18° #415012

L’épée d’une main, la truelle de l’autre

Auteur:

A∴ F∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

C’est avec beaucoup de joie que je vous retrouve aujourd’hui dans ce souverain chapitre Lumières des Cataractes de la vallée de Brazzaville où nous travaillons à la reconstruction du temple de Jérusalem.

Je vous avoue que le temps qui s’est écoulé depuis la fermeture de nos derniers travaux m’a paru très long. Je m’empresse donc de vous présenter ce midi ma planche intitulée « L’Epée d’une main, la truelle de l’autre ».

Dans un premier temps, je vais préciser le contexte d’où a été tiré le sujet, en d’autre terme je vais planter le décor. Ensuite, je parlerai de l’épée et de la truelle. A quoi servent t-elles, quel est leur symbolisme, quel rapport existe-t-il entre l’épée et la truelle ? Pourquoi le chevalier de l’Orient doit-il travailler l’épée d’une main et la truelle de l’autre. Je vais répondre à toutes ces questions pour la compréhension du sujet. Ceci dit commençons par le décor.

Le thème central du 3ème ordre c’est la reconstruction du temple de Jérusalem. Après les destructions et les pillages successifs du temple de Jérusalem par NABUCHODONOSOR, empereur babylonien et après 70 ans de captivité à Babylone d’une grande partie du peuple juif, Cyrus, roi des Perses s’empare de Babylone et autorise les juifs déportés à rentrer à Jérusalem et à reconstruire le temple de Dieu.

Le 3ème ordre met en scène Zorobabel, héritier en ligne directe du Roi David. Captif et le premier d’entre ses égaux Zorobabel affronte héroïquement Cyrus, lui demande avec humilité mais avec beaucoup de fermeté et sa liberté et celle de son peuple captif et la permission d’aller reconstruire le temple de Jérusalem. Cyrus lui pose une condition : la communication des secrets de la maçonnerie en échange de sa liberté, celle de son peuple, sa décoration comme grand dans sa cour, la restitution de toutes les richesses pillées par NABUCHODONOSOR. Zorobabel ne plie pas, résiste à la tentation des honneurs et des biens, brave au péril de sa vie l’épreuve du feu que le roi lui impose par la suite. Il est ému par la force de caractère de Zorobabel, sa détermination et sa bravoure. Admiratif, Cyrus accède à toutes les demandes de Zorobabel, le désigne comme chef sur ses égaux, lui donne une épée pour marque distinctive sur ses égaux, le crée, le constitue chevalier d’Orient et lui rend ses décors de grand élu.

Zorobabel part ensuite pour Jérusalem à la tête de ses frères, livre un combat victorieux mais meurtrier au passage du pont sur le fleuve Starbuzanaï autrement dit l’Euphrate, condition pour passer. Il arrive à Jérusalem où il retrouve ses frères restés en sommeil est adoubé par le très Illustre Maître qui le crée Chevalier d’Orient par l’épée et le constitue Chevalier Maçon par la truelle. Le Très Illustre Maître lui prescrit de travailler désormais l’épée d’une main, la truelle de l’autre comme tout Chevalier d’Orient. Voilà le contexte.

Qu’est ce que l’épée ? Qu’est ce que la truelle ? A quoi servent-elles ?

L’épée, selon le dictionnaire Larousse est une arme blanche constituée par une lame longue et droite pointue. Elle est depuis le néolithique une arme de chasse et de guerre. Vers 1500 avant J.C., l’armurerie du Rhin fabrique déjà des épées sur leur forme actuelle. Au moyen âge, elle est l’arme de combat du Chevalier dont nous nous réclamons. Elle servait à maintenir à distance l’adversaire évitant ainsi le corps à corps. Elle est devenue le symbole royal et chevaleresque qui marquait le pouvoir et la noblesse. Sa fonction était de ramener l’ordre, ce qui donne à la guerre une valeur indéniable. L’épée illustre la bravoure et aussi la puissance. Elle est le symbole de la guerre mais aussi de la paix, d’injustice mais aussi d’équité, d’où son ambivalence.

Pour les chrétiens, l’épée c’est la parole de Dieu comme nous le dit Ephésiens 6 : 17 je cite : « Prenez le casque du salut et l’épée de l’esprit qui est la parole de Dieu » fin de citation.

Saint Bernard disait je cite : « L’épée c’est la lumière de notre Seigneur » fin de citation. Or qu’est ce qui nous donne la lumière ce sont les enseignements que nous recevons et que nous nous efforçons de mettre en pratique. Chez les musulmans, le khitab tient pour sa prédication une épée en bois qui symbolise la parole d’Allah.

En Inde, l’épée est le symbole de la guerre spirituelle, du combat contre l’ignorance pour atteindre la connaissance et la lumière pure.

Chez les Maçons, en Loge d’Apprentis l’épée est là pour empêcher le vieil homme de récupérer tout au long de son parcours les métaux dont il a eu tant de mal à se défaire pour entrer en loge et pour demeurer en permanence en garde contre les prétendus détenteurs de la vérité et contre les doctrines qui enferment.

Au moyen âge, pendant l’adoubement il était demandé aux templiers qui étaient aussi des chevaliers de quitter leurs épées pour se battre avec leurs cœurs et leurs esprits, ceci afin de participer à la construction du 3ème temple basé sur la loi de l’Amour. Le chevalier quittait alors l’épée pour s’amer de courage qui enflamme le cœur pour que l’amour de l’humanité dicte sa conduite car le chevalier prêtait aussi serment de secourir le faible, la veuve et l’orphelin.

L’épée est présente en Loge du début à la fin de la tenue parce qu’elle symbolise la lutte que doit mener l’homme contre les ennemis qu’il porte en lui-même. Le fait que les quatre parties constitutives de l’épée soient : la poignée assimilée à la sagesse, le pommeau au courage, la garde à la mesure, la lame à la justice est très significatif. L’épée symbolise véritablement le combat, cette lutte que le maçon mène contre les ennemis qu’il porte en lui-même. Mais le Chevalier ne tient pas seulement l’épée d’une main, il tient également la truelle de l’autre.

La truelle nous vient également du moyen âge et surtout du compagnonnage. Au rite français, elle est présentée au compagnon au 5ème voyage. Il y a plusieurs sortes de truelles, truelles à usages spéciaux (truelle carrée pour les moulures, truelle à bout arrondi…) mais celle qui nous intéresse c’est celle qu’utilise le Maçon formée d’une lame d’acier triangulaire qui rappelle l’équerre et son angle à 90 degrés ainsi que le delta ou triangle équilatéral. Sa lame est rattachée à un manche en bois relié par une tige coudée. Sa forme angulaire lui permet une finition jusque dans les angles inaccessibles d’où son utilisation pour un travail parfaitement d’équerre.

La truelle représente l’équilibre, la tolérance, le pardon. Avec l’œil à son centre, elle symbolise la connaissance. Le Maçon doit maîtriser son utilisation, acquérir la maîtrise de la gestuelle, crépir, lisser. Pour que l’édifice ne se fragilise et ne s’écroule, le mortier est élaboré avec les sentiments maçonniques comme la fraternité, l’amour, la beauté, la vertu. Le mortier introduit par les romains lie et scelle solidement les pierres les unes aux autres comme doivent être les membres d’une Loge même si ces pierres ne sont pas parfaitement polies. Grâce à la truelle, le maçon racle, lisse le mortier, réunit, fusionne et unifie atténuant par ce geste les différences et les particularismes de chaque pierre, rassemblant finalement ce qui est épars.

La truelle symbolise donc le rassemblement de ce qui est épars ainsi que le goût du travail bien fait, du travail fini. La truelle c’est la glorification du travail.

Pour nous résumer, disons que l’épée c’est le symbole de notre combat de tous les jours grâce aux enseignements que nous recevons, qui nous donnent la lumière, et qui affermissent notre foi, notre volonté, notre détermination, notre persévérance à lutter contre l’ignorance, l’obscurantisme, les mensonges, les passions, les vices, ce combat qui nous donne la maîtrise du maniement de la truelle pour un travail fini, ce combat qui nous permet enfin de remporter des victoires sur nous-mêmes, de vaincre les ennemis que nous portons dans notre subconscient. C’est cette arme qui nous permet de construire et reconstruire sans cesse nos temples intérieurs et extérieurs et de nous améliorer sans cesse en nous inspirant des multiples possibilités que nous offre la truelle.

A propos de l’enseignement maçonnique, remarquons qu’accéder à cet enseignement est déjà un combat de tous les instants. En effet, l’enseignement maçonnique doit être cherché, poursuivi et conquis. Il faut vouloir et mériter le savoir par l’effort et face à l’épreuve. Dans ce but, le 3ème ordre constitue pour nous une source d’inspiration indéniable. Zorobabel illustre le chevalier que devons être, humble, patient, déterminé, ferme, moralement intègre, apte à conserver le secret initiatique, humaniste aimant par-dessus tout ses frères.

Par ailleurs, nous devons convenir que l’épée et la truelle sont intimement liées. La truelle comme l’épée du chevalier nous viennent du moyen âge et ont des fonctions complémentaires ; c’est qu’après la destruction vient toujours la reconstruction. Irène MAINGUY dans son ouvrage « De la symbolique des chapitres en Franc-maçonnerie » associé l’épée à la truelle. Elle dit en substance ce qui suit : je cite « l’épée et la truelle associées correspondent symboliquement à l’union du Maître maçon édificateur et du chevalier actif qui devient ainsi un chevalier maçon, produit de la conjonction de la connaissance de l’art royal avec l’activité de la chevalerie » fin de citation.

L’épée c’est pour se défendre des diverses attaques qui pourraient empêcher le chevalier de travailler à la reconstruction du temple, pour combattre la séduction du vice et la fougue des passions tandis que la truelle est l’outil du chevalier maçon qui lui permet de reconstruire le temple détruit en visant l’excellence afin d’obtenir des œuvres finies. Mais pour cela, le chevalier doit avoir de l’empathie, cette faculté qui permet à tout être humain de ressentir ce qu’un autre être ressent.

A présent, mes Frères chevaliers, de grands chantiers s’ouvrent à nous les Zorobabel dans notre pays et en Afrique, nous qui apportons partout le feu ardent qui brûle mais ne consume pas, ce feu qui s’appelle l’amour, nous qui avons l’épée pour nous défendre contre tous nos ennemis, les forces négatives, les puissances d’oppression, de destruction, d’obscurantisme qui pullulent en nous et autour de nous, défendre nos Frères, nous qui avons en plus la truelle pour reconstruire sans cesse en visant des plus belles réalisations.

L’acclamation républicaine liberté égalité fraternité devait nous faire réagir plus efficacement devant la misère de nos populations, leur ignorance, cause de tous leurs maux, devant les services de santé, d’éducation qui régressent chaque jour devant une répartition injuste des richesses nationales. C’est notre responsabilité nous les Zorobabel de porter au dehors l’œuvre commencée dans le temple et dans le chapitre, nous qui avons l’épée d’une main et la truelle de l’autre.

T I M, mes F chevaliers, J’ai dit.

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