Le symbolisme du sacrifice du premier au dix-huitième degré
J∴ M∴ O∴ E∴
A la Gloire
du Grand Architecte De l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Deus Meumque Jus
Suprême Conseil Du Cameroun
Ordo Ab Chao

« Le symbolisme du sacrifice… »
Le sacrifice est un concept très présent dans le 18ème degré. Il suffit de lire les symboles et emblèmes qui s’étalent sous nos yeux : I N R I, la croix, le pélican, les valeurs portées par la chevalerie, « la pierre cubique qui sue sang et eau »… Mais à bien regarder le rite que nous pratiquons, on s’aperçoit que cette notion de sacrifice est très présente et irrigue tous les degrés. Mais avant d’aller plus avant, il convient de préciser les idées en définissant le terme « sacrifice ».
Etymologiquement le Sacrifice désigne le fait « de rendre sacré ». Ce terme vient du latin sacrificium, qui vient lui-même de : sacer facere. Il a exactement le même sens que le mot égyptien « sen netjer » qui désigne l’encens, la substance qu’on brule en l’honneur des dieux.
Il est admis que Dieu est celui qui, seul donne et ôte la vie. Le sacrifice lui, ôte la vie et la consacre au Dieu. Le sacrifice est censé offrir au Dieu, ce qu’il peut prendre aveuglément de sa propre volonté. Dès lors, le sacrifice retranche du monde des hommes l’objet, l’être vivant ou la partie du corps, concerné. Cette chose passe ainsi dans le monde des choses divines. Ce passage se traduit généralement par une dématérialisation : la mort, l’incinération, l’inhumation ou la clôture (pour les zones comme nos forêts sacrées)…
Le terme de sacrifice recouvre pour une grande variété d’actes. Habituellement, on l’utilise surtout pour les sacrifices sanglants. On utilise aussi ce terme dans une acception humaine pour désigner le renoncement volontaire à quelqu’un ou à quelque chose qui est précieux.
De nombreux sacrifices sont demeurés célèbres :

- Le sacrifice de la fille de Jephté par son père,
- La substitution d’un bélier à Isaac, lors du « sacrifice » d’Abraham qui marque l’abandon des sacrifices humains par la civilisation naissante.
- Le sacrifice du premier-né évoqué en Exode 22.29 : « Tu me donneras le premier-né de tes fils ».
Du sacrifice Frère Gilles a dit :
« Le sacrifice est une fête entre l’âme et Dieu… »
La notion de sacrifice irrigue, de manière claire ou voilée tous les degrés du Rite. Toutefois, ce terme n’apparaît que très peu dans les rituels du Suprême Conseil du Cameroun : 2 fois au 4ème degré, 1 fois du 5ème au 12ème, 3 fois du 13ème au 14ème et 2 fois du 15ème au 18ème degré.
Dans les loges symboliques :
Le mot sacrifice est revient par trois fois dans la bouche du Vénérable Maître au cours de l’initiation au premier degré :
Dès l’entrée du récipiendaire, avant que ne lui soient indiqués les buts de la franc-maçonnerie, le Vénérable Maître dit :
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral. Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices ».
A la fin du troisième voyage, il lui dit à nouveau :
« Récipiendaire ! L’Ordre Maçonnique, dans lequel vous demandez à être admis, pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu’à la dernière goutte de votre sang, pour sa défense et pour celle de vos Frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? »
Lors de la restitution des métaux, il dit :
Mon Très Cher Frère N, à la fin de cette Tenue, lorsque le Frère Hospitalier vous présentera, comme à nous tous, ce que nous appelons le « Tronc de la Veuve » vous pourrez y verser votre obole comme acte de bienfaisance.
Votre offrande sera le témoignage de l’esprit de sacrifice qui doit animer tous les Francs-Maçons.
En ces circonstances, « sacrifice » prend le sens profane du renoncement. Un renoncement personnel. Renoncement à sa quiétude pour prendre l’engagement de travailler à son amélioration. Renoncement à sa propre vie au profit d’un autre. Enfin renoncement à une partie de son confort au profit de la communauté.
Ces trois formes de sacrifices prescrits au récipiendaire, résument les niveaux d’engagements du franc-maçon : envers lui-même, envers son prochain et envers l’humanité.
Mais la notion de sacrifice est aussi évoquée dans la pénalité de l’apprenti qui : « …préfère avoir la gorge tranchée et la langue arrachées plutôt que de révéler les secrets qui m’ont été confiés… »
Au second degré, quoique présente, l’idée de sacrifice se fait ténue. On la perçoit en creux dans la glorification du travail. Celui-ci n’étant plus une peine subie par le franc-maçon, mais bien l’offrande volontaire de sa force vitale pour continuer l’œuvre de construction commencée par le Grand Architecte.
Mais la pénalité et le serment du compagnon reprennent, eux, de manière claire l’idée du sacrifice ultime :
« Je jure…de m’arracher le cœur de la poitrine et le jeter aux rapaces de l’air ou aux voraces des champs, comme une proie et de disparaitre de la mémoire de mes frères… »
Le troisième degré est tout entier une explicitation de la notion de sacrifice, par la description de la passion du Maître Hiram. On assiste tour à tour à : un sacrifice sanglant commis par « les trois mauvais compagnons », un enfouissement sous un tertre et à la consécration du temple non achevé.
Ces trois sacrifices, subis par le maître, induisent pour le récipiendaire un nouveau passage dans les trois états, déjà vus au premier degré :
- La transformation de sa condition individuelle par le refus de donner irrégulièrement le mot des maîtres et le renoncement à sa vie.
- L’entier don à l’autre, par le retour à la terre mère, qui fait suite à l’enfouissement du maître.
- Et le passage à l’universel, par son inscription dans l’œuvre édifiée à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, qui permet la naissance d’un nouveau maître maçon.
On retrouve bien-sûr, comme dans les degrés précédents, dans l’énoncé du serment et de la pénalité du maître, l’idée du serment :
« Si je manquais à ce serment solennel, que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées aux quatre points cardinaux, afin qu’il ne reste aucune trace parmi les Humains, et en particulier parmi les Francs-Maçons, d’un homme aussi méprisable ! »
Comme nous venons de le voir, le sacrifice en loge symbolique semble obéir à des codes physiques, à l’image du temple qui y est bâti. Le maçon accepte de renoncer à une partie de son corps, en cas de parjure. Et même lorsqu’il donne sa vie au 3ème, c’est par une déconstruction méthodique des parties de son corps, dans l’ordre inverse de l’œuvre du Vénérable Maître lors de son initiation.
L’objet du sacrifice change de nature au quatrième degré. Le sacrifice y est demandé au nom de l’Idéal maçonnique.
Le Premier Inspecteur dit :
« Sachez, mes Frères, que l’idéal de la Franc-Maçonnerie est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice ».
Et le rituel éclaire plus loin l’idée qui pourrait s’apparenter à cet idéal, celle de « justice » :
« Ce que la Franc-Maçonnerie vous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme… »
Le sacrifice serait-il donc à faire pour la justice…ou bien est-ce que le fait « …d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme » suffit pour atteindre l’idéal ? La réponse nous sera donnée plus tard semble-t-il dans notre progression.
Au grade de Maître Parfait, le sacrifice sanglant du troisième degré est sublimé et positivé par la réalisation du monument funéraire à la gloire du Maître Hiram.
Salomon dit « Tout est parfait…amen, amen, amen », et indique ainsi que d’un mal peut naitre un bien. Le sacrifice du maître a permis l’éclosion d’une nouvelle forme de maîtrise des ouvriers désignés pour lui rendre hommage.
Cette idée est développée aux 6ème et 7ème et 8ème degrés :
- Pour le Secrétaire intime, le sacrifice reprend un aspect plus individuel. Il risque la mise à mort suite à sa curiosité. Mais Salomon arrête la main d’Hiram de Tyr. Et de sa curiosité, par un sacrifice symbolique, est issu le rétablissement de l’équilibre et la reprise des travaux.
- Au degré de Prévôt et Juge, le sacrifice vient de l’engagement à la tache ; Gloire au travail ! Johaben, reçoit le « …sautoir rouge et un tablier blanc doublé de rouge, en mémoire du sang versé par HIRAM ABI… », attributs de celui qui devra sacrifier sa vie à rendre la justice. Il le prend joyeusement comme une grâce en disant :
« Dieu me garde, en Vérité en Justice et en Equité…Amen, amen, amen ! »
Romain Rolland a dit :
« Si un sacrifice est une tristesse pour vous, non une joie, ne le faites pas, vous n’en êtes pas digne… »
L’Intendant des bâtiments démontre son aptitude à juger sereinement en mêlant à la loi l’équité. Ainsi il donne quotidiennement vie à l’enseignement reçu au quatrième degré : « Ce que la Franc-Maçonnerie vous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme… »
Comme a dit Georges ELLIOT, dit dans ses pensées : « Dieu nous juge intégralement d’un seul regard, pas comme les hommes, sur des sentiments ou des actes isolés ».
Dans les grades d’élus le sacrifice revient, mais sous sa forme sanglante. Ceci du fait qu’il faut bien marquer que le maçon doit « tordre le cou » à certaines pulsions internes et mettre en valeur des qualités qui doivent le rendre différent.
Dans la caverne au 9ème degré, L’Elu des Neuf sacrifie la vie d’un traitre à la maçonnerie, qui symboliquement n’est que lui même.
Par le versement de ce sang, il répand au sol la partie impure de lui-même. C’est le tribut à la terre qui le retenait. Ainsi il se libère du vieil homme. De « Vincere aut mori », il choisi de vaincre et de se libérer, fusse au prix de la transgression.
De la liberté, Hafid Aggoune dit :
« Il n’y a qu’une liberté, et son nom sera toujours écrit avec les lettres du sacrifice et du deuil… »
Le dixième degré, achève le cycle de purification collective suite au sacrifice du maître.
Ainsi, les têtes des meurtriers sont présentées au peuple, pour lui signifier la fin du deuil. Dans nos contrées africaines, les sacrifices d’animaux sont courants pour mettre un terme aux conséquences sociales d’une mort violente. Le sang versé ensemence le pardon mutuel et le rétablissement de l’équilibre jadis rompu dans la communauté et le monde des ancêtres.
Au onzième degré, sont remis l’épée de Chevalier et le nom d’EMEREK, « …homme vrai en toutes circonstances », ainsi qu’une une croix.
Le Chevalier est voué au sacrifice de son existence aux autres. Le meurtre du maître, conséquence de l’égoïsme des compagnons, a été lavé de leurs sangs. Et le maçon issu de ces sacrifices ne peut qu’être tourné, tout entier vers les autres.
Les objets qu’on voit apparaître dans ce degré : une croix, des palmes, une boite en or, le voile du temple, l’Arche d’Alliance, sont les prémisses du symbolisme du sacrifice dans les grades capitulaires.
Le sacrifice du Grand Maître Architecte est tout entier tourné vers l’hommage à Hiram. Il ose reprendre l’œuvre là où le maitre l’a laissé et espère même la terminer.
Pour se faire, il immole toute la vanité de ses acquis et de repart à l’étude comme l’apprenti qu’il est redevenu (le blanc de son tablier en témoigne). Il veut être digne de la récompense pour : « …le zèle, le savoir et la vertu des Sublimes Chevaliers Elus, de façon qu’ils s’approchent de plus en plus du céleste trône du Grand Architecte de l’Univers, afin de rendre effective la promesse que Dieu avait faite à ENOCH, à NOE, à MOISE et à DAVID ».
Le degré de Chevalier de Royale Arche est la suite de ces nouvelles années d’études entreprises.
GUIBULUM accepte l’idée du sacrifice de sa vie, en allant braver les dangers dans les neuf voûtes. L’acceptation de ce sacrifice lui permet de se dépasser et lui offre la reconnaissance de ses pairs, qui proclament que : « GUIBULUM est un bon Maçon ». Confirmant en cela que pour avancer, il est nécessaire de savoir faire le sacrifice de ce qui semble important aux yeux des gens ordinaires. Et de ne s’attacher qu’à « …la droiture et à l’équité… »
A ce propos Gandhi a dit :
« Une vie de sacrifice est le sommet suprême de l’art. Elle est pleine d’une véritable joie ».
- Le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, expérimente le sacrifice suprême. Comme GALAAD, il n’aspire plus qu’à se fondre dans la création :
- Dans la création, en restant attaché à la figure du Grand Architecte de l’Univers, qu’il contemple.
- Dans la création, en acceptant d’être enseveli dans l’œuvre mise à sac par ceux qui « …ne voient pas bien et ne comprennent pas bien… »
Le sacrifice ici est l’image du suprême détachement de la matière et la sublimation de l’esprit. Le détachement des métaux pour une alliance ; celle… « …contractée avec la Vertu et les hommes vertueux… »
Ce thème de la séparation de l’enveloppe physique est développé plus tard avec la « Jérusalem Céleste ».
Les grades capitulaires sont entièrement baignés par le thème du sacrifice. Celui-ci est clairement décliné :
- Dans le 15ème degré, avec l’engagement des Chevaliers d’Orient et de l’épée, dans le combat pour la liberté de passage.
- Dans les engagements des Princes de Jérusalem à défendre l’ordre en sa régularité et en ses idéaux.
- La légende des chevaliers d’Orient et d’Occident défendant, au péril de leurs vies, le faible et la vraie foi, est un engagement tient tout autant du sacrifice.
Mais c’est au 18ème degré que le sacrifice est pleinement et entièrement exalté. On le retrouve dans le symbolisme du degré en la figure du Pélican dont le rituel dit :
« Le Pélican représenté sur la bannière est le symbole de la Charité. Il est aussi le symbole du sacrifice que tout Chevalier Rose+Croix doit être prêt à consentir… »
Comme le Pélican qui accepte de donner jusqu’à la dernière goutte de son sang, pour que vivent les autres, le Chevalier Rose+Croix, en cela est en conformité avec le serment qu’il a fait lors de son initiation au premier degré, quand le Vénérable Maître lui a dit :
« L’Ordre Maçonnique dans lequel vous demandez à être admis pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu’à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos Frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? »
Mais ici, le sacrifice célèbre la vie. Le mur de valeurs et de symboles que dresse le Rose+Croix exalte la vie et rien que la vie :
- Le Pélican symbolise la vie qui ne cesse pas de se régénérer.
- I.N.R.I. : indique que le feu de l’amour régénère toute la nature partout où il passe.
Tout comme Jésus de Nazareth a régénéré toute l’ancienne loi, grâce à la parole d’amour qu’il y a introduite : « …aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé… »
- L’espérance en l’humanité qui doit nous guider.
- La foi en l’homme qui ne saurait s’éteindre malgré les vicissitudes.
- La charité, cet amour, qui fait que l’autre devient entièrement un autre moi-même.
Et de la charité Firmin Van den Bosch dit : « La charité n’est une vertu que dans la mesure où elle est sacrifice… »
La notion de sacrifice, comme nous venons de le voir mes frères, est bien présente à tous les degrés de la maçonnerie écossaise. Mais notons que le sacrifice du franc-maçon est bien différent de celui du soldat. Car il est joyeux, car il est porteur de vie. Il s’accompli dans tous les instants d’une vie, sans tambours ni trompettes. Il ne donne lieu à aucune reconnaissance, ni à aucune médaille. Car comme il est dit au 1er degré, « …il ne doit jamais enorgueillir celui qui l’accompli, ni abaisser celui qui le reçoit… »
Très Sage ATHIRSATA et vous tous, mes Très Excellents Frères Chevaliers Rose+Croix, j’ai dit !