18°
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Le symbolisme du phénix au 18ième degré
Non communiqué
A la Gloire du
Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Écossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au Nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Égalité Fraternité
Le symbolisme du phénix au 18ième degré
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Ordo ab Chao
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Le symbolisme du phénix au 18ième degré
L’ouvrage de Jean Chevalier « Dictionnaire des symboles », cité dans toute bibliographie maçonnique, porte sur sa couverture la représentation du phénix ailes déployées, entouré de flammes et reposant sur un nid de branches et d’aromates.
Le mythe nous apprend que cet oiseau du soleil et du feu, se consumant de façon surnaturelle, utilise les ingrédients de la plus haute spiritualité : l’encens, les brindilles magiques parfumées, le cinnamone ou camphrier, et la myrrhe dont l’arbre recueille dans son tronc les restes calcinés.
Le mythe est présent dans plusieurs cultures orientales et occidentales, sa signification étant manifestement d’ordre métaphysique. Les sources font référence aux Égyptiens, aux grecs les plus anciens -les mycéniens- sous l’influence des mésopotamiens qui ont vu dans la destinée de cet oiseau le symbole divin de l’immortalité, de la renaissance par le feu.
Les auteurs les plus illustres d’Hésiode à Hérodote les textes orphiques et pythagoriciens brodent sur ce symbole puissant, une allégorie qui a influencé les premiers chrétiens dont le bestiaire du moyen âge comprend le phénix symbole du christ ressuscité.
Le REAA, témoin de la tradition, transpose ce symbole dans un langage nouveau, il nous offre une interprétation en rapport avec la spiritualité qui lui est propre, ce que je vais essayer de traduire à partir du rituel du 18ième degré.
Dans une expression fréquemment utilisée, « tel un phénix renaissant de ses cendres » le mythe parle à la conscience de tous les hommes, mais le langage profane lui a ôté une partie de sa force symbolique. Pour les Chevaliers Rose-Croix il est le support de la spiritualité de leur degré.
Nous allons examiner successivement le symbole sous trois aspects:
1) en tant que symbole du temps mythique
2) dans les initiations au 1er puis au 3ième degré enfin au 18ième degré, à l’ouverture et à la fermeture des travaux
3) enfin, le phénix, symbole de l’espérance
1- En tant que symbole du temps mythique, le texte biblique de l’Écclésiaste invoque la périodicité, la répétition, par un perpétuel recommencement de la nature. L’éternel présent est dans la formule sans cesse répétée : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil, tout ce qui a été est, et sera, et toutes les œuvres humaines…ne sont que vanité et poursuite de vent » (dans J.Bottéro –naissance de Dieu- )
Nos générations depuis l’aube de l’humanité ont toutes compris que la durée profane, celle de notre vie, même augmentée de la vie de tous nos ancêtres, s’inscrit dans un temps qui dépasse notre entendement, qu’un mystère rattaché à la notion de temps nous dépasse. Ainsitrès tôt l’homme a t’il été conduit à sacraliser ce temps comme pour mieux le saisir, et dans une certaine mesure le mythe du phénix y a contribué.
Pour les textes anciens abondamment cités sur ce sujet, quand il n’est pas occupé à sa renaissance, la résidence du phénix, son paradis, se situe au-delà de tout horizon, de toute hauteur, à l’Orient, au soleil levant.
D’après Virgile, il ne quitte son éternel printemps, que pour se rendre sur terre dans le lieu où règne la mort. Là, le moment venu, il rassemble les brindilles de camphrier, de l’encens pour allumer le feu de sa régénération. Selon la légende, ce lieu est la Syrie qui a reçu dans l’antiquité le nom de Phénicie, en rapport justement avec ce mythe.
2- Dans les rituels du REAA lors des initiations au 1erau 3ième puis au 18ièmeainsi qu’à l’ouverture et la fermeture des travaux du 18ième degré la transmutation, la réapparition, la régénération, la renaissance sont affirmées par l’officiant.
Au 1er degré le nouvel apprenti renaît purifié par les éléments dont le feu :« que ce feu qui vous a enveloppé puisse !! se transmuer en un amour ardent pour vos semblables » l’idée de transmutation par le feu est présente dès l’initiation.
La régénération d’Hiram, dont l’esprit est transmis au Maître est un acte symboliquede cette aspiration à recommencer notre parcours de vie soutenu par des forces nouvelles : « il reparaît plus radieux que jamais, affranchi d’une mort symbolique… et tous ensemble les vivants et les morts assurent la pérennité de l’œuvre ».
La notion de dépouillement du vieil homme est rappelée à diverses étapes du REAA, nous sommes invités au 13ième degré à franchir les neuf arches, à descendre en nous-mêmes pour y découvrir des ressources cachées intégrer une nouvelle mentalité, à nous débarrasser de toute dualité au profit du ternaire et de l’unité.
Quitter le vieux corps, le brûler au moyen d’aromates, dire « tout est consommé » et suspendre les travaux, dans cette progression initiatique, le mythe du phénix apporte la dimension divine de la renaissance, de l’immortalité en quelque sorte, mais certainement pas de la résurrection dont l’acte consiste en un passage de la condition humanité à la divinité.
D’ailleurs les représentations iconographiques chrétiennes du mythe ont aujourd’hui disparu car elles ne rendent pas compte du mystère du Christ ressuscité. Pourtant, aux premiers temps du christianisme, et au moyen âge, les images, associant l’oiseau au palmier, l’oiseau perché sur un palmier près de la croix évoquent dans l’imaginaire des croyants, la possibilité de se relever après la mort.
Si l’on y regarde attentivement le rituel du 18ième degré fait successivement se dérouler la mort puis la renaissance du phénix.
Au moment de l’initiation puis à chaque fois que c’est l’heure du parfait maçon le mystère de la mort suivie de la régénération est mis en actes dans le rituel. L’évocation du mythe du phénix est clairement exprimée lors du passage dans le deuxième temple : « Je conduis des chevaliers d’Orient et d’Occident qui ont cherché la Parole perdue. Ils croient l’avoir retrouvée sous l’aile du phénix à l’instant où il renaissait de ses cendres »
À l’heure de reprise des travaux, comme à l’heure de la suspension des travaux il est toujours l’heure du parfait maçon. Cela signifie donc que le mystère de la disparition des ténèbres puis de l’apparition de la lumière sont advenus dans le même temps, à la même heure, qui est l’heure du parfait maçon.
Donc à la même heure, de ce temps immobile, nous sommes passés des Ténèbres à la Lumière, de la mort à la vie, nous avons assisté symboliquement à la combustion du phénix et à sa régénération.
La liturgie chrétienne y voit le mystère de la mort et la résurrection du Christ, le REAA le mystère de la Parole perdue, puis retrouvée, croit – on, dit le rituel, « sous l’aile du phénix ».
Le phénix meurt et renaît, la pierre cubique suant sang et eau, renaît en Rose mystique, expression symbolique du GADLU. On le voitla signification du mystère lui-même est identique : les religions chrétiennes en font une analyse exotérique, le REAA une interprétation ésotérique, alchimique, les deux se rejoignent dans la célébration des vertus les plus hautes, les vertus théologales.
La similitude des actes rituéliques se poursuit par la consommation du pain, nourriture spirituelle, et du vin symbole de la Connaissance, mais, lorsque nous prononçons la parole mystérieuse c’est le sens alchimique du monogramme qui est privilégié : « la nature est entièrement renouvelée par le feu »
Le rituel du 18ième degré fait apparaître en filigrane le symbolisme de la mort du phénix car ce n’est qu’après avoir constaté que tout est consommé, en même temps que tout est consumé alors, la lumière reparaît, l’heure du parfait maçon est enfin advenue, le renouvellement de la nature a eu lieu Igne Natura Renovatur Integrum.
Cette parole substituée est pour chacun de nous la clé de la recherche de la Vérité, car dit le rituel : « celui qui avait voyagé …(avec les maçons) durant 33 ans afin de les aider à rechercher la Parole… » le Jésus de la tradition chrétienne, « leur apprit que le moyen de la retrouver était de connaître les trois colonnes de la l’Espérance de la Foi et de la Charité. » Plus loin il est dit :
« Après trois jours de ténèbres, le GADLU rend tout son éclat à la Lumière. » (rituel d’initiation au 18 degré)
3- Le phénix est dans une certaine mesure porteur de l’Espérance, c’est la troisième partie de cette colonne gravée.
Une espérance commune dans les valeurs de l’immortalité de l’esprit caractérise le REAA.
Alors que le symbolisme de la mort et de la résurrection de Jésus est celui de l’homme fait Dieu ou fils de Dieu, la tradition véhiculée par le REAA nous rappelle que chaque maçon est fils de la Lumière et naît par le feu. Il est porteur de la lumière divine mais en aucun cas il est divinisé.
Le symbole du phénix nous rappelle, comme cela a été suggéré lors de notre initiation au premier degré, que la mort à l’état profane est la condition de la naissance de la vie spirituelle, contrairement à la logique humaine profane pour laquelle la naissance préside à la vie matérielle.
La vie de ce fait devient plus forte que la mort puisqu’elle procède de la mort. Dans une logique spirituelle, on ne va jamais de la vie à la mort, mais de la mort à la vie.
L’acquisition de la Connaissance appelée Vérité est cherchée dès l’initiation au 1er degré.
Le REAA invite ceux qui adhèrent à l’existence du Principe Créateur, le Logos, la Parole, à devenir enfants de Lumière.
La Parole de l’origine s’incarne alors dans la personne de l’initié, cette présence du divin dans l’homme est ce qui définit le principe d’immanence.
Lisons les versets 11 à 13 du Prologue de Jean: « la Parole est venue dans le genre humain et les siens ne l’ont pas reçue. Mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné pouvoir de devenir enfants de Lumière… »
Connaître c’est naître avec la Lumière, être initié.
Etre initié, c’est vivre dans l’Espérance de la Vérité, non d’une récompense, mais de la force qui permet notre dépassementpar une alliance entre Foi et Raison
Il revient au Chevalier Rose-Croix de garder les yeux ouverts sur cette espérance d’un lieu d’éternité et d’un temps aboli, d’une Vérité qui abolit les souffrances de la vie et l’angoisse de la mort. Notre raison sourit à cette lubie, notre foi la rend possible tellement cette quête d’absolu est indispensable à notre existence.
Car qui n’a pas rêvé d’être le gardien et le prêtre d’un Eden ensoleillé empli des êtres chers, les parents disparus, et mû par les vertus les plus hautes. Qui n’a pas envisagé l’optimisme utopique d’une vie éternelle à l’image du phénix, à l’abri des douleurs et des souffrances, desmaladies et des peurs. Les poètes n’échappent pas à cette ambition de voir au-delà de la réalité, quitte à convoquer les paradis artificiels pour fuir les réalités matérielles.
Thomas More y voyait la cité idéale, emplie des vertus tendue vers le Bien, il l’a payé de sa vie, Augustin dans la cité de Dieu imagine plus de dévotion à l’égard de la cité idéale, bien supérieure en qualité à la cité des hommes, et approche par l’esprit de cette Jérusalem céleste.
Vivre par le feu, cefeu qui nous a enveloppé lors de l’initiation, qui consume le profane transmué en initié est de même nature symbolique que celui du phénix.
La lumière donnée à l’initié, parcelle divine en l’homme, est de même nature symbolique que la Lumière de l’origine. Si la Parole conçoit le plan d’un Univers ordonné, la Lumière qui l’accompagne témoigne de cette Parole, l’initié porteur de son infime part de lumière témoigne de cet ordre tiré du néant.
En héritiers de l’église ésotérique de Jean, le pain que nous partageons est de nature spirituelle, « le pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » Jean VI, 33, c’est pourquoi il faut partager ce privilège qui nous est offert et donner à manger à ceux qui ont faim.
C’est au plus intime de chacun de nous que se mène la lutte pour la primauté de l’amour de ses semblables ou de l’amour de soi, dans ce monde égoïste et matérialiste, il n’est pas aisé pour le Chevalier R.C de tracer une voie droite. L’unité idéale de l’éphémère et de l’éternel, du temporel et du spirituel est offerte par l’initiation comme un privilège, la notion d’un temps mythique que j’ai découverte au REAA est pour moi fondamentale, le phénix, par son immortalité en symbolise la force, il reste à en percer le mystère pour que l’initiation soit achevée.
Jean M