18° #415012

Le feu et le Chevalier Rose+Croix

Auteur:

J∴ M∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: La Rose d’Or


Lorsqu’un jeune Chevalier Rose+Croix quitte le Temple où il vient d’être consacré au 18ème degré on pourrait imaginer qu’il dise « EUREKA », ce en quoi nous lui répondrions : non « I.N.R.I. » mais ce n’est pas, et ne sera jamais le cas. La découverte qu’il vient de faire il va la vivre de l’intérieur, de son intérieur à lui, là d’ailleurs où il a trouvé cette parole … La meilleure preuve est qu’au 18ème degré, il n’est point besoin de prêter serment. Pourtant cette découverte est l’aboutissement d’années et d’années de recherche et de travail, mais elle nous laisse le plus humble de tous.



Les quatre lettres se prononcent séparément, détachées, de même que le nom de Dieu, qui apporte la connaissance totale, ne peut se prononcer, mais seulement être épelé, sauf par quelques rares élus et à des moments bien particuliers. Les quatre lettres du tétragramme indicible, imprononçable, inscrutable, représentent, dit le Zohar les quatre degrés de la manifestation divine, toujours croissante. Ce sont les symboles du pouvoir créateur de Dieu.


INTRODUCTION


Beaucoup d’auteurs rejettent l’origine purement Christique de ce degré et sont obligés à quelques contorsions intellectuelles pour dénier ce qui ressort à l’évidence du Christianisme et doit être pris comme tel. Ce qui n’empêche pas d’avoir une lecture plus « alchimique » de notre rituel. Il faut à mon sens établir une passerelle pour I.N.R.I.Entre ces deux conceptions. Ce petit détour permet de revenir au sujet à traiter.



Comment, partant de la parole perdue telle qu’elle est définie dans le rituel du 4ème degré : « La parole perdue c’est la connaissance. » nous aboutissons au 18ème degré à la notion alchimique de I.N.R.I. En fait il s’agit pour nous de percevoir la notion de Vérité ou la notion du Sens ou de Dieu de façon nouvelle, en détruisant (c’est la raison d’être du Temple noir) nos notions anciennes. L’évolution du concept nous donne une notion très analogique, assimilation de Dieu et du Feu, en continuelle construction.


Nous partons donc d’une notion de Dieu au premier degré (croyance en une image et non pas encore au mystère qui se cache derrière l’image) pour passer par la connaissance (foi en un mystère intérieur au 4ème degré). Puis nous évoluons vers une notion plus complexe au 14ème degré : Jéhovah ou Yod Hé Vau Hé, construction dynamique et plus intellectuelle du passage du principe au Verbe, au Centre de l’idée, pour aboutir du chaos à la création. Au 18ème degré, nous passons à la notion du Feu Régénérateur ou énergie en continuel renouvellement dont nous sommes partie intégrée et intégrante et qui donne à la notion de Dieu un sens énergétique et unificateur.



Il y a là la première approche de l’amour fusion. C’est en ce sens que nous rejoignons la notion Christique. L’Ancien Testament nous donne une notion de Dieu proche de celle que nous abordons au 14ème degré. Dieu créateur auquel nous sommes soumis dans l’ancien testament, mais (en maçonnerie) Dieu est au fond de nous-même (9ème voûte). C’est la découverte que nous faisons dans les degrés intermédiaires. Ces degrés construisent progressivement notre conscience ou nos états de conscience. C’est bien par la pensée que nous pourrons aborder le mystère de la vérité. Chaque degré apporte sa contribution à la construction de notre esprit.



Au 18ème degré, la Rose et la Croix nous font appréhender Dieu tel que le Christianisme le développe, conception nouvelle de la relation de l’homme avec Dieu, conception que nous enseigne le Nouveau Testament. Dieu n’est pas extérieur à nous, nous sommes en Dieu et Dieu est en nous. Nous sommes un creuset alchimique où s’élabore la Vérité toujours en construction. Pour en revenir à des notions chrétiennes comme l’Evangile copte de Thomas nous l’enseigne : « Le royaume de Dieu est déjà en ce monde ». Nous sommes tous en Christ, fils de Dieu et partie de Dieu. Nous sommes et deviendrons de plus en plus des collaborateurs de Dieu. Il nous faudra alors ne plus essayer « d’imaginer ou de regarder la Vérité mais la construire ».


I.N.R.I. APPROCHE CHRETIENNE


Je ne voudrais pas déclencher une polémique … mais …


Vous en conviendrez, commencer une tête de chapitre ainsi, ou c’est particulièrement gaffeur (parce que la polémique va naître) ou c’est un tout petit peu provocateur. Nous verrons au fil de ce travail que toute compte fait ce n’est ni l’un ni l’autre.



Trop d’auteurs rejettent l’origine purement Christique de ce degré.


Pourtant historiquement ce degré n’était réservé qu’aux seuls chrétiens !



Bien sûr ce qui apparaît en premier c’est la croix, même si ce symbole n’est pas, et loin s’en faut exclusivement chrétien.



Le signe d’ordre ou du bon pasteur qui est une allusion directe à l’Evangile de Saint Mathieu (thème de la brebis égarée qu’il faut ramener au sein du troupeau).



La cérémonie de la Cène avec la circulation du pain et de la coupe est une très ancienne tradition de l’église primitive. Bien sûr il n’est pas question ici de prière ni de théophagie, mais la conclusion de cette cérémonie par : « Que la paix soit avec vous » possède bien des accents chrétiens.



Enfin l’Agape Pascale, dont l’origine semble assez récente d’ailleurs.


La date de cette agape est précisée par une périphrase, probablement dans un souci de déchristianisation du degré : C’est le Jeudi qui précède le Dimanche de Pâques ! N’aurait-on pas été plus simple et clair en disant : « Le Jeudi Saint » !


Quant aux petits textes, lus à l’extinction des feux et au rallumage de ceux-ci, il est plus facile de leur trouver des connotations chrétiennes plutôt qu’alchimiques.



Venons en à I.N.R.I.



Dès les origines la Parole a été l’acronyme, I.N.R.I., de ce que Ponce Pilate a, selon l’évangile de Saint Jean, fait inscrire sur le titulus. Pendant de très nombreuses années personne n’envisageait de traduire la « Parole » tant son sens était évident à tous. I.N.R.I. est alors un véritable « mot substitué » pour dire « Jésus Christ ».



L’écriteau indicateur du nom et du délit du condamné, le titulus placé sur la croix, porte selon l’information unanime des évangiles l’indication « Roi des Juifs ». On peut donc identifier en droit romain, quelle loi fut appliquée au cas de Jésus : La « lex juliae majestatis », qui punit de mort la haute trahison envers l’état. De cette loi les procurateurs faisaient un usage excessif, et c’est notoirement le cas de Pilate. Selon l’usage Jésus a été battu de verges avant la crucifixion. Le détachement chargé de l’exécution, tirant prétexte de ce délit, organisa pour se distraire une mise en scène grotesque, qui parodiait les fêtes des Saturnales où l’on couronnait un Roi tiré au sort. On remit au prisonnier les emblèmes d’une royauté de carnaval : Tunique de pourpre, roseau en guise de sceptre, couronne d’épines. Le souvenir de cet incident est resté très vif chez les premiers Chrétiens, parce qu’ils ont vu dans cet amusement à la soldate non seulement le comble de la torture, mais aussi la proclamation paradoxale du Christ Roi (Jean 19,1-5).



Tous les rituels anciens n’admettent comme lecture de « I.N.R.I » que Jésus de Nazareth Roi Des Juifs. De même tous les Rituels antérieurs à la révolution n’admettent que cette lecture.



Quant à la lecture Alchimique elle semble bien plus récente.



(A titre ironique ou presque, sachons que la lecture des 4 lettres I.N.R.I., dans un souci de laïcité post révolutionnaire, eurent de nombreuses traductions … Je ne résiste pas à vous en livrer quelques-unes : Impérator Napoléo Rex Italia (Napoléon Empereur, Roi d’Italie) en passant par le très politique Iustum Necare Reges Impios (Il est Juste de Tuer les Rois Impies », et tant d’autres !)



En conclusion de cette première partie, je dirai que le 18ème degré marque pendant longtemps le sommet de la hiérarchie de nombreux systèmes écossais. Les variantes des rituels étaient alors fort nombreuses. Elles peuvent se ranger en deux groupes : L’un transpose simplement dans la symbolique maçonnique la Passion du Christ pour en tirer un enseignement ésotérique spécifiquement chrétien, l’autre situe ce thème dans une facture alchimique. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté a fait de ce degré un des pivots de son système. C’est le couronnement de l’initiation, disent certains commentaires, les degrés qui suivent étant sa mise en action. Depuis de nombreuses années l’accent a été mis sur une interprétation plus alchimique que chrétienne, cette alchimie faisant parallèle à la Kabbale introduite dans les degrés précédents et assez récemment d’ailleurs.


I.N.R.I. APPROCHE ALCHIMIQUE


L’alchimie est une pratique, une démarche ésotérique complexe où l’on mène en parallèle une recherche opérative sur la matière et une recherche spéculative sur soi-même.



L’alchimie se situe à la frontière de la science et de la philosophie mystique. L’alchimiste est un authentique « philosophe par le Feu ». Il s’agit d’une philosophie hermétique : Au cours de l’élaboration du Grand Œuvre, l’alchimiste utilise sa matière comme support de sa propre élévation spirituelle. Il existe en l’homme une « terre virginale » comparable en tout à la matière alchimique que Paracelse qualifiait de limbe du grand et du petit monde, qui doit évoluer en s’épurant progressivement.



L’alchimiste possède un laboratoire, mais aussi un oratoire car, grâce à la prière et à la méditation, il transcende sa nature humaine à travers l’ascèse.


Dans le contexte chrétien, la quête du Lapis Christus s’exprime parfaitement dans la célébration eucharistique. La première partie de la messe est une préparation des fidèles et correspond à la préparation de la matière qu’il convient de purifier. La messe proprement dite commence à l’offertoire, partie dans laquelle le prêtre présente l’offrande à Dieu sous la forme des deux espèces d’Eucharistie. Il s’agit précisément de l’oblation de la terre et du mercure que le philosophe hermétique réalise au cours du Premier Œuvre. La consécration, qui fait directement suite à l’offertoire, correspond symboliquement aux Aigles ou sublimation du Second Œuvre.



La transmutation alchimique s’identifie donc analogiquement à la transsubstantiation des espèces, lors de la célébration eucharistique. Le sacrifice du Christ désigne les souffrances que la matière minérale ou humaine doit subir par le creuset ou la croix celle là même où fut inscrite l’abréviation I.N.R.I. et dont la valeur ésotérique n’échappe pas à l’hermétiste : Igne Natura Renovatur Intégra : La Nature tout entière est Régénérée par le Feu, ou bien de manière plus précise Igne Nitrium Roris Invenitur : Par le Feu se découvrent le Nitre et la Rosée. (Sachons que dans les religions orientales, la tradition alchimique est aussi fortement ancrée qu’en Occident.)



Le Feu joue un rôle capital dans toutes les initiations. Celles-ci, ont toujours pour objet la mort symbolique a un état pour une renaissance en initié qui aspire à la connaissance par la réintégration et la fusion totale avec la cause première.



Le Feu agent de transformation :



Le Feu hermétique ou philosophique des alchimistes est le thaumaturge universel qui préside à toutes les transformations. Dans cet univers, le feu philosophique, invisible bien que présent dans tous les corps représente la cause primordiale et sa connaissance permet la transmutation des éléments. Son rôle est capital dans la génération de la Pierre Philosophale. D’où sa valeur ésotérique dans la formule I.N.R.I. La Nature toute entière est Renouvelée par le Feu. Ce pouvoir de transmutation du feu s’alimente de la foi de l’alchimiste qui en est le Maître d’œuvre. Les alchimistes sont convaincus de travailler avec le concours de Dieu et ils considèrent leur œuvre comme le perfectionnement de la Nature. Le feu constitue une entité tutélaire manichéenne car s’il brille au Paradis, il brûle en Enfer !



Le Feu agent de purification :



Dans la conception hermétique, l’Ars Magna, ou art royal des alchimistes a pour objet la recherche de la Parole Perdue, c’est-à-dire la réintégration de l’homme dans son essence divine originelle, matière même du Grand Œuvre. L’atteinte de cet objectif passe par la transformation et l’épuration de l’âme de l’alchimiste.



Parfois le Feu brille sans brûler, et c’est l’idéalisation du principe de transcendance exprimé par Novalis (Poète romantique allemand) lorsqu’il écrit : « La lumière est le Génie du phénomène igné ».


I.N.R.I. APPROCHE MAÇONNIQUE


Comme nous avons pu le voir précédemment le feu joue un rôle capital dans toutes les initiations.


Celles-ci ont toujours pour objet la mort symbolique de l’homme profane suivie de la renaissance du mythe en initié qui aspire à la Connaissance par la réintégration, voire la fusion totale avec la cause première.



L’approche maçonnique, qui présente des analogies avec la forme Chrétienne et la conduite alchimique s’élabore autour d’une démarche que je qualifierai de plus spirituelle.


Peut être une voie du milieu puisque c’est ainsi que l’on appelle notamment la maçonnerie.



Valeur mystique de la Pâques chrétienne valeur alchimique du feu dans l’athanor, le feu reste une constante transculturelle et initiatique. Il constitue l’agent spirituel par excellence. Oui ! Ce feu qui réchauffe, éclaire, illumine, purifie est à proprement parler un feu initiatique qui révèle le caractère sacré de la lumière.


En effet la lumière est un feu raréfié, spiritualisé, elle représente donc la quintessence du feu.



La double thématique du feu et de la lumière est donc inséparable de l’attitude initiatique.


Dans le monde manifesté, la lumière est la forme substantielle possédant l’analogie spirituelle la plus immédiate avec l’Ineffable.



C’est dans la conjugaison ou plus exactement dans la conjonction de ce double aspect que la démarche maçonnique s’approprie la valeur du « feu-INRI », avec le passage du concret à l’abstrait, du terrestre au spirituel symbolisé par la verticalité ascendante de la flamme visible et invisible.



Ainsi la matière se fait éducatrice. Afin d’expliquer la co-pénétration du monde et de l’âme. Bachelard nous parle de « santé cosmique » : L’incandescence (degré d’acuité de notre méditation et de notre imagination) est gage de SANTE en termes d’ouverture de la conscience.



Cette incandescence implique à la fois un double mouvement : Celui d’une valorisation de la matière et celui d’une verticalisation ou ascension de l’âme.



Le feu toujours selon Bachelard, est « l’ultra-vivant l’intime universel ». Il vit dans notre cœur, il vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent. Il brille au Paradis, il brûle à l’enfer.



Dans l’antique tradition des feux de la Saint Jean, l’homme d’esprit passe au dessus du feu pour atteindre la dimension de sa véritable nature originelle et mime ainsi physiquement sa propre aventure spirituelle.



En temps qu’homme de désir, il prend conscience de l’importance de la démarche devant le conduire vers sa réalisation spirituelle.



En temps qu’initié s’investissant sans restriction dans l’œuvre de sa propre transmutation il va vivre la manifestation du feu-esprit, rencontre du feu de l’immanence avec celui de la transcendance focalisée sur un même foyer d’où jaillit la révélation liée à l’accès d’une connaissance précise.



Une autre rencontre très importante faite par l’initié cherchant, sera celle du feu hypostatique qui resplendit des différentes sources spirituelles présentes, entre autres itinéraires dans le symbolisme des triangles et tout particulièrement dans celui du delta lumineux ou de l’étoile flamboyante.



La hiérarchie du feu se poursuit jusqu’à la dénomination de l’imagination visionnaire correspondant à l’Ange Gabriel, Esprit Saint et Ange de l’humanité qui flamboie dans le Buisson Ardent.



La vision de cette lumière ne correspond pas seulement à une vision externe. Voir la lumière de l’arbre, c’est tendre vers, tendre à devenir le feu qui nourrit cet arbre.



Le Buisson Ardent n’est pas un évènement comme les autres. Il représente le symbole du voyage initiatique entrepris par Moïse dans un cheminement où la parole se définit comme un feu.



C’est grâce au Buisson Ardent qu’on parvient à comprendre la force que doit avoir une parole : Elle porte en elle un feu qui guide, un voyage initiatique immédiatement destin pour l’homme. Tendre à devenir Buisson Ardent, c’est grâce à l’imagination, accéder à la joie de dire les choses, cette joie essentielle et première qui consiste à créer.


CONCLUSION


Pour entreprendre le voyage de la route tracée par le processus initiatique, en dehors de l’espace et du temps, que faut-il posséder, sinon le feu sacré, celui qui purifie, régénère, élargit la conscience, élève, transcende et nourrit.



Souhaitons tous entendre un jour l’Ange à la rose qui accompagnant discrètement l’initié tout au long de son chemin, murmure à son oreille ces simples mots :



« Tu te cachais du feu, à présent tu peux plonger dans le feu ! »




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