l’aurore à son lever… « lumière de gloire qui effuse de l’essence divine », sans nul doute celle de la Jérusalem Céleste annoncée par Saint Jean dans l’Apocalypse.
Retrouvons mes Frères Ch+C cette vacuité positive décrite par Böhme afin d’aborder la liberté originelle, approfondir notre recherche intérieure et découvrir notre être ; cherchons dans la nature la signature cachée des choses qui est le témoignage d’amour du créateur. Dieu se révèle dans et par ses œuvres, dont l’homme, devenant ainsi « Emmanuel »…Poursuivons notre transformation intérieure d’homme régénéré pour prendre conscience de toutes nos possibilités, les vivre et les transcender pour accomplir l’œuvre . Ainsi nous serons porteurs d’aurore (c’est l’Espérance), d’amour de Dieu ( la Foi) et d’amour des hommes (c’est la Charité)…

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