Le signe et le contre signe
Non communiqué
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien e t Accepté
Ordo ab chao
Au Nom et sous les Auspices du S C F
Liberté – Egalité – Fraternité
TS, et vous tous mes FF
« A quoi
reconnaîtrais-je que vous êtes Franc
Maçon ? »
A mes signes mots et attouchements.
Dès le 1er degré, la maçonnerie révèle au jeune initié qu’elle possède des signes des mots et des attouchements spécifique et qu’ils permettent la reconnaissance entre FM. Même si ce n’est pas le sujet de ce soir, on peut donc supposer qu’à une époque ceux-ci se faisaient en présence de profanes.
L’adepte découvre alors, de degré
en degré, des signes différents.
Pour les 3 premiers degrés les signes, puisque ce sont eux
qui nous préoccupent ce soir, sont plutôt violents
et rappellent, nous dit-on, la pénalité de nos
serments successifs. Nous risquons d’avoir la gorge
tranchée, le cœur arraché, les
entrailles éventrées. Voici donc
déjà une autre raison de l’existence de ces
signes : rappeler au FM ce qu’il a pu dire ou faire, lui permettre de
garder présent à l’esprit ses
obligations.
Au 4° degré, et au-delà,
le signe du degré perd cet aspect de
« garde fou » pour
revêtir une signification symbolique en rapport avec les
apports du degré considéré. Le silence
au 4°, la vengeance au 9°, le tracé
au12°, l’admiration au l3°, voire la protection. Le
FM aurait-il donné des gages suffisants pour que le rite
relâche son emprise ? Peut-être, en tout cas ceci
permet au FM de se dire qu’antérieurement au 4°
degré, une autre signification plus profonde se cachait sous
le signe des premiers degrés. Il découvre alors
que dés le l° degré, le signe lui sert
aussi et même surtout à se mettre à
l’ordre à l’intérieur de lui-même afin
de pouvoir ouvrir la loge correctement.
Tous ces signes ont pour autant en commun de se faire seul, F par F,
face à lui même.
Au 18° degré, apparaît un signe d’un genre nouveau : il est accompagné par un contre signe, c’est-à-dire un signe fait par un F en même temps, et non pas en réponse, ce qui supposerait deux signes distincts et non simultanés.
Ce signe, très simple de réalisation, index pointé vers le ciel, et son contre signe, index pointé vers la terre, s’apparente donc à un seul signe composé de deux parties et réalisé par deux FF dans le même espace temps.
La première chose qui vent alors à I’esprit est bien entendu la maxime bien connue de la Table d’Emeraude : « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas pour réaliser l’Unité d’une seule et même chose ».
Unité de la terre et du cosmos. La vie, si elle jaillit de la terre, lorsque le grain meurt en terre, ne peut le faire que sous l’action de la lune et des astres. C’est aussi l’union des deux natures représentées dans l’art alchimique par l’aigle et le lion ou le coq et le renard, union du volatil et du fixe, union qui passe d’abord par le combat entre ces natures, comme le FM doit d’abord se combattre lui-même avant de trouver l’union avec lui-même. Ces deux natures qui ne sont en fait que deux états physiques différents d’une seule et même chose. Notons que le coq, emblème de Mercure, deviendra chez les chrétiens l’emblème de la résurrection compte tenu de sa capacité à annoncer la lumière. Il deviendra Phénix après son union avec le renard nous dit Fulcanelli dans le « mystère des cathédrales ».
La simultanéité des gestes permet de tracer l’axe zénith-nadir, axe vertical de la croix à 3 dimensions et 6 directions. (C’est aussi l’échelle de Jacob, dressée de la pierre au ciel). Le Chevalier Rose Croix est symboliquement au croisement des 3 axes. Il est descendu au l3° degré, au plus profond des ténèbres où il a vu luire la lumière. De retour vers l’occident, il peut prétendre à circuler dans tous les sens et aussi dans le sens vertical, passant ainsi d’un état d’être à un autre. Mais ceci, il ne peut le faire seul ; l’Autre est indispensable à ce voyage. C’est par l’autre qu’il a pu descendre sous la 9° voûte et en revenir, car Guibulum n’était pas seul ses 2 compagnons ont une importance dans la compréhension de la légende.
Transposé dans notre monde corporel, le signe et le contre signe, uni dans un même mouvement rappelle au Chevalier Rose Croix que son devoir est d’aller et venir en permanence (les travaux ne sont pas interrompus) d’un état à l’autre pour répandre la lumière, répondre aux besoins des hommes. Il sait que rien n’est jamais définitif, que le voile se déchirera de nouveau ; mais il sait aussi qu’il n’est pas seul, que d’ailleurs seul il n’est rien et ne peut rien faire, que c’est en union avec l’autre que tout s’accomplit, comme s’est accompli le relèvement du Maître.
C’est aussi un symbole d’équilibre permanent dans lequel doit être le Chevalier Rose Croix, équilibre qui lui permet de ne privilégier ni le matériel, ni l’intellectuel, mais de les transcender, de les dépasser en introduisant le spirituel dans sa vie quotidienne. Ainsi, il réalise l’équilibre du ternaire, il réalise l’unité par le 3 de l’Apprenti.
On retrouve cette même symbolique dans le double triangle entrecroisé (dit sceau de Salomon). Le triangle pointe en haut signe d’élévation vers le ciel, de la montagne, pointe en bas, signe de la descente de l’esprit vers la terre, de la caverne. Ayant achevé les grades salomoniens, il est normal que le FM du 18° degré en maîtrise parfaitement la signification symbolique. Il faut noter que le triangle pointe en bas est aussi le symbole de la coupe ou du cœur. Ce cœur au centre duquel, dans les plus noires ténèbres, luit cette petite flamme, ou cet éclatant delta divin, cette petite flamme nommée ici « Espérance » et que le Chevalier Rose Croix découvre lors de son initiation dans le premier temple plongé lui aussi dans le noir complet.
C’est aussi l’esprit qui descend vers la terre. Certaines traditions sont symbolisées par la lance, l’éclair ; on retrouve alors l’épée flamboyante du VM qui va capter l’énergie supra humaine lors de l’ouverture des travaux.
Une autre notion est à souligner : le signe et le contre signe se complètent par le contre signe et le signe, en une sorte de mouvement perpétuel. C’est aussi une notion d’action pour le FM qui a l’obligation d’agir avec et pour l’Autre lui-même qui est en face. Probablement pas de cette action remuante, voire agitante d’aujourd’hui, mais de cette action agissante, qui a effet sur le monde sans rien imposer. On retrouve là la notion de moteur immobile de la Tradition orientale.
Cette notion de mouvement perpétuel rejoint l’ininterruption des travaux du Souverain Chapitre. Et si le chevalier Rose Croix n’a pas vraiment droit au repos, c’est peut-être parce qu’il n’en a plus le besoin, car la dualité travail-repos lui est devenue étrangère, comme toute dualité puisqu’il est parvenu avec l’Autre à l’Unité, à la réunion de ce qui est épars.
Je terminerai en remarquant que, conformément à la réponse citée en début de ce travail, signes, mots et attouchements sont étroitement liés, voire indissociables. Ce sont d’abord tous des mouvements, des vibrations et aussi des symboles et en tant que tels, ils servent de transmetteurs d’une partie de la Connaissance. L’attouchement du Chevalier Rose Croix, par apposition des mains croisées sur la poitrine de l’autre, s’il traduit la protection de l’endroit le plus secret, montre bien également que ce secret n’en ait pas un pour l’Autre et qu’il y a bien union de ces deux Êtres.
De même, pour les mots : Emmanuel et Pax Vobis qui traduisent aussi l’état d’être du Chevalier Rose Croix empli d’apaisement et de sérénité. Mais aussi INRI qui symbolise le feu purificateur par lequel doit passer le Maçon du 18° degré, feu destructeur, mais aussi régénérateur ; mais ceci est une autre histoire.
TS, j’ai dit.